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CHAPITRE IV

COMPARAISON ENTRE LES IDEES DE STIRNER ET LES IDÉES DE NIETZSCHE DANS SA TROISIÈME PKIUODE

Le dernier système de Nietzsche est une synthèse des idées parfois opposées qu'il a exprimées dans ses deux premières périodes ; il faut cependant remarquer que ce système rappelle plus, par ses conclusions, les théories du jeune philologue épris de la (îrècc que les sentences dédiées aux esprits libres par le moraliste des Choses humaines, par trop humaines ; la partie critique de ce système n'est en effet que l'introduction à la partie positive. Nietzsche revient en somme par un détour aux préférences instinctives qu'il avait manifestées dès le début; au lieu d'en chercher la justification dans la philologie ou dans la métaphysique de Schopenhaiier, il croit la trouver dans l'histoire naturelle des morales humaines ou même dans la physiologie proprement dite ; mais les tendances primitives apparaissent de nouveau 1res nettement ; nous ne serons donc pas étonnés de retrouvera propos de cette troisième période, le désacrcord fondamental que nous avons déjà constaté entre Stirner et Nietzsche, en étudiant la première période.

a) L'individu et l'aristocratie

Nietzsche insiste de nouveau dans celte troisième période sur lu singularité du Moi ; il déclare que chaque individu doit suivre son chemin propre; il n'y a pas de chemin en soi [den Weg giebt es nicht). Chaque individu est nécessaire : il n'existe qu'une fois, et il est impossible de le suppléer. Chaque voix a son timbre; chaque nature a sa qualité propre. Stirner concluait de ce caractère singulier, inimitable et indéfinissable de l'individu qu il fallait affranchir tous les individus ; Nietzsche en conclut que l'aristocratie ne doit pas se conformer à la loi du vulgaire. Il s'emporte contre John Sluart Mill qui admet comme tout le monde que ce qui est bon pour l'un est bon pour l'autre et qu'il ne faut pas faire à autrui ce qu'on ne voudrait pas qu'on vous fît. Cette théorie suppose, selon Nietzsche', qu'il y a une certaine équivalence entre les actions des hommes; elle annule le caractère personnel des actes, la valeur qui ne peut être appréciée en monnaie courante, la grâce ou la disgrâce qui ne peut être payée de retour. C'est donc une théorie bonne pour le vulgaire ; toute aristocratie est fondée sur la théorie opposée ; le noble dit : ce que je fais ne peut pas et ne doit pas être fait par les autres. Nietzsche admet comme toute aristocratie l'équivalence dans une sphère restreinte :

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