‹ Statistique monumentale du Calvados (volume 2)Chapitre 265 sur 296 · BRIQUEVILLE · texte numérisé non relu

BRIQUEVILLE

Briqueville, Bricavilla, Brichavilla.

L'église de Briqueville , reprise en sous-œuvre à diverses époques , et dont les murs ont été tout récemment surélevés et refaits en partie , n'offre d'intéressant que sa tour du XV*'. siècle , déjà figurée dans le tome XII du Bulletin monumental, page 620.

Cette tour fort élevée , et qui date vraisemblablement de la fin du XVe. siècle, avait, il y a quelques années, perdu une partie de ses clochetons ; une des fenêtres avait le plus grand besoin d'être consolidée ( Voir le rapport que j'ai fait, à ce sujet , à la Société française d'archéologie ) ; mais je pense qu'on y a fait depuis quelques réparations.

Une porte , aujourd'hui bouchée , mais dont les voussures et le tympan sont bien conservés , existe sous la tour , c'était autrefois une des grandes entrées de l'église : le tympan offre un bas-relief représentant l'Annonciation (V. la page 713).

Il est à remarquer que le Verbe sort d'un rayon lumineux sous la forme d'un fœtus qui se dirige comme une flèche vers le sein de la Sainte-Vierge.

Le donateur du bas-relief et peut-être celui qui a fait construire la tour est à genoux dans le tableau.

L'église est sous l'invocation de saint Pierre ; le seigneur nommait à la cure , le curé percevait les dîmes.

CANTON DE TRÉV1ÈKES.

l\k STATISTIQUE MONUMENTALE DU CALVADOS.

COLOMBIÈRES.

Colombières , Colomberia.

L'église de Colombières est sans intérêt architectoriique. On y a refait des fenêtres arrondies et partout des reprises ; les murs ont perdu leur physionomie première , on voit cependant, par une porte romane qui s'ouvre du côté Nord du chœur et par des fenêtres en lancettes qui existent du côté opposé dans le mur de la nef, qu'une partie de l'édifice date du XIIe. siècle et du XIIIe. : la partie occidentale de la nef et une partie du côté Sud paraissent appartenir au XIVe.

La tour, appliquée du côté du Nord sur la dernière travée de la nef, est carrée et terminée par une pyramide à quatre pans dont M. de Cussy a trouvé la date (1691): il n'y a d'ancien que la partie inférieure.

Une sacristie moderne s'appuie sur le chevet.

L'église de Colombières est sous l'invocation de saint Pierre. Le chanoine, dont le canonical était assis à Colombières, nommait à la cure et percevait les dîmes , à charge de faire une pension au curé (1).

(1) Une circonstance loute particulière et assez étrange, parait avoir donné lieu, dés la première moitié du XIIe. siècle, à l'abandon au profit du chapitre diocésain de la plus grande partie des droils du seigneur sur l'église paroissiale. Robert , neveu de Philippe de Coulombières , ayant tué Béatrix nièce de Philippe , évéque de Bayeux, une transaction eut lieu entre les deux oncles devant Henry, roi d'Angleterre et duc de Normandie, qui l'approuva. Philippe de Coulombières convint de donner en perpétuelle aumône , à une certaine prébende, pour l'âme de ladite Béatrix et pour restitution du dommage qu'il avait f lit, c'est à savoir : l'église de Coulombières avec deuxièmes et troisièmes gerbes et autres appartenances ; il

CANTON DE TRÉVIÈRES. 715

Château. Le château de Colombières a une grande réputation de force dans le pays , et quoiqu'on ait exagéré son importance, il mérite pourtant d'être signalé comme une des constructions militaires les plus notables de la Basse-Normandie aux derniers temps de la féodalité.

