‹ Statistique monumentale du Calvados (volume 4)Chapitre 90 sur 203 · F. BA1LLY FONDEUR A CAEN · texte numérisé non relu

F. BA1LLY FONDEUR A CAEN

11 n'y a rien à citer à l'intérieur de l'église ; des boiseries du temps de Louis XV tapissent les murs du chœur.

Voie romaine. — La voie romaine que j'ai signalée à Frenouville et à Moult se retrouve, vraisemblablement, dans l'ancien chemin de Caen à Paris qui passe au milieu du bourg de Croissanville et entre l'église et la fdature. Ce chemin conserve ses caractères et se prolonge au sud de la roule actuelle jusqu'à ma terre de Monlfreule, où la route impériale reprend l'ancien tracé avant de passer le pont de Dives. Cette partie de l'ancien chemin que la route moderne n'a pas suivie, j'ignore pour quelle cause, est encore assez intéressante à examiner. On a trouvé, tout près de Croissanville, en réparant le même chemin , des monnaies romaines qui ont été recueillies par M. le docteur Pépin.

Collégiale, — Le pape Clément VI érigea un collège de six chanoines dans l'église de Croissanville : la bulle est datée du 28 février 1352. La fondation de cette collégiale avait été faite par Jean de Pont-Audemcr , seigneur de Croissait-

km STATISTIQUE MONU MENTALE DU CALVADOS.

ville et d'Avenay. L'évoque de Baveux ratifia ces donations en 1355. Les revenus de la maison se divisaient en sept prébendes et demie : le trésorier avait deux prébendes, le chantre une prébende et demie, et les quatre autres chanoines chacun une prébende. On assignait une portion congrue à chacun des vicaires perpétuels, chargés des fonctions curiales de Croissanville et d'Avenay.

La présentation à tous ces bénéfices appartenait au fondateur.

Château. — Le Château de Croissanville existait au nord de la route impériale de Caen à Paris , à l'extrémité d'une avenue qui accédait à la route ; il a été démoli depuis quelques années. Heureusement M. le docteur Pépin en avait fait une esquisse. Comme on le voit, page suivante, l'ensemble de cette construction devait appartenir au XVIIe siècle.

J'ignore comment la seigneurie de Croissanville et les droits de présentation aux prébendes de la collégiale passèrent de la famille de Pont-Audemer à celle de Bailleul ; mais il résulte des aveux rendus au roî , et que M. de Beaurepaire , archiviste de la Seine-Inférieure , a bien voulu me communiquer, qu'en 1610 Ives de Bailleul possédait la seigneurie et tous les droits qui y étaient attachés. Les archives de Rouen renferment un autre aveu de 1659, rendu par Jacques de Bailleul; enfin on voit, par un autre aveu du 28 juin 1691 , que ce fief avait été érigé en marquisat : « il se composait des fiefs du Quesnay , Gla- « ligny, le Perreux dit Breteuil, du plein-fief de haubert « et seigneurie de Méry, du fief de Bissières, du fief et « branche de la sergenterie d'Argences pour le haut de la '< butte. »

Il y avait fourche patibulaire à Croissanville; on y tenait des foires la veille St-Jcan-Baptistc, les jours St-Landry

GANTOIS DE MÊZ1DON. kkl

ktâ STATISTIQUE MONUMENTALE DU CALVADOS,

et St-Eutrope , et marché le vendredi de chaque semaine (1). D'après les recherches de M. de Beau repaire , archiviste de la Seine-Inférieure, auquel j'adresse mes remercîments pour l'obligeance avec laquelle il m'a communiqué ses notes, le Mémorial de la Chambre des Comptes (f° 10 v°), renferme les lettres d'union de plusieurs fiefs et érection d'iceux en marquisat sous le nom de marquisat de Cressanville, obtenues par Jacques de Bailleul (2).

(1) Voici le passage des lettres du roi qui autorisent la famille Bailleul à établir les deux dernières foires :

« Nous avons de notre mesme grâce et authorité que dessus « érigé et estably , érigeons et establissons deux foires par chacun an « outre celles qui y sont de présent pour estre icelles tenues audit « Cressanville : Tune le dernier avril, jour des. Eutrope,|et la deuxième « le dixième jour de juin, jour de S. Landry, ausquels jours nous « voulons que tous marchands puissent aller, venir et séjourner, déa biler et eschanger toutes sortes de marchandises licittes et permises « sous les privilieges franchises exemptions des autres foires de lad. « province, permettant audit sieur de Bailleul de faire baslir halles « bans et eschoppes pour la seurelé et commodité des marchands et « de leurs marchandises et de percevoir les droits pour ce deubs sui- « vant les us et coutumes, pourveu toutes fois qu'à quatre lieues a la « ronde il ny ayt ausd. jours autres foires ausquelles ces présentes « puissent préjudicier et qu'elles n'escheent aux jours de dimanche et « festes solennelles, auquel cas elles seront remises au lendemain, sans « pouvoir prétendre aucune exemption préjudiciable à nos droits. »

