NICOLAS DUBOIS MAIRE
FRANÇOIS THEKIOT FONDEUR.
L'if du cimetière mesure, dans sa partie moyenne, 11 pieds de circonférence.
Cette commune a été agrandie par l'adjonction de celle de Pontalery qui y a été réunie par ordonnance royale du 19 juillet, 1826.
La paroisse de Mesnil-Durand était autrefois comprise dans l'élection d'Argentan, bien qu'enclavée de toutes parts dans les élections de Lisieux , de Falaise et de Pont-1'Évêque. Dans l'ordre ecclésiastique, elle faisait partie de l'archidiaconé d'Auge et du doyenné de Mesnil-Mauger. Le patronage était laïque et appartenait au seigneur qui , suivant le pouillé du XIV,: siècle, était alors Henri des Casleliers. D'après les recherches de M. de Neuville , il y avait deux fiefs ,
portant l'un et l'autre le nom de fief de Mesnil-Durand; le principal , celui auquel était attaché le patronage de la paroisse, appartenait, vers le milieu du XVIe siècle, à Pierre de Quesnel , seigneur de Mesnil-Durand : de lui relevait le second fief du même nom qui était, à cette époque, la propriété de Jean de Neufville, sieur de Belleau, auteur de la branche de Neufville Saint-Rémy , éteinte dans la maison du Châtelet , sous le règne de Louis XIV. C'est de ce dernier fief, possédé au XVIIIe siècle par la famille Jourdain, que dépendait le vieux manoir de Mesnil-Durand que l'on voit encore à peu de distance de la rivière de Vie , construction ancienne , mais d'un intérêt médiocre. Le fief principal , donnant le titre de seigneur et patron de Mesnil-Durand, appartenait , au siècle dernier , à la famille de Graindorge d'Orgeville , fixée dans cette paroisse depuis le mariage de François de Graindorge, sieur du Theil, avec Charlotte Pollin de La Frémondière, en 1683. Son petit-fils, François-Jean de Graindorge d'Orgeville > baron de Mesnil-Durand , se distingua par ses talents militaires : devenu officier-général , il acquit une grande célébrité par des ouvrages sur la tactique, où il soutenait des principes fort combattus à cette époque et depuis généralement adoptés : il mourut à Londres dans l'émigration, en 1799. Il avait eu deux fils, dont l'aîné, le vicomte Gustave de Mesnil-Durand , fut, dans les premières années de la Révolution , l'un des auteurs les plus spirituels du célèbre recueil intitulé Les Actes des Apôtres; revenu d'émigration dans l'espoir de sauver le roi Louis XVI , dont il s'offrait à être le défenseur, il fut arrêté et périt sur l'échafaud. Un joli château, construit peu d'années auparavant, fut vendu comme bien national et a été depuis rasé. M. le baron de .Mesnil-Durand , le second des enfants du général , a fait construire, à peu de distance, le château de Balthasar, aujourd'hui la propriété de son fils.
A Mesnil-Durand, se trouvait encore le fief du Verger, qui appartenait, sous le règne de François Ier, h Julien Hesdiart, sieur du Verger et de Boishébert , élu à Lisieux , anobli en 1552. Ce fief, mouvant de la seigneurie de Mesnil- Durand, est devenu, au commencement du règne de Louis XV, la possession de la famille Jourdain. On y voit un manoir peu ancien et un colombier d'une construction antérieure et d'un effet pittoresque. Cette terre est actuellement la propriété de JVIme de Saint- Vulfran, née Jourdain du Verger.
Ajoutons que Jean-Baptiste de Vitray , sieur des Essards , et François Perrotte, prêtre , firent constater leur noblesse en la paroisse de Mesnil- Durand lors de la recherche de 1666.
LE MKSNIL-GERMAIN.
Le Mesnil-Germain, Ecclesia de Mesnillo Germant. L'église du Mesnil-Germain s'élève d'une manière pittoresque sur le sommet d'un coteau et domine un étroit vallon qui va se perdre dans la riante vallée du Mesnil-Durand.