Ce château a été retouché dans beaucoup de parties : les fenêtres surtout ont été défigurées ; mais le corps des bâtiments appartient, je crois, à la fin du XVe. siècle. Il se trouve à un niveau très-bas, au milieu des herbages delà riche vallée d'Aure ; son enceinte carrée régulière , est entourée de fossés pleins d'eau. Le principal corps-de-logis occupe le côté du Nord ; le rez-de-chaussée est voûté et n'a point été défiguré; les appartements des étages supérieurs ont au contraire été retouchés vers le règne de Louis XIV, et depuis cette époque. Aux deux extrémités de ce bâtiment allongé, sont deux tours rondes qui protègent les angles de la

accorda en outre à l'église (Je Bayeux quatre muids d'orge qu'il possédait par droit d'héritage sur le moulin du Manoir, et des pièces de terre qu'il avait promis devant ledit Henry, roi d'Angleterre, d'octroyer à l'église du Plessis , avec l'église de Planchery (sic) (Planquery).

Au bas de cette transaction ou accord , se lit la ratification par Pévéque de Bayeux, en date de Van 1147.

Nous avons ainsi appris que les puissants et riches Bacons étaient alors les seigneurs de Colombières.

En dépit des termes explicites de cet arrangement, Dieu sait! combien de fois depuis il fallut recourir à de nouveaux arbitrages en présence de févéque et du chapitre; invoquer l'intervention du bailliage, voire même du parlement. Tantôt il s'agit de droits purement honorifiques; tantôt de droits de pâture au marais, etc. Un de ces actes les plus anciens après celui déjà cité, est daté de l'an auquel Loys roy des François prinst le chemin pour aller en pèlerinage à Jérusalem.

( Note de M. le vicomte de Cussy ).

place; celle du Nord-Ouest renferme un appartement dont les décorations sont encore du XVe. siècle. Sur le manteau de la cheminée on voit une guirlande de feuilles de choux frisés, dessinant une ogive en forme d'accolade; j'ai remarqué sur les murs du même appartement quelques traces de peintures , dont le dessin symétrique devait produire l'effet de nos parquets en feuilles de fougère ; l'autre tour ( celle du Nord ) renfermait la chapelle.

La porte d'entrée se trouvait dans le côté oriental du carré.

On voit sous la porte des bancs en pierre pratiqués dans l'épaisseur du mur , pour les soldats de garde , et un guichet pour regarder ce qui se passait au-dehors.

De ce côté et du côté du Sud , il n'y avait pas de bâtiments, mais un mur de 8 pieds d'épaisseur, couronné de mâchicoulis , et qui pouvait avoir 30 pieds de hauteur. En somme, le château de Colombières, n'aurait pu tenir contre une attaque sérieuse , surtout contre l'artillerie.

Je ne serais pas surpris que quelques-unes de ses parties ne datassent que du XVIe. siècle , car les possesseurs de ce château étaient alors très-puissants. En 1562, le sire de Colombières était un des chefs les plus redoutables des protestants. Il fit piller le trésor de la cathédrale de Bayeux, brûler une quantité énorme de pièces et de livres précieux , et se livra à beaucoup d'autres actes de barbarie , qui ne sont pas encore oubliés dans le pays.

M. le vicomte de Cussy , dont la [famille possède depuis long-temps la terre seigneuriale de Vouilly, près de Colombières, a fait des recherches étendues sur ce château, et nous allons lui emprunter un document important concernant les possessions attachées à ce fief considérable.

« Le siège seigneurial de Colombières , dit M. le vicomte de Cussy, était un plein-fief de haubert. L'aveu fait en 1534

CANTON DE TRÉVlÉRliS. 717

par Jean cîè Briqucviilc , fils et héritier en partie de feu

messire Guillaume de Briqueville , peut nous offrir une sorte

de moyenne par rapport aux diverses phases et périodes de cette grande propriété. Voici celte pièce :

