‹ Struensée; drameChapitre 15 sur 91 · PROLOGUE · texte numérisé non relu

PROLOGUE

Allez! la guerrt' au mal, raauH:réer, châtier,

Pleurer, — et riro donc! — c'est un rude métier!

Quoi! n "a-t-on pas assez de ses propres souflfrances?

Prendre celles de tous! avec d'horribles transes.

Pour le compte commun, se mettre sur le dos.

Par-dessus son paquet, un tas de lourds fardeaux :

Préjugés, fanatisme, et barbarie, et haine!

Être en esprit, avec le martyr, à la chaîne,

Au supplice! encor lui. n'est traîné qu'une fois

Sur la claie; y râler après lui tout un mois !

(Test gai! Se mettre au lit de fièvre et de furie

A chaque an révolu d'une grande tiirie!

Pour tout homme frappé saigner à chaque coup !

Et. fuyant ses amis, se terrant comme un loup.

Pour un quidam qu'on vient, quelque part, de proscrire,

« Quand un innocent meurt, ne plus oser sourire! »

* STIll ENSKE.

C'est dur! mais c'est grand!

VOLTAlUi;.

Grand? qui sait?... Le plus affreux, (l'est le doute, que jette aux esprits généreux La lenteur du progrès. Oui, la pire détresse, C'est de voir la raison encor si peu maîtresse; C'est, quand, dans le combat, la justice est en jeu, D'avou- les bras liés et de compter si peu; C'est d'être jugulé par les corrupteurs traîtres De la loi, de la foi, faux juges et faux prêtres; Enfin, c'est de subir, sans quelquefois pouvoir Tout haut ni s'indigner ni même s'émouvoir, Cliez les puissants du siècle et leurs suppôts immondes, « L'inhumanité, cette insulte à tous les mondes! » *

20 STRUE-NSEE.

STUU liNSliE.

Ail ! vous voyez ! vous-même ici vous convenez Qu'il faudrait, maîtrisant ces maîtres forcenés, Au nom du droit liumain contre leur droit factice. Conquérir le pouvoir pour fonder la justice. Eh bien, je ne veux pas autre chose! je veux...

Voltaire le regarde en sourianl. Il s'arrèle et se rcpreiiil.

Je rêve de pouvoir réaliser les vœux Et mettre en action les nouvelles idées Qu'à nos âmes, au l)ut magnifique guidées, Ont fait briller Voltaire et ses amis français. Le droit n'a que le droit, il lui faut le succès!

VOLTAIRE

Oui, j'entends (ô le bon,ô l'excellent apôtre!) : Vous régneriez, vous et le droit, l'un portant l'autre? Rien de plus souhaitable ! et moi, j'y bats des mains. Mais ce n'est pas commode ! et ces lâches humains Traitent bien rarement d'une façon aceorte Tout à la fois l'idée et celui qui l'apporte. Nous convaincrez bien moins ce monde défiant En vous glorifiant qu'en vous sacrifiant. — Vous croyez, dira-t-il, à cette... chose neuve? Fort bien ! mais il faudrait nous en faire la preuve. Vous l'affirmez en nous demandant le pouvoir; Soutirez pour elle un peu, mourez d'abord pour voir! On vous tue. Après quoi, la foule qui s'incline Adopte — assez souvent — votre idée orpheline. La planche d'oià l'on parle aux hommes de plus haut. Tribune ou trône, allez, c'est encor l'échafaud !

STRUENSKi:.

Notre rire mordant a certes sa justesse.

Et j'en sens la grandeur ainsi ciue la tristesse.

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