‹ Stendhal-Beyle;Chapitre 47 sur 74 · LE LIEUTENANT ROBERT · texte numérisé non relu

LE LIEUTENANT ROBERT

Léon-Francois-Xavier Rosert, fils de Francois-Xavier Robert et de Marie-Ursule Bouchon, était né le 16 mai 1780 a Beurey, dans la Meuse. Entré au 5° régiment de chasseurs en octobre 1798, brigadier en janvier 1799, maréchal des logis le 22 aoait 1799, il avait fait les campagnes de l’an VII aux armées d’Helvétie et du Danube lorsqwil fut nommé par Masséna le 28 juillet 1800 sous-lieutenant au 6° dragons pour s’étre particuliérement distingué a l’affaire du pont du Var, et confirmé par un arrété du 15 décembre 1800. Canclaux le juge alors capable d’apprendre et z¢lé; Kellermann, un peu étourdi, mais plein de bonne volonté. Lieutenant le 27 novembre 1805, aide de camp du général Poinsot le 20 juillet 1806, il est promu capitaine le 27 juillet 1809. Le 17 février 1811, il entre comme lieutenant aux dragons de la garde. Il y devient capitaine (12 octobre 1813) et chef d’escadron (28 novembre 1813). Il était en non-activité lorsque son pére, capitaine de la gendarmerie du département de la Meuse, demanda sa retraite en exprimant le désir que son fils fit appelé a lui succéder. Le 16 avril 1815, Robert fut nommé capitaine de gendarmerie a Bar-le-Duc en remplacement de son pére, et une ordonnance du roi en date du 29 aot 1815 le confirma dans ce commandement. A vrai dire, il avait servi l’usurpateur durant les Cent-Jours; il était alors 4 Verdun avec sa compagnie. Mais ce fut lui qui porta 4 Paris, au nom de la garnison, « les expressions de fidélité et de dévouement au roi », et le général Dumolard attestait que Robert avait été chargé par le conseil défensif de tous les pourparlers avec le général-major Wouitch qui

commandait la brigade russe devant Verdun. Wouitch méme recommandait Robert au ministre, écrivait que Robert était un brave militaire qu’il fallait conserver dans le commandement de la compagnie de son pére, et le ministre de la guerre faisait répondre par une « lettre jolie » que la recommandation de Wouitch était pour Robert un témoignage honorable et un nouveau motif de lui mériter la bienveillance du roi et le maintien de son emploi. Robert eut bientot Poccasion de rendre 4 la monarchie des Bourbons un service signalé. Le préfet de la Meuse lui ordonna de se rendre le 9, puis le 12 février 1816, au domicile du conventionnel Courtois 4 Rambluzin. (Cf. Welvert, La saisie des papiers de Courtois, p. 21.) Robert saisit cing cartons qui renfermaient des papiers, ainsi qu’ « un dépdt sacré appartenant a lauguste famille des Bourbons : le une lettre de S. M. la reine de France 4 Madame Elisabeth ; 2° une lettre de S. M. la reine de France 4 Mme la duchesse d’Angouléme; 3° ’interrogatoire de S. M. la reine de France aux Tuileries, lors de son retour 4 Varennes; 4° une lettre de S. M. la reine de France au président du tribunal révolutionnaire; 5° une lettre de Marc- Antoine Martin au président du tribunal révolutionnaire, qui demandait a défendre la reine; 6° les cheveux de S. M. la reine; 7° le tricot aprés lequel S. M. travaillait lors de sa captivité; 8° un ruban rose qui lui servait de ceinture; 9° un gant de Mgr le dauphin; 10° deux autres petits ouvrages appartenant aussi 4 S. M., le tout écrit et signé de sa main. » Lui-méme vint a Paris remettre au ministre de la police générale les papiers de Courtois et la lettre de Marie-Antoinette & Madame Elisabeth, qu’il jugeait « touchante et sublime». I] fut présenté a la duchesse d’Angouléme et 4 Louis XVII: « Je suis content de votre service, lui dit le roi, je ne yous oublierai pas. » Recommandé en outre par Decazes et Oudinot, Robert conserva, malgré lordonnance sur la gendarmerie, la place qu il occupait dans son pays natal, et recut la croix de Saint-Louis. Nommé chef d’escadron de la compagnie du Pas-de-Calais le 18décembre 1818, il permuta et le 8 mai 1829 passa dans celle de la Moselle. Promu le 23 juin 1832 au grade de lieutenant-colonel et chargé de commander la 9° légion de ’arme a Niort, il emporta les regrets de la population messine et meusienne. « I ‘est pénible, disait un député au nom de ses collégues de la Meuse et de la Moselle, de perdre un si excellent citoyen et un officier supérieur qui était en possession de l’estime de tous les hommes de bien », et le général Delort louait sa fermeté et sa prudence, ses maniéres affables, son excellent ton, qui lui valaicnt la considération publique et l’affection des habitants. Colonel chef de la 9¢ légion deux ans aprés (23 juin 1834), commandeur de la Légion @’honneur (27 avril 1838), Robert fut mis a la retraite le 6 avril 1840. Il était riche dailleurs; une veuve

sans enfants, Mme Jacobé, née Godmard, qu’il épousa en 1827 et ae

mourut l'année d’aprés, lui avait laissé une fortune de 225,000 francs en biens-fonds.

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