‹ Statistique monumentale du Calvados (volume 2)Chapitre 170 sur 296 · VUE DE L EGLISE DE SAINT-SUPLI · texte numérisé non relu

VUE DE L EGLISE DE SAINT-SUPLI

par le dessin que voici , d'une nef romane avec ces petites fenêtres étroites que l'on a proposé de qualifier de meurtrières; d'un porte-cloche à deux baies, élevé sur le sommet du fronton de la façade occidentale ; enfin, d'un chœur composé de deux travées et éclairé par des fenêtres ogivales sans colonnes. Ce chœur, plus élevé que la nef, paraît aussi moins ancien; il est du XIIIe. siècle selon toute apparence. On voyait, il y a quelques années , à St.-Supli, trois beaux ifs dans le cimetière ; la commune en a sacrifié deux pour se procurer de l'argent, il en reste encore un. C'est ici le lieu de recommander aux antiquaires la conservation de ces arbres souvent d'un fige très-reculé et dont quelques-

uns, malheureusement, ont été vendus aux ébénistes. Rien n'est plus majestueux que les ifs au feuillage sombre , à la tête ronde et de forme régulière. Il en existe encore dans la plupart des cimetières de l'arrondissement deBayeux. Ils sont plus rares dans la plaine de Caen. Il n'est pas inutile de dire ici que leur place dans le cimetière est déterminée , et que , à très-peu d'exceptions près , c'est à droite de la porte occidentale et à quelque distance au Sud et en avant de cette façade que les ifs sont placés.

Y a-t-il là une raison liturgique , ou bien était-ce parce que l'on faisait autrefois les annonces et les délibérations judiciaires sous le feuillage touffu de ces vieux arbres , et qu'il valait mieux être au Midi qu'au Nord dans nos contrées froides et pluvieuses? Je n'en sais rien , mais il est probable que cet usage a un motif. Le hasard ne pourrait avoir déterminé une si grande uniformité dans le choix de la place occupée par les ifs dans les cimetières.

L'église de St.-Supli est sous l'invocation du saint de ce nom. Le doyen du chapitre de Bayeux nommait à la cure. Le prieur de St.-Vigor percevait les dîmes.

SAIINT-VÏGOR.

St. - Vigor , sanctus Vigor.

L'église de St. -Vigor est moderne. Elle a été construite , au siècle dernier , sur l'emplacement de l'église romane du prieuré qui servait aux religieux et à la paroisse , mais qui , depuis long-temps déjà , était en ruines , comme le prouve un dessin que je vais produire et que j'ai tiré de la collection du Monasticon.

L'église actuelle a peu de style; le portail occidental seulement est orné de pilastres et surmonté d'un petit dôme en pierre de taille.

On conserve , dans la sacristie , un siège en marbre de Vieux, dans lequel les évêques de Baveux venaient s'asseoir avant de

AINCIEIN SIEGE EN MAKBUE CONSERVE A SAIM'-VIGOR.

prendre possession de leur évèché, et qui , selon l'opinion de quelques personnes, remonte à Odon , frère utérin de Cuillaumc-lc-Conquérani (1), tandis que, selon d'autres, il serait plus ancien encore.

L'abbé Béziers (Histoire de Baycujc) parle aussi des ibnls

(1) Le nouvel évéque «Je Baveux venait coucher au prieuré de St.- Vigor, la veille de son installation. Le lendemain, les religieux et le Clergé le conduisaient proressionnellcnic.it à l'église et le faisaient asseoir dans le siège en machre dont je viens de parler. De là le prélat , en habits pontificaux , .donnait sa première bénédiction au peuple, puis il éîail conduit à la cathédrale. Dans un ancien cérémonial qui existe a la biblioltyèque du chapitre , on trouve le passage suivant relatif à cette cérémonie :

« lïat chorus cum clero et populo et processionnal i 1er ad Sanctum Vigorem , ibique invcnlo in motiastcrio episcopo preparato indulo

baptismaux en marbre qui existaient dans l'église St.-Vigor. C'est une tradition , dit-il , que saint Vigor , au VIe. siècle , détruisit une idole qui était adorée sur le mont Phaunus (c'est ainsi qu'on appelait alors la colline sur laquelle est assise l'église St.-Vigor); qu'il y consacra plusieurs églises, et que ce lieu fut choisi pour administrer solennellement le baptême à Pâques et à la Pentecôte : ce qui lui fit donner le nom de mont Chrismat. On voit dans l'église de St. -Vigor , ajoute l'historien de Bayeux , de très-anciens fonts baptismaux en marbre qu'on croit avoir servi à cette solennité (1), »

J'ai retrouvé en 1823, dans un coin du cimetière, une partie de ce font en marbre dont parle l'abbé Béziers. Il avait été brisé peu de temps auparavant , par suite d'une singulière préoccupation qui exerce encore son empire sur quelques esprits : certaines personnes craignent d'être exhumées, surtout lorsqu'elles meurent par suite d'un vice de conformation qui peut exciter la curiosité des médecins (2). Or , pour ôler tout moyen de relever le corps d'une dame enterrée dans le cimetière de St. -Vigor, on détacha du font baptismal qui s'y trouvait deux gros morceaux de marbre que l'on plaça dans la fosse au-dessus du cercueil de la défunte (3).

