X. — 3 paquets de papiers et de cahiers
a. — I paquet composé de deux liasses : Mémoires sur Napoléon, etc..
b. — I paquet composé de cahiers. — 11. 290. Suora scolastica.
c. — I paquet de cahiers in-folio. — R. ii92. Manuscrits venus de Milan. — Vie de Napoléon. — Brouillons de matériaux recopiés dans les deux grands registres recouverts en bleu et violet, portant au dos Life i et 2. (( Donc inutiles. »
Un jour, mon ami et excellent confrère, M. le vicomte de Spoelberch de Lovenjoul, l'historien si précis des œuvres de Balzac et de Gautier, apporta chez moi six volumes reliés en basane. C'était un Molière, et quel Molière! Une édition banale, publiée en i8i4, chez NicoUe, en 6 vol. in-S", et annotée par Petitot. Mais au commencement et surtout à la fin de chaque volume, de nombreuses pages additionnelles étaient couvertes de notes; d'autres envahissaient parfois le texte même de l'ouvrage : toutes rédigées dans l'une des trois ou quatre écritures que je connais de Stendhal. Du reste, une inspection rapide de l'exemplaire indiquait
clairement sa provenance : la reliure avait été faite pour Bevle. Les lettres 11. B., marquées en queue sur le dos des volumes, n'auraient laissé aucun doute à ce sujet, si un mémorandum en italien, contenu dans l'un des volumes, n'avait été encore plus explicite :
« Comprato 4^ in febrajo i8i3, legato per soldi 5o, il volume nel seguente marzo *. »
Ces notes, outre de longues critiques sur les pièces de Molière : Tartufe^ le Misanthrope, L'Ecole des Femmes, Georges Dandin^ les Femmes Sa^^antes, commencées « à 3lilan, en novembre i8i3, pour remplir l'intervalle d'un rendez-vous à un autre, je lis Molière la plume à la main -, )> que j'imprimerai quelque jour, renferment des essais sur le jR/re^ sur Shakespeare, donnés plus tard au public sous une forme plus étudiée sinon plus parfaite, et des réflexions sur la manière dont l'ouvrage a été édité par Petitot. Le pauvre homme!
« On sait que Petitot est le plus bête des hommes, plus bête que Luneau de Boisgermain. Geoffroy aurait assez bien commenté Molière, sans remonter aux grands principes toutefois. To the deatli of the Seyssin's friend \ it should be usefuU to print his commentaire. On se fiche de la critique, quand l'on est un peu
» Molière, II.
2 Mo/it're, IV.
' Lire at the dealh of Seyssins' friend (Beylc lui-même).
* Molière, IV. — Claude-Bernard Petitot, né le 30 mars 1772, à Dijon; t 6 avril 1825. — Pierre-Joseph-François Luneau de Boisjcrmain, né en 1732, à Issoudun; t 2o déc. 1801, à Paris.
Et auparavant :
« Sot et hete ' . »
Enfin des observations personnelles qni s'étendent de i8i3à i8;>.o, rédigées en n'importe quelle langue, jetées au hasard de la plume et du moment à travers les six volumes.
Nous taisons aujourd'hui quelques emprunts surtout à ces dernières notes " .
Ainsi qu'il appert de son acte de baptême, Beyle est né à Grenoble le 23 janvier 1788; voici d'ailleurs la copie du document^ :
Le 24 janvier 178^ j'ay baptizé Marie Henry né
B. hier fils légitime j] de Noble Cliérubin Josepli
MARiE-HEM*Y Beyle avocat au parlement, et de || dame Caroline
BEYLE Adélaïde Henriette Gagnon. a été parrain j] Monsieur
Henrv Gagnon médecin en celte ville ayeul maternel jj
de Tenfant, marraine dame Marie Rabit veuve de noble
Il Jean-Bapliste Beyle vivant juge Royal de cette ville
— Il lesquels ont signé avec le père et les témoins. ||
[Ont signe) Beyle, Gagnon, etc., etc., Peyrin
i" vie. de St. Hugues 4. ||
« Je suis né, dit Beyle lui-même, le 28 janvier 1788, à Grenoble, rtie des Vieux-Jésuites (rue Jean-Jacques
' Molière, III, titre.
