‹ Sterne inédit. Le Koran. Œuvres posthumes complètes, trChapitre 79 sur 178 · PARTIE 1. Ub · texte numérisé non relu

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d'être roi. Je brûlai ma liste de promotions, et je m'écriai : Nolo coronari! — La royauté ne suffisait pas pour assouvir ma soif de pouvoir et de domination. Elle ne s'étendait que sur le bonheur temporel du genre humain et se trouvait limitée k cette partie infime des mortels comprise dans les bornes étroites de mon propre royaume. — Elle n'offrait en outre quelque garantie de bonheur à mes sujets que pendant le cours de ma vie.

Je préfère Socrate a Solon, et j'aimerais mieux diriger le gouvernement moral que le gouvernement politique de l'humanité. — La seule et véritable ambition consiste k s'attribuer dans la vie une mission qui s'étende également a toutes les nations, a tous les siècles, et atteigne même jusqu'à l'éternité.

Je suis peut-être un des premiers philosophes du monde entier. — Les hommes de sens admirent en moi, les fous l'envient, cette prétendue supériorité de talent. — Ils croient que je l'ai acquise a force d'étude, de travail, de résolution, et grâce aux avantages naturels d'une capacité innée et d'une grande force d'esprit.

Je ne veux pas qu'ils gardent cette croyance, — d'abord parce qu'elle est fausse, — et, en second lieu, parce qu'elle pourrait empêcher plusieurs d'entre eux de tenter d'arriver a une perfection de caractère aussi heureuse mais en même temps aussi

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aisée à atteindre. — Permettez-moi de les détromper. —

Jusqu'à rage de vingt-deux ans, j'ai ressemblé aux autres hommes. — J'ai ressenti la douleur, la maladie, les désappointements et le malheur tout aussi naturellement que la chaleur et le froid, la faim et la soif. — J'ai toujours été porté k la méditation.

— Un matin je gisais étendu et agité dans mon lit, luttant contre les attaques d'un ou de plusieurs des maux dont je viens de donner la liste, et songeant à la supériorité incontestable déployée en de telles épreuves par les philosophes de l'antiquité.

J'enviai, j'admirai cette heureuse force d'esprit. Tout à coup je me sentis touché par la grâce; et, faisant claquer mes doigts, je m'écriai .: Et moi amsi je serai philosophe! Je me levai immédiatement, — bien décidé k ne pas me rendormir, de peur d'oublier ma résolution. — Je passai les culottes d'un philosophe, — peut-être bien alors celles d'un païen, — et je devins philosophe pour la vie.

— Et nioi aussi je suis peintre. —

Voilà, croyez-le bien, messieurs, la seule leçon ou le seul grade que j'aie jamais pris dans cette noble science de Vescrvme^ — et j'ai trouvé cela trèssuffisant. —

Dans une entreprise de ce genre, comme dans nos luttes contre nos passions, les difficultés que nous appréhendons, bien plus que celles que nous

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