SCÈNE XIII
D’OSBORN, put* ULRICH.
d'osborn. Mon mariage! dernière ancre de salut I port inespéré qui s'offre à moi quand l'orage groudait menaçant et terrible... encore une heure d'attente. Ah! que celte aiguille marche avec lenteur !
Quatre Soldats amènent Ulrich, de la droite.
DEUXIÈME OFFICIER, qui commande ledélachement. Général, voici le déserteur Ulrich Burl.
i ULRICH, au milieu des soldats. Qui dit
STELLA
déserteur dit fusillé! Eh bien, j’aime mieux qu'on dise de moi le fusillé Rurl que Rurl
le soldat.... ça vous étonne, vous autres
mais je m'ennuyais infiniment dans votre compagnie.
Sur an signe d'Osbom, l'Officier et les Soldats se retirent au fond.
d'osbobn. Ulrich Burl.
ULRICH , saluant. Présent, mon général.
d’osborn. Approche et réponds.
Il s'assied sur le canapé.
Ulrich, avançant. Me voilà et j'atiends, mon général.
D'OSBORN. Tu as déserté.
ULRICH. Oui, mon général.
D’OSBORN. Pourquoi?
Ulrich. Par goût, mon général.
d’osborn. Tu voudrais en vain me tromper. Tu étais le complice du lieutenant Mulgrave et du baron de Fridberg. C’est à [ instigation de l’un ou de l’antre que tu ns
quitté ton drapeau peut-être de tous
deux.
ULRICH. Faites excuse, mon général, celui qui est cause de tout, ça n'est ni mon lieutenant, que je respecte, ni monsieur de Fridberg, que je n’ai jamais connu; c'est un grand escogriffe nommé Clakmann, c’est celui-là qui m'a instigué.
d'osrorn. Ce Clakmann serait-il aussi du complot?
Ulrich. C’est lui qui a tout fait àlui tout seul.
D’OSBORN , feuilletant les papiers qu’il tient. Ce nom ne figure pourtant sur aucun de ces procès-verbaux. Où et comment as-tu connu cet homme?
Ulrich. Où? au cabaret. Comment? en buvant du vin du Rhin. Ohl le gueux de vint imaginez-vous, mon général, de la pure eau-de-vie, c’était comme qui dirait une
flamme qui vous grillait le gosier et qui
vous retournait la cervelle aussi. A la deuxième bouteille je u’y voyais plus qu'un peu, j’entendais encore moins et je ne comprenais plus du tout; alors mon escogriffe fait apporter du papier, je crois que c’est pour faire le menu, car il ne m'avait encore rien donné à manger, le Judas! il griffonne quatre mots et me dit de signer, je fais une croix, qui est tout ce que je sais de l'écriture, et puis je I tombe le nez dessus la table. Quand je m'é- j veillai , j’étais dessous.
d’osborn. Cet homme était donc?...
Ulrich. Un raccoletir. mon général. Il m’annonce, en riant, que j'étais soldat du roi; je ne voulais pas le croire; |xiur me faire entrer la chose dans la tête on me donne
la shlague tout de suite il n’y avait plus
à en douter, j’étais soldat. De désespoir, j'en devins comme enragé, je sautai sur mon
rar.coleur.... je l’étranglais, mon général.... malheureusement on me dérangea. Je n'étais que depuis un mois au régiment, que je n'avais plus que deux idées fixes, déserter d’abord, puis finir d’étrangler Clakmann. Par un temps de brouillard je sors du cantonnement; je n’étais pas à dix portées de fusil des lignes, qu’un gendarme m'arrête. Pour courir plus vite j’avais jeté mes armes, pas moyen de résister. Arrivé au corps, je regarde celui qui m’avait remis dans la nasse, c 'était mon Clakmann. de raccolrur il s’était fait gendarme. Cette fois-là, comme j'avais les mains liées, je ne pus que le mordre; mais je l’aurais dévoré, si on ne m'avait encore dérangé. Vous voyez, mon général, que ce Clakmann était ma perdition en culotte de peau.
d’osrorn. Abrège!