« Messire Guillaume , mon père , en son vivant chevalier , « seigneur et châtelain de Laune et Coulombières, con- « fesse et avoue tenir du dit seigneur roy , par foy et par « hommage, nuement et sans moyen, à cause de sa vicomte « et châtellenie de Bayeux , sous le baillage de Caen , c'est « à savoir : le fief et châtellenie de Coulombières, tenu par « un plein fief de haubert, entier assis en la dite vicomte, « aux environs et ailleurs où il s'étend noblement et fran- « chement, tenu à cour, usage, justice et juridiction, cir- « constances et dépendances d'icelle en toutes choses sans « en rien excepter ny retenir. Auquel fief et châtellenie jay « château et place forte clos de murailles, grosses tours, fossés « à l'entour pleins d'eau, fermés à pont-levis et guet en iceluy ; « huit paroisses circonvoisines sujettes au guet faicl tant de nuit « que de jour à la garde du dict château , savoir en les pa- « roisses de Coulombières , Briqueville , Bernesq , La Folie , « St.-Marcou, Maistry, Agnerville et Ecrameville. Ensemble « et en la seigneurie et châtellenie , j'ay honneurs , hom- « mages, rentes et deniers ; grains , œufs , chapons, guelines « et plusieurs autres espèces d'oyseaux ; cire, moutons, gerbes « d'orge et d'avoyne à prendre sur les sujets d'icelle seigneu- <« rie , etc. , etc. ; place de colombier , four à ban , place de « moulins à vent , moulins à eau , rivières , étangs ; les « hommes de la dite châtellenie sont sujets au dit four à ban, « à moudre aux moulins de ma dite seigneurie, etc., etc. « Item j'ay droit en mon dit fief et châtellenie, et à cause « d'ycelle , de présenter aux bénéfices d'Ecramville et à la « chapelle fondée de Notre-Dame nommée la Rouge-Brèque , u située dans le château du dit lieu de Coulombières. Toutes « et quantes fois que les cures et chapitre écheoient vacantes, « soit par mort , permutation , résignation ou aultrement ,

CANTON DE TRËVIÈRES. 719

« aussi j 'a vois droit d'ancienneté de présenter à l'église de « Coulombières par mes prédécesseurs aulmonee au chapitre « de l'église cathédrale de Notre-Dame de Bayeux , à raison « de quoy j'ai droit de toutes droitures , dignités et liberté à « la dite église de Coulombières comme seigneur et patron « ou donateur du patronage d'ycelle église ; aussi ay à cause « de ma dite seigneurie, droit d'école de taureau (?) et ver- » bannonière ( ? ) , etc. , etc.

« Et sont tenues les terres et seigneuries qui ensuivent de « ma dite terre de Coulombières noblement, nuement et sans « moyen , à cour et usage , savoir est : les hoirs Richard de <t Briqueville , escuyer , tiennent du dict fief par hommage le « fief de Briqueville , assis en la vicomte de Bayeux , par un « quart de fief de haubert , et m'en doit chacun an trois « porcs gras appréciés à 60 sols tournois ; item, messire Gabriel « d'Alegre , Cher. , à cause de sa femme, du dict fief de Court lombières, un quart de fief noble assis à St. -Pierre-du-Mont, « appelé le fief de Caenchy , assis en la vicomte de Bayeux , « etc. , etc. ; item , les hoirs Bernard de Pigny tiennent du « dit fief un quart de fief par hommage assis à Rampan et « illec environ , en quoy il m'est tenu en 50 sols tournois de « rente. Item, messire Guillaume Acher tient du dit fief de « Coulombières, à laMeaufle et environs, en la dite vicomte, « une franche vavassorie contenant 100 acres de terre, par « hommage, et m'en faict 60 sols tournois de rente ; item , les « hoirs de Robert de Hottot escuyer, en tiennent par hommage, « à St. -Clair et environs, en la dite vicomte, un quart de « fief de haubert , et m'en font par an 75 sols tournois et 1 « chapon ; item , un autre Hottot tient un autre quart au dit « lieu de St. -Clair et environs, etc. , nommé et appelé le fief « Hérouart , tenu du dit fief de Coulombières , qui vient au « roy, notre sire, par forfaiture ou autrement, et m'en est a tenu de faire , etc. , US sols tournois de rente ; item ,

