‹ Suède et Norwége par m. Ph. Le BasChapitre 15 sur 72 · CHARLES · texte numérisé non relu

CHARLES

Dès les premiers moments de la révolution , l'opinion universelle de la Suède réclamait une réforme complète de la constitution de 1772, qui, depuis Gustave III, avait régi le pays, et de l’acte d’union et de sûreté obtenu par ce souverain à la diète de 1789, acte qui avait donné une extension si considérable à la prérogative royale.

L’un des principaux objets de la convocation de la diète réunie à Stockholm, était la révision de ces institutions; elle ne lit point languir la

L’UNIVERS

nation : elle s’occupa immédiatement de la rédaction du nouveau pacte fondamental, et cinq semaines suffirent pour élaborer cet acte important. Le 6 juin 1809, les états assemblés sous la présidence du duc de Sudermanie, régent , présentèrent à ce prince In nouvelle charte qu’il jura d'observer, et il fut aussitôt proclamé roi de Suède sous le nom de Charles XIII (*).

(*) Non* avons raconte plus haut (p. 271) avec quelle générosité le duc de Sudcnnnnie avait, à la mort de Gustave III, son frère, refusé la couronne qui lui était offerte par un parti nombreux, et l'avait conservée à son neveu, en se contentant du titre de régent; nous avons dit aussi avec quel noble empressement, lorsqu'arriva la majorité de Gustave IV, il lui remit un sceptre qu'il aurait pu conserver sans rencontrer d’obstacles. Nous venons de voir encore que s’il accepta la couronne à la déchéance de son neveu , ce ne fut pas sans répugnance, et qu’il fallut, pour le décider à monter sur le trône, cpi'on lui représentât que seul il pouvait soustraire la Suède k une ruine imminente. IX; tels faits subiraient sans doute pour répondre aux injustes attaques dont ce prince a été l'objet, surtout dans le supplément à la biographie universelle, l. I.X , p. 478 et suiv. , et pour détruire IVITet d’un passage do mon livre (p. 2(10) qui pourrait sembler jeter aussi qiiclqucduutesurla loyauté de ce prince lor.s de la guerre de 178S ; j'ajouterai néanmoins à ces preuves quelques dorumenîs curieux recueillis à Stockholm par une personne digne de la plus grande confiance, qui a bien voulu me les communiquer. Ce sera le moyen le plus sur de détruire l’effet d’une assertion dont l’inexactitude m’est démontrée. On ne doit jamais rougir d’avouer une erreur, ni jamais hésiter à la réparer.

Il est faux que le duc de Sudermanie ait été toute sa vie préoccupé du désir de monter sur le trône, et que ce désir lui ait fait oublier ses devoirs envers la patrie, lors de la guerre de 1788 et de la révolte des troupes de Finlande; il est faux qu’une odieuse ambition ail fait de lui le chef occulte de l'opposition qui arma le bras d’Ankarstroein et qui renversa Gustave IV du trône. En effet, il résulte des témoignages les plus respectables que , durant les dissensions qui troublèrent le règne de Gustave III, lattitudc du duc de Sudermanie fut toujours

Le préambule de cette constitution nouvelle, dont nous ferons connaître plus tard les principales dispositions, est trop remarquable , il fait trop

nettement et franchement celle d’un sujet, bien convaincu qu’il est placé sur les marches du trône pour donner l’exemple d’une loyale fidélité. S’il a quelquefois intérieurement désapprouvé ce qu’ii voyait, jamais il u’a manifesté sa désapprobation. On ne lui a jamais connu de relations patentes ou secrètes avec les hommes de l'opposition , et pour n’ètre pas admis à sa cour il suffisait de n’ètre avec le roi que dans des termes équivoques. Personne 11e s’est douté qu’il briguât l'influence, et jamais les ministres de Gustave III ne le trouvèrent sur leur chemin. On a bien pu soupçonner qu’il ne dissimulait pas à sou frère les inquiétudes que la marche des affaires devait lui inspirer dans l'intérêt du trône, mais on ne l’a jamais su d’une maniéré positive, puisqu’il n’a jamais raconté à qui que ec bit ses entretient avec le roi. Aux yeux même de ses intimes, son régiment de cavalerie et sa cour étaient our lui le monde. Cette opinion si favnrale au duc de Sudermanie est fondée sur des faits nombreux , attestés par les autorités les plus respectables.

Personne 11’ignore en Suède les témoignages d'entière confiance que, dans les circonstances les plus critiques, le due de Sudermanie reçut de son souverain, et jamais, certes, Gustave III ne fut accusé de manquer de pénétration. Lorsqu'on 1788 la guerre éclata avec la Russie, b* commandement de la flotte fut confié au prince Charles, qui la commandait en personne à la glorieuse bataille d'Mogland. Peu de jours après, le roi, appelé à la défense de s«*s frontières occidentales par l’agression imprévue du Danemark, laissa à son frère le commandement de l’armée de Finlande, avec des instructions que le prince exécuta à la lettre. La sédition germait dans cette armée; la conspiration d’Anjala venait d’éclater; jamais commandement ne fut plus critique, jamais plus forte preuve d’immense confiance ue fut donnée. Avant l’époque des quartiers d’hiver, le prince Charles avait extirpé tout mauvais levain, et il laissa en Finlande une armée fidèle et disciplinée. L’année suivante, pendant l’orageuse, diete de 1789, le roi rappela à Stockholm pour y commander, et lui donna ainsi une nouvelle preuve de coutiaucc illimitée. Après la dicte,

SUfcDE.

bien connaître la disposition des esprits à cette époque, et les princi-

le roi lui rendit le commandement de la flotte, qui, durant le reste de la guerre, combattit toujours sous les ordres de son «aleureux grand amiral. A la paix . les passions devinrent encore plus animées; mais le prince Charles resta toujours fidèle à ses devoirs.

Lorsqu'au bal de l’Opéra , le i0 mars 179a, Gustave III fut frappé par Ankaratroem, le duc de Sudermaiiie, déjà couché, n’en fut informé qu’une heure après. Il accourut aussitôt à l'Opéra, et l’on ne peut imaginer de scène plus touchante que celle que l’on vit à son arrivée. Sou désespoir fut tel, que, de son lit de douleur, Gustave III, mortellement blessé , s’écria : « Secourez donc mon frère ! *

Le duc de Sudermanie régent te montra h* plus loyal des tuteurs. Gustave IV. pendant sa minorité, souffrait assez souvent de congestions sanguines au cerceau , desquelles résultait une t orpeur momentanée. Quelques* uns des principaux membres du conseil de régence crurent , sincèrement ou non , qu’il importait d'éclaircir les doutes que ces accidents faisaient naître relativement aux facultés mentales du jeune roi. Dans une séance du conseil, ils exposèrent au régent la nécessité d’une consultation authentique. Des médecins furent introduits; un interrogatoire était déjà inséré au procès-verbal, et loti allait conclure, quand le régent, concevant quelques soupçons, voulut interroger lui-même* et üt appeler des médecins de son choix. Les intentions loyales du régent sélant ainsi manifestées , la consultation détint beaucoup moins défavorable au roi mineur, et l’on abandonna ce moyen de reculer l'époque de w majorité.

Il en existait un autre dont le succès eût été infaillible, si l’on eût pu ébranler la résolution qu’avait prise le prince Charles de remettre le gouvernement à son neveu au jour fixé par le testament de Gustave III, c’est-à-dire, lorsque le jeune roi aurait dixbuit ans accomplis. L'opinion du pays était unanime contre une législation qui suppose la faculté de régner à un âge auquel la loi commune ne reconnaît pas la capacité requise pour régir une fortiuu» particulière. Pour gouverner au moins trois ans de plus, je régent n’avait pas meme à en laisser voir le désir, il n’avait qu’à ne pas vouloir le contraire et à laisser faire.

pes politiques de la Suède, pour ne pas trouver sa place en cet endroit.

À l’appui de ces faits, voici Une anecdote qu’il nous parait d’autant plus à propos de citer, que nous la tenons d un personnage distingue, dont la loyauté est trop comme, à Paris même, pour laisser aucun doute sur l'authenticité de notre récit, dont plusieurs de nos lecteurs pourront facilement s’assurer.

Le duc de Sudermanie n’avait qu'un chambellan; cette place vaquait vers ht fin de la régenre, et fut demandée par le comte Gustave de Lœwenhielro (*). « Y songes-tuf •lui dit le prince; es-tu le seul à voir que *je vais n’ètre rien?» Et en effet, il était trop visible que la itou v« Ile cour se formait des désertions de l'ancienne. Le comte insista. -A la bonne heure, lui dit le prince;

« mais tu as un singulier goût pour le soleil «couchant.» Le nomeau chambellan commença son service, le jour même où le régent remit le sceptre à son neveu, en présence des grands et du peuple réunis dans la salle des états, le irr novembre 179b. Rentré dans son appariement apres cette longue cérémonie, le prince dit au comte de Liewenhieltn : « Allons, Guslaxe, dé barrasse- moi «de tout cela (couronne ducale, manteau, «elc^; je viens de me débarrasser du reste,

0 Hu* ♦ pendant ces quatre ans et demi , a été « assez lourd. Ce jour pouvait venir bien « plus tard; mois alors je n’aurais pas là,* ajouta-t-il en mettant la main sur son cœur, «ce que, Dieu merci, j’y sens, et je ne fu- « mer.us pas aussi content la pipe que tu vas « m’allumer. »

On le voit, quoi qu’en puisse dire la calomnie , la vie du duc de Sudermanie fut une de ces vies rares où l’homme reste fidele à lui-même, et trouve sa récompense dans l’accomplissement du devoir, dons le témoignage d’une conscience mire. Une telle vie n\i donc rien d’ inexplicable , et je suis heureux de retirer cette expression, que m’avaient inspirée les récits de Brown et d’Aguila, auxquels j’ai peut être, pour la guerre de 1788, accordé une trop grande confiance.

Je ne connaissais pas alors une critiqua de ce livre insérée dans le Moniteur du 37 septembre i8so; elle m’eùl mis en garde contre le livre de Brown. Je ne puis plus aujourd’hui que signaler et rectifier Ici erreur» dans lesquelles ce guide infidèle m’a entraîné, et qui, du reste, n’ont, sous le rapport historique, qu’une légère importance.

(*) Ministre de Suède à Paris depuis qullirt ans.

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• Nous soussignés les états du « royaume de Suède , comtes , barons ,

■ Page a6a, col. a. Ce qu'il dit de la conduite du duc de Sudermanic est suffisamment réfuté par tout ce qui précède.

Page 364, col. a, ligne io et suiv. U est faux qu'Ankarstrœm ail servi dans la guerre de 178S; il s'était retiré du service depuis longtemps; Sprengporten s’était expatrié plusieurs années avant la guerre en question ; quant au colonel Hetesko , il ne fut jamais contumace; à l'issue de son procès, il eut la tète tranchée en place publique à Stockholm (novembre 1790).

Page 266. jamais Ankarstroem ne fut traduit devant le tribunal de Frédériekshoff. 11 était entièrement étranger à l'affaire dont ce tribunal était investi, puisque, comme nous venons de le dire, il avait depuis longtemps quitté le service.

Page a68. Le récit de la mort de Gustave lit contient de nombreuses erreurs, que je relèverai par amour pour la vérité, bien que j'aie déjà mis ma responsabilité à couvert , en prévenant mes lecteurs que je ne garantissais pas l’exactitude de ce récit.

Un Bjelkc était, il est vrai, au nombre des conspirateurs, mais il vivait depuis longtemps retiré dans sa province, et ne fut jamais auprès du roi dans une position qui eut rendu possibles les menées que lui impute M. Brown, et la scène de mélodrame qu'il a bâtie sur l'astuce avec laquelle ce secrétaire de sa création aurait attiré Gustave dans un piège.

