PARTIE l
fession ; — et le malheur avait voulu qu'il fabriquât des culottes de peau.
La malheureuse jeune fille , — maintenant une femme, — m'assura que ce genre d'occupation lui causa peu a peu certaines distractions d'esprit involontaires qui, sans altérer en rien sa chasteté, avaient insensiblement, cependant, terni la pureté de ses pensées. — Elle avait fait tous ses efforts pour empêcher ses réflexions de tomber dans de pareilles rêveries; elle avait, pendant des soirées entières, chanté des psaumes pour concentrer son attention sur des sujets de méditation plus convenables. — En vain, hélas! car, pendant qu'elle chantait, les culottes étaient encore le refrain de ses chants.
Cette malencontreuse image poursuivait continuellement la fdiVLyre mademoiselle Culotte. — Quand elle se couchait pour dormir, elle s'imaginait les voir enlever et placer sous son oreiller; — quand elle se levait, elle croyait les voir retirer et suspendre de nouveau devant ses yeux.
L^habitude d'idées pareilles, — bien qu'elle n'eût en aucune façon ébranlé sa vertu, — et je le crois ^ — avait produit cependant un effet a peu près analogue, en mettant sa pudeur assez en déroute, — pour empêcher l'alarme, la colère et la résistance d'accourir, a temps, a son secours, lorsqu'elle se trouva attaquée par le jeune Squire du château, pour qui elle venait justement de terminer une belle
paire de culottes de peau, qu'il vint chercher un soir, entre chien et loup, pendant que les parents de miss Amen assistaient, dans la paroisse, a un enterrement.
Pauvre fille ! Quel heur pour elle, si les hommes n'avaient jamais porté de culottes, ou s'ils les avaient portées , comme on le raconte des Cherokees — comme les fats leurs chapeaux — sous leurs bras ! — Nous ignorons encore comment les femmes de ce pays portent leurs jupons ; mais nous devons, tout au moins, supposer que la réplique courtoise {\) est usitée chez ce peuple , comme chez les autres nations du globe. — Le monde, assure-t-on, finirait bientôt, sans cet échange de politesses.
(1) Expression liruc de Shakespeare — Comme vous Vaimez, aclc 5, scène 4.
[Soie de Sterne.)