Cette église , que M. Pannier vient de visiter et de décrire, était primitivement romane. La nef et le chœur forment un long parallélogramme percé , au nord et au midi , de fenêtres à arc surbaissé datant du siècle dernier. Les murs, entièrement récrépis, ne laissent plus voir l'appareil primitif. Le mur septentrional est flanqué de quatre contreforts très-plats. Au midi, il y a absence de contreforts. Un autre contrefort, placé au chevet, se voit à l'intérieur de ja sacristie. Ce chevet était autrefois percé d'une fenêtre.
Le portail occidental , construit en grand appareil , est flanqué de deux contreforts élevés au XVIe siècle. La porte, à plein-cintre, ne date que de la seconde moitié du XVIIIe siècle. Le gable était autrefois percé d'une grande
698 STATISTIOUL MONUMEVIAr.F. DU CALVADOS.
fenêtre ogivale de la dernière époque. Au-dessus du gable s'élève un clocher en charpente, surmonté d'une pyramide octogone en ardoise percée à sa base de quatre fenêtres.
Le chœur est orné d'un bel autel, dans le style Louis XV, avec un grand rétable décoré de pilastres rudentés à chapiteaux composites, Le tabernacle mérite aussi de fixer l'attention, ainsi que le tableau qui orne le rétable.
A l'extrémité de la nef sont placés deux petits autels assez jolis, dont le rétable seulement date du règne de Louis XIV. L'un de ces autels, consacré à la Sainte-Vierge, est décoré de belles colonnes torses offrant, dans leur partie inférieure et supérieure, des grappes de raisin attaquées par des oiseaux et des limaçons, et dans la partie moyenne une couronne ducale formée de fleurs de lis et de fleurons. L'entablement est composé d'un double cintre. Le cintre inférieur est coupé et décoré d'urnes. Une croix surmonte le cintre principal.
On a conservé trois anciens canons, dans le style Louis XV, avec encadrement couvert de velours rouge et d'ornements en cuivre autrefois argenté.
La voûte du chœur est en merrain, celle de la nef, également en lambris avec enlraits et poinçons , a été badigeonnée.
Au fond du vallon se dresse un ancien colombier en bois, de forme octogone, avec tuiles entre les colombages formant des dessins variés. Ce colombier est surmonté d'un double toit. Le toit supérieur, percé de quatre grandes lucarnes et couronné d'un épi, fait saillie sur le toit inférieur de manière à former une espèce d'évent qui laisse pénétrer l'air et la lumière à l'intérieur.
A peu de distance du colombier s'élève une maison moderne en brique, formant équerre, qui probablement remplace un ancien manoir féodal. Derrière cette habitation s'étend un
vaste jardin potager, à l'extrémité duquel se trouve un superbe étang. L'eau qui s'échappe de cet étang forme plusieurs cascadelles.
Le coteau marneux qui s'élève au nord est entièrement planté de sapins, et fait une délicieuse décoration au paysage. Sur ce coteau on a tracé de nombreuses allées et ménagé de belles échappées de vue.
Cette charmante propriété appartient à M. de Mesly.
Chapelle Noiremare. — La chapelle Noiremare s'élève à un kilomètre environ de la route impériale de Honfleur à Alençon, sur le bord du chemin de grande communication de Moult à Fervaques.
Cette chapelle, qui était dédiée à saint Laurent, a été bâtie dans la seconde moitié du XVIe siècle. Elle a 36 pieds de long sur 15 de large. Ses murs, construits en grand appareil et en cailloutis, sont flanqués de contreforts saillants et terminés par une corniche en doucine. On voit du côté du nord une fenêtre à plein-cintre, du XVIe siècle, laquelle a été bouchée. Les fenêtres qui s'ouvrent au midi sont sans caractère, ainsi que la porte principale qui fait face au couchant. Le chevet, soutenu par trois petits contreforts, est droit.
L'ameublement de la chapelle a entièrement disparu. Une petite statue de saint Laurent a été transportée dans le chœur de l'église du Mesnil-Germain.
II y avait, avant la Révolution, un chapelain dont on voit oncore l'habitation.
Un marché se tenait autrefois, tous les dimanches, sur la grande place du village.
L'assemblée avait lieu le 10 août.