Il parait aussi que ce ne fut pas en se faisant coiffer que le roi reçut la fameuse lettre anonyme, fl soupait dans ses appartements à l’Opéra, quand elle lui fut remise en mains propres , par un page nommé Tigerstedt , qui la tenait d’nn valet de pied, auquel un inconnu l'avait donnée dans la rue. Le roi lut la lettre, assis entre le comte d'Essen, son premier écuyer, et le comte de Loewenhielm , capitaine de chcvau-légers en quartier, aujourd'hui ministre de Suède à Paris. Après souper, Gustave la communiqua au comte d’Essen, resté seul avec lui. Le comte conjura vivement le roi de ne pas s'exposer à ce bal, on du moins de permettre que des précautions fussent prises ou qu'on veillât a sa sûreté. Ce fut en vain : le roi prit le bras du comte et descendit au bal; vingt miuutcs apres il était frappé. M. ltrowu se trompe également quand il dit qu'au bal le roi tenait le bras du roi de Prusse, Ces erreurs,

« évêques , ordres de la noblesse , du * clergé , de la bourgeoisie et des « paysans , qui sommes maintenant as- « semblés en diète générale, pour nous n et nos concitoyens absents , savoir « faisons: que, par le changement de « gouvernement qui vient d’avoir lieu,

« et auquel nous avons donné notre « unanime confirmation , nous , les « mandataires de la nation suédoise f « sommes rentrés dans le droit d'ame- « liorer nous-mêmes , pour l'arenir ,

« la situation de la patrie , en établis- « sont une autre constitution. Ainsi ,

» en abrogeant les lois fondamentales « plus ou moins en vigueur jusqu’à ce «jour, etc., etc., nous sommes con- « venus et avons résolu d’établir , pour « le royaume de Suède et les pays qui « en relèvent, la forme de gouverne- « ment suivante , etc. »

peu importantes en cllcs-mémcs, prouvent cependant le peu de soin de l'auteur à se procurer des notions exactes. Il est, par exemple, absolument faux que le roi se soit fait lire par Armfelt la liste que la police avait dressée des personnes qui étaient au bal, une liste portant ou/.e ou douze cents noms!

Il est au contraire très-connu que le lendemain, quand, par inadvertance, un garçon de la chambre dit au roi qu’Ankarstroem était arreté, le roi défendit qu'on lui nommât ses complices, et il mourut sans les connaître.

Page 07a. Le prétendu chambellan Benzelstiern n’a jamais existé. Depuis plusieurs années, le roi n'avait plus de chambellans. Il n’en avait jamais eu de ce nom.

Ibid. Le roi n'accabla pas Armfelt de reproches avant sa mort. U l'aima jusqu'à son dernier soupir, et une licure encore avant de mourir il signa pour lui le brevet de grand gouverneur de Stockholm.

Ibid. Il est faux que la reine n'ait été admise qu'une fois auprès du roi depuis l'assassinat de ce prince; elle entra trois fois chez le roi. Le jour de sa mort, Gustave ne vit personne de sa famille.

Page 27!» et 2 7 S. Le docteur Fleming est une création de Brown. Gustave IV, lors de son voyage à Pétersbourg, avait avec lui son premier gentilhomme de la chambre , le baron de Flrmming. G’est de ce seigneur, âgé alors de vingt-quatre ans, que Brown fait un grave docteur eu théologie.

SUÈDE. 297

Voici en quels termes le nouveau roi proclama la nouvelle constitution :

„ Nous Charles , etc. , savoir faisons,

« qu’après avoir, avec une confiance « illimitée , remis , sans réserve quel- « conque , aux états du royaume le « soin d'établir une nouvelle forme de « gouvernement , nous remplissons un « devoir cher et précieux à notre cœur,

« en proclamant, par les présentes, la « loi fondamentale, qui, après la plus « exacte délibération , a été fixée, et « reçue unanimement par les états du « rovaume maintenant assemblés, et » nous a été remise aujourd'hui par • eux , conjointement avec l’oj/re libre « et unanime de la couronne et du gou- « vernement de Suède. En allant au- « devant de ce vœu avec la plus vive « émotion , etc. , nous voulons rece- « voir , accepter et confirmer cette « forme de gouvernement établie par « les états du royaume , ainsi qu’elle « suit mot pour mot ci-après. »

Certes, il n’est pas de monarchie plus pure , plus légitime ; il n’est pas de constitution où l'on reconnaisse plus formellement la souveraineté du peuple. Et c’était, pour ainsi dire, en présence de deux armées ennemies qu’il fallait repousser , que ces importantes délibérations étaient prises avec tant de sagesse et de calme. Cela seul ne suffirait-il pas pour donner une haute idée de la nation suédoise et de son patriotisme.

Charles XIII était parvenu au trône à un âge trop avance pour conserver l'espoir d’avoir des heritiers directs.

Les états devaient élire un successeur de la couronne. Dès le mois de mai, la voix de la nation désignait le prince Christian-Auguste de Holstein-Augusteinbourg. Il fut proposé par le roi , le 14 juillet, et, le 28 août, les états confirmèrent ce choix.

Ce prince était issu des anciens rois de Suede; son frère avait épousé la sœur du roi de Danemark. Jeune encore, doué des plus brillantes qualités, adoré des habitants de la Norwége , dont il avait été gouverneur , il avait pendant la dernière guerre, dans le commandement des armées danoises ,

donné des preuves multipliées d’humanité et de générosité, qui lui avaient mérité de la part des Suédois des sentiments de reconnaissance et d’affection , dont ils venaient lui donner le plus éclatant témoignage (*).

Tout annonçait que la Suède allait bientôt changer de système , et cette

fiuissance se trouvait alors placée dans a plus étrange position. Pressée d’un côté par la Russie qui , tout en lui imposant le plus cruel des sacrifices, exigeait en môme temps qu’elle fermât ses ports aux Anglais, elle était, d’un autre côté, observée et presque menacée dans la Baltique par les escadres britanniques, qui se disposaient, au moindre signe, à bloquer ses ports et à ruiner sa navigation. Le commerce anglais prenait des mesures qui annonçaient clairement toute l’éienaue de ses craintes ; dans un seul jour, deux cents navires de cette nation étaient entrés à Gothembourg pour y enlever les marchandises qu’elle y avait accumulées.

La Russie exigeait impérieusement la cession de la Finlande et celle des lies d’Aland ; la Suède cherchait à repousser ces excessives prétentions et

(*) M. Brown prétend que l'élection du prince de Holsteiu fut une nécessité politique à laquelle les Suédois durent se résigner. .. \u montent où allait éclater la révolution, dit-il , les Russes se préparaient à envahir la Suède par Alarid et par Nya-Carleby; les Danois avaient passé les frontières, pénétré dans le Wertnelaud et menaçaient la capitale et Gothembourg. Dans ces tristes circonstances , il n’y avait d'autre alternative que de conclure une trêve avec les Danois ; pour l'obtenir, il fallut que les principales personnes qui méditaient la déposition du roi, consentissent à ce que le prince d'Augustemhoiirg fût élu héritier présomptif de la couronne dans une diète qui s'assemblerait aussitôt qne le roi serait détrôné. C'est à celte circonstance qu’il faut attribuer l’élection de ce prince, qui dut son élévation à Napoléon, et sa mort à l’antipathie des Suédois; car rien, ajoute M. Brown dans une note, ne pouvait consoler les Suédois de l’idée qu’ils seraient gouvernés un jour par un prince danois. » Cours du Nord, t. lit, pag. a86 et 3g8,

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à retarder ce sacrifice, espérant tout du temps et de l'intervention de l’homme qui tenait alors dans ses mains les destinées du monde. M. de Rosen , le chevalier Arfvidson et le comte de Lœvenliielin, lui avaient été successivement envoyés avec des dépêches du gouvernement suédois qui sollicitait son appui. Ils l'avaient trouvé ou sur le champ de bataille de Ratisbonne, ou dans Vienne, occupé à saper la monarchie autrichienne dans ses fondements.

Jamais la Suède n’avait eu plus besoin d’un puissant appui. La Russie, pour la contraindre a s’abandonner à sa discrétion, venait de reprendre les armes. Le général russe firiekson, qui commandait à Pitéo une division de neuf mille hommes, informa le général suédois Cronstedt qu'il avait reçu l’ordre de l’attaquer.

Le Borland ne peut être efficacement défendu sans le secours d’une flotte qui couvre ses côtes. Dépourvu de places fortes qui servent de pivot aux mouvements stratégiques, cette province n’a pas un seul point, sur une étendue de cent cinquante lieues , qui ne puisse être tourné par mer. La cote étant également sans moyens de défense, toutes les positions’ de l’armée pouvaient être prises de flanc.

Le général Cronstedt avait occupé une forte position à Skellefteo; mais les Russes se présentèrent avec une telle supériorité numérique, que les Suédois n’eurent d’autre ressource que de faire un mouvement de retraite, abandonnant un poste d’autant plus important qu'il couvrait les magasins de l’armee. Le général Wrède , qui commandait alors en chef les troupes suédoises sur ce point, fut forcé d'évacuer une partie de la Bothnie occidentale, et de se replier jusqu'à Uméo; les Russes le suivirent et occupèrent cette ville.

Le gouvernement suédois comprit alorsque des opérations maritimes bien combinées pouvaient seules arrêter les progrès des Russes. Vers le milieu du mois d'août 1809, des dispositions furent faites à Carlscrona et à Stock-

holm pour mettre la flotte sur un pied respectable. L’amiral I’uke, homme de tête et d’expérience, fut chargé du commandement de l'expedition , que l’on prépara dans ces deux ports. L’expédition , qui se composait de deux vaisseaux de ligne, trois frégates, environ cinquante chaloupes canonnières, et de bâtiments de transport, avait a bord près de dix mille hommes de troupes, sous les ordres du général comte \\ achtmeister. Les bâtiments de la flottille et les transports se reunirent à Graddrc, sur la côte de Roslag, où ils furent ralliés par l'escadre de Carlscrona , sous le commandement de l’amiral Puke; et toute l’expéditiou mit à la voile pour le Nord.

On se proposait de reprendre l’offensive, d’attaquer les Russes de front, tandis que la flotte tournerait leurs positions. On envoya en même temps de nombreux renforts à l'armée du Nord; mais il parait que l'on essaya vainement de faire partir de Stockholm, pour la même destination , le corps de troupes , qui , sous le commandement du colonel Adlersparre, avait quitté le Vermeland pour venir faire la révolution , et qui , depuis cette époque , était toujours resté en garnison dans la ca-

fiitale. L’on a dit aussi que, lorsque es Russes débarquèrent d’Aland , on proposa de le faire marcher vers la côte, mais qu’Adlersparre s’y opposa. Cet homme exerçait depuis la révolution unegrande influence dans les aflaires publiques ; il avaitété décoré des premiers ordres de la monarchie , elevé au grade de général major, créé baron, nommé conseiller d'fttat et membre du conseil prive, et l’on ne décidait rien qu'après avoir pris son avis. Il pensa sans doute ne la présence de son corps d'armée tait plus utile à Stockholm ; et peutêtre était-il redevable de son influence passagère à la présence de ces troupes qui lui étaient toutes dévouées.

