XXVI. — Amputation de la cuisse
36 amputations j ^9 [gommes : 20 guéris, 9 morts. Pour expUquer les résultats de ces amputations, il est
très important de connaître la nature des lésions qui les ont rendues nécessaires, car les amputations de cuisse pour lésions traumatiques sont beaucoup plus graves que les mêmes amputations pour lésions organiques. On doit donc les distinguer en deux classes, au point de vue de la mortalité. Sur les 36 amputations de ma statistique, j'ai pratiqué :
16 amput. pour lésions traumat. dont 9 morts, 5(6,24 0/0. 20 — — organiq. — 0 — 0 0/0.
Les lésions traumatiques, qui ont justifié les amputations de cuisse, sont :
2 fractures compliquées de l'extrémité inférieure de la jambe avec ouverture de l'articulation tibio-tarsienne ; septicémie rapide. 1 guéri (obs. 96 n° 5), 1 mort (obs. 89j.
8 fractures compliquées des os de la jambe, quelquesunes avec lésion artérielle, gangrène imminente, ouverture de l'articulation du genou. 4 guéris (obs. 96 ; n"' 1, 2. 3 et 4) et 4 morts (obs. 95).
1 broiement de la jambe, du genou et de la cuisse avec hémorrhagie, par roue de locomotive. 1 mort (obs. 165 : n" 3).
3 fractures compliquées de la cuisse. 1 guéri (obs. 167) et 2 morts (obs. 165 ; n" 1 et 2).
1 fracture des deux fémurs avec blessure de l'artère fémorale. 1 mort (obs. 166).
1 plaie de la cuisse par coup de feu avec lésion des vaisseaux fémoraux et sphacèle de la jambe. 1 guéri (obs. 153).
J'ai cherché à atténuer la mortalité si élevée des amputations de cuisse faites pour les grands traumatismes du membre inférieur, en appliquant la méthode antiseptique dans toute sa rigueur. Confiant dans la puissance de cette méthode, j'ai même osé amputer quelques blessés, qui étaient considérés comme perdus. Tous mes efforts ont échoué. Dans ces cas, la mortalité tient à l'intensité du choc, à 1 épuisement nerveux. Si on ampute immédiatement pour couper court à une hémorrhagie, pour éviter une septicémie imminente, en un mot, pour placer le blessé dans de meilleures conditions de survie, le choc opératoire
s'ajoiitant au choc de la blessure, peut hâter et hâte souvent la mort. Si, au contraire, on attend deux ou trois jours, la fièvre s'est allumée ; on opère en pleine septicémie, ce qui est un autre danger. En somme, je crois que laconduite la meilleure est celle-ci : ne pas amputer tant que le blessé est dans la stupeur et l'athermie; amputer aussitôt que la chaleur revient et que le pouls se relève, avant l'apparition de la fièvre traumatique. C'est, d'ailleurs, la règle classique.
Les 20 amputations de cuisse pour des lésions organiques ont eu pour cause :
12 tumeurs blanches suppurées du genou : 12 guéries (obs. 124 et 140) ; 1 des ces opérés (obs. 136) est mort de tuberculose pulmonaire, treize mois et demi après la guérison de son amputation.
3 ostéites suppurées inguérissables après une résection du genou pour tumeur blanche : 3 guéris (139).
2 arthrites sèches du genou avec déformation empêchant l'usage du membre : 2 guérie, f un de ces 2 amputés est mort tardivement, après succès opératoire, d'une albuminerie (obs. 134).
1 ulcère occupant toute la jambe, avec éléphantiasjs du pied : 1 guéri.
2 tumeurs malignes du fémur : 2 guéris.
A. l'inverse de ce qui se passe dans les amputations de cause traumatique, l'antisepsie est toute puissante pour assurer la guérison des amputations de cause organique. Elle annule leur mortalité. Sur mes 20 amputés, j'ai obtenu 20guérisons opératoires. Si j'ai mentionné 2 morts d'amputé pour donner fhistoirevéridique démon service, il importe de faire remarquer que ces 2 opérés étaient depuis longtemps guéris de leur amputation, lorsqu'ils sont morts accidentellement (obs. 134 et 136). Il est juste de ne pas faire figurer ces cas dans la mortalité des amputations de cuisse.
Autant que l'état des parties molles le permettait, les amputations ont été faites par le procédé à lambeaux, soit à deux lambeaux, soit k un seul lambeau. Plus rarement j'ai employé le procédé circulaire.
La section du fémur a été faite 16 fois au tiers inférieur
cavec2 décès, -7 fois au tiers moyen avec 1 décès, 13 fois au tiers supérieur avec 6 décès. D'après ces chiffres, l'amputation au tiers supérieur est de beaucoup la plus grave.
Pour faire l'hémostase, j'ai toujours préféré à la bande d'Esmarch la compression de la fémorale par un aide- Dans un cas, où l'amputation devait être faite très haut, j'ai lié préalablement la fémorale au pli de l'aine.
Après la ligature des vaisseaux dans la plaie, j'ai toujours suturé les lambeaux, placé un ou deux drains et appliqué un pansement de Lister, par dessus lequel je faisais une compression ouaté. Cette pratique m^a donné les résultats suivants :
20 guérisons par réunion immédiate.
3 guérisons par suppuration. L'un des opérés eut un érysipèledu moignon, l'autre une phlgmatia alba dolens.
2 guérisons par suppuration avec sphacèle plus ou moins étendu des lambeaux.
Consécutivement à la guérison, j'ai observé 3 cas de fistules du moignon, qui se sont terminées en faisant des injections d'eau phéniquée dans le trajet fistuleux. Il y a eu un seul cas d'ulcération tardive du moignon, ulcération de nature tuberculeuse, chez l'opéré qui a succombe plus tard à la tuberculose pulmonaire (obs. 136).
Dans les cas mortels, les opérés ont succombé 7 fois à la syncope ou au choc; 2 fois à la septicimie.
La durée moyenne du séjour à l'hôpital des amputés de la cuisse, depuis leur opération jusqu'à leur sortie, a été de cinquante-deux jours, lorsque la plaie opératoire s'est cicatrisée par première intention, et de quatre mois et dix-huit jours, lorsque la plaie opératoire a suppuré, s'est sphacelée, ou a été compliquée d'une fistule.
Chez les sujets affectés d'une tuberculose commençante et portant en même temps une tumeur blanche suppurée du genou, j'ai constaté, dans 4 cas, que l'amputation de la cuisse avait notablement améhoré l'afiection puhiionaire et placé les opérés dans de bonnes conditions pour se guérir. J'ai cité une observation où celle heureuse mfluence a été très marquée (obs. 140).