Saint-Benoit-sur-l.oire. xii" siècle
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STYLE r.OTIIKXJE
On a donné le nom do sli/le ogival on gnlhi(/>ie aux (rois sii'cles qui suivent le roman et qui s'étendent de la fin du xii"" siècle au roniniencement du xvi''.
On peut, dans celte période, distinguer trois évolutions de l'ogive, correspondant à peu près chacune à un siècle; c'est pourquoi nous ('ludicrons successivement :
1" Au xiii" siècle, le style ogival. Celte période est de beaucoup la plus caractérislique et la plus intéressante; les deux suivantes sont nées tout à la fois de l'altération et du perfectionnement de l'ogive ;
2° AuxiV" siècle, le slijle ogival rayonnant ;
3° Au xv" siècle, le style ogival pamlxii/ajil ou gothique fleuri.
L'origine de l'arc en ogive, qui a amené une si grande révolution dans l'art de bâtir, a été et est encore le sujet de bien des controverses. Aucune question d'archéologie et d'histoire n'a été plus débattue. L'apparition de l'ogive dans nos constructions répondant à peu près à l'époque des premières croisades (lOl)o fin du xi" siècle, lli7 milieu du xu" siècle) fit penser à quelques auteurs qu'elle nous venait de l'Orient. L'analogie de l'ogive avec l'arc arabe semble donner raison à celte opinon; l'idée, d'ailleurs, semble toute naturelle que nos Croisés, charmés pendant le cours de leurs expéditions lointaines par l'élégance du patio arabe, aient désiré voir entrer dans les constructions de leur pays cet élément nouveau, plus léger et plus gracieux que le sombre et lourd plein cintre.
D'autres auteurs, plus graves, écartant toute idée de senlimentalilé, prétendent que l'arc en tiers point est né uniquement des besoins de la
construction : les architectes de l'époque, en trouvant l'arc brisé, n'auraient trouvé qu'un nouveau moyen de diminuer les poussées et de diriger h; poids des voûtes sur les parties garnies de contreforts. D'autres auteurs enfin, amateurs de controverses religieuses, prétendent que l'ogive a éUi employée par des architectes laïques pour faire opposition aux constructeurs ecclésiastiques.
KPOQUE Dl'] THAXSmON
La transition du plein cintre à l'ogive s'efïeclue pendant la seconde moitié du xsi'' siècle, de 1140 à J'iOO, sous les règnes do Louis N'II et de Philippe .\uguslo. Durant ces soixante années, nous voyons les timides essais de l'ogive apparaître dans nos monuments; c'est plulùt un plein cintre avec une brisure au sommet. Dans les vingt dernières années cependant, l'ogive se développe et approche enfin de ce qu'elle sera au .mu" siècle. L'ornementation suit également les progrès de l'ogive, les chapiteaux s'allègent, les colonnes s'affinent et les moulures commencent à prendre la grdce qu'elles aciiuerronl tout à fait un peu plus lard. Ces périodes de transition ne sont pas spéciales à celte époque, nous les retrouverons toujours entre chaque style et cela jusqu'au xix' siècle.
STYLL (KilVAL .Mil SIKCLK
C'est au xni' siècle que commence réellement l'émancipation des arts qui, jusque-là, n'étaient que les accessoires de l'architecture religieuse. Jusqu'à cette époque, les ouvriers producteurs ne pouvant séjourner dans les villes où ils étaient
constamment rantjonnës, s'étaient réfugiés dans les cloîtres ou sur le domaine des grandes abbayes. Il y avait là de vastes ateliers où charpentiers, menuisiers, sculpteurs, copistes, peintres, orfèvres, émailleurs, etc. — indistinctement clercs ou laïques — travaillaient dans le calme et la paix sous la domination et l'autorité ecclésiastiques. Dans ces ateliers était née cette concordance que l'on remarque dans la conception et l'exécution de toutes les œuvres d'art de ces siècles; il fallait, ainsi que nous l'avons expliqué dans notre notice sur l'époque romane, obéira la même idée pour arriver au même but. Malgré le calme et la sécurité dont jouissaient ces artistes, il leur manquait un élément pré cieux : l'indépendance; aussi, lors de l'établissement des communes et des villes placées immédiatement sous l'autorité royale, lorsque ces dernières furent autorisées à posséder un sceau et un beffroi dont la cloche appelait les bourgeois aux délibérations, les artistes n'hésitèrent pas à abandonner leurs anciens protecteurs et Ji se réfugier dans ces villes et ces communes, qui furent heureuses de les accueillir. Ce fui vers le milieu du XIII'' siècle (1254) que le prévôt de Paris. -VntoineBoileau, réunit les ordonnances relatives aux industries de Paris, réglementa les droits et les devoirs de chacune d'elles et arrêta les relations entre ouvriers et apprentis. Au moyen âge, les peintres, les scultpteurs et même les architectes les plus habiles étaient qualifiés d'ouvriers, qualification qu'ils conservèrent jusqu'à la fin de la Renaissance.