L’amiral Puke , favorisé par un épais brouillard , déroba sa marche à l’ennemi , et vint prendre tout h coup à revers ses positions, en débarquant les dix mille hommes du général Wachtmeister au port de Ratan, au nonl

jogle

SUEDE

d’Uméo. Le général russe Ramenski, sentant toute la gravité de sa situation , se hâta de rallier ses troupes , et vint attaquer l'armée suédoise qui s’était avancée jusqu’à Sæfvar, entre Uinéo et Ratan, et qui. après avoir soutenu un combat opiniâtre , fut obligée de sc replier jusqu'à Ratan, où elle se rembarqua. Neanmoins le but de l'expédition était rempli, et elle avait eu le résultat que l'on s'en était promis ; car les Russes furent obligés île se retirer vers le nord pour rétablir leurs communications, et d’évacuer ainsi une grande partie du territoire qu'ils occupaient précédemment.

A cette époque, des plénipotentiaires furent envoyés à l’empereur Napoléon pour traiter de la paix avec la France; c'étaient le feld-maréchal comte d'Esseu et le baron de Lagerbielke, connu depuis si avantageusement par ses talents diplomatiques, et qui , lorsque la paix fut conclue, resta à Paris comme ambassadeur de Suède. Les négociateurs trouvèrent d’abord Napoléon fort indifférent : « Adressez-vous à l’empe- « reur Alexandre, leur dit-il; il est « grand et généreux.» Parole imprudente, que la Suède devait lui rappeler un jour dans une circonstance solennelle. Cependant il céda plus tard aux représentations des deux envoyés, et le traité fut signé le 6 janvier 1810.

Mais déjà la paix avec la Russie avait été conclue par le traité signé à Frédérikshamn, le 17 septembre 1809. La Suède l’avait achetée par le sacriliee de la Finlande et des Iles d'Aland , c’est-àdire, par l’abandon du tiers de sa population et la cession de ses plus importantes possessions extérieures, des boulevards qui commandaient le golfe de Finlande et celui de Bothnie. Aussi l’on peut dire que la réunion de la Finlande à la Russie fut de tous les événements du règne d’Alexandre, sinon le plus glorieux, du moins le plus utile. Du reste, ce que la paix dû 17 septembre 1809 eut d’honorable fut dû à Charles XIII ; ce qu’elle eut d'humiliant et de pénible était la conséquence inévitable des actes insensés du gouvernement déchu.

Pcudaut la durée de cette guerre ,

dont l’issue fut si fatale à la Suède, le soldat suédois , accablé de privations , combattant constamment avec une immense infériorité numérique, ne fut jamais découragé. Il déploya .dans toutes les occasions, une constance et une bravoure dignes d’un meilleur sort.

On vit souvent un seid bataillon suédois repousser quatre à cinq bataillons russes ; et , lorsque le général Cronstedt fut attaque la première fois à Uméo , par le général Barclay de Tolly , dont la grande habileté fut "cependant vantée" en Russie, il n’avait que huit cents hommes à opposer à huit mille Russes.

La Suède avait subi toutes les calamités de la guerre ; sa situation était déplorable. La province de la Bothnie occidentale, qui avait été surtout le théâtre des operations militaires, était complètement ravagée ; la plupart des habitants avaient fui devant les exactions et les violences d'une soldatesque féroce; ceux qui étaient restés succombaient sous le poids de la misère et des maladies; plus de quinze cents personnes moururent dans le seul district d’Uméo. Les terres restaient sans culture, les champs sans moissons; les vivres , les bestiaux avaient été enlevés pour la subsistance de l’armée; les pâturages étaient détruits, et un grand nombre de maisons incendiées.

Dès les premiers moments de la paix , une généreuse compassion éclata de toutes parts en faveur des habitants de cette contrée ; des souscriptions furent ouvertes dans les différentes provinces , et leur résultat attesta les sentiments d’humanité qui animaient les Suédois à peine échappés à tant de désastres.

Le roi Charles XIII annonça la conclusion de la paix à la diète, par un discours dont quelques passages méritent d'étre rappelés ici.

«Sans la révolution, disait-il, par « laquelle fut anéantie une volonté qui « ne calculait jamais les obstacles, cet « antique royaume, si longtemps vic- « torieux des siècles et du destin , au- « rait peut-être cessé d'exister !... Il y « a treize ans que je livrai à mon neveu

L’UNIVERS

«un royaume paisible , tel que je l’avais « reçu d’un frère mourant ; j’espérais « voir, sous un gouvernement pater- « nel , la Suède gagner en force et en « prospérité... Dans les circonstances « actuelles , je me trouve chargé , non « pas de maintenir un pays florissant « dans son état prospère, maisdecon- « duire vers un état de tranquillité un « royaume qui portait dans son sein « les funestes germes de la dissolu- « tion. »

Il serait impossible de dépeindre la profonde et douloureuse impression que ces tristes proies produisirent sur rassemblée ; elle écouta dans un morne silence la lecture de ce funeste traité qui arrachait à la Suède un si grand nombre de ses enfants.

Depuis le commencement de l’année 1810, le jeune Christian, nommé successeur au trône , était arrivé en Suède. Il devint bientôt l’espoir de la nation, et sa conduite lui attira l'affection générale; mais la mort vint le surprendre dans la force de l’âge, et la douleur profonde que le puple montra en apprenant sa perte, prouve que les Suédois avaient su apprécier son mérite.

Parti de Stockholm le 10 mai 1810, pour aller visiter les provinces méridionales de la Suède, il arriva à F.ksjœ, où il fut retenu plusieurs jours par la fièvre. A peine rétabli, il continua sa route et se rendit à Ramloesa en Scanie, pour v recevoir son frère le prince régnant d’Augustembourg, qui vint passer quatre jours avec lui; le 28 au matin , les deux frères se séparèrent en se prodiguant les marques de leur affection mutuelle, et six heures après le prince Christian avait cessé de vivre.

Après le départ de son frère qui retournait dans ses États, le prince monta à cheval pour aller passer dans la lande de Quidinge, près d’Helsingborg, la revue d’une division de. cavalerie. Arrivé sur le front du régiment de Scanic, on le vit chanceler sur son cheval, et aussitôt il tomba frappé d’une apoplexie foudroyante. On fit d’inutiles efforts pour lé rappeler à la vie; un lit fut dressé sur le lieu même où il était tombé ; on essaya vainement

une saignée; il n’était plus temps. Son corps, rapporté à Ramlœsa, fut conduit à Stockholm avec le cérémonial usité dans ces occasions.

Une nouvelle catastrophe devait signaler l’entrée du convoi dans la capitale. C'était le 20 juin. Le peuple, à la nouvelle de la mort du prince , avait manifesté les plus vifs regrets; bientôt il se livra à d’injustes soupçons : le bruit se répandit que cette mort n’était pas naturelle, qu'elle était le résultat d’un crime (*) dont on désignait les auteurs, et parmi eux on nommait le comte Axel de Fersen, qui, en 1783, à son retour de la guerre d’Amérique , dans laquelle il avait servi comme volontaire et avec beauèoup de distinction, avait été présenté à la cour de Louis XVI , où on le désignait sous le nom du beau Fersenvet où il était devenu célèbre par ses aventures galantes, mais plus encore par la faveur dont l'houorait Marie-Antoinette.

Le comte, en sa qualité de grand maître de la maison du roi , était dans sa voiture, qui précédait l’escorte lorsque le convoi entra dans la capitale.

Tout à coup la fermentation est portée à son comble; une populace furieuse attaque la voiture à coups de pierres; le comte parvient h s’échapper; il se cache dans une maison voisine de l’hôtel de ville et en est bientôt arraché. Le général Silfversparre accourt pour le sauver; mais cette protection ne peut le soustraire à la fureur des assaillants, et il est massacré, presque sous les yeux du général, à coups de pierres et de bâtons.

L'émeute avait commencé vers midi ; à deux heures l’assassinat était consommé. La populace, devenue plus furieuse par le sang qu’elle venait derépandre, résista à tous les efforts que

(*) r.rown dit formellement qu'on se débarrassa de lui par te poison , mais il n’indique pas les auteurs du crime. Il a cru trop aveuglément une rumeur populaire dont l'absurdité est aujourd'hui reconnue. L'investigalion judiciaire la plus solennelle et la plus sévere n’a jamais pu fournir le moindre indice d’empoisonnement.

SUEDE. 3ôl

l'on tenta pour lui persuader de se disperser. De ta place du palais des Nobles, où te crime avait été commis , elle monta vers le château; mais elle en fut repoussée par les feux de peloton que commanda te général Adlercreutz.

La comtesse Piper, sœur du comte de Fersen , et le comte Ugglas , étaient signalés par la populace comme les complices de la mort du prince, et leurs hôtels furent assaillis avec fureur. La garde à cheval accourut , chargea et dispersa cette multitude; à neuf heures tout était rentré dans l’ordre.

On lit venir des troupes des environs de la capitale; mais la tranquillité était parfaitement rétablie lorsqu’elles arrivèrent. 1 .c gouvernement fit publier . et annoncer qu'i I serait pavé unesomme considérable à celui qui’ découvrirait ceux qui avaient donné la mort au prince Christian, et en même temps les tribunaux furent chargés de commencer une instruction pour parvenir à connaître les auteurs du crime ; toutes ces mesures de prudence contribuèrent à ramener le calme dans les esprits.

La mort du prince Christian détermina la convocation d’une dicte pour l’élection d'un nouvel héritier ue la couronne; mais les troubles dont la capitale venait d’étre le théâtre déterminèrent le gouvernement à la réunir à Orébro.

Cette diète mémorable fut réunie le 23 juillet 1810; et la séance royale, que le souverain valétudinaire vint ouvrir en personne, eut lieu le 30 du même mois. Cette assemblée se trouvait alors revêtue de la mission la plus solennelle, celle d'élever une nouvelle dynastie au trône. Un comité secret fut nommé pour examiner les titres des prétendants et donner son avis. Ce comité se composait du général eomte ■VFrède, du baron Adlersparre et du comte Silfversparre pour la noblesse; de l'évéque Hosenstein, de l’évêque Nordin et du docteur Wickman pour le clergé; de M. Arfvidson de Gotfiembourçc de M. Halkuist, bourgmestre de Stockholm, et de M. Roshost pour la bourgeoisie; enfin, pour l’ordre des pays ans, du célèbre orateur Petter

Matsen et de deux autres de ses collègues.

A cette époque, la situation de la Suède était affreuse ; jamais elle ne s’était vue si près de sa perte. Au-dedans un peuple malheureux et exaspéré qui ne s’en tenait plus à des menaces; à l’extérieur, au nord , le colosse russe qui depuis la conquête de la Finlande pesait sur la Suède de tout son poids; a l'ouest, un ennemi qui jamais ne l'avait attaquée en fare, mais qui jamais non plus n'avait manqué de profiter de ses malheurs. Ainsi ressemé entre la Baltique et la Norwége, la Suède n'avait d'autre perspective qu’une agonie plus ou moins longue.

Dans cette position désespérée , quel successeur devait-on donner à Charles XII!? Les prétendants ne manquaient pas. I jü roi de Danemark sollicitait le choix de la nation tant par lettre (*) que par l’entremise de son ministre à Stockholm , et Napoléon faisait appuyer cette royale candidature par son chargé d’affaires en Suède (**). Quelques amis du feu prince royal proposèrent son frère le due régnant d’Augustemhourg (***); mais il fallait à la Suède un homme d’Etat ferme et résolu, capable d’assurer l’ordre intérieur si fortement ébranlé; il lui fallait un capitaine habile capable de la défendre et de la venger; aussi le pays tout entier fut-il pour Bernadotte, maréchal de France et prince de Ponte- Corvo.

