‹ Statistique monumentale du Calvados (volume 4)Chapitre 189 sur 203 · SPÉCIMEN DES MURS EN BRIQUES · texte numérisé non relu

SPÉCIMEN DES MURS EN BRIQUES

rieur, a permis de placer une corniche sculptée en relief. Au centre s'offre un blason dont la forme accuse le XVe siècle. Il est parti au premier de deux fasces et d'une pièce ondulée en pointe; au deuxième peut-être d'un lion. A droite est un autre blason incliné sur le flanc dextre , soutenu par deux anges et sommé d'un casque à lambrequins. Il est meublé des mêmes pièces que la première partition du précédent. L'autre extrémité de la frise , fort dégradée , représentait des personnages en ronde-bosse , peut-être la Vierge Mèrede-Douleurs et un personnage debout.

On a incrusté dans le contrefort du sud une autre composition en bas-relief, où j'ai cru reconnaître le baptême de Nôtre-Seigneur. Évidemment ces sujets ne sont pas à leur place, et leur style indique une époque antérieure à la construction dans laquelle ils sont encastrés. Ce petit portail est couronné par un campanille garni de plombs repoussés, dont nous offrons un croquis fait par M. Bouet ( V. la page suivante). Ce clocher a l'apparence d'un beffroi et peut-être en avait la destination. On voit que ces ornements portent les caractères de la Renaissance.

Vers le nord, adossée au portail que je viens de décrire, se trouve la salle de l'Hôpital, bâtie également en briques. Ses fenêtres sont carrées, avec croisées de pierre. Une porte par-

ticulière s'ouvre sur la rue dans le rez-de-chaussée. Le mur commun à la nef de la chapelle et à cette salle est percé d'arcades surbaissées, maintenant bouchées, mais dont on reconnaît parfaitement la situation. On les avait sans doute, dans l'origine, garnies de châssis ou d'une clôture mobile que l'on ouvrait pendant les offices, afin de permettre aux malades et à leurs infirmiers d'assister aux cérémonies du culte.

Comme la nef est dans une proportion fort restreinte, on l'a partagée dans sa hauteur par un plancher qui forme une vaste tribune ouverte sur le chœur , avec une balustrade à fuseaux au-dessous de laquelle règne une frise sculptée de rinceaux. Cette boiserie , d'une bonne exécution, peut remonter au règne d'Henri III. L'escalier en vis qui y donne accès est construit en briques , il est curieux à étudier.

Le chœur , bâti en pierre de taille, se compose de trois travées ; la dernière en pan coupé , avec contreforts sur les angles et fenêtres à traceries flamboyantes. Les voûtes en pierre, à arceaux prismatiques, sont reçues par des faisceaux de colonnettes garnies d'un listel, mais sans chapiteaux. Ces faisceaux sont coupés par des niches avec consoles et dais gothiques, privés de leurs statues. En 1851, M. R. Bordeaux y avait vu des « statuettes peintes et dorées, qui étaient incontestablement supérieures à ces banales figures de plâtre blanc, aujourd'hui devenues de mode dans les églises » et qu'on finira probablement par y mettre. Deux des clefs de voûte portent des figures singulièrement groupées , où l'on reconnaît les instruments de la Passion.

Signalons enfin le bel épi en plomb , du XVe siècle , qui surmonte le poinçon du chevet (V. la page suivante). On parle de changements notables projetés pour mettre

cette chapelle intéressante plus en harmonie avec le nouvel Hospice. Espérons qu'il n'en sera rien.

Dédiée à saint Rémi ; la nomination du titulaire appartenait à l'évêque de Lisieux.

Les fenêtres possèdent des débris de leurs anciennes verrières. Deux vitres neuves , dans le style du monument , ont été tout récemment exécutées par M. Duhamel, d'Évreux.

Outre son Hôpital, Orbec possédait encore, au moyen-âge, une Léproserie ; mais j'en ignore l'emplacement.

Capucins. — Le couvent des Capucins a disparu aussi à peu près. Il fut établi en 16&6, grâce aux générosités de la maison de Melun , qui possédait le domaine de la Cressonnière.

A l'entrée de la ville, sur le chemin de Lisieux, ses beaux jardins en amphithéâtre servaient de gradins à la maison, construite, comme celle de Lisieux, avec un préau central entouré d'un cloître. Derrière se trouvait un vaste verger , puis un bois percé de belles allées , qui occupait le sommet du coteau. Ce vaste enclos était entouré de murs.

