ABENON
Abenon, Abernon , Abernwn^ Abesnon.
La paroisse d'Abenon est réunie pour l'administration civile et pour le culte à la Folletière. L'église est rasée. J'ai été assez heureux, en 1851, pour la visiter et en faire un croquis.' Elle était située dans la vallée , sur la rive droite de la rivière , et dominée par un coteau boisé. Elle appartenait à trois époques distinctes. La partie sud-est de h nef, construite en blocage avec un large contrefort plat, était romane. Le reste ainsi que le mur latéral du nord et le pignon de l'ouest , construits en grand appareil , dataient du XVIe siècle. Le chœur ne devait pas être plus ancien que le XVIir siècle. Les ouvertures étaient contemporaines des parties dans lesquelles on les avait pratiquées.
Le clocher consistait en un corps carré portant une pyramide octogone , recouverte d'essente. Il était assis à peu près au centre de la nef.
L'intérieur, ouvert à tout venant, n'avait conservé aucun mobilier. Les voûtes , cintrées et lambrissées en sapin , s'effondraient , et les murs verdis laissaient à peine voir les traces d'une litre funèbre aux armes de la famille d'Irlande , qui possédait le fief au dernier siècle. Pourtant le patronage, d'après les pouillés , appartenait à l'abbaye de l'Isle-Dieu. L'église était dédiée à saint Barthélémy.
Administrativement, elle dépendait de l'élection de Lisienx, sergenterie d'Orbec. On y comptait 55 feux , environ 275
(i) Noies de M. Ch. Vasscur.
tretenue avec soin. C'est une simple nef en moellon avec chaînages de pierre de marne et corniche classique, qui doit dater seulement du dernier siècle. Six fenêtres cintrées, disposées symétriquement, l'éclairent. Le chevet est droit, sans ouvertures. Le portail consiste en une grande porte cintrée. Au-dessus du pignon s'élance le petit clocher, d'une forme assez élégante, autrefois revêtu d'essente. La croix et le coq paraissent anciens. Rien à remarquer à l'intérieur. La voûte est en bois.
Le domaine seigneurial de la Vespière est attenant à l'église. Une belle habitation moderne s'élève au milieu d'un parc frais et riant sillonné par de belles eaux. C'est la demeure de M. le comte du Merle, dont les ancêtres étaient seigneurs de la Vespière. La Vespière était un quart de fief de haubert, dans lequel était comprise la sergenterie noble de Chambroys. Guillaume Fouquet en était seigneur en 1^63 et 1A69.
A la fin du même siècle, on le retrouve aux mains de la famille de Myée, d'où il passa par alliance dans la famille de Franqueville. Au XVIIe siècle, il appartint aux Le Michel, puis dans le XVIIIe aux du Merle.
Le patronage de l'église appartenait au trésorier du chapitre de Lisieux ; cependant , au dernier siècle , il fut exercé par le chapitre et le seigneur laïque alternativement. Dédiée à saint Ouen, l'église faisait partie du doyenné d'Orbec.
Il existe en outre, sur le territoire de la Vespière, un fief nommé Mervilly. C'est la propriété de M. le comte de Graveron. Des plantations d'arbres résineux entourent l'habitation, qui est moderne.
Le Bulletin monumental de 1863 contient une notice de M. de Toulmon sur l'ermitage, devenu plus tard prieuré de St-Chrislophe de Mervilly. Une partie de la chapelle subsiste encore.
CANTON d'orbec. 779
Le litre le plus ancien, relatif à cet établissement religieux, est une charte de 1208, souscrite par Jehan de Thanney et Erernbour, sa femme. En 1210, Jourdain du Hommet, évêque de Lisieux, en disposa en faveur de la Maison-Dieu de Lisieux. Le domaine se composait alors de ZiO acres de terre. En 1688, Mervilly fut érigé en prieuré. Il fut supprimé en 1790.
La paroisse de la Vespière compte 409 habitants. Au dernier siè'cle, elle n'en possédait que 300 (62 feux). Elle faisait partie de l'élection de Lisieux, sergenterie d'Or bec.
CERQUEUX (1).
Cerqueux, Sarcophagi.
L'église de Cerqueux est placée sous le vocable de saint Pierre.