La réputation de désintéressement et d'habileté que le prince de Ponte- Corvo s’était acquise d’abord dans l’administration du royaume de Hanovre, et, plus tard, dans le commandement

(*) On a publié dans la Bibliothèque historique, t. vnr, p. 1 4 r , une lettre autographe de ce prince et la réponse pleine de franchise et de dignité que lui lit Charles XIII.

(**) M. Désatigicrs, aujourd’hui chef de la division commerciale au ministère des relations étrangères.

(***) Il n’y eut aucun souvenir pour le fils de Gustave IV, pas même une voix pour le présenter à la candidature.

L’UNIVERS

supérieur des villes anséatiques et du nord de l’Allemagne, fut, après sa célébrité militaire, la cause la plus efficace du choix des Suédois. Cependant il est une circonstance remarquable qui contribua infiniment à attirer sur lui ■'attention de la nation et a lui gagner son affection.

Après la destruction du corps de Rlücher, sous les murs de Lubeck , en novembre 180G, quelques bataillons suédois , qui occupaient le Lauenbourg, furent embarqués sur la Trave pour retourner en Scanie. L'oflicier général qui commandait ces troupes, ne comptant pas sur une attaque, avait fait placer les fusils des soldats dans des caisses, qui furent soigneusement déposées à fond de cale. Les navires descendaient paisiblement le lleuve, lorsqu’un détachement des troupes du prince de Ponte-Corvo, placé sur le rivage , intercepta leur passage , et s’empara des bâtiments et des troupes qui étaient à bord.

Les généreux traitements que le prince fit éprouver aux officiers et aux soldats de ces bataillons devenus ses prisonniers, popularisèrent son nom dans l'armée suédoise; les relations fréquentes que la plupart des officiers avaient eues avec lui leur inspirèrent bientôt pour ses qualités personnelles la même estime qu'ils avaient pour ses talents militaires. Affable, obligeant, communicatif, il possédait au plus haut degré l’art de se concilier l’affection de tout ce qui l’approchait. Les officiers suédois surent apprécier toutes les ressources de cette aine élevée ; les éloges qu’ils ne manquèrent pas de prodiguer au prince, à leur retour dans leur patrie, ne manquèrent pas d'inspirer aux Suédois une haute opinion de son mérite. Cette opinion, propagée par la reconnaissance, devint bientôt universelle, et lorsqu’il fut question de choisir un héritier du trône parmi les illustrations militaires de l'Europe, les regards de la Suède se tournèrent naturellement sur lui.

Le prince de Ponte-Corvo ignorait les dispositions de la nation suédoise à son égard. Le baron Olhon Mœrner

vint l’en instruire et lui demander s’il les agréerait. Le prince répondit qu’il se sentirait honoré du vote libre d'un seul membre de la diète; mais que s’il devenait l'objet de l’élection, ce qu’il ne croyait pas possible, il ne pouvait disposer de lui-même sans le consentement de l’empereur Napoléon. I>ès le lendemain, l'empereur, informé de toutes ces circonstances, répondit qu'étant monarque élu du peuple, il ne saurait s'opposer aux élections faites par d’autres peuples, et que le choix libre des Suédois aurait son assentiment; et, pour prouver qu’il ne voulait y exercer désormais aucune influence, il ordonna le rappel de son chargé d’affaires (*).

(*) L'impartialité dont l'historien doit se faire un devoir, ne me permet pas de |xuser sous silence l'opinion que le Mètnniial de Sainte Hélène prête! Napoléon sur! eb-ctioa du prince de l’onte-Corvo , et sur la couduile du prince royal de Sucde.

— Quelque temps après l'expulsion de Gustave, di-ail I empereur, les Suédois, voulant m'être agréables, et s'assurer la protection de la France, me demandèrent un roi. Il fut question un moment du viceroi ; mais il eût fallu qu'il ehangc&t de religion, ce que je trouvais au-dessous de ma dignité et de celle de tous les miens. Puis je ne jugeais pas le résultat politique assez grand pour excuser un acte si contraire à nos moeurs. Toutefois j'altaehais trop de

firix , peut-être , à voir un Français occuper e trône de Suède. Dans ma |msition ce fut un sentiment puéril. Le vrai toi de ma politique , celui des vrais intérêts de la France, c’était le roi de Danemark , parce que j'cuxse alors gouverné la Suède par mou simple coulai t avec les provinces danoises, l’.eruadolte fut élu , et il le dut à ee que sa femme était sieur de mou frcrc Joseph , régnant alors à Madrid.

- UernaJotle , alfirliant une grande dépendance, vint me demander mon agrément, protestant avec tmc inquiétude trop visible, qu’il n’arreplerait qu'au tant que cela me sciait agréable.

- Moi monarque élu du peuple , j'avais k répondre que je ne savais point m opposer aux élections des autres peuples. C’est ce que je dis à Rrrnadolte dont l'altitude trahissait l'anxiété que faisait naître l'attente de ma

SUEDE

Cependant le roi de Suède, après avoir consulté l’opinion du comité se-

réponse , ajoutant qu’il n’avAit qu’à profiter de la bienveillance dout il était l’objet , que je ne voulais être pour rien dans son élection, mais qu’elle avait mon assentiment et mes vœux. Toutefois, le dirai-je, j'éprouvais uu arriéré-instinct qui tue rendait la chose désagréable et pénible. En effet , Beruadotte a été le serpent nourri dans notre sein ; à peine il nous avait quittés, qu’il était dans le système de nos ennemis, et ue nous avions à le surveiller et à le crainre. Plus tard il a été une des grandes causes actives de nos malheurs ; c’est lui qui a donné à nos ennemis la clef de notre politique, la tactique de nos armées; c'est lui qui leur a montré le chemin du sol sacré! Vainement dirait-il pour excuse qu’eu acceptant le trône de la Suède il n’a plus dû qu’être Suédois; excuse banale, bonne tout au plus pour la multitude et le vulgaire des ambitieux. Pour prendre femme on ne renonce point à sa mère , encore moins est-on tenu à lui percer le sein et à lui déchirer les entrailles. On dit qu’il »Vn est repenti plus tard, c’est-àdire, quand il n'était plus temps et que le mal était accompli. Le lait est qu’en se retrouvant au milieu de nous, il s’est aperçu que l’opinion en faisait justice ; il s’est senti frappé de mort. Alors ses yeux se sont dessillés; car on ne sait pas dans son aveuglement à quels rêves n’auront |>as pu le porter sa présomption et sa vanité, etc. »

Nous avons fait connaître l’attaque; donnons maintenant la réponse que nous empruntons à des mémoires inédits qui ont été communiqués aux ailleurs de la Biographie des Utjmmes du jour.

« On lisait au roi Charles-Jean le Memorial de Sainte -Hélène. A la fin d une page où l’auteur fait dire à Napoléon , accusant Bernadette d’avoir été une des grandes causes de nos malheurs : Vainement dirait-il quen acceptant le trône de Suède il n'a dti être que Suédois. Excuse banale , bonne tout an plus pour la multitude et le vulgaire des ambitieux. Pour prendre femme on ne renonce point à sa mère , encore moins est-on tenu de lui percer le sein , ce bon M. de Lascascs, dit le roi , interrompant le lecteur, comme il dut être content de sa faconde après avoir écrit ces balivernes I Et, remarquant dans le lecteur un niouvemeut de surprise, il ajouta: «Est-ce que vous penseriez que Napoléon lui ait dit tout cela?

cret et celle du conseil d’Étal, devait proposer un candidat à la diète. Le 18

Vous le connaîtriez mal. C’était l'esprit le plus positif, et son langage exprimait nettement scs pensées, il savait bien que 1a France n’était pas plus sa patrie que la mienne , que celle d’Eugène, de Murat, du brave et trop malheureux Ney , etc. , etc. Dans le langage figuré elle était notre mère à tous. Napoléon peut-il avoir pensé que cette mère soit devenue sa femme quand elle le reconnut pour consul ou pour empereur? Et (juand la .Suède m’a reconnu pour prince héréditaire , pourquoi laurais-je regardée comme femme et non comme mère adoptive . Napoléon était fils aîné si l’on veut, l'enfant chéri , et si l’on veut encore le plus méritant de celte belle France, notre mère commune ; j'en étais fils aussi , et je m’en suis toujours glorifié. Pendant trente ans je l’ai prouvé par mes services , et l’on sait bien que j'avais contribué à augmenter sa gloire et ses domaines avant l'apparition de celui qui voulut les étendre au point de ne pouvoir les conserver. Appelé par les vœux unanimes d'une nation à laquelle j’éiais tout à fait étranger, Napoléon , qui tient en main les destinées de ma patrie , m’engage à profiter de la bienveillance dont je suis l’objet, me disant , qu'il ne veut être pour rien dans mon élection , mais quelle aura son assentiment et ses voeux. L’élection faite, il me relève de mes serments ; je fais abandon de mes droits, et, fils kmaticick , je quitte la mère patrie au plu» haut point de splendeur, pour vouer le reste de mon existence à amc-' liorer le sort de ma patrie adoptive. Avant dès lors avec Napoléon une mère commune, j’avais de plus une mère adoptive. Telle fut notre position bien réelle et sans la moindre

équivoque Tout cela n’est-il pas d’une

vérité incontestable ?... Eh bien ! reportezvous à l’époque où la Corse était indépendante; supposez que Bonaparte ait été appelé cl reçu en France au même litre , aux mêmes conditions que je le fus en Suède, et qu’il apprend un beau matin que les troupes d’un Paoli ont dclwrqué nuitamment à Fréjus et se sont emparées de la Provence; qu’elles en ont saisi les caisses publiques, fait prisonniers et emmené en Corse tous les administrateurs avec leurs employés , ainsi que deux régiments qui n’avaient pas songé à se défendre, croyant avoir à faire à des allies, etc. , etc : souvenez-vous du i3 vendémiaire , et voyez si Bouaparte aurait

aoilt , il vint lui déclarer qu’une grande majorité du comité secret et le conseil d’État d'une voix unanime s’étant prononcés pour le prince de Ponte-Corvo, il le proposait pour candidat, et, dans la séance du 31 août, les états le proclamèrent prince héréditaire de la couronne de Suède. Voici en quels termes Charles XIII s’exprima en proposant le prince de Ponte-Corvo au choix de la diète i

« La voix de la nation se déclare « hautement pour le prince de Ponte- « Corvo. Des talents militaires et des « qualités distinguées comme homme « u’État avaient illustré son nom, qui « occupera une place émiucnte dans « l’histoire. Sa douceur, sa loyauté « l'ont fait chérir; et les rapports que « des guerriers suédois ont eus avec «lui, par suite des malheurs de la «guerre, leur ont fait connaître l’at- « tachement de ce prince pour un peu- « pie qu’il combattait à regret. *

En se prononçant ainsi pour le prince de Ponte-Corvo, Charles XIII sacri-

dit à sa patrie adoptive : Pour prendre femme on ne renonce pas à sa mère , et je dois laisser faire tes Corses, etc.»

