CONDÉ ( CI1EF-LIF.U
Condé , Condatum , Condœum 9 Condetum, était autrefois bourg, châtellenie et chef-lieu de doyenné , aujourd'hui c'est une ville en voie d'accroissement et de prospérité. Avant la révolution de 1789 la population était de 3,000 habitants; elle est de 6,000 aujourd'hui.
Condé a trouvé depuis quelques années un historien dans M. l'abbé Barette , vicaire de St.-Jean-le-Blanc (1). L'abbé Béziers avait , au siècle dernier , fait des recherches sur les origines et les accroissements de cette ville ; plus tard, en 1795 , l'abbé Guillaume Marie , né à Condé, publia
(1) Un volume in-12 de H0 pages. M, l'abbé Barelte a publié aussi des notices sur Aunay , le Plessis-Grimoult et Balleroy.
h STATISTIQUE MONUMENTALE DU CALVADOS.
un essai sur sa ville natale. JV1. l'abbé Barette nous paraît avoir atteint le but qu'on doit se proposer quand il s'agit d'écrire l'histoire d'une localité secondaire.
Château de Condé,- Les ruines du château sont ce que j'ai remarqué de plus ancien à Condé.
Les restes du donjon , situés à peu de distance de l'église St. -Sauveur , sont maintenant réduits à la partie qui forme la clôture d'une partie de la prison. Ils dessinent de ce côté un quart de cercle renforcé de cinq contreforts cylindriques, dont les uns partent du sol , tandis que les autres ne prennent naissance qu'à 30 pieds plus haut ( voir la planche ci-jointe ) ; des pierres d'attente existent à une certaine élévation comme pour relier le donjon à d'autres constructions.
Les contreforts , l'entourage des meurtrières et quelques autres parties des murailles sont en pierre brune ( schistes et grauwake) ; le reste en grès et en schiste. Le revêtement extérieur est en conglomérat porphyritique , variété de grès que l'on trouve aux environs de Condé et qui se taille au marteau.
Du côté d'un jardin qui occupe le centre du donjon , la muraille contient , dans son épaisseur , cinq petites pièces percées de meurtrières. Dans ce jardin se trouve un puits qui était celui du château.
Ce qui reste aujourd'hui n'est qu'un quart environ de la tour du donjon : il est difficile , vu le peu de caractères , d'indiquer l'époque de cette construction : je crois qu'elle appartient à la fin du XIIe. siècle , dans quelques-unes de ses parties.
Les voûtes des chambres pratiquées dans l'épaisseur du mur sont à plein-cintre.
D'après l'abbé Marie , la partie orientale du donjon
PLAN PF. LA rARTIR FIGlJM.h.
s'écroula en 1747, et 30 ans après un nommé Lair de la Blare démolit cette tour et la réduisit à peu près à ce qui en reste à présent : les matériaux servirent à réparer les ponts , à paver les rues , puis à construire la prison qui occupe la place de l'ancien château , près du donjon.
L'ancienne châtellenie de Condé , avec ses dépendances , faisait , dans l'origine , partie du domaine du comté de Mortain. Guillaume de Bellesme, comte de Mortain et châtelain de Condé-sur-Noireau , fonda l'abbaye de Lonlay dans la lpe. moitié du XIe. siècle.
11 est certain que les premiers seigneurs de Mortain l'étaient aussi de Condé et il n'est pas douteux que la dernière seigneurie ne fût une dépendance de l'autre.
Le seigneur de Condé accompagna le duc Guillaume à la conquête de l'Angleterre, en 1066, avec plusieurs seigneurs de la contrée; il prit aussi part à l'expédition de Robert Courte-Heuse en Terre-Sainte, en 1096.
Guillaume de Conteville, seigneur châtelain de Condé, fut fait prisonnier, en 1106, à la bataille de Tinchebray, avec le duc Robert. Henri Ier. confisqua ses terres et les donna à Etienne , comte de Blois.
Après la séparation de l'Angleterre et de la Normandie , sous Philippe- Auguste , Condé qui avait le château- fort , dont nous venons de parler , conserva son importance.
En 1256, le roi saint Louis y vint et y donna une charte par laquelle il confirmait au prieur et aux pauvres de l'Hôtel- Dieu de Baveux les biens qu'ils possédaient (1).