La nef, dont les ouvertures ont été refaites au XVIe siècle , était primitivement romane et dépourvue de contreforts. Un seul contrefort saillant , du XVIe siècle , est placé vers l'extrémité orientale. La corniche a été détruite. Le mur méridional , en cailloutis , laisse voir un appareil grossier en feuilles de fougère.
Quatre fenêtres, deux grandes et deux petites, dont une du XVIe siècle, éclairent la nef de ce côté. L'une des grandes fenêtres ,est ogivale et formée d'une seule baie trilobée ; l'autre a été refaite anciennement.
Le mur septentrional , recrépi , offre des chaînages en pierre indiquant une reconstruction. Il est percé seulement de deux fenêtres dont une ogivale , trilobée , est entourée d'une large gorge ou scolie. Il était primitivement roman ,
(1) Noies de M. Pannier.
plâtrée : elle s'appuie sur des pièces de bois placées verticalement le long des murs.
On voit encore les mortaises dans lesquelles s'engageaient les poteaux sur lesquels porte la sablière.
La voûte du chœur est en cul-de-four. L'écusson du Chapitre de Lisieux {une clef en sautoir , cantonnée de quatre étoiles ) se détache de la voûte du chœur.
Lji poutre crucigère qui, dans les anciennes églises rurales sépare le chœur de la nef, a été conservée.
La baie cintrée placée à gauche du chœur offre des fragments de vitraux de la Renaissance. La partie inférieure de la fenêtre représente le Christ en croix , accompagné de la Vierge et de saint Jean ; dans le fond est peint le château de Castille. La bordure est semée de coquilles.
A côté de la large fenêtre que l'on voit à droite est placé un beau cadre quadrangulaire renfermant un riche médaillon entouré de feuilles
de chêne et de raisins. Des têtes d'anges sont placées dans les angles. La toile a été enlevée du cadre.
Les fonts baptismaux à huit pans, d'une forme sévère,
datent du XVIe siècle, selon toute apparence.
Nous avons trouvé dans l'église un coffre dont nous offrons un dessin.
Prieuré. — Il existait à Friardcl, avant la Révolution , un prieuré conventuel de l'ordre des chanoines réguliers de St- Augustin. Ce prieuré , placé sous le vocable de St-Cyr, a été fondé vers la fin du XIIe siècle , ou dans les premières années du XIIIe, par Isabelle d'Orbec et Gilbert deSaussaye, son époux.
Cette fondation , ainsi que les donations qui l'accompagnèrent, furent confirmées par le pape Honorius III en 1222.
772 STATISTIQUE MONUMElNTAi.E OU CALVADOS.
Vers 1231 , Guillaume de Friardel , chevalier, concéda aux moines du prieuré le droit de patronage sur les églises de St-Martin-de-Friardel et de St-Pierre de Grandcamp.
D'autres seigneurs firent des donations au prieuré en 125&, 1302, 1368 et U18. Au commencement du XVe siècle , les immeubles possédés par le prieuré s'étendaient sur les paroisses environnantes (la Goulafrière, Cerqueux , Préaux , St-Pierre-des-Essarts , etc. ).
Au XVIIe siècle, le prieuré de Friardel vit naître dans son cloître la Réforme de Bourg-Achard , dont parle Héliot dans son Histoire des ordres monastic/ues. Cette réforme fut embrassée , peu de temps après , par cinq abbayes et six prieurés importants.
L'église de l'ancien prieuré est bâtie dans un vallon , au pied d'un coteau couvert de bruyères.
La construction de cet édifice remonte au XIIIe siècle. Du côté septentrional, les murs latéraux, d'une grande élévation et dépourvus de contreforts , sont construits en grossier blocage que recouvre un ancien crépi*
Quatre fenêtres ogivales, à une seule baie, se montrent dans la partie supérieure du mur septentrional. La forme de ces fenêtres, aujourd'hui bouchées et plus apparentes à l'intérieur du vaisseau, accuse le XIIIe siècle.
Le mur méridional, élevé au XIVe siècle, offre quatre fenêtres ogivales élancées, partagées en deux baies par un meneau vertical. Le tympan est percé d'un large oculus. Un simple chanfrein entoure ces fenêtres, d'un travail rudimenlaire. Des contreforts à plusieurs retraites, terminés dans la partie supérieure par un fronton triangulaire, soutiennent le mur.