Cette commune a fait autrefois partie de l'élection de Lisieux et de la vicomte d'Orbec. La cure était divisée en
deux portions dont les titulaires remplissaient l'un et l'autre les fonctions pastorales. Le droit de présentation à l'une de ces portions dépendait de l'abbaye du Bec , tandis que le patronage de l'autre appartenait au seigneur qui était, au XIVe siècle, un sieur de Grandval,. et à une autre époque, Jean de Courcy, suivant les pouillés du diocèse de Lisieux. La seigneurie du Mesnil-Germain s'est trouvée partagée entre plusieurs fiefs dès une époque assez reculée. En 1669 , dit M. de Neuville , Jean Dumaine était qualifié seigneur du Mesnil-Germain, paroisse où les héritiers de Guillaume de Grandval possédaient un autre fief. Au XVIe siècle, le titre de seigneur de Mesnil-Germain était porté parles membres de la famille Gosselin anoblie en 1519, dans la personne de Robert Gosselin et de Jean, écuyer de la fourriérie du roi. Le même titre était aussi donné au possesseur du fief de Grandval : ce fief mouvant de la seigneurie de Fervaques était , aux XVe et XVIe siècles, la propriété de la famille du Ronil : Florence du Rouil , héritière de la branche aînée de cette maison , le porta dans celle de Quesnel de Goupigny. En 1616 , Gabriel Quesnel de Goupigny, marquis d'Allègre, vendit le fief de Mesnil-Germain autrement dit Grandval, pour la somme de 6,800 livres à Guillaume Anfrey, déjà seigneur en partie de Mesnil-Germain. Le premier fief possédé en cette paroisse par la famille Anfrey se nommait le fief de Tanney : il appartenait, en 1669 , à Robin Le Mectoier , et, en 1523, à Pierre Anfrey, frère du sieur de Caudemonne* dont les descendants ayant réuni deux des portions de la seigneurie de Mesnil-Germain en portèrent depuis le nom. Jacques Anfrey sieur de Mesnil-Germain, y fit preuve de noblesse, en 1666. Cette famille s'éteignit peu après dans la personne de Françoise Anfrey, mariée à René de Bonnechose et mère de Jacques- Charles -Henri-Guy de Bonnechose, seigneur du Mesnil- Germain , qui épousa, en 1717, Charlotte de Graindorge.
de Mesnil- Durand, dont il eut plusieurs fds, morts sans postérité, et une fille, Agnès-Charlotte-Françoise de Bonnechose Mesnil-Germain , mariée à Guillaume-Louis- Félix de Bonnechose, sieur de Malouy. Le manoir de Mesnil-Germain, construction du XVIIIe siècle dépourvue de caractère et d'intérêt, est aujourd'hui la propriété de M. Demély.
La famille de Bonnechose a possédé aussi dans la paroisse de Mesnil-Germain , le manoir de Hamars. Gabriel de Bonnechose, sieur de Hamars, vivait sous le règne de Louis XIII. Dans la recherche de 1666, François de Bonnechose fil preuve d'ancienne noblesse à Mesnil-Germain , de même que Gilles Corday, sieur du lieu.
AUQUA IN VILLE.
Auquainville , Aucainvilla, Auquevilla, Aucainville.
Cette commune a été explorée par M. Ch. Vasseur.
L'église d'Auquainville est située à mi-côte, sur la rive gauche de la Touque. Son chevet, environné d'arbres, se présente dans la vallée d'une manière assez pittoresque.
La nef remonte à l'époque romane.
On peut constater, du côté du nord, des traces de l'appareil en feuilles de fougère ; le reste des murs est crépi , et il ne subsiste aucune ouverture ancienne.
Au sud , on trouve quatre fenêtres cintrées de la Renaissance. Deux fenêtres modernes sont percées dans le mur du nord. Le portail est moderne.
Le chœur, plus large que la nef, contrairement à l'usage, appartient tout enlier au XV ou au XVIe siècle.
Le chevet est pentagonal , avec contreforts sur les angles. Toutes les fenêtres sont ogivales avec un meneau ; les pierres de grand appareil, qui forment le parement des murs, portent, en grand nombre, des marques de tâcherons.
Le clocher , en charpente , recouvert d'ardoise , n'offre aucune particularité.
L'intérieur a été assez mal traité , sous prétexte d'embellissements.
Les charpentes apparentes de la voûte en merrain de la nef ont été coupées , et la voûte du chœur est enfouie sous un épais plâtras. Il n'y a point d'arc triomphal. Les sablières moulurées de la corniche ont disparu sous des planches de sapin tout unies , qu'on a peintes en faux marbre.
