‹ StrasbourgChapitre 23 sur 38 · I' H NI · texte numérisé non relu

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Porte d'un salon du château.

Le château, qui est sur le même plan que le Frauenhaus, séparé seulement par une ruelle, est l'ancien hôtel des évêques de Strasbourg. Ceux-ci, après avoir perdu leur pouvoir temporel sur la ville en 1262, avaient leur résidence tantôt à Dachstein, tantôt à Saverne. Ils installèrent à Strasbourg un château épiscopal, le Bischofshof, que démolit en 1728 le cardinal évêque Armand-Gaston de Rohan, successeur de Guil-

laume Egon de Furstenberg, pour faire construire à la place, par l'architecte Massol, le beau palais qui sert aujourd'hui de musée. Cet évêque eut pour successeurs Armand, prince de Rohan (1749 à 1756), Louis- Constantin, prince de Rohan (1756 à 1779) et Louis-René-Edouard, cardinal prince de Rohan, lequel fut le célèbre cardinal mêlé à la triste affaire

La Vierge aux Anges de Grien.

du Collier. Sa nièce, la princesse de Rohan-Rochefort épousa en 1802, chez lui à Ettenheim, le duc d'Enghien, ainsi que je l'ai raconté dans mon ouvrage sur la vie de cet infortuné prince.

On retrouve l'ancien Bischofshof dans le plan en relief de la ville exécuté en 1725 par les officiers du génie, et qui a été rendu au musée de Strasbourg par l'empereur Guillaume IL

Le château est d'une élégance sans pareille. Sa majestueuse entrée sur la place de la cathédrale donne accès à la cour d'honneur où l'on a placé

LE MUSEE DU CHATEAU

des sarcophages du xn" au XIIIe siècle, découverts sur l'emplacement de l'ancienne gare. La façade qui s'étend sur 1*111, est d'une somptuosité rare et conserve à la ville le spécimen d'un des plus beaux édifices français du xvnr siècle. Ce palais a abrité sous ses lambris plus d'un prince. Louis XV y vint en l'an 1744; Marie-Antoinette lors de son entrée en

Autel de saint Sébastien, provenant de l'église de Neuweiler.

France en 1770; Napoléon y demeura avec Joséphine du 27 septembre au 1" octobre 1805 et du 22 au 23 janvier 1806. Marie-Louise y passa en 18 10 pour venir épouser Napoléon. Charles X, Louis-Philippe s'y succédèrent. On y remarque de ravissantes portes ornées des motifs les plus charmants et, entre autres salles somptueuses, la salle dite du Dais avec ses lambris merveilleux, son plafond ouvragé et ses panneaux aux peintures délicates. Rien de plus français, de plus élégant, de plus coquet. Cela ressemble plutôt à un salon princier réservé à des fêtes

mondaines ou à un boudoir délicieux qu'à une salle destinée à des

Sainte Madeleine et sainte Catherine, par Conrad Witz.

réceptions épiscopales. Le château fut affecté en 1871 au service de l'Université; depuis la construction d'un palais spécial pour cet établissement,

LE MUSÉE DU CHATEAU

il est devenu un séjour purement artistique. Le musée des Beaux-Arts, dont Ad. Seyboth était le savant directeur, le cabinet des Estampes qu'administrait si bien M. Binder, la collection des antiquités delà Société de conservation des Monuments historiques à laquelle préside M. le chanoine Keller, y sont heureusement installés.

C'est au lendemain de la guerre que sur l'appel du maire M. Lauth, et de MM. Blanck, Conrath, J. Flach, Goguel, Grass, Lichtenberger, Petiti.

Schaaf, Seyboth, I lovard et Weyer, se fit la reconstitution du Musée.

11 prit possession du château en 1883 et s'y développa peu à peu. En 1898, il possédait 70 objets d'art, aujourd'hui il en a plus de 500, grâce à d'habiles achats ou à de généreux dons.

Le cabinet des Estampes, richement pourvu, est placé depuis 1890 sur le même étage que le Musée de peinture. Il est organisé de la façon

la plus méthodique et la plus simple pour donner immédiatement satisfaction aux amateurs. Ce cabinet, comme les musées, mérite d'être visité et étudié.

J'ai plus spécialement fixé mon attention sur le musée des tableaux, qui m'a paru disposé lui aussi, avec un goût parfait. Il comprend cinq cents toiles, en général d'un choix remarquable. Dans les écoles anciennes je citerai V Empereur Maximilien, de B. Strigel; Marie et V enfant Jésus cm! or mi, de Grien; le portrait d'un architecte par Albrecht Altdorfer; la

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Le Christ, par Memling.