On peut d’ailleurs, sur celte grave accusation, laisser à Napoléon le soin de se répondre à lui-même. Voici les paroles que met dans la bouche de l'empereur le docteur O’.Meara. ( Napoléon en exil , t. Il , p. 401) :

« Je 11e puis dire qu’il m'ait trahi ; il était devenu Suédois en quelque manière , et n’a jamais promis que ce qu’il avait l'intention de tenir. Ni lui , ni Mural ne se fussent jamais déclarés contre moi , s’ils avaient cru que je dusse être détrôné. Ils désiraient voir ■non pouvoir abaisse, mais non pas détruit. -

Nous reviendrons plus tard sur cette grave question, et nous prouverons que Bernadolte ne saurait mériter le reproche de fils ingrat ; qu’un fatal enchaînement de circonstances et d’événements imposèrent à Napoléon et à son ancien ficrc (t'armes des devoirs différents que l'honneur obligeait chacun d’eux à remplir, et que ces devoirs, contre linirsdispositions réciproques, et pour ainsi dire malgré eux , les opposèrent l’un à l'autre dans une lutte qui devait être si funeste à la France, mais que Bamadolte avait tout fait pour éviter.

fiait au vœu de son peuple sa prédilection pour la maison de Holstein. Il en fut récompensé. Jamais souverain ne trouva dans un fils issu de son sang une piété filiale plus tendre et plus persévérante. Pendant les huit années qu’il vécut encore, il fut heureux père et roi non moins heureux. Il dut à ce fils de son choix le bonheur le plus digne de sa grande âme. La Suède fut, sous son régné, replacée au rang des nations indépendantes, et ses derniers regards la virent heureuse et tranquille (*).

Cette élection nationale du prince de Ponte-Corvo fut libre, spontanée; elle ne fut ni influencée par Napoléon (**), ni sollicitée par le prince. Ce fut le comte Gustave Mœrner, qui, sortant précipitamment de la diète au moment de l’élection , se rendit chez le roi pour lui rendre compte de ce résultat. Il reçut aussitôt de Charles XIII une lettre qu’il fut chargé de porter au prince. Il partit en poste, courut nuit et jour, et lui en donna la première nouvelle. Le comte Rosen se rendit ensuite h Paris, où il fut chargé d'annoncer l’élection à l'empereur, et de lui remettre l'acte par lequel leroi adoptait pour fils le nouveau prince héréditaire. Il repartit peu de tefnps après pour Stockholm avec les lettres d’ac-

(*j Peu de temps après l'adoption, Charles XIII disait, et il répéta souvent depuis: - I>ieu - m’a magnifiquement réeoiiipensé d'avoir « sacrifié mes sentiments personnels au vœu « de mon peuple. Les Suédois m'ont donné « un fils tel qu'il me le fallait jiour être le • plus heureux des pères et le plus heureux « des rois. -

(**) Beaucoup de personnes en France , s'imaginèrent alors, et il en est beaucoup encore aujourd'hui qui croient que le prince de Ponte-Corvo avait été envoyé en Suède par l’empereur, • à peu près comme il envoyait ses frères régner sur des peuples étrangers, ou ses généraux gouverner ses conquêtes , ou même les préfets administrer ses départements. D’autres se sont persuadés que c’est à l'influence de Napoléon qjie le prince fut redevable de son élévation au troue. Tout ce qui précède prouve que ces opinions n'ont aucun fondement.

SUÈDE

Ceptation du prince, et la réponse approbative de Napoléon à Charles XIII.

Du reste, il n’y eut entre Napoléon et Bernadotte aucun pacte, ni formel, ni tacite, qui mit In moindre restriction aux devoirs du nouveau prince suédois.

(Quelques jours avant son départ, le prince vint presser l’empereur de lui faire délivrer des lettres d’émancipation. « Le conseil privé, lui dit Napo- «léon, est d’avis que vous signiez, «avant votre départ, un acte par le* « quel vous vous engagerez a ne jamais « purter les armes contre la France. »

« Je ne puis, répondit le prince, me «soumettre a cette obligation; mon « acte d'élection me défend de con- « tracter aucun engagement de vassa- « lité étrangère. Devenu sujet du roi « de Suède, je lui ai déjà prête serment « de fidélité en acceptant, par suite de « votre autorisation , la succession au « tronc, décrétée par les états géné- « raux. lai condition que l’on veut « m’imposer maintenant ne vient pas « de Votre Majesté: ce ne peut être « qu’une idée du grand juge ou de «l’archichancelier. Au reste, par là « ils m'honorent infiniment, puisqu'ils « me placent au même rang que Votre « Majesté comme capitaine. Ce glo- « rieux parallèle vaut une couronne.

« Si Votre Majesté insiste, je vais ex- « pédier un de mes officiers au roi de « Suède pour le prévenir que, par suite « des obligations que Votre Majesté « m’impose, ie me trouve dans l’im- « possibilité de faire usage des droits « qui m'ont été décernés comme prince « suédois , et que c’est avec regret que « je suis forcé d'y renoncer. »

Napoléon, qui avait écouté attentivement et avec quelque émotion , fixa ses regards sur le prince et lui répondit : » Partez; que nos destinées s'accomplissent.» Le prince, qui'àvait bien entendu, mais qui voulait avoir la certitude que telle était la réponse de Napoléon , s’excusa de ce qu’il n'avait pas compris ses dernières paroles, et pria l’empereur de vouloir les redire. L’empereur répéta donc : « Partez ; que nos « destinées s’accomplissant ! » et, repre- 20* Livraison. (Suède.)

nant tout à coup son calme ordinaire, il parla du système continental, et de l’obligation où était la Suède de s’y soumettre; à quoi le prince répondît qu’il ignorait les principes d’administration et l’état du commerce de la Suede; qu’il suppliait l'empereur de lui donner quelque temps pour juger l'opinion , et connaître par lui-même ce qui pouvait être le plus avantageux pour sa nouvelle patrie. « Combiende mois vous faut-il? » répondit l’empereur brusquement. — «Jusqu'au mois de mai.» — « J’y consens; à cette époque prononcez- « vous : ami ou ennemi. » Prenant ensuite le ton le plus amical, Napoléon promit au prince trois millions en indemnité de sa principauté de Ponte-Corvo et de ses dotations en Pologne , en lui laissant toutes ses autres propriétés; il lui fit remettre un million en or, et lui permit d’emmener tous ses aides de camp.

Cependant les lettres d'émancipation avaientétéexpediees(*), et le prince de Ponle-Corvo quitta la France pour aller se consacrer à sa nouvelle patrie. Il arriva le 19 octobre à Elseneur. La principale noblesse du royaume était réunie dans cette ville; le maréihal de la cour, comte Platen, et le général comte d’Essen avaient été charges par le roi d’aller au-devant du prince, qui fut reçu par le comte Charles-Axel de Loewenluelm , grand chambellan , et par le comte Gustave de Lœwenhielm, chef de l'etat-major général, commandant les troupes. L’archetéque d'Upsal et l’évêque de Lund vinrent aussi pour

(*) Voici la lettre tjuc Napoléon écrivit au prince de Pontc-Corvo pour lui aunouêer sa décision à cet égard.

Saint-Cloud , le io septembre 1810.

«Mon cousin, j’ai donné l’ordre an grand «juge de rédiger les lettres patentes qui • vous autorisent à accepter la nouvelle di- « gnité à laquelle vous êtes appelé parle roi « et parla dicte de Suede. Je sous souhaite « succès et bonheur pour vous et pour les « Suédois.

« Sur ce, je prie Dieu qu’il vous ait, mon « cousin , en sa sainte et digne garde.

« Signe Nafolkok.

« Au maréchal prince de Ponte-Conro. «

L’UNIVERS

recevoir sa profession de foi à la reliion luthérienne, avant son entrée ans le royaume.

Le lendemain, le prince passa le Sund et débarqua à Helsingborg , où un corps de cavalerie vint le recevoir. Il leur adressa ces paroles, qui font présager tout son régné :

« Messieurs,

• Le roi et la nation suédoise m’ont à donné une grande preuve d’estime « et de conliance. J’ai tout sacrifié afin « d'y répondre. J'ai quitté la France « pour laquelle j’avais vécu jusqu'à ce «Jour; je me suis séparé de fempe- « reur Napoléon, auquel la plus vive « reconnaissance et une infinité d’au- « très liens m’attachaient. Ce n’est pas « l’espoir d’une couronne qui peut dé;

« dommager mon cœur de sacrifices si «sensibles; non. Messieurs, je ne « trouverai de véritable dédommage- « ment que dans le bonheur de ma « nouvelle patrie. Je viens donc au « milieu de vous avec l’abandon le plus « absolu , et avec le désir le plus ardent « de tout faire pour contribuer à ce « bonheur. J’apporte au roi, que vous « chérissez à si juste titre, un dévoue- « ment sans bornes. Unissons-nous à « l’envi. Messieurs, pour remplir ses « vues paternelles , et ne souffrons ja- « mais que la patrie perde rien de cet « illustre rang qu'elle doit à la valeur « et aux vertus de ses ancêtres. »

A peine arrivé à Helsingbord , le prince de Ponte-Corvo adressa à Napoléon la lettre suivante, où se peint tout à la fois son respect et sa déférence pour l’empereur, et son vif désir de maintenir la bonne intelligence entre son ancienne et sa nouvelle patrie.

À Sa Majesté l'empereur et roi.

fielsingborf « U ao octobre 18x0.

* Sire,

« Au moment où je viens de débar- « quer sur cette terre pour laquelle ■ j'ai fait le sacrifice de mes plus chères «affections, je ne puis résister au « désir de renouveler à Votre Majesté « f expression des regrets que mon « cœur a éprouvés en me séparant • d’elle. J’en serais inconsolable si je

« n’espérais que, de loin comme de «près, Votre Majesté daignera me « conserver les bontés dont elle m’a « toujours honoré. Je réclame égale- « ment vos conseils, Sire; vous ne les « refuserez pas , j’ose l’espérer, à un « prince qui sera toujours fier d’avoir « été un de vos lieutenants dès les pre- « mières époques de votre glorieuse « carrière. A mon passage à Cassel, le « roi de Westphalie a bien voulu me

• conférer le grand ordre de sa cou- « ronne ; le roi de Danemark m’a com- « blé d’attentions pendant tout mon « voyage dans ses États. J’ai passé fort « heureusement le grand Kelt, au ini- « lieu de cinq cents voiles anglaises « stationnées au nord et au sud du ca- « nal. J’ai été reçu sur le rivage sué- « dois par une députation des états et « par le comte d’Kssen, grand maré- « chai du royaume. La noblesse sca « nienne, qu’on soupçonnait d’avoir été « opposée a mon élection , est venue en «corps me rendre hommage. Au mi- « lieu des protestations de fidélité de « la part de tous les ordres de l’État, «je reconnais, avec le juste orgueil «d'un cœur français, la prédilection « particulière des Suédois pour mon « ancienne patrie , et la haute vénéra-

• lion dont chacun est pénétré pour le « grand empereur. On m’a fait la ga- « lanterie d’arborer le pavillon impéria « sur la tour d’Helsingborg, et les An- « glais peuvent apercevoir de leurs « vaisseaux ce signe de l’union de deux « nations qu'il n'est plus en leur pou- « voir de diviser. »

Cette lettre prouve que le prince était parti plein de confiance en Napoléon; mais son illusion ne dura pas longtemps. Même avant d’arriver en Suède, il avait appris d’un de ses amis, le duc de Frioul, qu’il savait en grande faveur auprès de Napoléon, que ta jour même de son départ l’empereur avait dit: « Eh bien! le prince ne re* « grette-t-il pas la France? — Oui, « sans doute. — Et moi, j’aurais été « charmé qu’il n’eût pas accepté; mais

« que voulez-vous ? Au reste, il ne

« m’aime pas. » Sur la réponse du due de Frioul à Napoléon qu’il était dans

SUÈDE

l’erreur, et nue le prince était franchement et cordialement revenu à lui depuis longtemps, l’empereur avait dit:

« Nous ne nous sommes pas entendus; « à présent il est trop tard , il a ses in • « térêts; ma politique et la sienne ne * pourront facilement s’accorder. »

D’Helsingborg , le prince continua sa route jusqu’à Stockholm, où il Ut son entrée le 2 novembre. Partout sur son passage se pressait une population nombreuse, avide de le voir; partout son affabilité et sa bienveillance excitaient l'admiration et l’enthousiasme.