Les trois autels datent du règne de Louis XIV.
Le maître-autel a peut-être été modifié, car il n'a plus de colonnes. Un entablement semi-circulaire protège le cadre à feuilles de chêne , qu'accompagnent des paquets de fleurs.
Le tabernacle est hexagonal , avec colonnettes torses sur les angles et statuettes dans l'entrecolonnement : le Sauveur, saint Pierre et saint Paul. Il est surmonté d'un dôme, terminé par une petite croix fuselée.
Le tombeau est garni d'un parement en cuir gaufré richement doré et peint.
Deux statues accompagnent cet autel: saint Mathurin, et un diacre qui pourrait peut-être remonter jusqu'au moyen-âge.
Les deux petits autels sont semblables entre eux. Deux colonnes torses portent un entablement trapézoïdal avec un vase pour amortissement. Tombeau droit, dont les angles sont ornés de têtes de chérubins et de caryatides avec des paquets de fleurs.
Dans une fenêtre du chœur subsistent quelques fragments de vitraux fort en désordre , au milieu desquels paraît un blason de gueules à ta bande d'argent accompagnée de 6 merlettes de même, mises en orle ; à la crosse d'or brochant sur le tout. Je ne connais pas d'évêque de Lisieux auquel puissent convenir ces armoiries.
CANTON DE LTVAROT. 703
Le patronage était laïque.
L'église, sous l'invocation de Notre-Dame, dépendait du doyenné de Livarot.
Bien que de ce siècle seulement , l'inscription de la cloche offre un certain intérêt. On y lit :
f LAN 1803 OU LAN ONZE DE LA REPUBLIQUE IAI ETE BENIE PAR Mr LOUIS IOSEPH FLEURIEL PRETRE DESSERVANT NOMMÉE MARIE PAR MT CESAUD AUGUSTIN CHASTAN DE LA FAIETTE PRÊTRE CI DEVANT DOYEN
de l'église de lisieux et par Bme marie an ne leras de frêne veuve
DE f IEAN B,e SERGIIS CHASTAN DE LA FAIETTE LES S" PIERRE MATHIEN MAIRE ET PIERRE BREAVOINE ADIOINT.
IEAN CONARD FECIT.
Tout près de l'église , au sud-ouest , c'est-à-dire un peu plus haut sur le coteau , se trouve une grande motte féodale.
Un aveu de la baronniede Ferrières, de 160fr, nous apprend que « le manoir sieurial et place et chasteau d'icelle terre d'Auquainville est de présent en ruine , advenuz par les anciennes guerres , comme dict est »...
Maintenant il n'existe plus un seul pan de mur ; les substructionsont été même enlevées, il y a quelques années.
Suivant l'aveu déjà cité, il y avait, à Auquainville, marché le samedi, et foire la veille de la Chandeleur.
Comprise dans l'élection de Lisieux , sergenterie d'Orbec , la paroisse d'Auquainville possédait, au milieu du dernier siècle, une population de 525 habitants ( 105 feux) ; elle est aujourd'hui réduite à 371.
Caudemonne. —A l'ouest de l'église, au sommet de l'un des coteaux qui suivent les sinuosités de la rive gauche de la Touque , on aperçoit les futaies qui entourent le manoir de
Caudemonne. Adossé aux bois, accompagné, à droite, et à gauche, de belles avenues d'ormes taillés laissant devant la façade une grande pelouse , dont le centre est occupé par un bel étang d'eaux vives , ce manoir est dans une des plus belles situations qu'on puisse voir.
Les constructions ne présentent pas tout l'intérêt auquel on pourrait s'attendre.
La façade accuse des remaniements qui appartiennent à trois époques différentes et font soupçonner des déplacements, si faciles, du reste, avec les maisons bâties en bois. Ainsi la moitié au moins du manoir est construite sans encorbellements, et ne peut guère remonter au-delà du règne de Louis XIII. Le reste, par ses encorbellements, ses sculptures et ses caractères bien accusés , appartient évidemment au XVIe siècle; mais certaines pièces, hors de place, font voir que la charpente a été démontée et remontée à une époque où l'on ne comprenait plus le système des charpentiers du moyen-âge. Des tuiles , disposées de manière à former des dessins géométriques, remplissent les entre-colombages. Il subsiste au rez-de-chaussée une porte en accolade avec feuilles frisées et potelets imbriqués, surmontés de pinacles qui vont se perdre sous l'encorbellement. Tous les poteaux corniers et les poteaux d'huisserie sont également sculptés de potelets avec blasons , malheureusement bûches. Toutes les fenêtres sont modernes. A l'étage supérieur , les sculptures sont plus rares ; on y voit quelques potelets qui recevaient l'appui des fenêtres primitives , et un bout de filière garni d'oves.