Madone à la cuiller, de David de Bruges; une belle tête d'étude par Rembrandt; la Promenade, de Pieter de llooch; le Moulin, de Ru3^sdaël; les Dunes, de Van der Meer de Harlem; Y Ange, de Filippino Lippi; la Madone, de Piero di Cosimo; le triptyque de Cima da Conegliano; la Judith, du Corrège ; la Madone, de Domenico Theotocopuli ; Saint-Pierre et Saint-Paul, de Ribera; la Sainte-Christine , de Zurbaran ; la. Servante, de Watteau; des paysages de Claude Lorrain et de Poussin, de Corot, de Français. Dans notre école alsacienne moderne, j'ai admiré des toiles d'Emmanuel Benner, Gustave Brion, Hornecker,

Les Orfèvres d'Amsterdam, par T. de Keyser.

Jundt, Pabst, Schuler, Thurner. Nos peintres alsaciens continuent, comme on le voit, à se distinguer entre les premiers dans nos Salons. Je n'ai pour cela qu'à rappeler les noms de Henner, de Benner, de Wencker, d'Umbricht, de Zuber, de Zwiller, de Petit-Gérard qui continuent glorieusement les belles traditions des Guérin, des Lix, des Ehrmann et de tant d'autres.

Le musée est divisé en quinze salles. La première comprend les maîtres modernes, la seconde les maîtres du xvilc siècle. Viennent ensuite, dans l'ordre successif des autres salles : les sculptures de la Renaissance italienne, les maîtres allemands des xv" et XVIe siècles, les maîtres italiens des XVe et XVIe siècles, les maîtres modernes et les

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alsatiques, les maîtres de l'ancienne école allemande et ceux de l'ancienne école hollandaise, les maîtres italiens des XV0 et xvic siècles, les maîtres français et italiens des XVIIe et xviii" siècles.

Dans les sculptures anciennes ornées de peintures on remarque, entre autres, l'autel de saint Sébastien. Le motif central représente le saint lié à un arbre et exposé aux flèches des bourreaux. A ses côtés sur les quatre

Le Joueur de luth, par G. Cariani.

panneaux formant volets sont saint Etienne, saint Laurent, saint Sixt, saint Roch. Sur le piédestal se trouve figurée la scène de la Crucifixion de Jésus-Christ. Cette belle composition, qui date de l'an 1520, provient d'une chapelle de l'église Saint-Pierre-et-Saint-Paul à Neuweiler.

Au nombre des plus beaux tableaux du musée de Strasbourg, il convient de placer la Sainte-Madeleine et la S ainte-Catlierine (p. 88) de Conrad Witz, peintre allemand du XVe siècle. Les deux saintes sont assises sous les arceaux d'un cloître près d'un autel. Sainte Catherine, revêtue d'un long manteau aux plis superbes, lit un livre sacré, tandis

que sainte Madeleine lui offre un vase précieux contenant le saint chrême. Ce tableau est d'une suavité et d'une grâce particulières.

Le Christ de Hans Memling est une des œuvres les plus remarquables du musée. Jésus est représenté avec une chape très ornementée, portant la couronne et la croix sur le globe du monde; quatre anges à ses côtés jouent avec ravissement du théorbe, de la viole et du luth. Le maître flamand a donné à la figure du Christ qui bénit, une douceur exquise.

L'étang de Ville-d'Avray, par Corot.

Les anges ont une expression de naïveté et une douceur sans pareille.

Les six orfèvres de Thomas de Keyser (i 596-1 667) forment une série de portraits qui attirent et retiennent les amateurs. Trois orfèvres assis tiennent en main des objets d'art finement ouvragés; trois autres debout s'appuient aimablement sur leurs confrères. Tous regardent devant eux avec gaîté et avec esprit. Ces diverses têtes sont modelées d'une façon remarquable et donnent l'idée de portraits à la Rembrandt. Leurs costumes noirs, leurs larges fraises, leurs poses même rappellent quelque peu le célèbre tableau des Drapiers au musée d'Amsterdam.

L'image du Joueur de luth par Giovanni Cariani (1514-1541) est d'un finesse d'exécution des plus charmantes. Ce jeune musicien de Ber-

LE MUSEE DU CHATEAU

game, à la cape de velours noir et aux longs cheveux blonds, l'air méditatif et la main doucement appuyée sur les cordes du luth, est parfait. Un paysage exquis avec maisons et montagnes se profile gracieusement derrière lui. Enfin, ce n'est pas sans un réel plaisir que l'on revoit un des plus agréables paysages de Corot, Y Etang de Ville-d'Avray, avec le batelier et les arbres au feuillage léger qui se mirent dans l'eau paisible.

A côté des tableaux se trouvent des bas-reliefs émouvants de Bartholdi, tels que l'arrivée des Zurichois à Strasbourg en 1576, et celle des Suisses au secours des Strasbourgeois en 1870, que la ville garde comme de religieux souvenirs; enfin quelques statuettes d'André Friedrich, de Philippe Grass et d'Alfred Marzolff qu'on ne saurait négliger.

Nul n'oubliera que c'est aux soins habiles et au dévouement de MM. Ad. Seyboth et Binder, morts il n'y a pas longtemps, que le musée des Beaux-Arts doit tout son éclat. Les Strasbourgeois garderont le meilleur souvenir de ces deux hommes de cœur et de talent

Sibylle.

(Statue de l'ancien Jubé de la Cathédrale.'

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