Augustines. — Le couvent des Augustines a été divisé, et c'est sur une partie des terrains qu'il occupait que s'élève le nouvel Hôtel -de-Ville. L'église a été transformée en halle après la destruction de l'édifice alîecté à cet usage. Nous allons

laisser , pour sa description , la parole à M. Raymond Bordeaux , qui s'exprimait ainsi il y a quelques années :

« Il eût fallu certainement comprimer nos instincts d'archéologue pour ne pas faire le tour de cette ancienne église des Augustines, dont le clocher d'ardoise et les ogives effondrées attiraient notre curiosité. L'architecture en est d'ailleurs fort simple et sans aucunes sculptures ; et, bien que les fenêtres soient ogivales , celte chapelle ne nous parut point remonter plus loin que les premières années du XVIIe siècle.

« Ce fut dans cette église qu'on déposa les restes d'un des plus illustres jurisconsultes normands. Josias Bérault, né à Laigle, en 1563, avocat au Parlement de Rouen et conseiller à la Table de Marbre, vint habiter à la Vespière, village qui forme en quelque sorte un faubourg d'Orbec On dit qu'il y travailla à ses Commentaires sur la Coutume de Normandie. Mort vers 1667, il eut pour dernière demeure cette chapelle des Augustines, où sa cendre repose peut-être encore sous quelque dalle effacée. »

Les dames Augustines, sous l'invocation de saint Joseph, furent fondées en 1632, par Mme Claude Alexandre, veuve de Jacques Le Portier de La Surière. Chassées par la Révolution, elles sont revenues à leur berceau après la tourmente, et elles possèdent de l'autre côté de la ville un pensionnat prospère.

Maisons. — Les rues sont encore bordées de vastes hôtels du XVIIe ou du XVIIIe siècle, sévères comme les magistrats du bailliage auxquels ils servirent de demeure. Malheureusement , trop vastes pour les habitudes rétrécies de notre époque, ils auront bientôt disparu. Leur description entraînerait loin, et exigerait, pour être complète, des détails historiques trop abondants pour entrer dans cette statistique.

Indiquons seulement, dans la grande rue, une maison de bois de la fin du XVIe siècle : on y lit la date de 1568. Les entrecolombages sont garnis de tuiles inclinées ; les sablières étaient couvertes de fleurons, d'oves et de godrons, tandis que les poteaux se chargeaient de larges feuillages en consoles. La lucarne, aussi richement ornée, est aujourd'hui découronnée. Sur un des poteaux corniers on voit une enseigne dessinée par M. Bouctv et représentant un apothicaire préparant ses drogues dans un mortier.

La maison voisine date du XVe siècle. Elle est sans sculptures ; mais ses moulures , bien profilées , méritent un coup-d'œil.

Au bas de la ville, non loin de la route de Livarot et du point où les anciens plans placent le Bailliage , existe encore une tourelle de pierre octogone , ornée sous le larmier d'une frise de feuillages gothiques fortement fouillés. Des pinacles feuillages font contreforts sur les angles. Les baies, largement ouvertes , sont carrées , entourées d'une gorge où l'on a ménagé des guirlandes du même genre. Le toit était pyramidal , couvert en ardoise. Cette tourelle , œuvre du XVe siècle , dépendait d'une maison en bois assez importante , qui s'est trouvée modifiée au XVIIe siècle.

La ville d'Orbec n'a jamais été close de murs. <c II [est vray, dit un ancien document, qu'en 1534, les habitants du lieu obtinrent permission du roy de faire des fossez... qu'ils

commencèrent à les fouiller ; mais ils en discontinuèrent bien tost le travail à cause que le seigneur d'Orbec dont releuent tous les héritages scituez dans les lieux qu'on auoit désignés pour les fossez et les remparts dud. bourg , empescha qu'on ne passast outre jusqu'à ce qu'il eust este indemnisé des cens et rentes qui lui étaient detis »

Des procès pendants, en 1657 et 1698, ralentirent le zèle des habitants pour un pareil objet, d'ailleurs peu utile.

« De là il suit qu'il n'y a point encore eu de fossez ny de remparts ny de portes au lieu d'Orbec. »

Par contre, il y avait deux châteaux-forts : l'un entre les mains du seigneur, l'autre réservé aux apanagistes ou engagistes du domaine royal

Le château royal , le plus important , occupait le coteau au levant , au bout de la rue de Geôle. On en voit encore de notables débris. Il a déjà été décrit par M. Raymond Bordeaux dans son excursion de 1851. Il était composé de deux enceintes , comme tous les châteaux du moyen-âge.

