‹ Statistique monumentale du Calvados (volume 2)Chapitre 50 sur 296 · SON COEUR · texte numérisé non relu

SON COEUR

On ne trouve pas l'église Ste.-Anne mentionnée dans le pouillé du diocèse de Bayeux , parce qu'elle dépendait du doyenné du Val de Vire qui , lui-même , faisait partie du diocèse de Coutances.

Il y avait autrefois , à Vire , trois couvents de femmes et deux d'hommes, savoir : les Cordeliers, établis en 1681 ; les Capucins, qui dataient de 1625 ; les Ursulines de 1631 ; les Bénédictines, de 1666.

Les bâtiments du couvent des Cordeliers furent achevés en 1691 , et l'église fut consacrée , sous le titre de saint Michel, le 20 mai 1500 , par Guillaume, évêque de Porphyre. Il est sorti de ce couvent plusieurs religieux distingués par leur érudition. En 1568, les Calvinistes firent mourir cinq religieux de cette maison et y firent de grands dommages. On lisait ce qui suit sur une poutre sculptée de l'église aujourd'hui démolie :

L'an mil cinq cent soixante-huit Ce temple fut destruit ; L'an suivant, que Ton dit, Langevin me restaurit.

L'hôpital général, auquel on accède par la rue tendant à Vassy et à Condé-sur-Noireau , fut établi l'an 1683.

L'hôtel-Dieu , qui avait été fondé vers le milieu du XIIe. siècle, fut occupé, en 1661, par des religieuses hospitalières.

Château. — La jolie place située près de l'église Notre- Dame occupe l'étendue de l'ancien château.

Ce château , reconstruit au XIIe. siècle par Henri 1er. et situé sur une presqu'île rocheuse , comme ceux de Falaise et de Domfront , était inaccessible de tous côtés , excepté de celui qui regarde la ville et par où le cap s'attache aux plateaux voisins. Mais un fossé profond et d'épaisses murailles , fortifiées par des tours, en défendaient l'approche. Deux de ces tours , qui flanquaient la porte d'entrée , avaient plus de 60 pieds de hauteur. On entrait d'abord dans une première enceinte où se trouvaient des logements et des écuries ; plus loin était un second fossé avec un pont-levis , pour entrer dans la seconde enceinte , qui était garnie de bons murs avec trois tours. Il y avait entre les deux autres tours une chapelle dédiée à saint Biaise. A l'extrémité opposée et sur la pointe du rocher se trouvait le donjon , dans lequel on entrait par plusieurs degrés.

La plupart des fortifications ont été démolies en 1630, par les ordres de Richelieu.

Ce fut à la même époque que le donjon fut démantelé ; il était divisé en quatre étages. Au rez-de-chaussée se trouvait un escalier maintenant complètement détruit , qui accédait au premier étage et à une galerie pratiquée dans l'épaisseur du mur, d'où partaient sans doute des escaliers tournants , donnant accès aux deux étages supérieurs. On remarque dans la partie des murailles qui répond au premier étage une vaste cheminée , près de laquelle était une fenêtre qui a été élargie long-temps après la fondation de la tour.

Au troisième étage sont deux fenêtres; le quatrième étage n'offre que des ouvertures étroites.

Les murs de ce dernier étage étaient beaucoup moins épais que les autres , de sorte qu'on avait pu ménager à l'extérieur de la tour et à un niveau correspondant au plancher, un trottoir. Ce trottoir est encore garni de consoles ou de longs modillons saillants , qui ont probablement supporté un mur en

encorbellement, de manière qu'il restait entre chacun d'eux une ouverture pour laisser tomber des pierres ou autres corps pesants sur ceux qui auraient tenté d'assaillir la tour. On trouve dans l'altas de mon Cours d'antiquités monumentales une vue des ruines du donjon telles qu'elles existent aujourd'hui.

M. d'Isigny a , dans un mémoire remarquable sur le château de Vire , indiqué les principaux faits de l'histoire militaire de cette ville , depuis le XIIe. siècle. Durant les guerres de religion , la ville fut exposée aux ravages des Calvinistes. Elle fut prise et reprise plusieurs fois. Montgommery s'en empara, dès le commencement des troubles , en 1562 ; il pilla et enleva le trésor de l'église. Le duc d'Estampes la reprit sur Montgommery, et Montgommery s'en empara une seconde fois en 1563. La ville fut encore prise et pillée, pour la troisième fois, par Montgommery, en 1568.

