M OS LES
Mosles , Moles.
L'église de Mosles a probablement été construite en deux fois; le chœur paraît plus ancien que la nef, mais il y a dans l'ensemble une grande homogénéité
Le plan que je présente (page 646) facilitera l'analyse des diverses parties de l'édifice , qui doit être rangé parmi les plus intéressants du Bessin.
La nef et la tour doivent avoir été bâties simultanément.
La tour , comme celles de Vaucelles , de Cussy , de Barbeville et d'Étreham , est placée entre la nef et le chœur ; elle offre , à l'intérieur , la même disposition que ces dernières, c'est-à-dire qu'elle forme, entre chœur et nef, une travée plus élevée , éclairée par deux lancettes géminées , et, plus haut , par un oculus à huit lobes.
La nef se compose de quatre travées divisées par des contreforts ; le dessons de la tour en forme une cinquième»
.Bouet del.
CANTON DE THÉVIÈRES. 6^7
Cihacune de ces travées est éclairée par deux lancettes trèsélancées , sans colonnes , subdivisées en deux baies par un meneau bifurqué au sommet. Ces fenêtres ressemblent beaucoup à celles de plusieurs monuments anglais de la fin du XIIIe. siècle : je les crois du commencement du XIVe. siècle.
La porte occidentale présente une ogive garnie de tores portés de chaque côté sur deux colonnes. Le tympan est trilobé; le lobe central encadre un fleuron bien fouillé, et les triangles qui existent entre le lobe supérieur et les deux autres est garni de fleurons dont la forme se modèle sur le vide que Ton voulait remplir.
Une rose à douze compartiments surmonte le portail.
Bouet del
La nef s'accédait encore par une porte latérale ouverte
du côté du Sud, au milieu de la deuxième travée : moins importante que la porte occidentale , elle avait aussi son tympan orné d'un fleuron.
Le chœur se compose de trois travées ; les voûtes ogivales sont garnies d'arcatures, mais elles offrent une particularité qui mérite d'être notée : c'est qu'indépendamment des tores qui se croisent , il en existe un autre se dirigeant du Nord au Sud , au sommet des arcs de chaque travée. Cette disposition , assez fréquente en Anjou et en Poitou , dans le style ogival du XIIIe. siècle , s'observe aussi en Angleterre ; mais elle n'est pas ordinaire en Normandie.
Une porte s'ouvrait , au Sud , dans la première travée du chœur et faisait le pendant de celle que j'ai indiquée dans la deuxième travée de la nef, du même côté.
Nous retrouvons , du côlé du Sud , une corniche que nous avons signalée déjà dans plusieurs églises. La corniche de la nef se compose d'une espèce de tore.
Le chevet , divisé en trois parties par quatre contreforts , était éclairé par trois fenêtres. La fenêtre centrale était subdivisée en deux baies par un meneau , avec un oculus au-dessus de la bifurcation ; les deux autres infiniment plus petites ne sont , à proprement parler , que des meurtrières en forme de lancettes ; elles sont extrêmement étroites et n'ont pas la moitié de la hauteur de la fenêtre centrale.
La tour , qui offre à l'extérieur la même ordonnance que celle de Vaucelles , et qui est garnie comme elle et comme celle deBarbeville par des contreforts étages très-saillants, en diffère seulement en ce que les fenêtres-lancettes du premier étage sont bien plus importantes, et aussi parce que le dernier étage , au-dessus des arcatures , est éclairé par un oculus et non par une ouverture en ogive ; le toit , en bâtière , est d'ailleurs en charpente , à Mosles , au lieu d'être en pierre ,
comme dans les deux églises précédentes, la partie supérieure de cette tour doit aussi être d'une époque plus récente que le reste.
En résumé, après avoir examiné le galbe des tores et celui des chapiteaux des colonnes , nous pensons que le chœur est du XIIIe. siècle , et que la tour et la nef appartiennent à la première moitié du XIVe.
L'église de Mosles est sous l'invocation de saint Eustache. L'abbaye de Cerisy nommait à la cure et percevait les 2/3 de la dîme; l'autre tiers appartenait au curé. Ils devaient fournir 240 boisseaux d'orge à l'abbaye de St.-Sever.
L'église d' Argouges-sous-Moles , qui n'existe plus , était sous l'invocation de saint Jean-Baptiste. Le seigneur d'Argouges nommait à la cure et l'abbaye de Cerisy recevait les dîmes.
SURRAIN.
Surrain , Surhannum , Surehain.
L'église de Surrain se compose d'une nef et d'un chœur à chevet droit appartenant au style roman, et d'une tour latérale , au Sud , d'une époque postérieure , terminée par un toit à double égout.
La nef est intéressante du côté du Sud; on y voit des contreforts plats au nombre de quatre , une porte à plein-cintre bouchée , des modillons très-saillants et assez curieux sous la corniche , et une petite fenêtre très-étroite qui reste encore pour nous indiquer les dimensions de ces ouvertures avant le percement de celles qui existent à présent et qui sont modernes; une d'elles porte la date 1758, qui se trouve reproduite sur le bénitier.
La façade occidentale n'a pas d'intérêt , la porte qu'on y
voit étant moderne : le mur du Nord avait été percé d'arcades ogivales donnant accès à un bas-côté qui a été supprimé. D'après les moulures des piliers qui supportent les arcades on peut croire qu'elles remontent au XIIIe. siècle ou au commencement du XIVe. L'arc qui sépare le chœur de la nef est à plein-cintre et repose sur des pilastres à chapiteaux godronnés.
Le chœur est surtout remarquable par la porte bouchée qu'on y voit , au Sud , entre la nef et la tour : cette porte , par laquelle on entrait autrefois , est très-simple et sans moulures , mais elle porte une inscription du XIe. siècle , signalée depuis long-temps par M. Lambert, disposée sur l'archivolte et sur le linteau. Cette inscription est ainsi conçue :
.... REGAT 1NTRANTKS ... RBGAT INGREDIENTS
CUR HOMO SECUKliS V1VIT CUM SIT MOKITUUIS
CUR HOMO LETATUR CUM PENA MINATLR
Les deux mots effacés sont peut-être Crux.
La tour est d'une époque difficile à déterminer ; les voûtes du premier étage annoncent le XIIIe. siècle, mais la partie supérieure paraît beaucoup moins ancienne , et tout au plus du XVe. siècle. Une sacristie est appliquée contre la tour. On y conserve une petite statue de saint Roch provenant de l'église de Houteville, complètement détruite : cette statuette paraît du XVIe. siècle ou de la fin du XVe.
L'église de Surrain est sous l'invocation de saint Martin. Le doyen du chapitre de la cathédrale , patron collateur de la cure , percevait les 5/6 de la dîme.
L'église de Houteville, qui n'existe plus depuis quelques années , était sous l'invocation de saint Michel. Le roi nom-
CANTON DE TKÉV1ËHES.
mait à la cure ; le curé percevait les 2/3 de la dîme ; l'abbaye de Cerisy avait l'autre tiers.
Château. J'ai décrit , dans le Ve. volume de mon Cours d'antiquités , l'emplacement de l'ancien château de Surrain : c'est une motte appelée la Haulle , à peu de distance et à l'Est de l'église ; une esplanade assez vaste au milieu de laquelle se trouve aujourd'hui le presbytère , devait former la cour ou première enceinte de cette forteresse ; elle est de tous côtés entourée par des chemins qui indiquent encore assez bien l'étendue de la place.
Je n'ai rien découvert encore sur l'origine de ce château que je crois cependant ancien. Il existait une famille de Surrain sous les ducs de Normandie.