NEUILLY
Neuilly , Nulleium.
L'église de Neuilly se compose d'un chœur rectangulaire , du XIIIe. siècle, voûté en pierres, éclairé par des fenêtres en forme de lancettes , au nombre de trois de chaque côté ; et d'une nef romane qui a reçu des modifications au XIIIe. siècle , probablement quand on a reconstruit le chœur. On a établi , à cette époque , du côté du Sud , dans une porte romane dont on voit le cintre, une porte ogivale : le tympan
de cette porte est orné d'une petite rose. Le pignon occidental paraît avoir été refait à la même époque.
On voit encore des arêtes de poisson dans quelques portions des murs , une petite fenêtre cintrée , en forme de meurtrière, du côté du Sud, et, du côté du Nord, une porte cintrée avec archivolte ornée de zigzags et portée sur des colonnes. Je ne parle pas des ouvertures refaites ou élargies. A l'Ouest, s'élève une tour moderne, terminée par un toit en bâtière couvert d'ardoise , et composée de quatre étages. Comme elle se trouve sur la colline qui borde la vallée de la Vire, on la voit des diverses communes qui se trouvent sur le bord opposé.
Le chevet était percé d'une fenêtre, subdivisée en trois ouvertures , qui a été bouchée par suite de rétablissement d'un grand rétable. La sacristie , moderne comme toujours , est accollée au chœur , du côté du Sud.
L'église est sous l'invocation de Notre-Dame : le chantre de la cathédrale nommait à la cure et percevait les dîmes, excepté sur le fief des Sangliers.
Château. — Le château de Neuilly existait dès le XIP. siècle. C'était le chef-lieu d'une baronnie qui appartenait aux évêques de Baveux ; ce château leur servait de retraite dans les guerres et les temps de troubles et de maison de campagne dans les temps ordinaires : ils y ont entretenu un gouverneur jusqu'au XVIe. siècle. Une forêt de 325 arpents formait le parc de cette résidence.
En 1088, l'évêque Odon , frère de Guillaume-le-Conquérant , y retint prisonnier le comte de Bellême.
En 1341, il y eut une grande querelle entre Geoffroy d'Harcourt , sire de St. -Sauveur-le- Vicomte , et Robert Bertrand , frère de Guillaume Bertrand , évêque de Bayeux , parce que ces deux seigneurs voulaient, l'un et l'autre,
marier leur fils à la fille de Roger Bacon , seigneur du Mollay. Ils prirent les armes l'un contre l'autre. Geoffroy , qui avait beaucoup de troupes à sa disposition , assiégea le château de Neuilly. Mais Philippe de Valois ayant découvert l'intelligence que Geoffroy, Guillaume Bacon, Richard de Percy et Jean de La Roche-Tesson , entretenaient avec Edouard , roi d'Angleterre , fit périr les trois derniers ; Geoffroy fut assez heureux pour échapper, en abandonnant son entreprise sur Neuilly.
Cinq ans après, Geoffroy revint au port de la Hougue , le 1er. juillet 1346 , avec Edouard , se présenta de nouveau devant Neuilly qu'il prit en peu de jours , et qu'il brûla. Le château fut rétabli, puisque, dès 1356, il servait d'asile à Pierre de Vilaines , évêque de Bayeux , qui s'y retira pour éviter le duc de Lancastre qui était descendu dans le Cotentin, avec une armée anglaise. Ce prélat y mourut le 3 septembre 1360, et son corps resta soixanledix ans dans le château , sans être inhumé. Neuilly fut remis aux Anglais, par composition, le 15 mai 1418, et la garde en fut confiée à messire John Stewart , chevalier, capitaine qui avait sous lui cinq hommes d'armes et quinze archers (1) .
Hermant rapporte que l'évêque Zanon de Castillon allait souvent au château de Neuilly , qu'il y mourut en 1459 , et que ce fut là que fut inhumé un de ses prédécesseurs, l'évêque de Vilaines, qui ne l'avait pas été faute d'avoir payé au pape le droit accoutumé.
Mgr. de Neufchâtel , évêque de Bayeux , se renferma , en 1492 , dans Neuilly avec ses vassaux et quelques troupes qu'il leva , il y soutint un siège avec avantage contre un parti d'Anglais, venu de la Hougue.
(I) V. les noies historiques de M. le vicomte de Cussy sur Neuilly-
Lévêque.