Charles le-Mau vais , roi de Navarre , sépara la baronnie
(1) Il ne peut y avoir de doule sur le passage de saint Louis à Condé en 1256 , car cette charte désigne Condé par son surnom , et il ne peut être; question d'un autre Condé que Condé-sur-Noireau , datum apud Condaum super Nigram aquam , nono mensis aprilis anno domini MCCLVl.
de Condé-sur-Noireau du comté de Mortain pour la donner en dot à Blanche , sa sœur , qui fut la seconde femme de Philippe de Valois, et qui posséda long-temps cette châtellenie. Par acte donné dans son château de Neauffe le 1er. mai 1388, elle rendit en ces termes aveu de ses possessions de Condé-sur-Noireau au roi Charles VI :
« Nous Blanche par la grâce de Dieu Royne de France confessons et advouons tenir du Roy notre très-cher et trèsaimé fils, en la vraye subjection et obéissance, notre châtel et châtellenie de Condé-sur-Noireau avec toutes les parties et dépendances quelconques la et comme elle s'étend tant en la dite ville et paroisse de Coudé comme à autres villes et paroisses cy après nommées en tant comme et en chacune
des dites paroisses en a ou peut avoir lequel châtel et
châtellenie de Condé avec ses appartenances et dépendances fut anciennement de la comté de Mortaing, et le tenons comme droit hérédital , par manière de partage de père et de mère , à nous baillié tant illec quailleurs , par le Roy de Navarre notre frère, qui pour lors vivait, lequel la nous baillia avec toute haute , basse et moyenne justice partout où la dite châtellenie, terre et seigneurie du dit lieu de Condé avec ses appartenances et dépendances s'étendent tant dans la dite ville et paroisses de Condé, St.-Pierre-du-Regard , Atis, Ste.-Honorine-la-Chardonne, Berjou , Meray, Proucy , le Destroit, Cahagnes, Aulnay, Balleroy , Baugué , Landes, Croisilles , Espins , les Moutiers , comme partout ailleurs , comme il en appartient à la dite châtellenie avec les appartenances et dépendances comme dit est ; et illec avons baillif vicomte , sergeants , l'exploit de l'épée , tabellions , et autres officiers selon la coutume du pays et en obéissance du Roi notre fils et à moy baillée par notre dit frère à la tenir comme il la tenait au temps passé : en laquelle ville et châtellenie de
Condé , nous avons foires et marchez , prevotz et coutumes qui selevent et ceuillent tant dans la dite ville et châtellenie de Condé comme ailleurs en plusieurs villes , ponts et passages d'icelles et prochains et à iceux dont il y a partie sur la terre du Roy notre fils, c'est à savoir le Pont escoulant, le pont St.-Laurent-des-Aulnez, le pont de Biholeu, le pont de Martengle , des Pins (suivent divers noms de lieu ). ». . .
On sait quels furent les malheurs de notre province et le déplorable état de nos contrées durant les guerres anglaises du XIVe. siècle. Charles le-Mauvais, roi de Navarre, après avoir envahi la Basse-Normandie, en 1356, avait fait occuper les principales forteresses par les troupes anglaises : nous avons vu dans le 1er. volume de la Statistique, en parlant du château de St.-Vaast (p. 238 ), tombé au pouvoir des Anglais , que la garnison se répandait dans les campagnes environnantes pour rançonner les habitants ; la terreur était si grande que plusieurs paroisses furent abandonnées de leurs habitants. Le château de Condé était un de ceux qu'occupèrent alors les Anglais: ce ne fut qu'en 1360 qu'il fut rendu avec celui de Villers-Bocage , par suite des traités de Calais et de Brétigny (1).
En 1396, la reine Blanche donna le château de Condé à son neveu Pierre de Navarre.
Lors de la seconde invasion anglaise, en 1417 , le château de Condé retomba au pouvoir des Anglais , ainsi que ceux de Falaise , de Vire, et beaucoup d'autres ; il resta en leur pouvoir jusqu'en 1449 , un an avant la bataille de Formigny qui mit fin à une occupation qui durait depuis 33 ans.
M. Barette indique, ainsi qu'il suit, la succession des seigneurs qui possédèrent la châtellenie de Condé depuis le XVe. siècle jusqu'à nos jours.
(1) Histoire de la ville de Condé ■ sur- Nnireau , p.nr M. l'abbé Barclte.
