‹ Statistique monumentale du Calvados (volume 4)Chapitre 96 sur 203 · SAINT-PIERRE-DU-BREUIL · texte numérisé non relu

SAINT-PIERRE-DU-BREUIL

St-Pieire du-Breuil, Bruillium, Brolium.

L'église de St-Pierre du-Breuil offre encore ce style de transition dont les campagnes de Caen et de Falaise fournissent tant d'exemples, et dont on ne saurait préciser absolument la date : si j'adopte pour horizon chronologique de la plupart de ces églises le commencement du XIIIe siècle, je conviens qu'on pourrait souvent tout aussi bien les rapporter à la fin du XIIe siècle.

L'église du Breuil était en forme de croix, avec une tour carrée au centre du transept terminée par une toiture en bois. Le corps de l'église est ancien. On y a ajouté, au XVe siècle , un porche en avant de la porte principale de la nef qui s'ouvrait dans le mur méridional , près de l'extrémité occidentale.

Plus tard, probablement au siècle dernier, deux petites chapelles symétriques ont été ajoutées près du sanctuaire , au nord et au sud, de manière à former un second transept, ce qui donne au plan de l'église une forme insolite ; mais, en faisant abstraction de ces additions modernes , on retrouve bientôt la forme ordinaire.

(1) M. Serain avail été appelé ù Canon par If. de Beaumonl; il y est morl en 1820. Il était de Saintes.

(2) Archives de ta Normandie, par M. Louis Di.bois. Caen, 1825.

CANTON DE MÉZIDOX. 661

Le chœur et les transepts sont voûtés en pierre; des lambris en bois forment la voûte de la nef.

Deux jolies portes en ogive ornées de zig-zag , de tores et d'une bordure de têtes de clous, s'ouvraient dans le chœur, l'une devant l'autre , au sud et au nord , immédiatement après les chapelles du transept : l'une d'elles (celle du nord) est murée et cachée par un lierre ; l'autre est toujours fermée d'une porte en bois.

A cet aperçu , j'ajouterai quelques observations de détail.

Le mur droit du chevet me paraît avoir été refait au XIVe siècle ; plusieurs fenêtres ont été refaites à des époques peu anciennes.

Les corniches extérieures présentent le mélange des 1110dillons et des dents de scie , combinaison que l'on trouve dans nos églises de transition : on y voit aussi des modiilons portant des arcatures géminées.

Les chapiteaux intérieurs appartiennent au style ogival le plus ancien.

Il n'y a point de porte à l'ouest. La porte sud-occidentale, précédée d'un porche, est ornée de cannelures , et les archivoltes reposent de chaque côté sur trois colonnes.

En face, du côté du nord, est aujourd'hui une porte sans caractère et qui peut-être n'a été faite que pour les processions , le chemin passant le long du mur occidental de la nef : je n'oserais pourtant affirmer qu'il n'y en a pas eu une dès l'origine , à laquelle aurait succédé celle que nous voyons.

hbl STAilSTlntE MOMMhrsJALli DU CALVADOS.

Les toits de l'église du Breuil , qui est réunie à Mézidon , étaient dans le plus triste état quand la Société française d'archéologie a volé une allocation pour aider à les réparer. Une demande de secours a été alors adressée à M. le Ministre de l'intérieur. Les habitants ont ouvert une souscription qui a été fructueuse. Des travaux de consolidation ont été exécutés par M. l'architecte Vérolles. Le toit de la tour a été reconstruit en entier : le plus pressant est fait , mais il reste à faire encore.

L'église du Breuil était sous l'invocation de saint Pierre. Une statue assez barbare de ce prince des apôtres se voit encore dans une niche, au milieu du fronton du porche. L'abbaye de S"'-B;ube possédait Je patronage.

On voit dans le cimetière un obélisque élevé à la mémoire du dernier prieur de celte maison religieuse , lequel est mort curé de Mézidon.

Château. — Le château du Breuil , sur le bord de la voie ferrée , est moderne , comme le montre l'esquisse suivante, gravée d'après le dessin de M. Pépin; il n'est pas d'une grande importance , mais l'ensemble des bâtiments se présente bien et la tour cylindrique à toit conique lui donne un certain cachet; il appartient à Mme la comtesse du Moncel, née de Revilliasc.