(2) Nous croyons devoir donner un extrait de ces lettres:

« Nous avons mis en considération ceux que l'illustre et ancienne

« famille de Bailleul en nostre province de Normandie descendue de « Jean et Edouard de Bailleul roys d'Escosse a rendus à nos prédé- « cesseurs soit par leurs personnes soit dans nos armées en plusieurs « occasions considérables entre autres par Anguerand de Bailleul « admirai de France soubs le roy Philippes, par Louis de Bailleul , « chevalier sr de Beauvais tué à la bataille de Coutras , envelopé « de l'enseigne des gens d'armes qu'il portoit , qui laissa deux fds

Bataille de Croissanville. — M. Pépin a observé à Croissanville, dans les propriétés de MmeLeraière, des mouvements de terrain qu'il est porté à regarder comme des traces des

« l'un nommé Jacques et l'autre Robert de Bailleul, duquel Jacques « est sortie Françoise de Bailleul sa fille et héritière qui espousa le « sieur de Souvray , chevalier de nos ordres , premier gentilhomme de

• la Chambre et gouverneur du feu roy notre père d'heureuse mémoire ; « et Robert de Bailleul , capitaine du fort Sc Catherine à Rouen, au- « roit esté tué en combatant pour nostre service au siège de ladicte « ville, et Ives de Bailleul son fds nous continua ses services en « qualité de mareschal des logis des gens d'armes de notre compagnie

• et des gentilshommes de nostre chambre et a laissé son fils François « de Bailleul eslevé page de nostre grande escurye aussi chevalier « dans le service de la mesme compagnie où il a servy volontaire un « fort long temps auquel a succédé Jacques de Bailleul chevalier, « seigneur de Cressanville, le Quesnay , Glatigny , Coquainvillers, « Perreux et autres lieux qui a l'exemple de ses ancêtres a servi plu- « sieurs années en Flandre, pendant diverses campagnes soubs les « maréchaux de la Ferlé et d'Aumont ayant mesme été choisy en o l'année 1674 par la noblesse de la vicomte de Caen en exécution « de nos ordres pour capitaine et commander ladicte noblesse pour » s'opposer et empescher les descentes'que les ennemis de cet Estât « avoient dessein de faire et pour la conservation de la coste et des « places de la province de Normandie et Jean François de Bailleul « son cadet servant dans la première compagnie de nos mousque- « taires fut blessé à Marsal dont il seroit décédé et depuis le fils aisnô « dudit Jacques de Bailleul étant page de nostre grande escurye fut « au siège de Condé et après a servy aux sièges de Valenciennes et « Cambray et ensuite en Allemagne en qualité de lieutenant et ayde « major dans le régiment de Picardie et la paix estant faicte auroit « servi par nos ordres la campagne dernière en notre armée navalle « sur le vaisseau de Colombon, escadre du sieur de Tourville et sert « encore en qualité de volontaire à Toulon sur le vaisseau de 'Ar- « canciel ce que joint aux longs et importants services que les prede- <* cesseurs desd. de Bailleul ont rendus à cet Estât pendant plusieurs « mouvements soubs les roys Henry trois et Henry quatre notamment « le sieur de Vignes son bisayeul maternel capitaine du c'.tnsteau

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campements qui parent avoir lieu à l'occasion de la bataille aVCroissanville en 965; j'ignore si cette opinion est fondée. Quant à la bataille, on sait à quelle occasion elle s'engagea, Louis d'Outremer, roi de France , s'était emparé du jeune duc Richard Ier , troisième duc de Normandie, qui avait suc-