Deux contreforts saillants de hauteur inégale, dont l'un à double glacis, sont appliqués contre la façade de la chapelle qui regarde l'Occident. Une fenêtre ogivale très-grande et une fenêtre moins large, à deux baies en forme de lancettes, avec moulures en chanfrein , renfermée dans la première , s'ouvraient au-dessus de la porte. Le cordon extérieur est terminé par des têtes grimaçantes. A gauche de cette fenêtre est pratiquée une ouverture carrée du XVIe siècle, encadrée de moulures toriques. On voit, de chaque côté, deux consoles qui supportaient un petit toit en encorbellement. Au-dessous s'ouvrait une autre fenêtre carrée, plus grande que la précédente.
La porte est à plein -cintre et date du XVIIe siècle. Elle est enroulée de moulures toriques très-petites.
De chaque côté de cette porte se détachent des pierres en forme de consoles, lesquelles probablement servaient de supports à la toiture d'un ancien porche.
La partie supérieure du gable, dans laquelle sont pratiquées de petites ouvertures en forme de meurtrières , offre alternativement des assises ou chaînes horizontales de pierres de taille et de silex.
Un clocher en charpente s'élevait au-dessus du gable, ainsi que l'atteste l'abaissement du toit à cet endroit.
Cette chapelle, qui se terminait à l'orient par un chevet circulaire ou à pans coupés, qui a été détruit lorsqu'on a bâti la maison de maître actuelle, mesurait 100 pieds de longueur sur 30 de largeur.
Les murs de la nef offrent à l'intérieur de curieuses fresques ( V. la page suivante ) et de nombreux écussons dont M. Bouet, membre de la Société française d'archéologie, a fait plusieurs dessins.
Sous les arcades cintrées, pratiquées dans les murs latéraux, étaient placés autrefois des tombeaux.
La voûte est en merrain , avec entrails et poinçons décorés de sculptures.
Bâtiments de l'ancien prieuré. — En face le portail de l'abbaye s'élève un long bâtiment , construit en bois avec tuiles entre les colombages , formant des dessins variés. Ce bâtiment mesure 18 mètres de longueur. L'étage supérieur, revêtu de planches, est ancien et en retraite sur le rez-dechaussée. Les planches sont embrevées dans les montants.
CANTON DOKBEC.
776 STATlSTIQUi: MONUMENTALE DU CALVADOS.
La sablière est très-belle. Le poteau cornier est décoré , dans la partie supérieure , de petits pendentifs. L'écusson suivant se voit sur un des poteaux.
Ce bâtiment, qui date de la fin du XVe siècle ou du commencement du XVIe, était autrefois à usage de grange. Un second bâtiment moins ancien , et dont la longueur est seulement de 9 mètres, se relie au premier.
On a exagéré la valeur des tableaux qui ornaient la galerie du château et provenaient de l'ancien prieuré. La plupart étaient des copies de bons tableaux, entre autres la toile représentant La Vie humaine et plusieurs jolis la-
bleaux d'après l'Albane, célèbre peintre italien qu'on a surnommé avec raison le peintre des Grâces.
Le 16 juin, l'Église de Lisieux faisait office de saint Cyr et de sainte Julitle , sa mère , qui étaient patrons du prieuré de Friardel. ( Vies des saints patrons du diocèse de Lisieux, par l'abbé Le Provost.)
Voici les noms de quelques-uns des prieurs de Friardel :
Gilbert, qui vivait en 1231 ;
Guillaume Canu, 16e prieur, en 1317 ;
Guy Pichot, en 1^50 ;
Guillaume , évêque de Porphyre , commendataire en 1685 et 1&98;
Marin Labbé, en 1539;
Robert Boullene, premier aumônier de la reine-mère,
en 1625 ;
Guillaume Bochard de Champigny, docteur en Sor-
bonne, en 1685.
De Cambon, vicaire-général de l'archevêque de Toulouse, était titulaire de Friardel depuis 1775, lorsque la Révolution éclata.
On trouve dans les archives du Calvados un grand nombre de pièces, de différentes dates, qui concernent ce monastère.
Le cartulaire du prieuré existe à la Bibliothèque impériale de la rue Richelieu.