Ce fut véritablement à cette époque que l'indépendance entière, l'émulation entre les corporations aiguisèrent le goût de nos artistes décoratifs ; que nos orfèvres, sculpteurs, huchiers, émailleurs, etc., commencèrent à créer ces merveilles, qui élevèrent au premier rang l'industrie française et dont une longue suite de siècles n'a encore pu la faire descendre. Le .xiii'" siècle est une grande époque.
Églises. — On apporta quelques modifications dans le plan des églises, le chœur devint plus long qu'il n'était auparavant et des chapelles rayonnèrent autour de l'abside. Les bas côtés en étaient encore privés, et celles que l'on rencontre dans les églises du xiii" siècle sont toujours une addition faite après coup et facile à reconnaître.
Contreforts. — Les contreforts prennent une grande saillie, et un trait hardi du nouveau style fut d'élever des arcs-boutants sur ces contreforts.
Ces arcs allant neulraliser la poussée dos voûtes au haut des murs, on en fit des aqueducs pour l'écoulement des eaux pluviales du grand comble; les eaux coulaient dans des gouttières pratiquées dans l'extrados des arcs-boutants et étaient rejetées loin du monument par des conduits saillants appelés gargouilles. (Voir p. 't et iu.)
Colonnes. — Les colonnes sont minces et groupées en faisceau (cette disposition forme un des caractères les plus frappants du .kii^ siècle). Dans beaucoup d'églises, le premier ordre est composé de grosses colonnes; des colonnes groupées garnissent les étages supérieurs. iVoir cathédrale de Laon, p. 3.)
Fenêtres. — Dans le commencement du xni'' siècle, les fenêtres sont étroites et allongées; cette forme, figurant assez le fer d'une lance, leur a fait donner le nom de lancettes. Vers le milieu du .viii" siècle, les fenêtres s'élargissent et se subdivisent en plusieurs baies, le sommet de l'ogive est alors rempli par une ou plusieurs roses. (Voir façade de la cathédrale d'Amiens, p. 1, etintérieur de Notre-Uame de Chàlons, p. 5.)
Roses. — Les roses furent d'une plus grande dimension et beaucoup plus employées qu'au siècle précédent.
Tribune. Triforium. Cléreslory on Claire- Voie. — Les intérieurs de certaines églises offraient trois étages superposés; lepremierappelé Tribune forma une vaste galerie ayant la môme largeur que les bas côtés. Le Triforium, à l'étage immédiatement au-dessus, fut une simple galerie composée d'une suite d'arcades supportées par des colonnettes. Le Cléreslory ou Claire-Voie fut l'étage des fenêtres qui surmonta le Triforium et éclaira la grande nef. ^Intérieur de la cathédrale do Laon, p. 8.)
Portes. — Les portes sont doubles, souvent garnies de riches peintures en fer forgé (voir p. 9) et divisées par une ou plusieurs colonnes surmontées de statues. Les voussures sont garnies de tores et de personnages ; les parois sont ornées de colonnes et de statues.
Tours. — C'est au .xiii" siècle que les constructeurs parvinrent à élever, et cela jusqu'à une immense hauteur, ces clochers élancés qui donnent tant de caractère et de mouvement à leur architecture. Dans le midi de la France, les tours sont restées lourdes et couvertes d'un toit obtus.
Ornementation. — L'ornementation rompt tout lien avec le style précédent : plus de feuilles grasses perlées, de galons ni d'ornements géométriques;
on essaye au xiii'^ siècle, et cela avec succès, d'utiliser comme modèle les plantes et les fleurs qui se trouvent partout dans la nature avec une grâce si charmante.