Vire prit part aux troubles de 1639, qui agitèrent presque toutes les villes de Normandie, au sujet des va-nu-pieds.

Elle était menacée du pillage par l'armée du roi , sous les ordres de Gassion , qui venait pour punir ses habitants ; mais elle en fut préservée par la prudence et la sage conduite de Philibert-le-Hardi , avocat du roi.

En 1759, un incendie réduisit en cendres une partie des faubourgs de Vire.

Nous avions beaucoup de notes sur Vire, mais nous passons rapidement sur l'histoire des villes, qui nous entraînerait trop loin et hors des bornes que nous impose notre titre : Statistique monumentale.

D'ailleurs M. Le Marchand , M. le docteur Mury et plusieurs honorables habitants de Vire , ont réuni de nombreux documents sur l'histoire de leur ville natale , et nous espérons qu'ils publieront le résultat de leurs recherches.

«oulonces.

Coulonces , Coloncii , Oncolonciœ , Colonce.

L'église de Coulonces se compose , comme le plan ci -joint l'indique, d'un porche placé à l'extrémité occidentale, d'une nef et d'un chœur rectangulaires, avec une tour élevée sur la première travée du chœur. Elle offre un plan régulier et appartient en grande partie au XIIIe. siècle , sauf le porche.

L'arc extérieur du porche est orné de chaque côté de trois colonnettes à chapiteaux tournés, supportant deux archivoltes à chanfrein droit. Cette description peut au reste s'appliquer à presque tous les porches des environs

de Vire. Sous le porche est le bénitier , que l'on rencontre quelquefois dans celte contrée placé ainsi à l'extérieur.

La porte d'entrée sous le porche est des plus simples , ce qui est encore habituel dans cet arrondissement. Le gable occidental de la nef était percé de deux lancettes surmontées d'un oculus, lorsque l'établissement du porche a fait boucher ces ouvertures. La nef se compose de trois travées ; elle a conservé ses fenêtres-lancettes du côté Nord, mais au Sud on les a remplacées par des fenêtres à doubles baies. Les deux premières se composent de deux ogives sous une plus grande, mais elles ont une double archivolte de chanfreins creux , ce qui pourrait les faire reporter au XVe. siècle. La troisième fenêtre est flamboyante. La charpente de la nef est fort belle. Le

chœur est orné de colonnettes à chapiteaux à crochets et offre de belles voûtes; les fenêtres du Midi sont flamboyantes (1) , mais au Nord ce sont encore les fenêtres primitives, à meneaux bifurques comme les deux fenêtres refaites à la nef, mais à chanfrein droit et n'ayant qu'une seule archivolte. Au Sud du chœur est une petite porte ogivale à colonnettes avec bases sans chapiteaux.

Le clocher offre deux étages au-dessus du chœur : le premier est éclairé de meurtnières sous de grands arcs fort simples, sans base ni chapiteau. L'étage du beffroi présente sur chaque face une ogive dont le fond de l'embrasure est occupé par deux fenêtres tréflées très-allongées; le tout est couronné d'un toit en essente et ardoise. L'escalier du clocher, placé au Nord , a son entrée contre le second pilier du chœur et présente une assez grande saillie à l'extérieur.

Au bas de la nef, sous la corniche , est une petite fenêtre carrée (environ 2 pieds) ; déjà plusieurs fois nous avons rencontré des fenêtres semblables au point de jonction du chœur et de la nef. A Sl.-Jean-le-Blanc , une fenêtre est placée aussi entre chœur et nef, mais fort bas, et pourrait avoir quelque rapport avec ce que les Anglais appellent low side window. Tous ces exemples et plusieurs autres sont placés au Sud, et servaient peut-être à éclairer soit une tribune, soit un jubé. Les autres constructions modernes sont deux grands contreforts au Nord du chœur et une porte nouvellement percée au Sud de la nef.

Voici quelques-uns des tombeaux que l'on voit dans le sanctuaire :

(t) Celle du sanctuaire porte la date Û\MCC2X ( 1520 }.

Q VI. DECEDA. LE . 3 . IOVn.DAVRIL.1666

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Il est probable que ces pierres ont été changées de place , autrement on ne s'expliquerait pourquoi le cordonnier Herel aurait été enterré dans le sanctuaire. Les instruments de l'état du défunt sont représentés sur son tombeau.

De même sur l'autre on voit des ciseaux. L'indication de la contagion de 1627, dont fut atteinte la défunte Durand, est aussi à remarquer.

