L., 2 novembre
XVII. — Les âmes très tendres ont besoin de la facilité chez une femme pour encourag-er la cristallisation.
XXVII. — Plus un homme est éperdument amoureux, plus grande est la violence qu'il est obligé de se faire pour oser risquer de fâcher la femme qu'il aime et lui prendre la main.
XLIII. — Plus on plaît g-énéralement, moins on plaît profondément.
XL VI. — Le véritable amour rend la pensée de la mort fréquente, aisée, sans terreur, un simple objet de comparaison, le prix qu'on donnerait pour bien des choses.
LXV. — L'extrême familiarité peut détruire la cristallisation. Une charmante jeune fille de seize ans devenait amoureuse d'un beau jeune homme du même âge, qui ne manquait pas chaque soir, à la tombée de la nuit (i), de passer sous ses fenêtres. La mère l'invite à passer huitjours à la campagne. Le remède était hardi, j'en conviens, mais la jeune fille avait une âme romanesque, et le beau jeunehomme était un peu plat ; elle le méprisa au bout de trois jours.
EX VI. — Rolog'ne, 17 avril 181 7. — Ave Maria (twilight), en Italie, heure de la tendresse, des plaisirs de l'âme
(1) A l'Ave Maria. (N. de Beylc.)
et de la mélancolie : sensation augmentée par le son de ces belles cloches.
Heures des plaisirs, qui ne tiennent aux sens que par les souvenirs.
LXIX. — Quel moment que le premier serrement de main de la femme qu'on aime ! Le seul bonheurà comparer à celui-ci est le ravissant bonheur du Pouvoir, celui que les ministres et rois font semblant de mépriser. Ce bonheur a aussi sa cristallisation, qui demande une imagination plus froide et plus raisonnable. Voyez un. homme qui vient d'être nommé ministre, depuis un quart d'heure, par Napoléon.
LXXIV. — Ce qui avilit les femmes galantes, c'est l'idée qu'elles ont et qu'on aqu'ellescommettent une grande faute.
G1V. — Une femme appartient de droit à l'homme qui l'aime et qu'elle aime plus que la vie.
CVI. — Dans une société très avancée, Y amour-passion est aussi naturel que l'amour physique chez les sauvages.
CVII. — Sans les nuances, avoir une femme qu'on adore ne serait pas un bonheur et même serait impossible.