V. Petit del
PORTE A i/ÉGLISE DE RYES.
A l'intérieur, rien de plus élégant que le chœur; les murs
CANTON DE RYES. 575
sont garnis d'arcatures ; trois lancettes s'ouvraient dans le chevet; les voûtes sont très-bien conservées. Plusieurs colonnes portent des anneaux.
La nef et le centre du transept sont d'un style différent et plus ancien ; mais il faut entrer dans cette partie de l'église pour en juger l'intérêt, car les murs latéraux des bas-côtés et la partie supérieure des murs latéraux de la grande nef ont été reconstruits en entier , il n'y a pas très-long- temps.
Les arches de la grande nef ont des archivoltes ornées de zigzags et reposent sur de grosses colonnes monocylindriques, dont les chapiteaux , assez barbares , portent des sculptures bizarres. Cette partie de l'église pourrait bien être de la première moitié du XIe. siècle.
J'ai cru reconnaître dans un des chapiteaux des colonnes monocylindriques Daniel dans la fosse aux lions, et dans un autre , qui lui fait face , les trois enfants dans la fournaise.
Le transept a été refait en grande partie ; mais la tour centrale qui le surmonte est romane , jusqu'à la base de son toit à double égout. Les deux gables sont assez modernes comparativement ; ils datent probablement du XVIe. siècle. Un écusson surmonté d'une crosse me fait croire que cette terminaison est due à un abbé de Fécamp. Le tombeau de Jacques André et celui de sa femme, que nous avons signalés en parlant de la bibliothèque et du musée de Bayeux, étaient dans la chapelle méridionale du transept.
La porte occidentale était autrefois garnie d'une archivolte à frettes crénelées , mais on a pratiqué une porte carrée dans cette porte primitive, et l'on n'aperçoit plus que deux segments du cercle de chaque coté.
On a fait depuis quelques années , à l'église de Ryes , des travaux considérables de restauration auxquels a pris une grande part IY1. Hervieu , un des principaux propriétaires de la commune , qui faisait partie de l'Assemblée constituante
de 1848. M. Delaunay , architecte, a été appelé et l'on a réparé avec soin les fûts des colonnes du chœur qui avaient été mutilés , au siècle dernier , pour établir des stalles. On a rouvert les lancettes du chevet qui avaient été bouchées et qui étaient masquées par le toit de la sacristie quand M. Bouet a dessiné la vue que voici.
VUE DU CHGEUK ET DU TRVNSliPT DE i/ÉGLISE DE HYES.
(Côté du Sud )
La nef de l'église de Ryes , si intéressante par les arcades à colonnes monocylindriques qui séparent la nef des bas-côtés,
CANTON DE KYES. 577
a reçu , quelque temps après , une nouvelle façade dans le style rornan : au-dessus d'une porte à plein-cintre , dont l'une des archivoltes est ornée de freltes crénelées et l'autre de têtes plates , on a placé une galerie composée de neuf arcatures , dont une seulement , celle du milieu , est ouverte et forme fenêtre.
Une autre fenêtre est pratiquée au centre du fronton.
On a le projet de reconstruire aussi les chapelles du transept.
La cure de Ryes formait deux portions : l'une était à la nomination de l'abbaye de Longues , depuis l'an 1168 ; l'autre appartenait à Fécamp depuis 1026. Les curés prenaient 1/6 des dîmes; les abbayes le reste; les jésuites de Rouen avaient aussi possédé une fraction de dîme à Ryes.
Faits divers. On rapporte qu'anciennement le village était plus rapproché de l'église qu'il ne l'est aujourd'hui. Je ne saurais indiquer absolument la place occupée par le château de Hubert de Ryes, chez lequel Guillaume, poursuivi par les barons qui avaient juré de l'assassiner à Valognes, s'arrêta dans sa fuite et changea de cheval. Les vers de Wace à ce sujet sont trop curieux pour n'être pas reproduits.
Ils racontent comment Hubert de Ryes donna ses fils au duc pour le conduire à Falaise, en évitant de passer dans les villages , et comment lui-même il dérouta les conjurés : ceux-ci arrivèrent effectivement à Ryes peu de temps après que le duc y était passé.
Hubert de Rie ert à sa porte Entre li mostier è sa mote ; Guillaume vit désalurné E sun cheval tuit tressué.
Cument errez, dist-il, bel sire? Hubert, dist-il, os le jo dire?
Cil li dist : Voire seurement, Venez avant hardiement.
Mi enemiz me vunt quérant, Et à ocire manaçant ; N'i a verz vus nule celée ; Bien sai ke ma mort unt jurée.
Hubert l'a en l'ostel mené, Sunjbun cheval li a livré; Trciz iilz k'il out a apelez; Bel filz, dist-il, mtintez , munlez; C'est nostre Seignur, concluiez Tant k'à Faleize mis l'âiéz; Par là è par là passerez, Ja mar en ville turnerez.
Li veies è li Iresturnées Lur a Hubert bien endilces , Ses filz unt bien toi entendu , E bien sun cornant unt tenu.
Tut li pais unt traversé , Folpendant unt passé à vé (I); Willame mistrenl à Faleize, Se il fut mal ceint, k'en peize?
Encor ert Hubert sor son pont, Gardout à val, gardout à mont; Des noveles ert en escoult, Kar il en kuidout oir moult , Quant cil vindrent esperunant, Ki Guillame aloent quérant.
A une part l'unt apelé, Par parole l'unt conjuré Se il a véu le Bastart, E par ù il vait è kel part.
Et il Jor dist : Par ci passa , N'est gaires luing, vus Tarez jà ; Maiz alendez jeo vus merrai , Quer li premier cop i ferrai :
Par fei vos afi, se jel' Iruis Premier i ferrai , se jo puis.
(1) J'ai parlé du gué de Foupendaul dans le t. II de la Statistique monumentale, p. 191.
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Tant les a Hubert desvëiez , E tant les a luing en vêlez, Ke de Guillame rnez ne dote Ke s'en alout par allre rote ; Asez !or dist è d'un è d'el , Puiz s'en revint à sun o le!.
Les vers Hubert de Rie ert à sa porte entre ii mostier et sa mote semblent indiquer que le château était près de l'église. La partie du mont de Ryes qui domine le cimetière, au Nord , offre un très-bel emplacement pour un château ; je n'oserais pourtant indiquer là sa place avant d'avoir réuni d'autres inductions.
On montrait encore , il y a dix ans , un chemin haussé dans plusieurs de ses parties entre Ryes et Vienne , et que l'on disait être celui parcouru par Guillaume : ce chemin , réparé depuis quelques années , a perdu ses caractères d'ancienneté ; c'est celui qui rejoint la route de Bayeux à Villiers, en face du château de Vienne , près de la colonne milliaire que nous avons rétablie.