Plusieurs tombeaux de cette église et de celles des environs présentent des bénitiers à leurs extrémités , comme en Bretagne.

L'église de Coulonces était sous l'invocation de saint Gilles; le seigneur nommait à la cure. Dans l'origine , la cure se divisait en deux portions qui avaient été réunies dès l'an 1665.

Château. — Sur le bord de la route de Vire à Villedieu , au bord d'une pièce d'eau, est la cour de Coulonces, construction delà renaissance, en avant de laquelle est un colombier et une chapelle en style du XIIIe. siècle, mais dont, à une époque plus récente, on a rebâti le mur du Nord et le gable de l'Ouest , qui n'offrent qu'une simple muraille avec quelques traces d'une litre. Au bas de cette chapelle , du côté méri-

dional, se trouve la porte d'entrée de l'époque de la renaissance, surmontée d'une niche accompagnée de cariatides en basrelief et d'ornements d'une grande richesse. Du même côté , la chapelle est éclairée par deux lancettes simples et élégantes, et à l'Est par une fenêtre à trois baies qui a perdu toute sa partie supérieure lorsque le pignon a été détruit pour faire place à un toit à croupe. Au milieu de ce toit est un petit édicule octogone à deux étages. Toutes ces constructions forment un ensemble des plus pittoresques. Dans la chapelle est une jolie vierge gothique assise sur un pliant; on dit qu'il y en avait une semblable dans l'église paroissiale, mais qu'elle a été enterrée dans le cimetière.

« Ce petit château était le siège d'une baronnie qui fut « érigée en 1336 en faveur de Jean de Villiers, de laquelle les « fiefs de Vaudry, de Viessoix, d'Estouvy, de Bordeaux, « d'Asnebec, de Margueray et de St.-Aubin-des-Bois dé- « pendent noblement : le fief de Martilly en St. -Martin de « Tallevende y est réuni , et il a des extensions dans cette « paroisse , dans celle de Tallevende et de St. - Manvieu.

« Le fief et terre de Coulonces estoient autrefois possédés par « une famille du même nom. Il entra en celle de Villiers, en- « suite en celle de la Haye , de Tournebu , de Bordeaux , « d'Assy-le-Cornu et de Livet. — L'Histoire de France nous « apprend que M. Jean de La Haye , baron de Coulonces et « capitaine ou gouverneur de la ville de Villaine-la-Juhel au « pays du Maine , servit utilement le roi Charles VII dans les « guerres qu'il eut contre les Anglois, et qu'il fut un de ceux « qui contribua le plus au gain de la bataille de Gravelle, dans « laquelle le seigneur de La Pôle, frère du duc de Suffolk, fut « défait et pris prisonnier par Jean de Harcourt, comte d'Au- « maie, et Ambroise deLoré, en 1422. — Ce même Jean de « La Haye, baron de Coulonces, ayant appris que les Anglois, « après avoir été forcés de lever le siège du Mont- St. -Michel,

« en 1423, s'estoient retirés à Ardevon où ils avaient fait faire « une bastille, et qu'ils en étoient sortis pour ravager le pays, « il les alla attendre entre leur fort et le Mont-St. -Michel, où « il les défit entièrement, en tua 240, en prit plusieurs pri- « sonniers et entr'autres un chevalier anglois nommé Thomas « Bourdet. Ce baron fut tué quatre ans après, en 1427, avec « les seigneurs de la Hunaudaye et de Chasteaugiron, dans la « grève qui est entre la ville d'Avranches et le Mont-St.- « Michel , en combattant avec beaucoup de valeur contre le « sieur de l'Escalle, qui conduisoit des vivres aux Anglois qui « avoient assiégé Pontorson.

« Dans cette même paroisse , il y a encore les fief et terre « de Bordeaux, qui ont donné ou pris leur nom d'une famille « considérable dont les biens sont entrés dans la famille de « Varinier.

« François de Bordeaux , sorti de cette famille , baron de a Coulonces et conseiller au Parlement de Rouen , fut ena voyé , en 1518 , en ambassade avec le comte de Guéras, « par François Ier. , vers Joachim , marquis de Brande- « bourg, pour arrester les pactions du contrat de mariage « de Renée de France, sa sœur, avec Joachim , fils aîné de « ce marquis, et, dans la même année, il fut encore en- « voyé, avec le même comte de Guéras, vers Albert, électeur « de Cologne, en qualité d'ambassadeur, et ensuite fait, par « le même François , président au Parlement de Normandie, » en 1519. »

(Extrait d'un manuscrit déjà cité.)

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