‹ Statistique monumentale du Calvados (volume 2)Chapitre 253 sur 296 · PAR LA SOCIÉTÉ FRANÇAISE D' ARCHÉOLOGIE AU MOMENT OU · texte numérisé non relu

PAR LA SOCIÉTÉ FRANÇAISE D' ARCHÉOLOGIE AU MOMENT OU

l'on craignait qu'elle ne fut démolie , et elle existera long-temps encore. La nef m'a paru du XIIIe. siècle, probablement de la première moitié , par les lancettes trèssimples et sans colonnes qui , à l'intérieur , s'évasent et forment des niches en cul-de-four. Mais on y voit, au Sud, une très-jolie porte romane qui paraît avoir été conservée

d'une construction antérieure ( V. la page 687 ). La porte occidentale est ogivale , assez simple ; elle avait été bouchée en partie pour éviter le tassement du mur supérieur.

Le chœur appartient aussi au style ogival ; il est plus soigné que la nef : il a conservé des voûtes fort remarquables par leur gracieuse courbure et la pureté des lignes que décrivent leurs arceaux. Un fait que j'ai remarqué bien souvent ailleurs, c'est l'emploi presqu'exclusif du tuf ou travertin pour la construction de ces voûtes : preuve manifeste qu'autrefois ces incrustations calcaires étaient infiniment plus abondantes qu'aujourd'hui , puisqu'elles ont fourni tant de matériaux et qu'à présent on en trouve à peine quelques blocs un peu considérables dans les falaises du Bessin.

Deux portes s'ouvrent l'une en face de l'autre dans le chœur, celle du Sud est en ogive et son profil est celui du XIIIe. siècle; l'autre, vraisemblablement de la même époque , offre un arc surbaissé.

La tour latérale , au Sud , est un peu lourde , c'est un carré surmonté d'une pyramide en pierre à quatre pans. Une lucarne portée sur deux colonnettes occupe le centre de chacune des faces de la pyramide.

Celte tour communique avec la nef par une arcade ; on y entre aussi par une petite porte en arc surbaissé percée dans le mur oriental. Une sacristie à pans , moderne , a été appliquée sur le chevet du chœur.

Peintures. L'église tout entière était décorée intérieurement de peintures murales : ce sont , dans la nef principalement, des pierres d'appareil dessinées par deux lignes rouges.

Dans le chœur, entre les fenêtres, étaient peints des personnages nimbés dan$ lesquels dominent le rouge et le jaune.

Une litre qui faisait le tour de l'église m'a présenté un écusson dans lequel on distingue 3 merlettes, 2 et 1 , sur un fond de gueules.

CANTON DE TftÊVIÈRES.

L église d'Engranvillc était sous l'invocation de saint Pierre. L'abbaye de Cerisy nommait à la cure et percevait les 2/3 des dîmes; l'autre tiers appartenait au curé.

Le château d'Engranville date du siècle dernier et appartient à M. le marquis de Saffray. M. de Cussy fait, en ce moment , bâtir à Engranville un autre château qui sera considérable.

TREVIERES ( CHEF-LIEU ).

Trévières 9 Treveriœ.

Trévières était anciennement chef-lieu d'un doyenné, comprenant 35 paroisses , dont cinq : Chef-du-Pont, Lieu-Saint, Neuville, Vierville en Gotentin, et Sr. -Mère-Église étaient enclavées dans le diocèse de Coutances (1).

Ge bourg renferme aujourd'hui plus de 1,000 habitants : on y a construit , il y a quelques années , des halles et des salles pour la mairie et la justice de paix.

J'ai décrit l'église de Trévières dès l'année 1825, et j'ai eu le plaisir à cette époque de la montrer à plusieurs antiquaires anglais, notamment à M. Pugin père; elle se compose d'un chœur à chevet rectangulaire sur lequel une sacristie moderne a été appliquée , d'une tour centrale , et d'une nef précédée d'un porche.

Le chœur et la tour appartiennent à l'époque romane.

(I) Robert Cenalis dit que ces paroisses furent cédées, dans le VIIe. siècle, à l'évéque de Bayeux par celui de Coutances (St.-Lo ), en compensation du château de Briovère ( St.-Lo ) et de quatre paroisses voisines, St. -Thomas , le Mesnil Rouxelin , St.-Georges-de- Moncoq, et St.-Ouen-de-Baudre , qui dépendaient de l'évéché de Bayeux et qui furent attribuées à l'évéque de Coutances ; mais celle assertion n'est appuyée d'aucune preuve et il est même très-douteux que les quatre paroisses citées existassent, au VIIe. siècle.

CANTON DE TRÉVJÈRES. 689

Le chœur a été reconstruit en partie vers l'extrémité orientale , et les fenêtres qu'on y voit à présent sont de différentes époques et presque toutes modernes , de forme arrondie.

Les murs de la nef ont été exhaussés il n'y a pas longtemps i les parties qui n'ont pas été refaites par suite de cet exhaussement , du percement de fenêtres modernes ou d'autres réparations , peuvent dater du XIVe. siècle , comme le porche qui précède la porte occidentale.

La tour et la travée du chœur sur laquelle elle est assise, sont les parties intéressantes de l'église de Trévières.

Probablement cette jolie tour est de deux époques ; la partie carrée, percée d'une porte et de cintres romans supportés par des colonnes groupées , serait plus ancienne que la partie octogone qui la surmonte , et dans laquelle on voit des ogives de transition (lancettes de la première époque) : l'une remonterait à la première moitié, l'autre à la fin du XIIe. siècle. La combinaison de l'octogone avec le carré est très-heureuse, et cette tour est une des plus élégantes que l'on connaisse de cette époque ( XIIe. siècle ) ; de petits clochetons pleins à quatre pans existent aux angles de la tour carrée; j'en ai trouvé quelquefois de semblables dans les églises romanes , mais dès la fin du XIIe. ils furent remplacés par des tourelles plus élégantes. Les proportions de la flèche en pierre sont très-bonnes; le tonnerre l'a frappée plusieurs fois , et l'extrémité a dû être réparée à plusieurs reprises.

La porte par laquelle on entre dans le chœur, sous la tour, présente une archivolte ornée de plusieurs rangs de zigzags. Elle repose sur des colonnes , au nombre de trois de chaque côté.

Dans le tympan de cette porte , on voit un bas-relief représentant un homme tenant enchaînés deux monstres qui veulent lui dévorer le visage , et dont les queues enroulées se

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