‹ Stirner et NietzscheChapitre 36 sur 55 · Stirner, Der Einzige, Meine Machf · texte numérisé non relu

Stirner, Der Einzige, Meine Machf

Je ne reconnais pas do droit absolu, do droit on soi, de droit éternel ; je n'admets pas cpie l'olal ou la nature ou riuinianité nie donnent des dioils ; jo suis la seule source de mon droit Le droit (|ui est ma créature, a voulu iiio doininor; je le reprends en moi ', ou, pour parl(M' plus franchement, je nio tout droit ; j'alïirme ma puissance. Le droit n'est (ju'une illusion, un titre imaginaire que je dois à la grâce d'un spectre {eiii Sparreii erteilt von einem Spiik) : ma puissance est réelle : car c'est moi-même.

Stirner, pour ruiner la conception religieuse ou mystique d'un droit sacré ou éternel, va jusqu'à nier l'idée même du droit, et ne laisse debout que la puissance du Moi qui lui paraît seule réelle.

Nietzsche n'admet pas plus que Stirner l'existence d'un droit intangible, devant qui la force victorieuse serait obligée de s'incliner. Il ne connaît pas tle droits naturels: le droit n'est que la reconnaissance des forces réelles ; il varie quand les forces augmentent ou diminuent et se déplace avec elles ; il n'est donc pas antérieur ou supérieur à la puissance, mais au contraire s'y ajoute comme une consécration et une garantie. Mais tandis que Stirner conclut de cette conception que le droit n'est qu'une aliénation du Moi, c'est à-dire une concession analogue au sacrifice religieux, et veut que le Moi reprenne on lui sa créature devenue dangereuse depuis qu'on lui a

l. Stirner, Der Einzige, p. 240.

accordé une existence objective, Nietzsche étudie les origines historiques du droit et arrive à cette conclusion que le droit n'est pas l'ombre que le Moi redoute comme un spectre, mais le fruit d'un contrat. La justice doit son origine à un équilibre de forces : c'est ce que Thucydide a bien compris dans le terrible dialogue des envoyés d'Athènes et de Mélos. Quand les forces sont sensiblement égales, et qu'il est impossible de prévoir avec certitude l'issue d'une lutte ruineuse pour les deux adversaires, l'idée d'un accord vient à l'esprit : l'échange est le premier caractère de la justice : on le retrouve dans la vengeance, la revanche ou la reconnaissance'. La justice est, au début, l'expression d'une égalité entre deux égoïsmes : mais on a oublié peu à peu cette humble origine, on a habitué les enfants à admirer la justice comme le titre de noblesse de l'espèce humaine : et on a fini par voir dans les actes justes une manifestation de désintéressement absolu. A vrai dire, les droits doivent leur naissance à un contrat que nous respectons par tradition: la paresse et l'oubli contribuent à les forti^ler^ Pourtant s'il se produit des modifications importantes dans la situation des puissances liées par contrat, il est impossible que le droit demeure intact : c'est ce que montre clairement l'histoire du droit des gens. L'homme juste a donc constamment besoin d'une balance pour

Page 1