« Louis II de Rohan, seigneur de Guémené, fit hom- « mage de cette châtellenie à Louis XI. L'un de ses descen- « dants, Louis de Rohan VI , comte de Montbazon et sénéchal « d'Anjou, la laissa , en 1469 , à Isabelle de Rohan , sa fille , « qui la porta, en mariage , ainsi que la terre de Tracy, à « Nicolas de Pellevé , comte de Fiers. Nicolas de Pellevé eut « pour successeur Louis de Pellevé ; son fils aîné. Cette sei- « gneurie passa ensuite à Pierre de Pellevé, maréchal de « camp des armées du roi.
« Ayant étalé un très-grand luxe et fait beaucoup de dé- « penses , pour se fixer à la cour du roi de France , il fut « bientôt chargé de dettes , et ses créanciers furent sur le « point de faire décréter ses biens. Pour éviter ces mesures « rigoureuses, vers 1650, il vendit sa seigneurie de Condé « à M. Leprince de Guémené, et en redevint propriétaire « en 1657. En 1662, M. Guy de Chaumont, marquis de « Guitry , ayant fait décréter les seigneuries de Condé et de « Fiers , en devint lui-même seigneur. Après diverses con- « testations, ces deux seigneuries passèrent, en 1691, à Davie « Chesné, qui les céda à Louis de Pellevé, petit-fils de Pierre. « En 1692, Jacques Goyon , sire de Matignon, duc de « Valentinois et prince de Monaco, acheta les seigneuries de « Fiers et de Condé vendues par décret. En 1777 , les ducs « de Valentinois les vendirent à M. de Vilette , qui les « revendit lui-même, en 1780, à Mme. Cadot de Sébéville, « veuve de M. Antoine Antonin , marquis de Longaunay , « de Courvaudon et de Dampierre. Elle les a possédées jusqu'à <• la révolution Française de 1789. »
Églises. — Avant la Révolution de 1789, il y avait, comme aujourd'hui , deux églises à Condé, St. -Martin et St. -Sauveur. St.-Martin était la principale et St. -Sauveur, qui n'était, dans l'origine, que la chapelle du château, était une simple
annexe de St. -Martin. Depuis la Révolution , elle est devenue l'église principale , à cause de sa position au centre de la ville.
Cette église St. -Sauveur est sans intérêt architectonique et appartient presqu'en entier à la période moderne; mais il n'est pas douteux qu'elle a succédé à une chapelle qui faisait partie du château et qui devait dater de la même époque.
Cette église , qu'il est question de reconstruire ailleurs pour dégager la rue, est longue de 33 mètres et large de 7.
La fenêtre du chevet et les arcades qui séparent le chœur des bas-côtés, sont les seules parties anciennes de l'édifice.
La cure était à la nomination du seigneur châtelain ; le curé percevait les dîmes.
St. -Martin. — L'église St. -Martin, paroisse dépendante de Condé , n'est pas facile à analyser , parce que , comme beaucoup d'autres églises de cette région , les murs , construits en pierres dures et irrégulières, ont toujours offert peu de caractère , et que les besoins de la population croissante ont déterminé à faire des additions et des changements à diverses époques.
L'ancienne église se composait d'une nef et d'un chœur rectangulaires , peut-être de la tour latérale entre chœur et nef: le chœur a été flanqué, plus tard, de deux chapelles latérales que l'on a mises en communication avec lui au moyen de deux arcades : cette addition ne remonte peut-être pas beaucoup au-delà de 1600. La fenêtre du chevet du chœur est à compartiments flamboyants ; elle renferme une vitre de deux époques : la partie supérieure, que je crois du XVe. siècle , représente le crucifiement ; la Vierge et saint Jean sont des deux côtés de la croix. Les couleurs sont assez belles.
Le dessous du tableau appartient évidemment au XVIe. siècle , ce sont des arabesques de couleur jaunâtre. Au milieu de cette partie du vitrail , d'un style moins ancien , sont deux écussons : celui de droite , de gueules à La tête d'argent chevelée d'or qui est Pellevc ; l'autre , parti de Pellevè et de Rohan.
La tour a été exhaussée à une époque peu ancienne et se termine, comme celle de Guibray , par quatre frontons en pierre et par une aiguille centrale en charpente.
La porte occidentale peut être du XIIIe. siècle.
Plusieurs pierres tombales avec lettres en relief se voient dans le chœur : près le sanctuaire , du côté de l'évangile , est une tombe dont la date est cachée par la marche du sanctuaire , en voici l'inscription copiée par M. Bouet :
CY. GIST. LE
CORPS. DE
DE. DAMO
ISELLE. M