L'intérieur offrait une pièce garnie de tapisseries , et une belle bibliothèque , vendue il y a un an.
Le colombier, octogone, à toit conique, surmonté d'un petit clocheton recouvert d'essente, ne porte pas de sculptures. Il date aussi du XVIe siècle. Cette résidence appartenait au commencement de ce siècle, à M. Chastant de La Fayette,
dernier haut-doyen de la cathédrale de Lisieux. Elle est passée ensuite à M. de Sapandré , dont Tune des filles l'a portée en mariage à M. le comte de Pardieu.
Cette commune, à laquelle celle de St-Aubin-sur-Auquainville a été réunie le U décembre 1831 , faisait anciennement partie de l'élection de Lisieux et de la vicomte d'Orbec, comme toutes les autres communes du canton de Livarot, situées dans le bassin de la Touque.
Auquainville était autrefois le siège d'une baronnie et haute-justice : il s'y trouvait un chàteau-fort qui paraît avoir été détruit dans les guerres des Anglais. Cette Vieille forteresse, dont on peut encore reconnaître l'emplacement immédiatement au-dessus de l'église paroissiale, avait, jusqu'à ces derniers temps, conservé des restes de murailles, assez importants. On a malheureusement voulu extraire, il y a peu d'années, les matériaux que renfermaient ces ruines et il n'en est plus resté qu'un monticule informe. La baronnie d'Auquainville était mouvante de celle de Ferrières : l'histoire de ses premiers seigneurs est peu connue ; les grands rôles de Normandie mentionnent Robert d'Aucainville, en l'an 1195 : on peut douter cependant qu'il fût seigneur de ce lieu, car Hugues de Brucourt possédait cette terre à l'époque de la conquête du duché par Philippe-Auguste. Auquainville fut réuni postérieurement à la baronnie de Ferrières, dont les divers seigneurs le conservèrent jusque dans le siècle dernier : cette baronnie en fut alors démembrée par la vente que le duc de Broglie, seigneur de Ferrières, en fit au marquis Bonnelles, déjà seigneur de Fervaques, fief qui relevait féodalement de celui d'Auquainville. Les terres dépendantes de cette dernière seigneurie ont été vendues en détail, au commencement de ce siècle. Suivant des traditions populaires, pn souterrain creusé sous la vallée mettait le vieux château d'Auquainville en communication avec celui de Fervaques.
La paroisse d'Auquain ville renfermait encore plusieurs fiefs nobles. Celui de Caudemonne a conservé un ancien manoir en bois, dont une partie peut dater de la fin du XVe siècle, et qui, par le relief des moulures qui en décorent les sablières, par les restes des sculptures et des écussons qui L'ont autrefois orné , offre le caractère intéressant et pittoresque des constructions de cette époque. Le reste de l'édifice, ajouté postérieurement , ne mérite aucune attention. Le fief de Caudemonne a appartenu à Raoul Anfrey, que le roi Charles VII anoblit en 165&, pour les services qu'il avait rendus en contribuant à expulser les Anglais de Normandie. Sa postérité conserva cette terre pendant un siècle environ ; mais alors ce fief passa entre les mains de Jean de Bonnechose, seigneur d'Hieu ville, du Breuil et de St-Martin. Sa petite-fille, Madeleine de Bonnechose, porta la terre de Caudemonne à David de Bernières , sieur de Percy , qu'elle épousa en 1573 : elle fut l'aïeule d'Anne de Bernières, sieur de Caudemonne , qui fit preuve d'ancienne noblesse en la paroisse d'Auquainville, en 1666. Peu d'années après, la terre de Caudemonne était vendue à Jean -Baptiste Le Bas , sieur du Coudray , conseiller en la Chambre des comptes de Normandie : elle a appartenu à Jean-Baptiste-Remi Le Bas de Fresnes , conseiller au Parlement , chanoine et haut-doyen de Lisieux, mort en 1773, puis à sa sœur Marie- Anne Le Bas de Fresnes , mariée à Jean-Baptiste-Sergius Chastan de La Fayette ; la fille de ce dernier l'a portée à la famille de la Rouvraye de Sapandré , qui la possède aujourd'hui.
