Sliruer, Kleine Scliriftcn, p
maximes, il faut former des hommes qui trouvent leur principe en eux-mêmes : la légalité n'est pas la liberté. Il faut que Faction et la pensée des hommes soient entraînés dans un perpétuel mouvement et rajeunissent à chaque instant : la fidélité aux convictions produit sans doute des caractères inébranlables; mais la fixité des idoles ne vaut pas l'ondoyante éternité de la création continue de soi. Pour désigner cette pédagogie nouvelle, Stirner se servirait volontiers du mot « moralisme », s'il ne craignait une équivoque : on pourrait croire, en effet, qu'il veut inculquer une doctrine morale,tandis qu'il est opposé atout dogmatisme. Il se résigne donc au terme de « personnalisme ».
Tandis que Stirner met le réalisme au-dessus de l'humanisme, Nietzsche prend nettement parti pour l'éducation classique. 11 n'est pas seulement philologue de profession ; il considère que les adversaires de l'hellénisme sont des barbares. Dans sa conférence d'ouverture à l'Université de Bâle\ il déclare que « l'épée de la barbarie est suspendue sur la tête de tous ceux qui perdent de vue la simplicité ineffable et la noble dignité de l'hellénisme » ; aucun progrès, si brillant soit-il, des arts et de l'industrie, aucun programme scolaire, si moderne (zeitgemilss) soit-il, aucune éducation politique de la masse, si répandue soit-elle, ne saurait nous préserver de la
1. Nietzsche, Nachgelassene Werke, IX. Antrittsrede, 28 mai 1869, Homère et la philologie classique.
malédiction : si nous conimellons des erreurs de goût ridicules et barbares (skythisch^, nous serons anéantis parla tête de Gorgone de la terrible beauté classique'. Selon Nietzsche, la philologie doit devenir une piiilosophie : pînlosopliia fada est (juœ pJiilologia fuit\ l'hellénisme a pour lui la valeur que les saints ont pour les catholiques-; ce qu'il espère du nouvel Empire allemand et de Richard Wagner, c'est la résurrection de la Grèce et du drame grec : Bayreuth doit être la nouvelle Athènes.
Dans les conférences sur V Avenir de nos établissements d'éducation, qu'il fit à Bâle au début de 1872^, Nietzsche se montre partisan de la culture exclusive, que le réalisme avait, selon Stirner, justement condamnée. Il admet que le nombre des hommes cultivés est forcément très faible*; il y a à peine un homme sur mille qui soit autorisé à écrire ; tous les autres méritent pour chaque ligne un rire homérique. L'éducation formelle devrait donner des habitudes sérieuses et inexorables ; laisser faire la libre personnalité, c'est donner carrière à la barbarie et à l'anarchie ; l'éducation est avant tout une discipline rigoureuse \ Pour habituer les élèves à respecter la langue, on ne saurait trop leur proposer l'exemple