« François de Briqueville , mon frère aisné, tient du dit fief « et châtellenie, etc. , un quart de fief assis à Fresnay, ap- « pelé le fief de Fresnay , assis en la vicomte de Caen , et le « lient en parage. Item , moy , dit de Briqueville , tiens une « franche vavassorie contenant 60 ares de terre , assise à « Bernescq , La Folie , en la vicomte de Bayeux , à présent « tenue réunye en la dite châtellenie. Ittm, les hoirs Jehan » Salles tiennent du dit fief, par hommage, un fief nommé « le grand fief de Coulombières , assis à Langrane ( Lan- « grune ? ) en la vicomte de Caen, et m'en fait 30 sols h deniers « de rente et un éperon doré; item, Roger Suhart tient une « franche vavassorie , etc. , et m'en fait 22 sols 6 deniers « pour un autre éperon doré. »

Nous voyons encore figurer successivement dans cet aveu plusieurs familles qui étaient tenues à des redevances au seigneur de Colombières pour les fiefs qui en dépendaient.

« Les hoirs Jehan Lair , ont un francfief , une portion de « dixme et autres héritages, à Longueville et environs; les hoirs « Nicolas Suart ( sic ) , escuyer , une franche vavassorie , et « font 60 sols tournois , 3 guelines et une livre de cumin (1), a les hoirs Olivier de Crespon , un fief nommé le fief de la « Bodelaye, sis à La Folie, et en fait U9 sols 6 deniers de « rente. Et les dessus dits nommés soutenants à cause de. -« mon dit fief, châtellenie et seigneurie de Coulombières; « me sont tenus de faire les rentes, faisances et redevances « des susdits avec reliefs , treizième , aydes coutumières , et « s'y doivent porter et contribuer au service d'ost quand il « écheoit, selon la coutume du pays, en quoy je suis tenu et « comme plus à plain cy après sera déclaré

(1) Cumin, condiment encore fort en ussge en Angleterre dans la pâtisserie.

CANTON DE TUÊVIÈRES. 721

« Richard Suhart, escuyer, ou ses hoirs, etc. , un quart de « fief de haubert assis à Crouay , etc. ; item, Morin Gosselin, « un membre de fief assis à Fontenay-sur-le-Vey , etc. ; « item , au baillage de Costentin, les hoirs Colin de Saussay , « escuyer , etc. , à Bequeville et Espiney , un quart du fief « assis en la vicomte de Valognes; item, les hoirs de Colin « de Gennes, etc. , à Hiéville et environs , au dit baillage du « Costentin, en la vicomte de Carentan, un quart de fief, et « m'en est tenu de faire 20 sols tournois de rente , etc. , etc.

« Moy , dit de Briqueville , suis tenu et sujet faire au roy , « mon dit seigneur , 40 jours de service pour ayder et garder « la porte St.-Escolasse quand il y a guerre en Normandie et « le roy, mon dit seigneur y fait sa semonce ; et mes vassaux « et soutenants tenus à m'ayder à contribuer aux frais d'ycelle « garde , lequel mon aveu et dénombrement cy dessus défi claré je confesse et avoue tenir du roy, mon souverain « seigneur , par foy et hommage et protestation expresse de « accroître le présent mon aveu si aucune chose en vient à « ma connaissance. En témoin de ce, j'ay signé ce présent « aveu de ma main et scellé du sceau de mes armes. Cy mis « le pénultième jour de décembre 1534.

« Signé de Briqueville. »

« On peut avoir par la pièce qui précède , continue M. de Cussy , une idée nette de l'importance de cette seigneurie dans la première moitié du XVIe. siècle.

« Philippe de Colombières était seigneur châtelain avant 1147. C'était, nous le croyons, un Bacon, un membre de cette puissante famille des Bacon du Mollay dont la riche héritière devait, deux cents ans plus tard, être l'une des causes de l'irruption des Anglais en Normandie, pour satisfaire l'implacable vengeance de Geoffroy d'Harcourt , frustré , dans ses ambitieuses prétentions en faveur de son neveu

à qui Jeanne avait préféré le fils de Bertrand de Bricquebecq.

« En 1372, c'est Henri de Colombières qui fait aveu au roi.