Reconnu comme fils adoptif du souverain et héritier du trône, il fut bientôt investi du commandement général des armées de terre et de mer, et la maladie du roi lui offrit l’occasion de déployer, dés son arrivée, ses talents supérieurs et sa haute capacité; mais des son arrivée aussi dut commencer pour lui un combat bien pénible entre son affection pour la France et ses devoirs envers sa nouvelle patrie; bientôt il dut prévoir qu’il lui serait impossible de réaliser son vœu le plus cher, celui de concilier et de servir les intérêts des deux pays.

Les rapports de la Suède avec la Grande-Bretagne n’avaient pas encore, au commencement du mois de novembre 1810, pris un caractère d’hostilité ouverte. Le commerce de la Suède, quoique limité dans son activité, surtout par la paix de Paris, n’était cependant pas entièrement interrompu, grâce à la modération du cabinet anglais.

I,es manifestations de malveillance de la part de la France, qui, dans le cours de 1810, menacèrent souvent de devenir des prétentions sérieuses, parurent d’abord se borner au maintien sévère des principes du système continental dans la Poméranie ; mais elles se dirigèrent ensuite ouvertement contre la Suède, et l’on porta l’exigence jusqu'à vouloir qu’elle exclût les Américains de ses ports; mais le roi résista , et ces prétentions n’eurent pas de suite.

Il était néanmoins à présumer que cette situation si heureuse, qui offrait

à la Suède les movebs de réparer Ses forces épuisées par une guerre destructive , ne pourrait pas longtemps se prolonger. Napoléon avait établi pour l’Europe subjuguée cette règle péremptoire, qu’il ne reconnaissait pour amis que les ennemis de la Grandes- Bretagne; que la neutralité, autrefois le rempart des États faibles durant la lutte des plus puissants, n’était plus désormais qu’un mot vide de sens, et que toute combinaison politique, tout sentiment de dignité devait disparaître devant l'omnipotence de ses armes et de son immuable volonté.

Napoléon avait, nous l’avons vu plus haut, promis d’attendre jusqu’au mois de mai 181 1 l’adhésion de la Suède au blocus continental; mais sa patience n’alla pas jusque-là. Dès le 7 novembre, cinq jours après l'arrivée du prince, et peu de jours avant la séparation des états du royaume , le baron Alquier, ambassadeur de France à Stockholm, vint exiger que la Suède déclarât la guerre à l’Angleterre, et cela avec un ton de hauteur qui annonçait l’intention de jouer le rôle de proconsul , et ne contribua pas peu aux funestes divisions qui devaient bientôt éclater entre les deux États.

Surpris de cette injonction si formelle, le prince royal adressa le 11 novembre la lettre 'suivante à l’empereur :

« Sire ,

« Dans ma première entrevue avec « M. le baron Alquier, il m'a été fa- « cile de voir que ce ministre avait reçu « des instructions très-sévères relati- « vement au commerce anglais , et « qu’elles avaient été motivées sur des «plaintes portées à V. M., contre la • laveur que la Suède semblerait ac- « corder à ce commerce.

«J’ai voulu connaître la vérité. J’ai en- « voyé , tout de suite, une personne sûre « à Gothembourg , pour y prendre des « informations. Le commerce anglais « n’y est point toléré, comme on a pu « le dire a V. M. Il est vrai qu’il y a « eu , comme partout , des contrebart- « diers ; et ce sont, pour la plupart, « des juifs qui s’entendent avec d’au*

L’UNIVERS

« très juifs, établis dans les pays voi- « sins ; niais le gouvernement prend « toutes les mesures pour faire cesser « ce commerce illicite. Je prie seule- « ment V. M. de ne point ajouter foi « à des rapports exagérés , qui ne peu- « vent être dictés que par l'intérêt per- « sonnet de ceux qui se plaisent à les « faire , et par un esprit de haine , que « les ennemis de la Suède aiment à pro- « pager.

« Je prie aussi V. M. de vouloir « bien remarquer que l'autorité rovale « en Suède est très-limitée, et qu'il est « des usages et des prérogatives que « la constitution ne lui permet pas de « froisser. Ce dont je puis assurer « V. M. , c’est que tout ce qui est pos- « sible sera fait , pour seconder le sys- « tème continental. »

Mais à peine cette lettre était-elle partie, que M. Alquier revint à la charge , et remit, le 13 novembre, la note suivante.

Au ministre d’État, baron d’EngestrOm.

« Monsieur le baron ,

« J’ai plusieurs fois prédit à Votre « Excellence que l’interprétation évi- « demment fausse, donnée par la Suède « à ses engagements avec la France, « produirait quelque événement grave «et important. Je ne perdrai point, « monsieur le baron , à rappeler des ex- « plications désormais inutiles, le peu « de temps qui m'est laissé pour expo- « ser les demandes que je suis chargé « de faire à votre cour.

« Sa Majesté l'Empereur et Roi est « informée qu'en contravention au « traité de Paris , le commerce le plus « actif continue entre la Suède et l'An- « gleterre ; qu’il existe une eorrespon- « dance régulière entre les deux pays; • que des paquebots vont et viennent « régulièrement d'Angleterre et d’É- « cosse à Gothemhourg ; qu’il part des « ports suédois, non pas quelques na- « vires avec une destination simulée, «mais d'immenses convois, dirigés «ouvertement vers l’Angleterre. Des « renseignements incontestables ont « prouve que, du 20 au 22 septembre , « plus de quinze cents bâtiments , avec

« des cargaisons anglaises destinées « pour la Baltique et la mer du Nord,

« se trouvaient en rade de Gothem- « bourg, et que le ministère suédois,

« ne se bornant pas à fermer les yeux « sur cet état de choses , donnait des « permissions de commercer directe- « ment avec l’Angleterre. Sa Majesté « l’Empereur et Roi ne se croit pas « seulement blessée par une violation « si manifeste du traite de Paris, mais « elle y voit avec un ressentiment pro- « fond et légitime une des causes qui,

« en empêchant la conclusion de la «paix avec l’Angleterre, aggrave et «prolonge les malheurs de l’Europe.

« Si le gouvernement britannique ne « se reposait pas avec sécurité sur la « funeste condescendance de la Suède,

« les bâtiments anglais, qui ont péne- « tré en si grand nombre cette année « dans la Baltique , n'y seraient pas « entrés , parce qu'aucun asile ne leur «eût été offert; mais ils étaient sdrs « de recevoir, sur le littoral suédois,

« un accueil amical Là, on leur fout- « nissait de l’eau , des vivres, du bois ;

« là , ils pouvaient attendre et saisir à « propos le moment d’introduire leurs « denrées sur le continent , et partout « cette importation était favorisée. Sa « Majesté l'Empereur doit à sa dignité « de ne pas souffrir plus longtemps « une infraction si éclatante d’un traité , « dans lequel , n'écoutant que ses senti- « ments d’estime et d’affection pour le « roi , elle s’est montrée si généreuse « envers la nation suédoise.

« Il est constant, Monsieur, que la «Sucde, par ses relations comnier- « ciales avec les Anglais , rend inutiles « les sacrifices et les efforts du conti- « rient; que, dans sa prétendue ncutra- « lité, elle est l’alliée la plus utile qu'ait «jamais eu le gouvernement hritan- « nique, et qu'elle se constitue ainsi « l'ennemie des puissances continen- « taies, après avoir adhéré à leurs prin- « cipes. Mais lorsque la France, la «Russie, l'Autriche, la Prusse, et « toutes les autres contrées de l’Alle- « magne souffrent et s’imposent des « privations pénibles pour acheter la « paix , on ne doit pas s’attendre que

SUÈDE

• la Suède puisse trouver plus long- « temps , dans la violation ne ses pro-

■ messes , le moyen d’assurer paisible-

■ ment sa prospérité, et de se procurer « d'immenses richesses. Sa Majesté « l’Empereur et Roi mon maître , dé- « sirant changer un ordre de choses

■ aussi opposé au système adopte par «la presque totalité de l'Europe , m’a « formellement chargé de presser, par «les plus vives instances, Sa Majesté « suédoise de déclarer la guerre à f’An-

• gleterre , d'ordonner en même temps

• la saisie des bâtiments anglais dans « tous ses ports , ainsi que la conflsca-

• tion des denrées et marchandises an- « glaises ou coloniales, partout où elles « se trouveront , et sous quelque pa- « villon qu'elles aient été importées ,

• contre la teneur des traités , et pos- « térieureinent à la déclaration du roi,

• qui interdisait ses Etats au commerce « britannique. Je dois, de plus , décla- « rerà Votre Excellence que Sa Majesté

• impériale attache une telle impor- « tance aux propositions que je viens « d’énoncer en son nom , qu'elle m’or- « donne expressément , dans le cas où « le roi ne jugerait pas à propos d'y « consentir pleinement et sans restric-

• tion , de me retirer, sans prendre « congé, cinq ;otirs après la date de la « dépêche que j'ai l’honneur d’adresser « à Votre Excellence.

« Je vous prie , etc.

« Alquif.b. »

A la réception de cette dépêché , le conseil fut assemblé , et l’on mit en délibération la déclaration de guerre exigée par Napoléon. Quefnire?où trouver un appui? Les puissancesdu continent ne suivaient alors que l'impulsion de la France, et la saison éloignait tout espoir d’être assisté par l’Angleterre, dans le cas où le royaume aurait été attaqué dans le cours de l’hiver. I,e court délai fixé pour donner une réponse ne laissait pas le temps nécessaire pour s’assurer des dispositions des Etats limitrophes, et les ressources du rovaume, tant en argent qu'en moyens de défense , étaient tellement bornées, qu’on ne pouvait raisonnablement se flatter de garantir l’inté-

grité et la liberté de la Suède. Le prince royal, pénétré de la nécessité de sauver l’Etat , lit taire ses affections et déclara solennellement que le roi ne devait avoir aucun égard ni à sa position particulière , ru à ses rapports passés , et qu'il exécuterait avec fidélité et avec zèle ce qui lui serait enjoint pour la gloire et le maintien de l’indépendance du royaume.

I,e roi, réservant pour une époque plus opportune le dévouement de son iils adoptif, regarda comme un devoir impérieux de ceder, pour le moment, à l’orage; il se flattait que Napoléon ne voudrait pas tout d'un coup cpniscr les dernières ressources de la Suède, en exigeant rigoureusement qu’elle se

frortîll à des hostilités ouvertes contre a Grande-Bretagne. La guerre avec l’Angleterre fut donc décidée; et, le 1H novembre, M. d’Engestrôm adressa au baron Alquirr la réponse suivante.

« Monsieur le baron ,

« J'ai mis sous les veux du roi In « lettre que vous avez bien voulu m’a- « dresser en date du 13 de ce mois ; et « c’est par ordre exprès de Sa Majesté « que j'ai l’honneur de vous faire la « réponse suivante:

« Que le roi, accoutumé ù remplir « avec exactitude toutes les obligations «qu'il a contractées, a agi envers la « France avec sa loyauté ordinaire. Il « ne s'est pas permis d'expliquer le « traité de Paris. Il a votflu qu’il fût « observé par ses sujets selon sa tenpur « littérale. I.e traité a été publié pour « leur servir de règle. Aucune pennis- « sion spéciale n'a été donnée, comme « vous paraissez le croire.

« Le gouvernement suédois a fait «cesser tonte communication avec « l’Angleterre. Les comptoirs de poste « de la Suède ne reçoivent aucune « lettre venue de ce pays, et n’y font « aucune expédition.