Je m'empressai de réclamer le reste de la cuve, qui n'aurait

cappa adiiucalur ante cathedram Sancti Vigoris lapideam

et eum in ea aliquantulam scdere faciat. »

Dans plusieurs autres diocèses , notamment dans celui de Soissons, on faisait asseoir de même !n nouvel évoque dans un siège en pierre ( V. d'Expilly , dictionnaire de la France ).

(1) Histoire sommaire de la ville de Bayeux , p. 128.

(2) On conçoit d'autant moins ces craintes qu'il n'y a point d'é.ole de médecine à Bayeux.

(3) La tombe dont je parle se trouve prés de la porte occidenfale de l'église, un peu à gauche.

pas tardé à être employé au même usage; je le fis transporter immédiatement chez moi , à Bayeux , et de là à Caen , où il est déposé dans le musée de la Société des Antiquaires.

Ce fragment a été figuré dans l'atlas de mon Cours d'antiquités,^. LXXXVil, n°. 2.

Il est du même marbre que le siège , c'est-à-dire d'un marbre rouge terreux , qui paraît provenir des carrières de Vieux.

Prieuré de St. -Vigor. La tradition rapporte, comme on vient de le dire , que , dans le VIe. siècle, le coteau de St.- Vigor , qui domine la ville du côté de l'Est, s'appelait le mont Phaunus, et qu'on y révérait une idole. Saint Vigor , évêque de Bayeux , voulant faire cesser cette superstition , obtint du roi Childebert la possession du terrain, et il y fonda un monastère.

Le monastère fut détruit par les Normands et rétabli , au XIe. siècle , par Odon , évoque de Bayeux , qui y plaça des moines du Mont-St. -Michel. Robert de ïombelaine fut leur supérieur. Quand l'évêque Odon fut mis en prison par ordre de Guillaume-le-Conquérant, en 1084, les moines se dispersèrent; le Conquérant mourut en 1087. Plus tard, l'évêque Odon donna le prieuré de St. -Vigor à l'abbaye de S1. - Bénigne de Dijon. Depuis lors , le prieuré de St. -Vigor demeura sous la dépendance de cette abbaye jusqu'en 1702, que l'abbé renonça à tous les droits sur cette maison (1) : antérieurement à cette date , le prieuré était en commande. La congrégation de St.-Maur y entretenait huit ou neuf religieux au siècle dernier.

(i) Dans les archives du département de la Côte-d'Or , à Dijon, on trouve un certain nombre de pièces relatives à St.-Vigor , ce qui s'explique , puisque St.-Vigor dépendait de St. -Bénigne.

On peut consulter, sur l'histoire du prieuré de St.-Vigor, le XIe. volume du Gallîa christiana, col. ktih.

Le prieur de St.-Vigor nommait à douze bénéfices et il possédait des revenus évalués à 18,000 livres au siècle dernier. 11 existait dans la bibliothèque de feu M. Pluquet , un censier ou livre des redevances dues au prieuré de St.-Vigor, en 1290.

Ce manuscrit a été vendu, à sa mort , et acheté par la Bibliothèque impériale où il se trouve. M. Léopold Delisle, quia dépouillé ce manuscrit avec soin , nous a remis obligeamment la note suivante :

« Le Censier de St.-Vigor est conservé à la Bibliothèque impériale, à Paris, sous le n°. ^659 du Supplément français. C'est un volume petit m-h°. , sur velin , composé de 52 feuillets non numérotés, et couvert en parchemin. Il est écrit en entier d'une seule main , et paraît remonter à la fin du XIIIe. siècle.

« Dans ce volume se trouvent transcrites 155 pièces toutes non datées ou portant la date de 1290. La plupart sont en français. Ce sont des aveux rendus au prieur pour divers tènements situés à St.-Vigor, St.-Exupère, St. -Loup, N.-D.de-la-Poterie , St.-Marlin-de-la-Porte , St.-Floxel, la Madeleine, St.-Symphorien , St. -Jean, St. -Patrice, St.-Sulpice, Port, Tour, Cricqueville . la Basoque , Curci , Oufïières , Russi, Tracy, Secqueville , Cahagnoles , Saonnet, Vaux-sur- Aure, Planquery, Vimont , Maromme et Valcongrain.

