Xiotzsche. Werke, VI, p
Tandis que Stirner veut, en isolant l'individu, supprimer la domination des castes, Nietzsche affirme de nouveau la nécessité d'une classe de maîtres et d'une classe d'esclaves. Chacune de ces classes a sa morale propre qui ne convient pas à l'autre. Nietzsche veut élargir le fossé qui sépare ces deux classes ; bien loin de justifier, comme les démocrates, le gouvernement par l'intérêt et la souveraineté du peuple, il affirme que la classe inférieure ne doit être qu'un piédestal pour la classe supérieure. L'aristocratie est la raison d'être de la masse, comme la statue est la raison d'être du socle qui la supporte. La seule organisation qu'admet Stirner, le Verein, ne ressemble en rien à cette société aristoratique rêvée par Nietzsche : il détruit toute hiérarchie et toute autorité; il n'est qu'un moyen au service du Moi égoïste. Le Verein se distingue précisément des sociétés anciennes [GesellscJiaft) en ce qu'il est un libre contrat entre des individualités qui ne sacrifient aucune parcelle de leur propriété ni de leur puissance; les égoïstes fondateurs du Verein ne se laissent enchaîner ni par les liens du sang, ni par aucun sentiment de piété ou de fidélité.
b) L'anarchie et la discipline
Selon Stirner, le Moi est un souverain absolu qui ne connaît pas plus l'obéissance que Dieu lui-même; Selon Nietzsche, la nature ordonne aux individus,
aux castes, aux races, aux peuples, à riuinianilr même d'obéir, d'obéii' à une règle (juelle qu'elle soit, de se soumettre; à une discipline sévère, de m;ii(li<'r toujours dans la mrmc direction ; cl <el ordre aussi est uu impi'ratir calégori(iii<\ puisipril a pour sanction la vie ou la mort'. .Nicl/sclic s'emporte donc conli-e la bèlise des utilitaires ([ui ne voient dans le respect des règles littéraires ou morales qu'un préjugé, et contre l'entêtement des anarchistes qui n'admettent j)as la soumission à une loi sous prétexte qu'elle est arbitraire.
Aussi, tandis que Stirner demande que l'éducation respecte la libre volonté des élèves, Nietzsche (onde tout son système sur une discipline sévère; sans doute il ne veut pas apprivoiser, dompter [zâhmen) les hommes comme l'a fait le christianisme, mais il entend é\e\ ci- {zilchlen) pur une méthode rigoureuse. Le mot Zncht est de nouveau son expression favorite ; le jeune philologue l'employait au début pour désio-ner la discipline sévère que le maître doit imposer aux élèves pour les habituer à respecter la langue, à l'exemple des classiques ; le disciple de Schopenhauer s'en servait pour recommander une discipline morale riooui'eiise ; maintenant l'apôtre de la volonté de puissance y a recours j)()ur imposer à l'humanité le rude traitement ([ui en fera une belle race. Mais le sens propre du mol n'a pas changé ; il s'agit toujours