En 1689 , le château fut surpris par Jean de Longaunay qui s'était déclaré contre son père , lieutenant du roi en
Normandie; mais il le rendit, l'année suivante, au duc de Montpensicr qui le fit raser. Depuis ce temps, il n'a
CANTON D'iSlGNY. 739
plus été rétabli ; il élait baigné par les rivières de Vire et d'Elle qui en défendaient l'entrée.
11 y a vingt ans , la partie principale du château de Neuilly consistait dans les constructions dont je présente le dessin, page 738. Quelques parties de ce corps de logis, notamment les salles voûtées du rez-de-chaussée, me parurent alors remonter au XIVe. siècle ; la partie supérieure semblait avoir été retravaillée à diverses époques (XVe. et XVIe. siècles).
J'ai appris que, depuis ma visite, on a détruit une partie de ce bâtiment et qu'il ne reste plus que la moitié de ce qui est figuré dans mon dessin.
Les murs en briques qui bordent la cour , paraissent de la fin du XVIe. siècle.
On trouve, dans les aveux dont j'ai déjà parlé, des détails étendus sur la manière de traiter et gouverner tes bois et forêts de la baronnie de Neuilly , appartenant à la temporalité de Vèvèchè de Bayeux. On y lit ce qui suit : « Et premièrement en la dicte baronnie a un bois nommé « le Parc (1) lequel Monseigneur peut vendre a qui quil « lui plaist sans tiers ne dangier et des ventes qui y sont « faictes payer la disme aux seigneurs du chapitre de « Bayeux e ny peut aucun aller sans dangier de forfaic- « ture.
« Item en la dicte baronnie a un bois nommé forest de « Neuilly et le mont de l'If en laquelle il y a deux sergens « fieffés pour les garder ovesque autres sergens et gardes « que mon dict seigneur y peut commettre. »
Suit l'indication des droits d'usage dont jouissaient les habitants de la baronnie.
(1) Ce bois est marqué sur la carte de Cassini ; il est séparé de la forêt et situé au Nord de l'église, dans la direction d'Isigny.
Dans le Dénombrement du temporel de levesché de Bayeux faict et escript par (ordonnance de très révérend père en Dieu Louis de Harcourt, patriarche de Jérusalem et evesque de Bayeux en 1475, il est dit que les baronnics de Neuilly et Isigny « de si long-temps qu'il n'est mémoire au contraire » sont unies ensemble en une même juridiction.
Parmi les principaux fiefs qui en dépendaient, ce manuscrit cite :
Le fief de Fontaines , à Isigny ;
Le petit fief de Fontaines , au même lieu ;
Le fief de Lison ;
Le fief de Rupalley ;
Le fief de Vouilly ;
Le fief d'Ouistreham , à Vouilly ;
Le fief de Montmartin-en-Graignes (Manche) ;
Le fief de Viei ville , en Cotentin ;
Le fief de Cachie , à St.-Marcouf.
Robert des Ablèges, évêque de Bayeux au XIIIe. siècle, donna au Chapitre de Bayeux la dîme des saumons qui se prenaient alors très-abondamment près de son château de Neuilly. Ce domaine est maintenant une ferme appartenant à M. le comte de Gannay , à qui elle vient de M. le comte de Pourtalès-Gorgier , par alliance. On défriche de toutes parts la forêt de Neuilly.
LES OUBEAUX.
Les Oubeaux , Oubelti,
L'église des Oubeaux était, dans l'origine, une petite église romane dont le chevet était percé de fenêtres étroites et cintrées. Dans les derniers temps , on a eu la singulière idée de faire de celte église ancienne le transept d'une
CANTON D'JSIGNY. 761
église nouvelle , et on a construit une nef venant à angle droit donner sur le mur septentrional ; puis on a percé le mur méridional pour établir , au Sud , une chapelle formant le sanctuaire et la tête de la croix. Il résulte de cette combinaison deux parties bien distinctes dans l'église actuelle: la nef moderne et le sanctuaire sans caractère , et le transept qui appartient au style roman avec quelques ouvertures et quelques reprises de l'époque ogivale. La tour, en bois, a été établie à l'extrémité du transept Sud.
L'église est sous l'invocation de sainte Marie-Magdelaine ; le chantre de la cathédrale était patron coliateur de la cure et décimateur; il laissait au curé 1/3 de la dîme.