Gare du chemin de fer. — Je viens de parler de la voie ferrée : c'est au Breuil qu'est établie la gare près de laquelle s'embranche, sur la voie de Paris à Cherbourg, le chemin de fer du Mans, Tours , etc. , etc. Cette station (station de Mézidon) est assez importante.

Voie romaine. — Une voie romaine ou chemin haussé, que nous avons citée tome II, page 35^ de la Statistique monumentale, venait aboutir près du Breuil et passait peut-être sur le

canton de mèzidon.

ÀG3

hbk STATISTIQUE MONUMENTALE DU CALVADOS.

territoire de la commune. Les traces n'en sont plus visibles à partir de Percy.

MEZIDON ( CHEF-LIEU ).

Mézidon , Mansio Odonis.

Il y avait , selon toute apparence , un ancien passage de la Dive, au lieu qu'occupe aujourd'hui le bourg de Mézidon, mais rien avant le XIe siècle ne nous révèle l'importance du vicus qui pouvait exister, et n'indique si la Dive se passait à gué, dans un bac ou sur un pont. A cette époque (XIe siècle), nous voyons apparaître Odon Stigand comme seigneur de la localité qui constitue aujourd'hui le bourg de Mézidon et de ce qu'on appelait , sur la rive droite de la Dive , Escajolet ou le petit Écajeul.

Odon Stigand, déterminé sans doute par l'importance stratégique du passage , avait établi un château sur le bord de la Dive , dont les eaux durent lui donner les moyens de défendre la place ; elle prit alors le nom que l'on a traduit en latin par Mansio Odonis (habitation d'Odon), et qui est devenu en français moderne Mézidon. A partir du XIe siècle , Mézidon acquit une certaine importance, surtout par la fondation de l'abbaye de Ste-Barbe sur le territoire d'Escajolet , à quelques pas du bourg et du château.

Eglise. — L'église actuelle est moderne ; elle a été reconstruite sous le premier Empire et n'a rien de remarquable. On peut dire qu'elle ne répond guère à l'importance actuelle du bourg; elle est rectangulaire; le portail, donnant sur la grande rue du bourg, est surmonté d'une flèche en charpente recouverte d'ardoises. Cette tour renferme deux cloches provenant de l'abbaye de S,e-Barbe,

La plus grosse porte l'inscription suivante :

j'ai été nommée barbe par messieurs les chanoines réguliers du chapitre de cette église ad mois d'octobre 1739.

On y voit le blason de l'abbaye, plusieurs fois répété.

L'église moderne de Mézidon est sous l'invocation de Notre-Dame et de saint Firrain ; l'abbaye de Ste-Barbe nommait à la cure.

Filature. — La filature de lin appartenant à M. Hurel, et qui est située sur la rive gauche de la rivière, au centre du bourg , est ce que Mézidon offre de plus remarquable ; c'est un établissement important, qui s'est considérablement accru depuis vingt-cinq ans et qui occupe plus de trois cents ouvriers.

Mairie. — L'hôtel de la mairie , comprenant la justice de paix et l'école primaire, construit par M. l'architecte Vérolles sous l'administration de M. Coulibœuf , est situé au-delà de la Dive. C'est de ce côté que le bourg a pris le plus d'accroissement, maison a construit aussi beaucoup depuis dix ans dans la direction opposée, vers la gare du chemin de fer.

Emplacement du château d'Odon. — M. Coulibœuf, maire de Mézidon, que j'ai consulté sur l'emplacement probable du château d'Odon Stigand et qui a depuis longtemps déjà examiné la question, pense que la place fortifiée par ce seigneur devait comprendre la partie du bourg occupée par la cour de M. Hurel, l'église , l'emplacement du cimetière , les halles et les hôtels SlP-Barbe et St-Martin. Le donjon devait se trouver dans une île formée par la Dive , au nord de la première enceinte , dont le périmètre vient d'être approximativement indiqué. M. Coulibœuf se trouve, dans ses indications, d'accord avec M. Guilmeth qui a tracé à peu près de la même ma-

nière l'enceinte présumée de la place, à l'époque d'Odon

Stigand (1).

Le château d'Odon Stigand , qui passa à la famille de Tancarville , comme on le verra tout à l'heure , fut assiégé et pris, en 1137, par le roi Etienne qui le fit démolir, au moins en partie , et dès lors Mézidon dut perdre son importance comme place de guerre (2).