« Après cette date notre registre présente une lacune dans la série des aveux , partant dans la liste des possesseurs des fiefs de Colombières. Heureusement M. le président Pezet nous vient en aide et nous apprend (1) que Henry V , par lettres-patentes du 12 février 1418, dépouillait Olivier de Colombières de ses biens et de sa forteresse en faveur de l'anglais Richard Drayton , parce qu'il était resté fidèle à son suzerain : Qui adhuc contra nos se tenet rebellera, etc.

« Cependant, en 1450, après plus de 33 années, nous retrouvons les légitimes propriétaires remis de toutes parts en possession de leurs biens , non toutes fois sans traces de la perturbation des temps : ainsi , ce n'est pas encore un Colombières qui fait aveu le 24 novembre 1454 , mais bien Christophe de Chatillon (sic) pour Christophe Castiglione. Et l'inventaire fait immédiatement après mention d'un contrat de 1455 , par lequel Jean de Colombières a vendu à Roger de Briqueville, son oncle, le droit de retrait qu'il avait retenu en vendant la terre et seigneurie de Colombières à Christophe de Castillon (sic) par acte du 27 octobre 1452 , à la charge de 100 écus d'or de rente.

« Enfin, pour l'investiture définitive des Briqueville, nous trouvons , le 25 mai 1457 , une transaction entre les sieurs de Coulombières , de Briqueville et de Castillon (sic), par suite de laquelle Roger de Briqueville reste en possession de la châtellenie, terre et seigneurie de Coulombières au désir du contrat de 1455.

(t) Études sur l'administration de la justice et l'organisation judiciaire en fiasse - Normandie et particulièrement dans le Jtessin , etc. , p. 3U , t. III des Mémoires de la Société d'agriculture de Bayeux.

CANTON DE TRÉVIÈRES. 723

« Le 2 mai 1665, Gilles de Briqueville, seigneur de Cou- « lombières, et plusieurs gentilshommes de la religion pré- « tendue réformée constituent une rente de 20h * , pour « l'entretien d'un ministre à Coulombières ; 100 * , près de « la moitié de celte rente , étaient pour le compte dudit sei- « gneur. »

« Mais déjà plus de trente ans auparavant un prêche avait été établi en-dehors du château , dans un des bâtiments d'une des fermes qui en dépendaient. On lit, en effet, sur le linteau de la porte maintenant murée de cette pièce au rezde-chaussée , sur le chemin , et servant aujourd'hui de cellier, la date de 1631 et les versets 6 et 7 du chapitre lv d'Isaïe :

CHERCHEZ L'ÉTERNEL, etc.

« Antoine de Bricqueville, fils de Gilles mentionné plus haut , présenta un placet par lequel il demandait au roi don des 100 livres de la souscription paternelle en faveur du ministre protestant, plus des arrérages, pour l'aider à rétablir la chapelle ruinée par ses ancêtres de la religion réformée ; Antoine de Bricqueville s'était converti dès l'an 1678.

« La requête fut octroyée en 1690 : il obtint remise de la rente à charge de rétablir ladite chapelle , de la fournir de tout ce qui est nécessaire ; d'y faire dire la messe quatre fois la semaine , en ce compris les fêtes et dimanches (1).

(1) Notes de \1. le vicomte de Cussy.

Le canton d'Isigny, par lequel nous allons terminer ce volume , comprend dans sa circonscription les vingt-huit communes suivantes:

Asnières.

La Cambe.

Canchy.

Cardonville.

Cartigny-Lépinay.

Cartigny-Tesson.

Castilly.

St. -Clément.

Criqueville.

Deux-Jumeaux.

Englesqueville.

La Folie.

Fontenay.

Géfosses.

St. -Germain-du-Pert.

Grandcamp.

Isigny (chef-lieu).

Lison.

Longueville.

Maisy.

St.-Marcouf.

Mestry.

Monfreville.

Neuilly.

Osmanville.

Les Oubeaux.

St.-Pierre-du-Mont.

Vouilly.

VOUILLY.

Vouilly, VouUeium.

Le chœur de l'église de Vouilly appartient à l'architecture romane du XIIe. siècle , la décoration en est assez remarquable : huit arcatures géminées avec des archivoltes ornées de moulures garnissent chacun des murs latéraux. L'arc triomphal n'est pas moins bien traité.