« Trompette de nostre ville de Bordeaux en laquelle qualité il auroit « receu plusieurs ordres du feu roy Henry le Grand nostre ayeul « qu'il auroit executtez avec une fidélité inviolable imitant en cela tes « grands personnages sortis des maisons d'Harcourt d'Alegre et de « Souvray avec lesquelles celle de Bailleul a faict de grandes et este truites alliances et ledit Jacques de Bailleul seigneur de Cressauville « de Vignes et autres lieux s'estanl rendu digne fils et successeur de " leur vertu. Voulant reconnoistre en sa personne ses services et ceux « de ses prédécesseurs et laisser a la postérité des marques de la sa- « tisfaction que nous en avons, nous avons estimé ne le pomoir foire - plus avantageusement qu'en lny accordant l'érection en marquisat « de sa terre et seigneurie de Cressanville à laquelle sont unis les fiefs « du Quesnay et de Glatigny et est attaché le droit de présenter a la « dignité de chantres à 6 chanoines de l'église collegialle et à la cure « parossialle dudit lieu, le droit de foire et m m relié ; consistant en « outre iadicte terre et seigneurie en bois plants pacages bruieres ma- « rais moulins, garennes rentes seigneuriales le tout dus aux paroisses « de Cressanville Cleville et autres circonvoisines, à laquelle terre et « seigneurie sont d'ailleurs unis lesdits fiefs et seigneuries du Quesnay « Glatigny et Coquinvilliers composant un plain fief de haubert et de « chevalier, un quart de fief de haubert nomme le fief Perreux et « encore le fief et seigneurie de Mery dont rellevent fiefs et arrière « fiefs situés dans les paroisses dudit Méry et de Canon apparie- « nances et despendances d'iceux le tout rellevant de nous à cause de « notre vicomte de Caen : toutes lesquelles terres et fiefs composent un « revenu considérable capable de supporter le titre et dignité de « marquisat. A ces causes et autres considérations à ce nous mouvants « de notre grâce spécialle plaine puissance et authorité royalle nous « avons joincl uny et incorporé , joignons, unissons et incorporons « par ces présentes signées de notre main lesdits fiefs et seigneuries du « Ouesnay Gialigny. »

CAYrON bÈ mùziooN. U5\

cédé à son père, à peine âgé de dix ans , et l'avait emmené à Laon : on se rappelle comment Osmond , gouverneur du jeune prince , parvint à l'enlever après l'avoir caché dans une botte de foin, pris en croupe et conduit en toute hâte à Coucy , puis à Senlis. Le roi de France, irrité d'avoir perdu son prisonnier, envahit la Normandie avec une nombreuse armée.

Hugues, comte de Paris, auquel Louis d'Outremer avait promis une grande partie de cette province, envahit en même temps la Éasse- Normandie et assiégea Exmes. Tout paraissait perdu lorsque le roi de France , qui n'avait pas trouvé de résistance , se repentit d'avoir promis une part si belle au comte Hugues et l'engagea à se retirer. Hugues, mécontent, rentra en France. En même temps Herold, roi de Danemarck, qui habitait le Colentin depuis que son fils s'était emparé de ses Étals, informé de l'état des choses, vint débarquer avec une armée près des salines de Corbon ; il fut rejoint par un grand nombre de Normands et fit sa jonction avec eux près de Croissanville. Ce fut là qu'un engagement eut lieu entre les Normands et l'armée française.

Le roi de France était campé, à ce que l'on croit, au village de Corbon. Hérold l'envoya sommer de restituer la Normandie au jeune Richard. Louis demanda une entrevue pour traiter cette affaire ; et, pendant que les deux rois étaient à conférer dans une tente , un chevalier colentinois reconnut, au milieu des Français, Herluin, comte de Monlreuil, au rétablissement duquel il avait contribué sous Guillaume- Longue-Épée. Ce chevalier lui reprocha son ingratitude de prendre parti contre le fils de son bienfaiteur. Au même moment, un cavalier danois fendit la tête de Herluin d'un coup de hache. Cette action barbare devint le signal du combat. On courut aux armes, et c'est alors que commença une affreuse mêlée. Le roi Louis, échappant aux mains du roi Hérold par la fuite rapide de son cheval, tomba au pouvoir d'un chevalier. Il fit

à celui-ci toutes sortes de promesses pour n'être pas livré à son ennemi ; le chevalier, cédant aux larmes du roi , le conduisit en secret et le cacha dans une certaine île de la Seine. Bernard-le-Danois, gouverneur de Rouen et régent pour le jeune duc, en fut informé par des rapports , envoya aussitôt des satellites , et fit jeter le chevalier dans les fers. Forcé par le besoin de pourvoir à sa sûreté, le chevalier découvrit enfin malgré lui la retraite de celui qu'il voulait sauver , pour en recevoir une récompense. Le roi fut donc enlevé de cette île, conduit à Rouen par l'ordre de Bernard , et retenu sous une rude surveillance (1).

Louis IV ne recouvra sa liberté qu'après avoir donné son fils en otage et confirmé les droits de Richard à la souveraineté de la Normandie et à la suzeraineté de la Bretagne. Il fut, de plus, obligé de céder la ville et le comté de Laon au comte Hugues.

J'ai annoncé, il y a longtemps, mon projet de faire ériger à Croissanville une borne monumentale avec une inscription pour rappeler le fait historique dont je viens de parler. Ce projet n'a pas encore été exécuté , mais il n'est pas abandonné et je compte toujours le réaliser.

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