ACTE I, SCÈNE V
ERIK
Non pas; travailler davantaiîe.
RANTZAU
Mais tu serais, bonhomme, encor plus mécontent. Je ne te comprends pas.
C'est bien simple pourtant.
Et d'abord je me suis quelquefois mis en tiHe Que nous ne verrions plus dans le travail honnête Honte ni châtiment, mais bien plutôt fierté, Si l'on y voulait mettre un brin de liberté. Je dirai plus encor : sous l'effort qui nous ploie, Dans la peine, au besoin, on trouverait la joie.
RAXTZ.Vl.
Vraiment? et le moyen?
Je vais nous accuser.
Pour que nos maîtres n'aient rien ii se refuser, Nous devrions, nous serfs, fournir, sur leurs domaines, Tout le travail possible à des forces humaines. Mais, pour des gens de peu, c'est beaucoup de vertu. A peiner pour autrui l'on est vite abattu. Puis l'asservissement rend parfois un peu lâche. — Çà, manant, remplis donc allègrement ta tâche, Pour faire tes seigneurs beaux, fiers et triomphants Et pour doter, quand ils seront grands, leurs enfants ! — Oui, mais voilà! l'on pense, en trimant, las et tristes, A ses propres enfants; on est des égoïstes.
RAXTZAl'.
Oui, pardieu!
52 STRUENSÉK.
I,A REINE
Pauvres gens !
ERIK
Mais si vous transformiez Votre droit, si do serfs nous devenions fermiers, Si, nos loyers dûment soldés, rien ne s'oppose A ce que le travail ait it lui quelque chose, Tout change alors! On l'aime, on le veut, ce travail. Ce surcroît pour les siens, sans salaire ni bail, Libre, qui chante, rit, ne doit rien à personne! Jusqu'alors on payait, enfin voilà qu'on donne! On donne (quelle joie!) amoureux, un bijou. Père, une robe neuve, et, grand-père, un joujou. On donne sans compter pour l'enfant et la femme; Car le bras se fatigue ii la fin. mais point l'âme. Et si, pour acheter ces objets superflus, Il faut en faire trop, faites-en un peu plus! L'amour, ne reprochant jamais qu'on l'exagère. Rendra la peine douce et la charge légère. Et notre force avec notre cœur s'agrandit ; Parce que nos enfants... Mais je l'ai déjà dit.
RANTZAU
Oui, l'on s'en aperçoit, bon vieillard, tu rabâches. C'est assez pérorer ! et va garder tes vaches !
LA REINE
Vous êtes dur, monsieur! Moi, j'entends mieux le cri De la douleur, ayant le cœur endolori.