« Aucun paquebot anglais n’entre «dans un port de la Suède,’ qui se « trouve sous surveillance. Il est pour- « tant très- possible que des eommuni- « cations puissent avoir lieu par fraude,

« et . par conséquent , à l'insu du gou- « vernement. I,es côtes de la Suede

L’UNIVERS

«i sont d'une si grande étendue . qu'il « est impossible de les garder. Il faut

* croire que d’autres pays se trouvent c dans le même cas , car nous voyons « tous les jours dans les gazettes des « nouvelles d’Angleterre arrivées par « la France; et déjà, avant la paix de p Paris, des lettres anglaises sont ve- « nues en Suède par l’Allemagne.

« D'immenses convois ne sont as- « sûrement pas sortis des ports de la

* Suède pour l’Angleterre. Ce que vous a appelez la rade de Gothembourg «est apparemment Vinga-Sand, éloi- « gué de Gothembourg de huit lieues » de France, et de six du continent de « la Suède , et par conséquent très-fort « hors la portée du canon. Les convois « s'y assemblent , parce qu’ils ne peu- « vent pas y être troublés. Les quinze « cents bâtiments et au delà qui doi- « vent s'être trouvés à Vinga, où sont- « ils allés? Assurément fias dans les « ports de la Suède. S’ils ne sont pas « confisqués chez nos voisins, il faut « croire à la vérité des rapports qui «annoncent des fraudes immenses, « commises même chez ceux qui en « mettent sur notre compte , dans l’in- « tention de nous nuire.

« On n’a qu'à jeter les yeux sur la « carte de Suède , pour sê persuader « de l’impossibilité de garder sur tous ■ les points des côtes aussi vastes, rent- « plies de ports , et garnies d'une iin- « mense quantité d’tles, toutes propres « au débarquement. Si l'on parvient à « mettre une d’elles en état de dé- « fense, les Anglais s'emparent d’une « autre , et tout ce qu'on peut faire est « en pure perte. L’année passée, toute « la puissance de l'empire russe n’c- « tait pas en état d'éloigner les An- « glais de Nargôn , île située à l’entrée «du port de Revel , devant laquelle « une partie de la flotte anglaise était « stationnée. Il n'y a pas eu de con- « descendance de là part du gouverne- « ment suédois ; il a dü souffrir ce qu’il « n’a pas été en état d’empêcher , » n’ayant pas les moyens pécuniaires « nécessaires, ni des forces navales suf- « lisantes pour éloigner les Anglais.

« Ils étaient maîtres de la mer. Aï de

« là ils attendaient et saisiraient le « moment d'introduire leurs denrées « sur le continent , la Suède ne pou- « vait pas l'empêcher ; et si cette im- « porta lion était partout favorisée , « ce n’est pas à la Suède , mais bien « aux puissances continentales qu’il « faut s’en tenir.

« Vous me parlez, Monsieur, d’im- « menses richesses accumulées en Suède ■ par le commerce, et vous ne pouvez « pas ignorer que l'argent de la Suède « perd quatre-vingts pour cent contre «celui de Hambourg , et encore plus «contre celui de France; et le cours « du change étant l'unique échelle d’a- « près laquelle on puisse juger du gain «que fait le commerce d’un pays, je « vous laisse à vous-même à detenni- « ner, Monsieur, les avantages que la « Suède a retirés du sien.

« Sa Majesté l’empereur des Fran- « rais et roi d'Italie ayant maintenant « cru devoir faire de nouvelles deinan- « des , qui donnent une plus grande « extension aux traités subsistants en- « tre la Suide et la France, et le roi, « mon auguste maître, n'rcputanl en « cette occasion que ses sentiments in- « variables d’estime et d’amitié envers « Sa Majesté Impériale et Rovale, s’est « décidé a donner une nouvelle garan- « tie de ses intentions et des principes « qui le guident.

« Sa Majesté m’a en conséquence « ordonné de vous annoncer. Monsieur, « qu’elle déclare la guerre à l’Angle- « terre; qu’elle ordonne la saisie des « bâtiments anglais q'ui se trouveraient, « contre toute attente, dans les ports « de Suède; que, pour ne donner lieu à « aucune imputation ultérieure par rap- « port à une connivence secrète avec « la Grande-Bretagne, ou à une intro- « duction suivie et frauduleuse de den- « rées coloniales sur le continent, le « roi fera renouveler, de la manière la « plus sévère, la prohibition déjà exis- « tante, contre l’introduction en Suède « de denrées ou de marchandises an- « glaises, quels que soient leur origine « ou le pavdlon sous lequel elles soient « apportées , et ne permettra plus dès « à présent, et sans la moindre res-

PUfeDE. 811

« triction, aucune exportation de Suède refusait à ‘reconnaître Charles XIII « sur le continent desdites marchan- pour souverain de la Suède, ou bien « dises anglaises ou denrtes. I)e plus, que le comte de Gottorp (Gustave IV) « Sa Majesté donnera des ordres néces- avait été reçu à bord de la flotta » saires pour que, par des recherches, anglaise dans la Baltique, avec les hon- « la totalité des denrées ou marchan- neurs que l’on rend aux têtes couron- « dises anglaises ou coloniales, impor- nées. Ces misérables tracasseries n’é- * tées en Suède, sous quelque pavillon taient pas faites, il faut en convenir, « que ce soit, postérieurement au 24 pour entretenir la bonne intelligence « avril de la présenté année, soit cons- entre les deux pays. Néanmoins la Suède « tatée et mise à la disposition légale entra loyalement dans les vues du gou- « du roi. vernement français; elle adopta le svs-

« En se portant à ces sacrifices , dont tème continental, et le 20 novembre « l’expérience prouvera la grandeur, le la guerre fut déclarée à l’Angleterre. «Toi a principalement en vue, et son Ainsi une nation pauvre, à peine sortie «amitié constante pour Sa Majesté toute meurtrie d’une lutte sanglante, « l'empereur des Français, et sou désir se voyait, au moment où elle pouvait « de contribuer aussi de son côté au espérer de réparer ses désastres dans « succès du grand principe qui vient le calme de la paix, contrainte de ren- « d’ètre allégué contre la Suede, par trer dans une carrière de privations « rapport à la paix maritime. Ce irest et peut-être de combats.

« qu'en réunissant ses efforts à ceux La nature a accordé aux mers qui «du continent, pour accélérer cette baignent les côtes de la Suède une « époque si bienfaisante pour l'imma- grande abondance de poissons; c’est la « nité, que Sa Majesté pourra justifier hase de la nourriture des habitants; « en partie, aux yeux de ses sujets, les mais en même temps elle lui a refusé « pertes immenses auxquelles les cir- le sel nécessaire à lu conservation de « constances vont lesassujettir.etprou- cet aliment. Elle lui a prodigué le fer, « ver à l’Europe qu'il n’a pointdépendu le cuivre et le bois, mais elle ne peut « d’elle de voir en ce moment la paix consommer tout ce qu’elle exploite en « régner sur les mers, et le commerce ce genre; ce ne sont que des objets « rendu à son indépendance primitive, d'échange, auxquels le commerce peut « C’est avec les sentiments, etc. seul donner de la valeur. Or c’était

« Le baron d’Engestbôu. » l’Angleterre qui, avec les Américains,

La diplomatie impériale ne s’en te- achetait alors les trois quarts des prônait pas aux notes ofGciellcs; elle fai- ductions de la Suede, et par son adhésait jouer en même temps quelques- sion au système continental, cette uns de ces ressorts qu’elle employa dernière puissance pouvait se voir toujours avec prédilection. A peine âr- condamnée à la misère la plus profonde rive, le prince put lire dans le Moniteur au milieu de l'abondance de ses p rodes lettres datées d'Elseneur ou de Co- duits. Elle n’hésita pas cependant, et penhague, qui étaient évidemment ima- voulut pour sa part contribuer à la

§inécs , ou pour lui servir de guide et grande mesure qui semblait devoir e règle de conduite, ou pour l'inquié- amener la conclusion de la paix et la ter sur des dangers imaginaires. Tantôt liberté des mers, on y parlait, comme dans la note de Sur ces entrefaites, le roi de Suède jM.ÂIquier.del’cncombrementdcsmar- reçut du baron de Lagerbielke, son chandises anglaises à Gothembourg, ministre à Paris, une dépêche, en date d'où elles étaient portées et recelées du 26 octobre, qui annonçait que Nadans les mines, pour être ensuite ré- poléon ne donnait à la Suède que cinq pondues dans le pays; l'on dénonçait (ours pour se décider. Cette dépêche une correspondance clandestine du con- contient des renseignements historisul anglais de cette ville; l’on annon- ques trop précieux, les vues politiques çait que le gouvernement anglais se de Napoléon y sont formulées d’une

L’UNIVERS

manière trop originale et trop précise, pour ne point transcrire ici en entier l’extrait qui en a été rendu publie.

Extrait d’une dépêche adressée au roi par }f. te baron de l.agerbielke , ministre de Suède à Paris , en date du 26 octotjre IKK).

« Malgré toutes les prévenances per- « sonnellesdont je venais d’étre l’objet, « il m’avait été facile de ine préparer « à une scène peu agréable. La nature « de mes conlerences avec le duc de « Cadore, le départ précipité de M. de « Czernicheff, la catastrophe dont la « Suisse s’etait vue menacée pour aftai- « res de commerce, les avantages rem- « portés dans le Portugal , dont on « voudrait sans doute profiter pour « accabler les Anglais sur tous les « points à la fois, toutes ces eircons- « tances réunies m’avaient assez fait « juger quel serait l'objet de l’audience; « mais j’avoue que je ne m'attendais « pas à une explosion aussi violente.

« Jamais je n’avais vu l’empereur en « colère; et cette fois-ci il l'était à un « point qui surpasse toute imagination.

« Je fus introduit un peu après neuf « heures du matin. Je trouvai le duc * de Cadore avec l'empereur; et la pré- « sence de ce tiers me lit d'abord juger « que j’étais appelé pour entendre une « déclaration oflicielic, mais que la dis- « cussion ne me serait point permise.

« Je n’en résolus pas moins de répon- « dre à chaque occasion où je pourrais « placer un mot.

« Il m’est impossible de rendre « compte à Votre Majesté de tout ce « que l’empereur a dit pendant cinq «quarts d'Iieure au moins, parce que « son agitation était si forte, son ms- « cours si coupé, ses répétitions si fré- «quentes, qu’il était trop difficile de « tout classer dans In mémoire. Je dé- « butai par la présentation de la lettre «de Votre Majesté. «Savez-vous, dit « l’empereur, quel est le sujet de cette «lettre?» Je l’exprimai, en ajoutant « un compliment. Sans y répondre, « l’empereur continua (chaque reprise « du discours de l’empereur fera suffi- « samment connaître à Votre Majesté « le genre des courtes réponses que je

« tâchai de placer dans les intervalles) :

« Ah ça , M. te baron , cessera-t-on « enfin de croire en Suède que je ne « suis qu’une dupe ? pense-t-on que je.

« puisse m’accommoder de cet état « mixte ou métis t—Oh ! point de sen- « timents ! c’est par les effets qu’on « fait ses preuves en politique. / oyons « ces ejfets. t ous signâtes la paix « avec moi au commencement de « l’année, Tous vous engageâtes a « rompre toute communication avec « l’ Angleterre ; vous gardâtes un mi- « nistrc a Londres, un agent anglais « en Suède , jusque fort avant dans « l’été; vous n’interrompites ta com- « munication ostensible par Gothem- « bourg que plus tard encore ; et qu’en « résulta -t -Ut Que la corres/xm- « dance est restée la même, ni plus « ni moins active. — ftah ! il n’est pas « question d'une communication par- « ci, par-la ; elle est régulière, elle est « très-considérable ; vous avez des « bâtiments dans tous les ports de « l'Angleterre. — Pr aiment , du sel !