Peinture sur verre — C'est au xiii° siècle que le peintre verrier triomphe dans l'exécution des vitraux de nos églises ; l'harmonie des tons, la richesse et la transparence des couleurs, en font, surtout à l'époque de saint Louis, de véritables et indiscutables merveilles. Ces vitraux ne contribuent pas peu, par ce jour tamisé et discret, percé de place en place de rayons d'or ou de pourpre, au grand sentiment de i-ecueillement qui nous pénètre en entrant dans une cathédrale du xui' siècle.
RÉSUMÉ Caractères du style au xni° siècle.
Trois sortes d'ogives furent spécialement employées au XIII'-" siècle :
1° L'ogive construite par le triangle équilatéral, employée dans nos grandes cathédrales, comme Amiens, Paris, etc.;
2° L'arc obtus, que l'on trouve dans les petites églises secondaires et dans les campagnes;
3° L'ogive aiguë, qui n'est guère employée que dans le pourtour du sanctuaire et qui sert à donner aux arcades de ce lieu une hauteur égale à celle du chœur.
Les colonnes sont minces, élégantes et groupées en faisceaux. Les chapiteaux sont d'une grande simplicité, la corbeille affecte la forme d'une cloche renversée et se trouve coiffée d'un tailloir ou abaque; les chapiteaux sont ou carrés ou octogones, et ornés de plusieurs moulures. (Voir p. 4, flg. 1 et 4.)
Les fenêtres élancées se subdivisent en plusieurs baies.
Les vitraux très chauds de tons, aux sujets nombreux et très compliqués, sont mis en plomb en une infinité de compartiments.
L'ornementation est presque exclusivement prise dans la flore indigène. Le rosier avec ses fleurs et ses branches forme d'excellentes frises. Les feuilles de lierre, d'érable, de marronnier, le persil, le sycomore et la vigne, servent de motifs à des moulures et à des rinceaux du plus charmant etïel. (Voir p. 3, 4, 6 et 15.)
La statuaire est également en progrès, et bien qu'elle conserve encore beaucoup de la naïveté
qu'elle avait au xu'' siècle, elle commence à serrer la nature d'un peu plus près, elle devient moins symbolique qu'à l'époque romane. Le Christ n'est plus invariablement entouré des symboles des quatre évangélistes. Les sujets choisis par les artistes varient davantage ; ceux que l'on rencontre le plus fréquemment sont : le jugement dernier et le couronnement de la Vierge par le Christ.
La peinture vient en aide à la sculpture pour la décoration murale des églises, des châteaux et des abbayes. Les grandes salles en étaient couvertes, soit que ces peintures fussent exécutées sur les murailles elles-mêmes; soit, ce qui était le plus ordinaire pour les châteaux, qu'elles fussent peintes sur des toiles que l'on tendait pendant le séjour du seigneur.
L'orfèvrerie, que l'on exposait dans les salles, sur des tables ou sur des bulTets à gradins, était le grand luxe de l'époque; mais, quoique ces belles pièces fussent souvent destinées à un usage profane, leur caractère décoratif était encore exclusivement religieux (Voir p. 7, fig. 1, 3, 4, o.)
STYLE OGIV.^L ll.V YO.\iN.\NT Caractères du style au XI V siècle.
Ce style commence à la fin du xm" siècle et va jusqu'au milieu du règne de Charles VI vers 1400; pour l'œil non exercé, il est assez difficile de le distinguer du précédent. L'architecture est belle comme celle du temps de saint Louis, mais les lignes perpendiculaires et horizontales se multiplient; les ornements sont encore simples et purs, mais leur nombre augmente considérablement.
Un changement notable s'introduit dans le plan des églises, par un rang de chapelles placées le long des bas côtés; la chapelle terminale, dédiée a la Vierge, prend de grandes dimensions. Quelquefois, au lieu des bas côtés, on trouve des chapelles entre les épis des contreforts qui reçoivent les arceaux des voûtes. La largeur parfois très "lande que prirent les fenêtres de la Claire-Voie et le peu de résistance qu'offrirent alors les murailles à la poussée des voûtes, obligèrent à les renforcer par un plus grand nombre d'arcsboutants; par suite un contrefort servit souvent de support à deux arcs superposés.
