‹ Statistique monumentale du Calvados (volume 2)Chapitre 288 sur 296 · PARTIE CENTRA · texte numérisé non relu

PARTIE CENTRA

curieuse en ce que, comme à Colleville (p. 657), des ou-

verturcs rondes (oculus) , au nombre de deux sur chaque côté , éclairent l'étage supérieur , et parce que les clochetons placés dans les angles du carré qui supporte la pyramide octogone sont, comme à Trévières (p. 690) , d'une forme trapue qui annonce le peu d'habitude qu'on avait encore d'établir des flèches octogones en pierre sur des tours carrées.

La tour est , d'ailleurs , dans le style roman ; les ouvertures en sont cintrées , et l'on y voit , du côté du Nord (V. la figure, p. 778), une porte cintrée dont l'archivolte est garnie de plusieurs rangs de zigzags.

La nef appartient, comme le chœur, au style de transition, ayant des fenêtres en lancettes et des corbeaux sous la corniche ; mais la porte occidentale est postérieure et m'a paru du XIVe. siècle.

L'église d'Englesqueville est sous l'invocation de saint Vigor; la cure se divisait en deux portions, et quand le livre Pelut a été écrit, l'évêque de Bayeux était patron pour la première portion et Ludovicus de Tirbovilla , pour la seconde.

Avant la Révolution , le patronage s'exerçait alternativement par l'évêque et le seigneur; le curé percevait les dîmes.

Château. — Le château d'Englesqueville, au Nord de l'église, sur le bord du chemin qui parcourt le littoral, doit avoir été, dans l'origine, entouré de fossés , et quelques parties peuvent être du commencement du XVIIe. siècle ou la fin du XVIe. ; mais on y a fait des travaux qui ont dû faire disparaître les caractères de cette époque. Ce château appartient à M. le marquis de Faudoas.

Le rivage est escarpé devant la commune d'Englesqueville, des falaises en pierre calcaire (grande oolithe) bordent la côte. On montrait , il y a quelques années , sur le bord des

falaises, une construction peu importante dont une partie était tombée dans la mer et qu'on désignait sous la dénomination de petit château d'Englesqueville. Cette construction n'offrait aucun caractère d'ancienneté.

Château de Beaumoni. — L'éminence arrondie et isolée qui s'élève au sud-ouest de l'église d'Englesqueville, a supporté autrefois une bourgade ; on y a trouvé bon nombre de fondations de maisons , et l'on montre encore la place qu'occupaient l'église et le cimetière. Des cercueils en pierre et un cercueil en plomb ont été exhumés de ce cimetière il y a quelques années.

Un château assis au sommet de l'éminence était le cheflieu d'une baronnie qui relevait de l'évêque de Bayeux, et dont le possesseur était obligé de servir d'écuyer au prélat lors de son entrée à Bayeux pour y prendre possession du siège épiscopal.

Ce château est aujourd'hui défiguré par des constructions , dont quelques-unes ne remontent guère au-delà de 1600 , et dont d'autres sont beaucoup plus modernes; mais, vers le Sud-Ouest , on voit encore quelques portions de murs appartenant au XIIe. siècle et une jolie chapelle romane placée au-dessus d'une longue salle voûtée, et à laquelle on montait par un escalier de la plus grande élégance. L'habitation baronniale offre encore quelques pleins-cintres, des modillons, deux cheminées de forme octogone, comme on les faisait assez habituellement au XIIe. et au XIIIe. siècles; le reste mérite peu d'attention , les logements ayant été modernisés par des ouvertures et des distributions nouvelles.

On voit aussi , de ce côté , des restes de fossés à peu près intacts, et qui offrent une disposition de la contre-escarpe

CANTON D'iSIGNY. 781

semblable à celle que j'ai décrite précédemment en parlant d'autres châteaux du même temps.

Malgré ses fossés et l'avantage de sa position , le château de Bcaumont-le-Richart était, si je ne me trompe, plutôt l'habitation d'un riche baron du XIIe. siècle qu'une forteresse redoutable ; il n'y avait pas , je crois , de donjon proprement dit dans l'enceinte , mais des constructions plutôt civiles que militaires.

La maison baronniale et la chapelle étaient , je crois , dans la même enceinte. Cette cour principale du château devait être séparée de la seconde cour, au Nord , par un fossé.

Le passage suivant, concernant le château de Beaumont-le- Richart , se trouve dans un aveu des fiefs et arrière-fiefs de l'évêché de Bayeux, transcrit en \M5 par ordre de l'évéque, Louis de Harcourt , et qui fait partie des manuscrits de la bibliothèque du chapitre de Bayeux :

« Thomas de Hotot écuyer lient par foy et hommaige les « fiefs, terres et seigneuries de Beaumont-le-Richart noble- « ment et franchement à court et usaige par le nombre de « huit fiefs de haubert en basse et moyenne justice. En quoy « a deux foires chacun an l'une à la St. -Pierre entrée « d'Août et l'austre à la iNostre Dame de Septembre, séantes « chacune une journée , et marchié costumier par chacune « sepmaine au mardi avecques plusieurs droitures , libertés , « patronages, franchises et dignités , tant à la paroisse duclit « lieu de Beaumont que es paroisses d'Anglesqueville , « St. -Pierre au mont, Criqueville, St. -Nicolas de grand- « camp , Lestanville , Longueville , que ailleurs où ils « s'étendent es bailliages de Caen et de Costentin. Auquel « lieu de Beaumont a chastelenie , ville , chastel , et bourg « et en sont tenus par hommaige les fiefs qui en suivent. » Suit l'énumération des fiefs dépendant de Beaumont :

« Et icelle seigneurie ( Beaumont le Richart ) et les fiefs et « arriéres fiefs qui en dépendent et sont tenus , sont à nous « subgietz à cause de nostre dicte temporalité en ung espervier « de rente chacun an entre la saint Jehan et la saint Pierre « d'Aoust , ou vingt sous à la saint Michiel avecques quatre « livres tournois de rente. Et avecques ce est subgiet ledict « seigneur de Beaumont , de convoier et mener l'Evesque « d'icelui fiayeux pour la première foys qu'il vient prendre « la possession d'iceluy Eveschié , depuis le prieuré du dict « lieu de Saint Vigor jusques à la mère église du dict lieu « de Bayeux. Et pour ce doibt avoir le cheval sur quoy « icelui Evesque vient et descend au lieu de Saint Vigor pour « icelle première foys. Hem est le dict seigneur de Beaumont « à rayson d'icelle seigneurie subgiet envers nous à cause de « notre dicte temporalité , en reliefs , XIIIes. aides coutu- « mières quant ils chaient , avecques les droitures et « hommaiges appartenant , et faire service de deux chevaliers « chacun par quarante jours au Duchié de Normandie au * mandement du Roy et ung chevalier hors de la Duchié « comme les aultres de la Duchié sont subgietz. »

(Extrait de l'aveu déjà cité, a la bibliothèque du chapitre de Bayeux. )

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