CHAPITRE VII
Quelquefois j'écrivais une date sur un livre que j'achetais et l'indication du sentiment qui me dominait. Peut-être trouverai-je quelques dates dans mes livres. Je ne sais trop comment j'eus l'idée d'aller en Angleterre. J'écrivis à M..v mon banquier, de me donner une lettre de crédit de mille francs sur Londres ; il me répondit qu'il n'avait plus à moi que cent vingt-six francs. J'avais de l'argent je ne sais où, à Grenoble peut-être, je le fis venir et je partis.
Ma première idée de Londres, me vint ainsi en 1821. Un jour, vers 181 6, je crois, à Milan, je parlais de suicide avec le célèbre Brougham (aujourd'hui lord Brougham, chancelier d'Angleterre, et qui bientôt sera mort à force de travail .
— Quoi de plus désagréable, me dit M. Brougham, que l'idée que tous les journaux vont annoncer que vous vous êtes brûlé la cervelle, et ensuite entrer dans votre vie privée pour chercher les motifs?... Cela est à dégoûter de se tuer.
SOUVENIRS D EGOTISME
— Quoi de plus simple, répondis-je, que de prendre l'habitude d'aller se promener sur mer, avec les bateaux pè cheurs? Un jour de gros temps, on tombe à la mer par accident.
Cette idée de me promener en mer me séduisit. Le seul écrivain lisible pour moi était Shakespeare, je me faisais une fête de le voir jouer. Je n'avais rien vu de Shakespeare en 18 17, à mon premier voyage en Angleterre.
Je n'ai aimé avec passion en ma vie que Cimarosa, Mozart et Shakespeare. A Milan, en 1820, j'avais envie de mettre cela sur ma tombe.
Je pensais chaque jour à celte inscription, croyant bien que je n'aurais de tranquillité que dans la tombe. Je voulais une tablette de marbre de la forme d'une carte à jouer (1).
ERRICO BEYLE