ACTE TROISIÈME
MARIE-JULIE
Oui.
. MADAME DE REEZ, arec exaltation.
J'ai moi-même entendu Ces paroles de feu dont je n'ai rien perdu :
« Je ne gouverne plus, je ne pense plus, j'aime, c( Je vis par toi, ma reine, et non plus par moi-même, » Sur tes pas adorés je marche obéissant, » Mais j aurai ton amour, tut-ce au prix de mon sang. »
Dè>s les premiers mots, GuMberg a pris ses tablettes et s*est mis à écrire. MA RIE- JULIE, ardemment.
Les termes sont exacts, vous en êtes bien sûre?
MADAME DE REEZ.
Je les ai sûrement gardés sous ma blessure.
MARI E- J U L I E , s'oubtiant, d'une toIi triomphahte.
Guldberg!...
GULDBERG, montrant ses tablettes.
C'est écrit là.
MARIE-JULIE
Bien !
A madame dn Reez.
Et qu'a répondu Cette Mathilde ?... Elle a, je suppose, rendu Flamme pour flamme, aveu pour aveu ?...
MADAME DE REEZ, après ane hésitation.
Ma mémoire Est incertaine. . .
D'une Toix haineuse.
Mais il est permis de croire
70 STRIJENSÉE.
Qu'elle eut des mots brûlants comme elle a des regards,
Quand tous deux, prodiguant d'hypocrites égards
Et de faux soins au roi qui défaille et se pâme,
Les doigts frôlant les doigts, ils se cherchent dans Tâme,
Puis, dès qu'il se ranime, ont un tressaillement
Comme s'ils s'éveillaient d'un rôve brusquement.
HARIE-JULIE, àGuldberg.
Si l'auteur du libelle eût su ces félonies, Hein, Guldberg?...
MADAME DE REEZ.
Du libelle?
MARIE-JULIE
Oui... rien !... Des calomnies.
Car il est incertain que la reine ait jugé Cet amour digne d'elle et l'ait encouragé.
Après réfllexion, prenant une décision.
Mais VOUS avez raison ; c'est déjà trop qu'on l'aime. Qu'on l'ose aimer !... Il faut la garder d'elle-même, Et, grâce à vous, mon cœur, nous coupons court au mal.
Échangeant arec G uldberg un regard d'intelligence.
Dans l'intérêt du roi nous irons à ce bal ;
Avec un sombre sourire.
Nous irons à ce bal.
Donnant sa main à baiser à madame de Rees.
Allez, chère mignonne ;
A Guldberg.
Guldberg, reconduisez la comtesse.
Madame de Reez fait une'profonde référence à Harle-Julie et sort reconduite par Guldberg. Harie-Julie seule s'écrie d'une voix éclatante.
Ah! félonne.
Reine insolente, enfin, je te tiens donc!...