« Ces aveux sont à peu près tous formulés d'une manière uniforme.

« Chaque aveu fait connaître le nom du tenant , son tènement, ses redevances, et la quantité dont la valeur du tellement excède les redevances.

« Quant aux redevances, elles consistent en rentes de froment , d'orge , d'avoine , de poules , de chapons , d'œufs et quelquefois d'argent. En outre, plusieurs hommes sont

Uk2 STATISTIQUE MONUMENTALE DU CALVADOS.

soumis à différents services. Une des chartes montre Guillaume Pesnel fesant au prior ckescun jour un servise de cheval malle entre Vire et Oune ; dans plusieurs autres, on rencontre des clauses analogues.

« Si le Ccnsier de St.-Vigor ne donnait que le montant des redevances dues au prieuré par ses tenants, ce document n'aurait pas plus d'importance qu'une foule d'autres du même genre : ce qui lui donne du prix , c'est qu'à côté de la redevance, il évalue les produits laissés à la jouissance du laboureur. En additionnant ces deux quantités , on a la valeur présumée du produit des terres, au XIIIe. siècle, dans le Bessin. »

M. Léopold Delisle a fait ce travail intéressant , et nous espérons qu'il le publiera prochainement. Rien n'est plus curieux que ces recherches sur l'histoire de l'agriculture, dont M. Léopold Delisle s'est occupé déjà avec un si grand succès.

On comprendra facilement la disposition ancienne des bâtiments du prieuré de St.-Vigor, si on jette un coupd'œil sur la planche suivante, tirée de la collection des vues gravées pour le Monasticon gallicanum. Cette vue à vqI d'oiseau , qui était prise du côté de l'Est, montre d'abord la basilique du prieuré (n°. 3 ) avec sa longue nef ruinée , son chœur et son abside romane , garnie d'arcatures à pleincintre , de trois fenêtres et tlanquée de deux absidioles correspondant aux bas-côtés.

Le transept avait aussi deux absides du côté de l'Est. Le transept sud a perdu sa toiture et était en ruines , comme la nef. Le cimetière , dans lequel il y avait des tombes trèsanciennes, dit-on, se voyait au sud de la basilique (n°. 21).

L'église de la paroisse n'occupait guère qu'un espace qui paraît assez peu considérable d'après le dessin , vers le bas de la nef de l'église priorale (n°. 2 ).

Viennent ensuite, en suivant l'enceinte extérieure, l'entrée

'eu .

hhfx STATISTIQUE MONUMENTALE DU CALVADOS.

du prieuré (n°. 1 ) , les chatteries el magasins (n°. 15) , la grange (n°. 16) , le pressoir et les étables (1^-15, les écuries (n°. 13 ) , la cour intérieure (n°. 12 ).

Le massif central des bâtiments modernes désigné par les nos. A, 6 , 7, 8, 9, 10, 11, comprenait, comme le montre le dessin , deux cours entourées de galeries claustrales et renfermant la salle capitulaire , la bibliothèque, le réfectoire, les logements des hôtes , les infirmeries , les cuisines et les autres dépendances de la communauté.

Quoique ces bâtiments ne paraissent pas anciens dans le dessin , ils avaient été détruits en partie à l'époque de la Révolution , probablement parce qu'ils étaient trop considérables , et l'église avait été , comme je l'ai dit , abattue et reportée un peu plus au Midi, à peu près au milieu du cimetière , indiqué sur la vue du Monasticon , sous le n°. 21.

Aujourd'hui, il ne reste plus d'intéressant que l'entrée du prieuré n°. 1 du plan et la grange n°. 16. Mais ces deux bâtiments, du XIIIe. siècle, sont à peu près intacts.

Un seul des corps-de-logis modernes, répondant en partie aux nns. 10 et 11, est resté debout à l'heure qu'il est et forme une espèce de château.

Le parc s'étend à l'est des bâtiments. Il a conservé ses murs d'enceinte ; mais une grande partie des arbres a été abattue.

Nous n'avons à décrire que les deux bâtiments anciens qui subsistent, l'entrée du prieuré et la grange.

L'entrée présente , selon l'usage, une porte pour les charrettes et une pour les piétons. La première est en arc surbaissé; la seconde est cintrée. Elles sont encadrées dans des contreforts qui s'élèvent jusqu'au toit.

Au-dessus de ces deux portes règne un rang d'arcatures trilobées, et, plus haut, une frise composée d'une ligne de quatre-feuilles creusés dans la pierre. Deux fenêtres carrées

CAMON DE KAYEUX.

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occupent ia partie supérieure du mur : le dessous des portes est voûté.

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