La plus vaste et la plus voisine de la ville était de forme

ovale et mesurait environ U5 toises à son plus |grand diamètre , du nord au sud. Il subsiste encore^quelques pans de mur dont il est difficile d'indiquer l'époque.

La seconde enceinte, plus haut sur le coteau, ;,'devait™contenir le donjon. C'est une motte presque ronde ; on la nomme le Bonnet- Carré. Un fossé profond la séparait de la première enceinte.

Cette place a eu une certaine importance. D'abord apanage de la maison d'Orléans, elle fut cédée, en 1353, au roi de Navarre, en échange du comté de Champagne. Les révoltes de ce prince amenèrent la destruction de ses places fortes de Normandie, vers 1378. Orbec fut rétabli, car en 1418 le roi d'Angleterre en gratifia le duc de Clarence. Conquis de nouveau en 1448 , il rentra dans le domaine royal pour être, au XVIIe siècle, engagé à la dame de Balagny. Enfin, par lettres-patentes du mois d'avril 1777, enregistrées au Parlement de Rouen le 14 novembre suivant, les domaines d' Orbec et de Falaise furent donnés par Louis XVI à Monsieur , son frère , depuis Louis XVIII, en remplacement de St-Sylvain, le Tuit et Alençon.

Le château, que je regarde comme ayant appartenu aux barons d'Orbec, est situé à une petite distance de la ville, sur la route de Lisieux, à peu près en face de Bienfaite. On en voit encore quelques pans de murs qui couronnent le coteau au pied duquel passe la route.

Les seigneurs d'Orbec prétendaient tirer leur origine de Richard Ier, duc de Normandie. Richard de Gère, seigneur d'Orbec et de Bienfaite, suivit le duc Guillaume en Angleterre. Ce sont ses fils qui désunirent les deux terres ; car, on trouve dans la liste des compagnons de Robert II, pendant son voyage en Terre-Sainte, Jean de Bienfaite, Guillaume et Jean d'Orbec. On n'a pas la filiation suivie de celte famille, qui tint toujours un haut rang parmi les nobles de Normandie et s'allia aux d'Harcourt, aux Giffart et autres maisons considérables. Du reste, ce n'est pas ici le lieu de s'en occuper : il suffit de citer les plus connus de ses membres. Saint Louis érigea la terre d'Orbec en baronnie. Confisquée par le roi d'Angleterre après son invasion de la Normandie, elle fut restituée le 9 octobre 1419 à Pierre d'Orbec; mais c'est alors vraisemblablement que fut démantelé le château

baronnial , car Jean d'Orbec ayant épousé Marie de Bienfaite, vers le milieu du XVe siècle, s'établit dans cette terre, où depuis lui presque tous les barons d'Orbec ont fait leur résidence. Son petit-fils , Guy d'Orbec , suivit le roi Charles VIII dans son expédition d'Italie, et le 6 juillet 1495, à la bataille de Fornoue, il se comporta si bien , que le roi le fit chevalier de sa main et lui octroya un don de 1,100 livres, qui n'était pas une mince somme pour cette époque. Plus tard, il obtint du roi Louis XII la création de deux marchés par semaine et deux foires par an au bourg de Bienfaite. A la fin du XVIe siècle, Louis d'Orbec était bailli du grand bailliage d'Évreux. Il se mit à la tête des huguenots du pays et il encourut la responsabilité des dévastations commises dans la ville et la cathédrale de Lisieux , au mois de mai 1562.

En 1612, il ne restait plus que deux filles de cette puissante et antique maison : Louise et Esther d'Orbec. La première avait épousé en 1600 Jean du Merle , seigneur de La Motte ; Esther s'unit à Jean de Bouquetot, seigneur du Breuil. 'Les terres composant la baronnie furent divisées entre les deux sœurs, dont les descendants prirent conjointement le titre de barons d'Orbec. La famille du Merle en a joui jusqu'à la Révolution ; elle est encore représentée aujourd'hui par M. le comte du Merle, qui habite le château de la Vespière. Esther d'Orbec n'eut qu'une fille, nommée Louise par sa tante, qui épousa Henri de Chaumont, baron de Lecques, dont la descendance mâle subsiste encore.

Orbec a vu plusieurs fois des rois dans ses murs. Jeansans-Terre y séjourna du 5 au 6 décembre 1201, le 15 mars et le 3 novembre 1203.

Louis XIII y coucha le 2U juillet 1620, dans ce voyage qu'il entreprit pour pacifier la révolte suscitée par la reinemère et Richelieu.

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