CANTON D'iSIGNY. 725

Les fenêtres romanes étroites , arrondies an sommet , existent encore du côté du Nord : on a refait celles qui existaient au Sud. On remarque du côté du Nord , c'est-àdire du côté de la grande route actuelle , une porte romane extrêmement élégante, dont l'un des archivoltes est orné d'un double zigzag et l'autre de moulures en losange ; le mur présente de ce côté des pierres en arêtes de poisson.

Ce chœur a été restauré tout récemment sous la direction de M. le vicomte de Cussy , membre de l'Institut des provinces , au moyen d'une souscription , d'un secours du gouvernement et d'une allocation de la Société française d'archéologie : le concours d'un homme aussi versé que l'est M. le vicomte de Cussy dans l'étude de l'histoire de l'art était une heureuse garantie pour la bonne exécution des travaux : aussi ont-ils été faits avec goût.

La nef est loin d'offrir le même intérêt que le chœur ; les fenêtres ont toutes été refaites : il serait difficile d'en indiquer l'époque, si quelques fenêtres étroites, bouchées aujourd'hui, n'indiquaient la fin du XIIe. siècle pour les parties les plus anciennes, la tour, carrée, terminée par un toit en bâtière , qui occupe l'extrémité occidentale , laisse l'observateur dans la même incertitude. Je la crois moins ancienne que la nef. Elle renferme une cloche du siècle dernier , donnée par le grand-père de M. le vicomte de Cussy et sa femme , Henriette de St.-Simon-Courtomer.

Au-dessus d'un bénitier accolé à l'entrée latérale qu'on y voit, du côté du Sud, se trouvent encore quelques lignes consacrées à la mémoire du célèbre mathématicien Paschal Duhamel qui florit sous François Ier. , ainsi que nous l'apprend le poète Robert de Roques de Braventin dans son Miroir de V éternité , comprenant les sept âges du monde.

Duquel roy fut choisi pour ses lecteurs Haistre Paschal Du Hamcl , grand docteur ,

JSé de Vouilly , assez petit village En Normandie où est son parcntage.

Lequel faisait lectures publiques Dedans Paris es arts mathématiques.

Quoique plusieurs seigneurs de Vouilly aient été inhumés dans le chœur , d'après des documents certains , il ne s'y trouve plus une seule pierre tombale avec inscription.

On a trouvé dans le cimetière un grand nombre de cercueils en tuf ( probablement en tuf de Sainteny , calcaire tertiaire de la Manche).

L'église de Vouilly est sous l'invocation de Notre-Dame. Le chapitre de la cathédrale de Bayeux nommait à la cure et percevait les dîmes , à l'exception du tiers de celles qui provenaient du fief de l'If.

Château. Le château actuel de Vouilly, qu'on aperçoit de la route départementale, à laquelle aboutit une de ses avenues , est une construction de la deuxième moitié du siècle dernier : de larges douves pleines d'eau , des tours et un pont-levis subsistaient encore au commencement de celuici ; c'étaient les restes du château qui avait précédé et qui vraisemblablement appartenait au XVIe. siècle.

Robert Wace cite les seigneurs de Vouilly parmi ceux qui accompagnaient le duc Guillaume à la conquête de l'Angleterre. On ne sait à quelle époque la famille citée dans le Roman de Rou a quitté le pays. Le fief de Vouilly , avec ceux d'Étreham et de Haut-Manoir , formait 1/3 de fief de chevalier au XVe. siècle, d'après les aveux rendus à l'évêque de Bayeux pour la baronnie de JNeuilly.

Dans le XIVe. siècle, on trouve les Montfiquet en possession de la terre seigneuriale de Vouilly ; ils sont remplacés , au XVe. siècle, par la famille de Cussy qui la possède encore.

Cette famille ancienne et bien alliée a produit un grand nombre d'officiers dans les armées de terre et de mer , de

chevaliers de Malle el de St. -Louis, des membres distingués du clergé.