« Ce fut en 1347, dit M. Coulibœuf dans la note qu'il « a bien voulu m'écrire , que Jean II de Melun , comte de « Tancarville , chambellan héréditaire de Normandie , vendit « cette baronnie à l'abbaye de Nolre-Dame-de-Grestain ; a plus tard , elle fut transmise au prieuré de Ste-Barbe qui o en exerça tous les droits seigneuriaux. »

Il se tient à Mézidon, le 12 novembre, jour de la fête St-Martin , une foire assez importante. Chaque semaine , il y a marché le samedi. Ce marché existait dès le temps d'Odon Stigand , puisqu'il avait donné le dixième des droits qu'on y percevait à l'abbaye de Ste-Barbe (3). On comptait 73 feUx à Mézidon.

(1) M. Guilmeth avait commencé une publication considérable sur l'histoire de Lisieux et des bourgs de l'arrondissement ; il est à regretter que cet ouvrage n'ait pas été continué et surtout qu'il soit aussi rare. L'ouvrage n'a pas, à ce qu'il paraît, été mis dans le commerce après que les souscripteurs ont reçu leurs exemplaires. Mézidon, St-Pierresur-Dive, Livarot, Lisieux et Orbec ont été le sujet d'intéressants essais historiques qui peuvent être consultés avec fruit.

(2) Ce siège fut provoqué par Rabel de Tancarville, qui s'était révolté contre le roi Etienne.

(3) Avant 89 , les religieux de cette communauté percevaient des droits sur les marchandises de toute espèce exposées en vente sur le champ de foire , sur la place du marché , et sous les halles et boucheries.

Quelques vieillards se rappellent que, le lendemain de la foire St- Martin qui se tient le 12 novembre de chaque année, tout propiiè-

CANTON DE MÉZiDON.

ECAJEUL.

Ecajeul , Scajoleium, Eescajoleium, Escajol.

La nef d'Écajeul est romane, probablement du XIe siècle, avec maçonnerie en arête de poisson dans la façade. Des contreforts en pierre de taille placés dans les murs du nord

église d'Écajeul (côté du sud'.

sont percés de petites fenêtres semi-circulaires , comme j'en

taire foncier de la commune était tenu d'aller payer un liard au receveur du prieuré de S,c-Barbc, et que le marché qui se tenait tous les samedis n'était ouvert au public que lorsque les approvisionnements de la communauté avaient été faits.

(Note de M. Couttbctuf,)

ai trouvé dans un petit nombre d'églises rurales du XF ou du XIIe siècle ; mais ce fait est assez rare et n'a dû être motivé que par économie pour la pierre de taille. Les fenêtres actuelles de l'église d'Écajeul sont presque toutes modernes.

La principale entrée de l'église est à l'ouest. C'est une porte romane à plein-cintre avec archivolte ornée de tores et de billettes , portée par deux colonnes à chapiteaux assez barbares, mais dont le fût, dans sa partie supérieure, est cannelé en spirale, chose assez rare dans nos contrées. Le tympan a été percé ; il était plein dans l'origine , selon

toute apparence. Une autre porte romane existe dans le mur latéral du sud : elle paraît moins ancienne que la précédente. En somme , la nef d'Écajeul , sauf la tour carrée massive établie au-dessus de la façade occidentale et dont l'époque est peu caractérisée, doit dater du XIe siècle, à en juger par ses caractères architectoniques assez prononcés.

Le chœur paraît moins ancien ; on y voit , à l'est , une longue lancette ; au sud , une fenêtre cintrée avec chapiteaux de transition : il pourrait donc dater de la fin du XIIe siècle ou du XIIIe. Des fenêtres nouvellement percées ont défiguré presque complètement cette partie de l'édifice, bien moins intéressante que l'autre. On voit quelques moulures du XVe siècle sur une porte latérale , au sud.

Voici les inscriptions des cloches d'Écajcul , telles que les a relevées M. le docteur Pépin.

On lit sur la plus grosse :

L'AN J773 IAY ÉTÉ BÉMTE PAU Mc MICHEL FROMAGE CVRÉ DE

CETTE PAROISSE ET NOMMÉE MARGVERITE PAR MESSIRE NOËL VRBAIN ANDRÉ DE LA FRESNAÏE , CHEVALIER SEIGNEVR

ET PATRON DE L'iIONNEVR DECAIEVL , CAMPIGNI, ESCVRES Sse /^gT- 'MARGVERITE DE METTE , LA POTERIE , ERAINE , COVLONS , . . .

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