Beaucoup plus près, et au nord de l'église paroissiale d'Auquainville , se trouvait le manoir de la Boulaye , dont il ne reste plus de vestige. La terre de la Boulaye a donné son nom à une branche de la famille de Bonnechose , dont l'auteur, François de Bonnechose , sieur de la Boulaye, était un des six fils de Jean de Bonnechose , sieur de Hieuville et de
Caudemonne , sous le règne de François Ier. Ses descendants ont habité le manoir de la Boulaye, jusqu'à la fin du siècle dernier. Guy de Bonnechose , sieur de la Boulaye , fit preuve d'ancienne noblesse, en la paroisse d'Auquainville, l'an 1666, de même que Nicolas de Bonnechose , sieur de la Fleurielle ; Thomas de Bonnechose , sieur de Bonneville , et Thomas de Bonnechose, sieur de Vaudecourt.
Le fief voisin de Lortier, mouvant de la seigneurie de Courson, était, vers le milieu du XVe siècle, divisé par suite d'un ancien partage entre Jean Amiot et Jean Cuillier. La famille Cuillier, ayant réuni entre ses mains les deux portions, posséda intégralement cette terre jusque dans les premières années du règne de Louis XIII , qu'elle aliéna le manoir et le domaine, en faveur de Pierre Le Bas du Coudray et , peu après , le fief et les droits seigneuriaux en faveur de Jacques de Bernières, sieur de Percy , dont les héritiers le revendirent , un peu plus tard, à Rémi Le Bas , sieur de Fresnes , conseiller à la Chambre des comptes de Normandie, déjà possesseur de la terre; la fille de ce dernier , Marie-Catherine-Geneviève Le Bas de Fresnes , en ayant hérité en 1773, par la mort de son frère, apporta Lortier à Louis-Fraijçois-Alexandre-Léopold de Bernières, qu'elle avait épousé en 1751 ; elle fut l'aïeule de Françoise- Charlotte-Henriette de Bernières , mariée à Charles-Etienne de La Rouvraye, et mère des demoiselles de La Rouvraye, qui en sont aujourd'hui propriétaires. Le manoir de Lortier, restauré avec goût , est une construction ancienne, mais dont l'extérieur a peu de caractère.
Le manoir de la Pommeraye, situé à l'extrémité de la commune, du côté de St-Germain-de-Livet, a, comme le précédent , appartenu , pendant le XVII* et le XVIIIe siècle , à la famille Le Bas du Coudray. Il n'offre qu'un intérêt médiocre.
708 STATISTIQUE MONUMENTAtE DU CALVADOS.
La Recherche de la noblesse, faite en 1540 par les élus de Lisieux , mentionne, comme demeurant en la paroisse d'Auquainville, Philippin de La Mondière, sieur du Val- Combert. Nous ignorons le lieu où il avait son manoir,
SAIXT-AUBIN-D'AUQUAISVILLG (1). ,
St-Aubin-d'Auquainvilie, Sanctus Albinus super Auquainville.
Petite paroisse d'une quarantaine d'habitants, St- Aubin n'a pas conservé son autonomie : elle a été réunie à Auqua inville.
On y trouve un manoir du XVIe siècle , n'offrant de remarquable qu'un grand nombre de pavés émaillés de la même époque; manoir que menace une prochaine destruction , et une petite église, qui doit sa conservation au choix qu'en avait fait M. le marquis de Custine , comme chapelle funéraire pour sa famille.
Tous les membres caractéristiques de l'architecture accusent le XVIe siècle. La plupart des ouvertures ont été repercées sous le règne de Louis XV.
Un petit clocher en charpente , assez obtus , est assis sur le pignon occidental.
Les trois autels sont en chêne et peuvent dater du règne de Louis XV. La chaire, de même style, est assez élégante.
Au milieu du chœur, sur deux tables de marbre, on lit les inscriptions suivantes :
ICI REPOSE DAME LOUISE DELPHINE ELEONORE MELANIE DE SABRAI*