ui.Rlcn. Il y a trois jours, le lieutenant Mnlgrave, qui connaissait mon opinion sur l’état militaire, car je ne la cachais pas, me fil venir et me dit : Je puis te donner un congé pour aller à Liibben, ville frontière; arrivé là, tu n'auras plus que quelques pas à faire pour sot tir de Prusse; je ne ferai tort au roi que d'un mauvais soldat, et en reconnaissance de la liberté que je te donnerai, tu n’hésiteras pas, toi, à me rendre un service. Il n’y avait pas moyen de refuser; j'allais enfin avoir le bonheur de déserter tranquillement, les mains dans les poches.
d'osrorn. Et quel service te demanda le lieutenant?
ULRICH. Il me remit un papier cacheté.
Arrivé à Luhben, il fallait le soir même aller de l’autre côté de la frontière, et à un endroit qui m’avait été désigné, je devais trouver un homme qui m'aurait dit : • Marie- Thérèse et Mnlgrave. j A cet homme j’aurais donné le papier cacheté, et là-dessus j’avais cinquante florins pour le port et toute l'Autriche pour me promener.
n’ostionN. Nous y voilà.
ULRICH. Je n'étais pas ati rendez-vous depuis cinq minutes, qu’un poignet que je
crois reconnaître me saisit et m’enlève
Je regarde... et je reconnais mon Clakmann qui de gendarme s'était fait douanier. Cette fois je résolus d’en finir avec lui. Une petite rivière était à deux pas, j’y roule avec mon Clakmann ; je le tenais la tête dans l’eau, il buvait connue une éponge, lorsque ses camarades arrivèrent. Je fus arrêté, fouillé, garroté et ramené, toujours par mon Clakmann. Si je duis être pendu, je suis sûr que c’est lui qui tiendra la corde.
d’osrorn. Quand monsieur Mnlgrave te remit ce papier, savais-tu ce qu’il contenait?
Ulrich. Non, mon général.
lo
MAGASIN THÉÂTRAL
d’osrorn. N’as-tu pas cherché à le sa- 1 Toir ? :
Ulrich. Tout ce qui est écrit est sacré 1 pour moi... je ne sais pas lire.
d’osrorn. Avec Mulgrave n’as-tu jamais vu monsieur de Fridberg?
Ulrich. Je ne connais pas monsieur de Fridbergl
d'osborn. Monsieur Mulgrave n’a-t-il jamais prononcé ce nom devant toi.
Ulrich. Jamais. Mon lieutenant ne m'a parlé que d'une personne, d'un ami qu'il ne m'a pas nommé, mais dan» l’intérét duquel il m’a rhargé d’une dernière commission.
Voilà la chose : quand on nous eut confrontés et enfermés ensemble, il me dit : » Mon pauvre Ulrich, dans ma déposition j'ai fait de mon mieux pour toi; quant à moi, je sais un moyen d’éviter le sort qui m'attend; mais avant tout je dois, je veux justifier un ancien camarade dont j'ai indignement trahi la confiance, et dont la tête iunocente pourrait bien payer ma faute. Je vais le donner une lettre qui contiendra le récit exact des faits, et qui mettra mon ami à l’abri de tout danger; tu seras interrogé ce matin sans doute, et tu remettras ma lettre à l'ofiicier devant lequel tu seras amené. » Là-dessus il se mit à écrire ; comme la lettre était longue, je m'endormis.
Jo rêvais que je brûlais Claktnanu à polit feu dans un four, quand un grand bruit m’éveilla : le lieutenant avait fini sa lettre et vouai tde se faire sauter la cervelle.
d’osborn. Cette lettre?
ULRICH. I.a voilà, mon générât.
d'osborn. Tu n’as pas autre chose à dire ?
Ulrich. Rien autre, mon géuéral, sinon que si la fusillade doit s’ensuivre, j’attendrai là-haut mon Clakmann pour lui faire rendre la pareille, si toutefois dans l’autre monde on connaît la charge en douze temps.
Sur un ftigne dr d'O'born, le deuxième Officier et les quatre Gardes emmènent Burl.
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