2 Ces observations sont marquées en abrégé Molière, avec la tomaison.
3 Registre de la paroisse Saint-Hugues, 1778 à 1783, II (onze). * Saint-Hugues = Psotre-Dame.
Rousseau). Je suis parti pour Paris le 8 brumaire
au VIIIV
r.a maison de sou grand-père maternel, Gagnon le chirurgien -, chez qui Beyle fut élevé, se trouvait au coin de la Grande-Rue, — n" 20, je crois, — et de la place Grenette.
I.a place moderne de la Constitution, avec ses édifices officiels, et les grands boulevards qui font de l'ancienne capitale de Lesdiguières une des plus jolies villes de France, n'ont pu détrôner la vieille place Grenette; c'est sur cette place que se trouvent les anciens hôtels de la ville et les cafés les plus fréquentés, bien que l'auberge des Troïs-Dauplùns 011 descendirent Napoléon P"" à son retour de l'île d'Elbe, et bien d'autres seigneurs de moindre importance, soit placée dans une rue adjacente.
Rien de plus vivant, de plus gai, que cette petite place Grenette, d'où s'échapj^ent les innombrables omnibus qui transportent les touristes à la Salette, à la Chartreuse, à la vallée de la Romanche, à la vallée de la Bourne; d'oii s'élance dès l'aube la foule des
' Journal de Stendhal, [). 17.
* Voir, sur Henri Gagnon , Casimir Stryienski, L'Enfance de Henri Beylc, d'après des documents inédits (Grenoble, Alexandre Gratier, 1880, br. in-8°). — Le docteur Heiiri Gagnon, mort en 1813, frère d'Elisabeth Gagnon, eut trois enfants : un fils, pore du général Oro«ce Gagnon, mort à Grenoble en 1885, et deux filles : 1» Caroline-Adélaîde-HEymETTE, morte en 17'JO, qui épousa, le 16 aoiit 1781, Chérubin- Joseph Beyf^e, mort le 20 juin 1819, dont elle eut !rois enfants : Marie-Henri Beyle (Stendhal), né le 23 janvier 1783 à Grenoble, mort à Paris, le 23 mars 1842; Pauline, ép. Périer-Lagrange: Zénaide, ép. Alexandre Mallelv; et 2° Séraphie, restée fille.
grimpeurs armés de piollets et d'alpenstocks qui vont à la conquête de ces Alpes Dauphinoises dont la Meije et la Barre des Ecrins, géants qui ne le cèdent en hauteur qu'au Mont-Blanc, sont les dernières étapes ; ces Alpes Dauphinoises avec leur massif du Pelvoux, que le chemin de fer de Gap à Briancon viole à peine, et sur lesquelles la tourbe des voyageurs étrangers qu'as-
La place GrencUc, à Grenoble.
pire dans les montagnes de la Savoie la bande noire des hôteliers n'est pas encore venue s'abattre.
C'est bien dans ces villages pittoresques, encore sauvages, comme le Pont en P\.oyan, le \ illars-de-Lans, et, dans une autre direction, la Grave et le Bourg d'Oisans, que l'amoureux de la nature pourra contempler des paysages que le touriste de Chamounix et de la Mer de Glace ne saurait connaître.
s ri: M) Il AL
Ce Dauphiné, avec sa nature agreste, fruste, que viennent égayer les vallées, je dirai presque les jardins du Grésivaudan , a donné à la France une race d'hommes forts, pratiques, libéraux, qui ont bien pour ancêtres ces Allobroges que célèbre César, et sur laquelle le Dauphin Louis, plus tard Louis XI, a laissé la forte empreinte de son administration.
Au commencement de la Révolution, le Dauphiné avait donné le signal de ces réunions provinciales desquelles sortit le grand mouvement qui ouvrit en France une ère toute nouvelle. C'est à Vizille (21 juillet 1788), à quelques kilomètres de Grenoble, dans le château même du connétable de Lesdiguières, et à Romans que se réunirent les premiers députés du Tiers pour composer leurs cahiers : ces hommes s'appelaient Barnave, Mounier ^
Le caractère de Beyie devait nécessairement se ressentir du milieu dans lequel il avait été élevé.