Le Triforium, au lieu d'être obscur comme dans le siècle précédent, s'éclaire par des fenêtres répondant aux arcs de la grande galerie. Les
fenêtres géminées sont ornées d'une rose polylobée en haut de l'ogive principale et d'une rose trilobée dans les ogives des petites baies. Celte sorte d'ornementation, qui a comme principe le cercle, dont les subdivisions parlant du centre en suivent les rayons, a donné sou nom au style du xn""" siècle (style rayonnant). Les vitraux perdent de leur beauté et de leur éclat et ne valent plus ceux du temps de saint Louis; les sujets s'agrandissent; les figures deviennent presque de grandeur naturelle et, quoique d'un dessin plus soigné, elles ont perdu cette grâce mystérieuse qui nous charmait tant dans les vitraux du xni' siècle.
La plupart des ornements et feuillages dont nous avons précédemment parlé et qui caractérisent la seconde moitié du xm'^ siècle, sont également employés au xiv'' siècle. Les moulures sont semblables, saufqu'ellesprennent de lamaigreur; les tores n'ont plus la même rondeur ni la même saillie, en un mot, ce n'est plus la même touche. Ces différences sont plus faciles à saisir en les voyant qu'à exprimer dans une description.
En somme, si ce style perd sur le précédent par sa composition un peu prolixe cl son manque de simplicité, l'exécution en devient plus parfaite, plus recherchée et d'une grande habileté de main, quelle que suit la matière employée, pierre, bois ou métal.
.\ pari les quelques changements notables que nous venons d'indiquer, le xiv"^ siècle suit les traditions du xiii''.
STYLE OdlVAL KL.V .M IK I V.\NT OU FLELHI Caractères du style au XV siècle.
La période du styh^ ogival flamboyant, commence sous le règne de Charles VI, au début du Kv" siècle, et se poursuit jusqu'à la fin du règne de Louis XU en lolb.
Son nom d'ogival flamboyant, qui est généralement admis par les antiquaires français, dérive des compartiments géomélraux du sommet des fenêtres qui ne sont que la continuation des meneaux perpendiculaires, et qui par leur dessin
somblonl former l'éternelle oscillation de la flamme. Ce motif se retrouve dans les roses, les balustrades, etc. (Voir p. 10 et p. 16.) De la profusion, de l'exubérance de ces ornements et de ces détails infinis lui vient le nom de gothique fleuri.
Ce qui distingue tout particulièrement le style du xV siècle c'est la forme de l'ogive en accolad(! ou en arc surbaissé, auquel on a donné le nom d'arc Tudor, parce qu'il a été 1res usité en Angleterre pendant les règnes de Henri VU et Henri Vlll. C'est surtout vers la fin du xv" siècle cl au commencement du xyi"^ qu'il fleurissait en France.
Dans l'architecture des églises aucun changement notable ne vint différencier ce style d'avec celui du xiv" siècle. Les seules dissemblances ne portent que sur des détails.
On n'y voit plus de grosses colonnes, ni de moulures perpendiculaires de forte dimension ; elles sont remplacées par une grande quantité de nervures prismatiques qui s'élèvent sans interruption des chapiteaux jusqu'au sommet de l'arcade de la nef el jusqu'à la nervure transversale de la voûte.
Les formes anguleuses et prismatiques qui entrent dans la formation des tores, des traverses, des moulures et jusque dans les moindres détails donnent aux ornenieuls un aspecl de maigreur et de sécheresse.
Les feuillages composant les ornementations affectent des formes tout à fait différentes de celles des décorations du siècle précédent. Les feuilles de choux frisés, le chardon (fleurs et feuilles), les feuilles déchiquetées, démesurément allongées et très amaigries, forment les nouveaux éléments de la sculpture et de la peinture ornementale du xv'^ siècle. L'exécution, qui s'était déjà élevée si haut pendant le cours du xiv'^ siècle, devient ici d'une habileté extraordinaire ; des guirlandes, des frises sont exécutées avec tant d'art, qu'elles se détachent presque complètement et tiennent à peine aux murs ou aux meubles sur lesquels elles sont sculptées. C'est de la fin de cette riche époque que va sortir l'inoubliable pléiade de nos grands artistes de la llenaissance.
- CathoJralc d'Amiens, xui" siècle.
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i,.iii^cais, xV- siècle. — l-.u, .uu- ~ui i.i l'iui
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2. — Carcassonne. la Cité. — Porte de rAiitlc. Tour Peinte et Tour de Justice, fin du .mii" siècle.
— Carcassonne. la Cité. — Tuur de Saint-Xazaire. xui" siècle Architecture militaire.
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