Réflexion sur le decens et décorum en morale
Un de mes amis fit saisir le bétail d'un fermier qui lui devait quelques fermages, et, au lieu de le mettre en fourrière, il le garda sur son propre domaine. Deux jours après, les arrérages furent acquittés, — le bétail rendu; mais le fermier dut en payer la nourriture.
Ce fait ne semble blesser ni la loi ni la morale, ni constituer en rien un acte d'oppression ou d'extorsion. Peu importait au fermier de payer la nourriture de ses bestiaux au propriétaire ou au gardien
de la fourrière. — Pourquoi donc y voyons-nous une grande différence ?
Il doit y avoir Ik un manque de bienséance. — Ce serait se livrer peut-être a une spéculation d'esprit trop subtile que de rechercher le rapport intime qui existe entre la bienséance et la moralité, et cependant je crois que le manque de Yune nous choque parce qu'il implique Tabsence de Vautre. 11 blesse sans aucun doute cette moralité exquise dont parle Prior :
« Supérieure aux règles ordinaires du vice et de la vertu, enseignées dans les écoles. »
Si le décorum n'est pas la substance même de la vertu, il en est au moins un des accidents. C'est un adjectif dont le substantif est de toute nécessité un fait moral. — C'est le périmètre, le plein^ le beau du grand cercle (i). On peut encore le comparer a l'essence de la lumière, qui veut pour objet une matière solide sur laquelle elle reflète la beauté des couleurs.
149. — L'esprit est naturellement actif; il s'adonnera lui-même k quelque occupation mauvaise si vous ne lui en créez pas une bonne. Les magiciens nous disent qu'il leur faut trouver de la be-
(i) Voir VHistoirt de Protogènes et d^ApelUs^ par Prior. (Noie de Sterne.)