Parmi les membres de cette famille qui existent , nous citerons avec plaisir notre savant confrère, M. le vicomte Fritz de Cussy , ancien officier supérieur , commandeur de l'ordre de Si. -Grégoire, chevalier de St. -Louis , officier de la Légion-d'Honneur.

Il y avait à Vouilly plusieurs autres fiefs, qui sont : celui de Béatrix , mentionné par Montfault ; celui de Prétreville ; celui deHamecourt, qui a long-temps appartenu aux d'Anneville de Chiffrevast ; celui de l'If , qui appartenait aux Cussy avant leur entrée en possession de la terre seigneuriale du château, et qui appartint plus tard aux d'Héricy (1), et enfin celui de la Bazonnière.

SfESTRY.

Mestry, Mastreium } Mestrcium.

L'église de Mestry est en forme de croix, avec une tour carrée terminée par un toit à double égoul ; elle appartient, probablement, à plusieurs époques , et quelques parties sont modernes, mais le style du XVIe. siècle , ou de la fin du XVe. , domine dans le chœur et dans la nef,

Une inscription en lettres gothiques , gravée au-dessus de la porte occidentale , atteste d'ailleurs que ce gable a été faict en l'an mil Vcc XXXVI (1536) en l'honneur et reverance de Dieu et de Marie.

Les conlreforls appliqués sur les angles de la net et des chapelles du transept viennent confirmer cette date , aussi bien que les compartiments de quelques fenêtres qui subsis-

(1) La terre de l'If a été achetée par feu M. le comte Théodose d'Osseville , receveur-général du Calvados; elle appartient à sa fille Mm*. la comtesse de Jumilhae.

lent encore et que les voûtes des deux chapelles du transept, auxquelles on remarque de petits pendantifs.

Le reste de l'église n'est pas voûté.

En 1850, M. l'abbé Le Bosq , qui était alors curé de Mestry, a mis au jour, par l'enlèvement d'une épaisse couche de badigeon , les armoiries des anciens seigneurs patrons de la paroisse, et deux peintures murales dans les chapelles du Nord et du Midi.

L'église de Mestry est sous l'invocation de Notre-Dame. L'abbaye de St.-Lo nommait à la cure; le prieur curé percevait les dîmes , à charge de payer au chanoine de Colombières 36 boisseaux d'orge et autant d'avoine.

Faits historiques. Picard, dans ses notes sur l'historien Guillaume de Neubridge , dit que Hubert Waultier, archevêque de Cantorbéry et grand-chancelier d'Angleterre , avait fait sa profession monastique dans l'ordre de saint Augustin , en 1193 , à Mestry, prieuré-cure dépendant de l'abbaye de St.-Lo.

« Il y avait , dit M. le vicomte de Cussy , plusieurs fiefs « nobles à Mestry : celui de la Bretonnière, appartenait au « XVIe. siècle à la famille d'Écajeul. Noble homme François « d'Écajeul, chevalier de l'ordre du Roi, sieur de la Bre- « tonnière, était député de la noblesse de la vicomte de « Bayeux aux États des Normands tenus à Rouen en 1583.

« Mais le fief principal était celui de Semilly , appartenant « aux Boran. Thomas de Boran , qui avait suivi Bertrand « du Guesclin en Espagne, se distingua tellement à la bataille « de Monliel, le Mx mars 1369, que Henry de Transtamare, n qui y gagnait la couronne de Castille , changea les armoi- < ries du chevalier français jusqu'alors de gueules à 3 étoiles « d'argent, contre celles d'argent au lion rampant de sable h armé et lampassé de gueules , accompagné de 3 têtes de

« maures de profil aussi de sable , entortillées d'argent et « posées 2 et 1. C'est là l'écusson retrouvé sur la litre de » l'église. D'autres écussons , également mis à nu par renié- « vement du badigeon, sont peut-être les armes des d'Es- « cajeul, je n'ai pas eu le temps de vérifier le fait : en 1790, « le seigneur et patron de l'église était le marquis de Pierre- « pont, au droit des Boran de Silly (1). »

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