Beyle suivit en Italie la fortune de ses protecteurs, lorsque les Daru partirent pour la célèbre campagne de 1800. Grâce à leur recommandation, il fut placé à Alilan dans les bureaux de M. Pétiet, gouverneur de la Lombardie. C'est pendant son séjour à Milan que
' Cf. Le Centenaire de l'Assemblée de Vizille (21 juillet 1788;, par Georges Picot, membre de l'Institut, Paris, Hachette, 1888, br. in-8°; et l'ouvrage de M. J.-A. Félix Faure, ibid., 1887.
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Le l'uni eu U<>>aii.
Beyle puisa cet amour de l'Italie qu'il conserva si ar-
(lent jusqu'à sa mort. Sou tempérament énergique s'accommodait mal d'un travail aride de bureau : il prit ('23 septembre 1800) du service dans l'armée active et l'ut admis, en qualité de maréchal des logis, au 6^ régiment de dragons ; très peu de temps après il gagnait les épaulettes de sous-lieutenant à Romanego, entre Brescia et Crémone. Plus tard , ennuyé de la vie de garnison, le 3 juillet 1802', à la veille de passer lieutenant, il donna sa démission, contre l'avis des Daru et malgré une proposition du général Michaud, dont il avait été l'aide de camp, de le reprendre auprès de lui lors de sa promotion. Un passage d'une lettre de Beyle à Mounier indique les motifs de sa détermination :
« 11 y a la gloire militaire, la gloire littéraire, la gloire des orateurs dans les Républiques. J'ai renoncé à la première parce qu'il faut trop se baisser pour arriver aux premiers postes, et que ce n'est que là que les actions sont en vue ^. )>
Le voici arrivé à Paris et lancé dans d'innombrables aventures galantes dont le raille agréablement ou le gronde sévèrement tour à tour son ami, le grave
' Colomb écrit dans sa Notice biographique :
« Il donna sa démission le troisième jour complémentaire de l'an X (20 sept. 1802), pendant la petite paix qui suivit le traité d'Amiens (27 mars 1802). » Cette date est évidemment celle de l'acceptation officielle de la démission de Beyle, qui écrivait à Mounier [jVouv. Revue, 15 sept. 1885, § 241) à la date du 16 messidor an X ('6 juillet 1802) : « Moi, je voulais donner ma démission, et c'est ce que j'ai fait avant-hier ; ainsi, à compter du 12 messidor, je suis redevenu libre et citoyen. »
- Lettre de Grenoble, pluviôse XII (janvier-fév. 1804;. Publiée dans la iYomvelle Revue, i" oct. 188o, pp. 492-3.
^K^^^^S ^ --Von *^ io^ ^. ^i^r^
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Le Bourg d'Oisans.
Mounier; à la longue, il éprouve le besoin de se re-
2G sti:m)11.\l
poser et de revoir sa foinille qui se plaint de son oubli; aussi prend-il une grande résolution en juin i8o3 : « Jamais morale n'est venue plus à propos; j'étais excédé de deux femmes que j'ai sur les bras depuis trois mois. Mon père me pressait depuis longtemps de l'aller voir; il se plaignait d'être abandonné par son lils. Ma foi, votre morale m'a décidé, je quitte le séjour de l'aimable Paris, enchanté des choses vraiment l)elles qui y sont, mais bien dégoûté de ce qu'on y appelle bonne compagnie \ »
Beyle partit en effet de Paris pour se retremper dans l'air de son pays natal, et il arriva à Grenoble le 'i6 juin i8o3.
La bibliothèque d'un écrivain peut donner une idée assez exacte de ses goûts personnels, et lorsqu'il s'agit d'un esprit aussi bizarre que celui de Stendhal, il est curieux de rechercher les livres à l'aide desquels il conq^lète ou modifie sa pensée. Je crois donc bien faire en reproduisant le catalogue^ que Beyle a dressé de ses livres à cette époque :
' Lettre à Mounier du 16 prairial X( (6 juin 1 803). (lYouu. Bévue, Le, p. 482.) - Lu plus grande partie des papiers de la bibliothèque de Grenoble fut donnce par M"^ Crozet. Au verso de la couverture de la Vie de César (B. Rayon inférieur, III, .3 vol. in-fol., voir supra, p. lo) on lit : Don de Madame Veuve Praxède Crozet, septembre 1861. Dans l'intérieur du premier vol. de cet ouvrage se trouvait une pièce imprimée sur papier bleu, de 2 ff. signée