PARTIE I
païens n'aient connu ni Ylnquisitionj ni les Autoda-féj ni les Croisades : —
Que pendant les siècles d'ignorance et de barbarie, alors que le Diable, comme les prêtres nous rassurent, gouvernait TEglise , rendait des oracles, ordonnait des impuretés et exigeait des sacrifices humains, les frères ne se soient pas armés contre les frères, les nations contre les nations, en fureur dvUe, ou en guerre pieuse ; —
Mais qu'aussitôt qu'il eut plu a Dieu, par une intervention miraculeuse, de prendre l'Église en ses propres mains, ait commencé une ère si horrible et si impie, — que la parole de paix fit sortir Tépée du fourreau et que les préceptes d'amour et de concorde produisirent la désunion et la haine .
Le prêtre chrétien, — dites anii-chrétien, — m'apprend que la raison de cette différence remarquable git en ceci, que les païens ne possédaient pas un symbole de foi qui valût la peine de se quereller, — attendu qu'ils croyaient généralement que l'âme périt avec le corps, — Post mortem nihil est, tel était leur Credo, — et qu'en outre le petit nombre des philosophes qui admettaient une postexistence niaient en même temps Y enfer. — Non est unus, dit Cicéron, tara excors, qui credat.
C'est ainsi, ajoute le bon catholiqtie, que tant qu'on a supposé, par ignorance, que l'existence humaine tout entière était comprise dans le cycle de
la vie mortelle, la paix, Tamitié et la bienveillance ont très-certainement paru préférables h la guerre, a la haine et a la persécution.
Mais, quand Tâme immortelle eut été confiée a la garde du Vicaire du Christ sur la tene^ — ils eussent été complètement indignes de s'appeler les prêtres de r Agneau, et les oracles de la Colombe, les saints qui n'auraient pas précipité dans les flammes le corps d'un hérétique (i) !
Je ne puis m*empêcher de nier Torthodoxie de ce véritable dogme catholique; et je me sens plus disposé à m'entendre avec Cicéron, bien qu'il fût plongé dans les ténèbres, sur le passage que j'ai cité de lui. — Car croire a une âme et la damner me paraît, non pas une lumière, — mais un éclair.
(1] Le texte papiste qui ordonne la grillade est tiré de ce passage de récriture où il est dit: a llominem iiœrctit-iiin devita; » — seulement, ils ont inlerpnUé ce dernier mot par de vitd tollere. [Note de Sterne )