« prend-on du sel dans la Tamise ?

« Des bâtiments de commerce an- « niais assiègent Gothembovrg. — La « belle preuve qu’ils n’y entrent pas !

« On échangé les marchandises en « pleine mer ou près des cotes. / 'os « petites Iles serviront de magasins « pendant l'hiver, t os bâtiments « transportent ouvertement des den- « rées coloniales en Allemagne ; j'en « ai fait saisir une dizaine a Itos- « toc/c. Est-il possible que l'on puisse « affecter ainsi de se méprendre sur « le premier principe du système con- « finental ? — A la bonne heure! t'ous « n’approuvez jtoint cela dans votre « note ; ce n’est point d’elle que je me « plains , c'est du fait. Je n'ai pas « dormi une seule heure de la nuit, « « cause de vos affaires; on fxmrraii « me laisser reposer en paix : j'en « ai besoin. — Encore, est-elle conre- « noble cette restitution des prison- « niers anglais qui avaient si inipru- « demment attenté à la dignité du « roi, et violé son territoire Ÿ /tendus « sans aucune satisfaction! N'est-ce « pas M. de Cadore ? » (Le ministre,

• SUÈDE

tout tremblant, ne manqua pas de répondre affirmativement , comme à quelques autres questions semblables.) « Autre violation du droit territorial,

• la capture d'un corsaire français « dans antérieur du port de Stral-

• surir/ ; mais on ne, m'a rien rendu,

• à moi ; ce n'est que pour ses amis

• qu’on a ces petites attentions -là.

• Eh bien ! rester, avec les .Anglais !

• S'il faut- en juger par le mal (pie « vous m'avez fait cette année-ci , « jamais vous ne fûtes plus amis des

• Anglais que dans ce moment. — Oh !

« oh ! c'est vous qui le dites ; c'est « vous qui m'assurez que la Suède

• aime mieux rester arec moi ; mais « des preuves, vous dis-je. des preu- « ves ! — A la bonne heure ! votre état,

• à la suite d'une guerre malheu- « reuse, réclamait des ménagements.

• Eh bien ! j'en ai eu à mrs dépens, « comme une dupe. / mis m'avez en- « joie vous-même ; vous avez eu l’a- « dresse de gagner la mauvaise sai- « son ; vous avez eu le temps de dé- « brouiller vos intérêts avec l'Angte- « terre. Est-il juste, s'il en existe en- « core contre ta foi des engagements, « que j'en supporte la peine! fous « avez eu le loisir de vous mettre en « état de défense ; vous avez encore « rtuver devant vous ; que risquez- « vous donc ? — Oui, le commerce d’r.r- « portation, c'est le cheval de bataille ; « où est-il donc ce pavillon neutre ?

« Il n'y a plus de neutres : l’Angle- « terre n’en reconnaît point ; je ne

• veux pas plus en reconnaître. — Le

• sel! oui, le sel! on trouve moyen

• d'avoir ce qui est nécessaire. Que • fîtes-vous lorsqu' en 1 80 1 vous étiez

• en brouilterie ouverte arec l'Angle-

• terre ? — Souffrir! croyez-vous que • je ne souffre pas, moi? que la « France, que llordeaux, que la Hol- « lande, que l’ Allemagne ne souffrent « pas ? Mais voila précisément pour- « quoi il faut en finir. La paix mari- ■ lime à tout prix 1 » ( Ici l’empereur s’anima terriblement.)™ Oui, la Suède

• est la setde cause de la crise que

• j'éprouve. La Suède m’a fait plus « de mal que les cinq coalitions en-

« semble. Mais aujourd'hui, rendue à « ses communications avec le reste de « l'Europe, elle en profile pour faire ™ le commerce de (' Angleterre. — Ah !

« Monsieur , du temps , toujours du « temps ! J'en al trop perdu. Il vous « en fallait , dites-vous, pour entrer « sans trop de sacrifices dans te nou- « veau système ; il m'en fallait aussi, « ajoutez-vous , pour faire du bien a « la Suède. Eh bien! n'ai-je rien fait? « Ecoutez : lorsque vous files choix « du prince de Ponte-Corvo, ne ris- « quai-je rien en lui promettant d’ac- « cepter? S'ai-je pas été sur le point « de me brouiller avec la Russie ?

« A "y a-t-on pas cru, n’y croit -on « pas peut-être encore, que vous de « votre côté, tes Saxons et les Polo- « nais de l'autre, soutenus par moi , « s’armeraient pour reconquérir leurs « provinces perdues ? Les têtes ne « sont-elles pas , dans ce moment.

« même, fort électrisées en Pologne ?

« Qu' ai- je fait alors ? J’ai laissé dire; « j’ai laissé circuler des bruits qui » poliraient détacher ta Russie de x mon système ; ce n'est que mainte- *nant que, plus en plus détrompé « sur la politique suédoise, j'ai dû « prendre un parti. Je ne vous te « cacherai point, je viens de renvoyer x M. de Ezernicheff en Russie ; je x l'ai instruit de ta déclaration que

• je vous fais aujourd'hui ; j’engage o fortement l'empereur Alexandre de a faire la même démarche de son x côté. Choisissez ! des coups de cax non aux Anglais qui s’approchent x de vos côtes et la confiscation de x leurs marchandises en Suède, ou la x guerre avec ta France! Je ne puis x vous faire grand mal : j'occupe la « Poméranie, el vous ne vous en soux ciez pas trop ; mais je puis vous « faire attaquer par les Russes, par x les Danois ; je puis con fisquer tous x vos bâtiments sur le continent ; et a je te ferai, si dans quinze jours vous x n’étes pas en état de guerre avec « l' Angleterre. — Oui, vous avez rai- « son, il faut compter l'aUée et le re- « tour du courrier, et quelque chose

• de plus.— Eh bien ! je vous ordonne,

L’UjSIVJiRS.

• M. de Cadore, d’expédier un cour - « rier sur-le-champ. Je vous engage, « M. le baron, d'en faire autant. Si « cinq jours a/vrès la démarche offi- « dette de M. Atquier, le roi ne s’est « point décidé pour C état de guerre

• avec l’Angleterre, M. Atquier par - « tira sur-le-champ, et la Suède aura « la guerre avec la France et tous ses « ornés. — Oui, c’est juste, je n’ai i point positivement demandé l'état « de guerre avant ce moment; mais « j'y suis maintenant forcé par tous « tes motifs imaginables. D'abord, la « Suède a prouvé qu'elle ne peut res- « ter dans un état mixte avec l’An- « gleterte sans faire le plus grand « tort au continent ; ensuite les choses « ont pris un développement général » qui exige une parfaite égalité de « mesures , ou bien un état ouvert « d hostilités. F oyez çe que toutes les « autres puissances ont cru devoir « faire. La Russie, plus forte que les « autres, n’a obtenu la paix avec « moi qu'à condition de déclarer sur- « le-champ ta guerre à l’Angleterre.

» L' Autriche , puissance du premier a ordre si la France n’existait point,

« a franchement pris son parti. J'ai « assez longtemps été la dupe de la « Prusse comme la vôtre. File vient « enfin de reconnaître, par la calas- « trophe de la Hollande, qu’il fallait « se déterminer ; elle a franchement » adopté l’état de guerre, le Dane- « mark l’a fait depuis longtemps ; « mais à quel titre puis-je exiger de » ce pays ce que je ne puis obtenir de « la Suède. Eh ! me dis-je souvent ,

« qui sait si je serai toujours bien o avec la Russie l qui peut connaître « le chapitre des événements ? Ne « sera-t-il pas un jour du plus grand « intérêt pour moi d’avoir dans le « Nord une puissance amie, forte de « ses propres moyens ainsi que de « mon alliance? Mais croit -on main- * tenant en Suède que je pourrais, en « faveur du nouveau prince royal,

« relâcher quelque chose de mes prin- « cipes invariables î Au contraire, la « crise politique dans laquelle je me « suis mis en faveur d’elle, me four-

o nit un titre de plus. — Cependant la « Suède a une grande obligation à la « personne du prince royal, car sans « ce choix ( nullement influencé par « moi), j’aurais il y a deux mois fait nia démarche a laquelle je me vois « aujourd'hui forcé. Je me repens « maintenant de ce délai, qui, vu la « saison, vous a été si profitable, non « parce que je regrette ce qui peut « vous arriver de bien, mais parce « que vous m’avez trop mal traité.

« Depuis longtemps V office qui devait « vous être adressé se trouve préparé « dans les bureaux de M de Cadore « (révérence affirmative du ministre); « mais je voulais attendre l'arrivée « du prince royal, qui est instruit de « ma façon de penser. Je ne l’ai pas « pu. Je vous l'ai dit , j’étais sur le « point de me brouiller avec la Rus- « sie;je donnais à toute fFuroix ta « pensée que dans ce moment décisif « mon système pouvait être suscepti- « bie de modifications. D’ailleurs de « nouvelles plaintes sur la Suède « m 'arrivaient de toutes parts.— Ah !

« je sais ce que vous avez à me dire ;

« j’ai lu tout ce que vous avez « écrit. Eh bien! soit; il peut y avoir « eu des exagérations dans les plain- « tes, mais assez de vérité reste.

« J’aurais désiré que vous eussiez eu « une meilleure cause a défendre. — b Eh non ! la position du prince royal a ne deviendra pas si difficile; tout b vient d'ici ; il n’a point l'embarras b de l'initiative. Mais encore , a-t-on b cru en Suède pouvoir , sans ressen- « timent de mon côté, servir ta cause b de l’Angleterre, parce que j’aime « et j’estime le prince royal ? J’aime b et j’estime aussi le roi de Hollande;

« il est mon Jrére ; je suis cependant « encore brouillé avec lui; j’ai fait a taire la voix du sang pour écoub ter celle de l’intérêt général. Si b vous étiez sur mes frontières, je a serais a regret forcé d’en agir b comme je viens de le faire avec la b Suisse : j’ai fait marcher des troub pes ; le gouvernement a confisqué b tes marchandises anqlaises. E>[fin a résumons-nous. Que ta Suide fasse

SUEDE

« les choses comme elle l'entend; je

• sais que je suis hors (t état de la « forcer . Qu'elle se mette franchement « du côté de P Angleterre contre moi « et mes alliés , si c’est la son infé- « rét, ou au’ elle se réunisse arec moi « contre l Angleterre. Mais le temps « du doute est passé : les cinq jours

• expirés, M. Alquier part, et je « voits donne vos passe-ports, tous « n’avez fait que dire ce que vous de- « viez dire; mais je ne puis alors « que mus renvoyer. Guerre ouverte « ou amitié constante , voila mon der- « nier mot, ma déclaration uttimate. « Adieu, l'uissé-je vous revoir sous

• de meilleurs auspices! »

« L'empereur me quitta sans vou- « loir plus m’entendre. En sortant de

• chez l’empereur, je ne vis plus per- « sonne dans l’autre pièce, pas même « les officiers du service. Je ne sais ce « qui avait donné lieu à cette circons- « tance extraordinaire, si c’était un « ordre ou bien la discrétion spontanée » des fonctionnaires , parce (jue l’em- « percur avait souvent élevé In voix « d'une telle force , qu’il était impos- « sihle de ne point l’entendre dans la « pièce voisine.

« J’eus ensuite une conférence avec « le duc de Cadore, au sortir de la- « quelle je partis pour Paris. f>t en- « trctien ne fut qu’une répétition de « ce qui s’était passé chez l'empereur, « pour que ma dépêché à Votre Ma jesté « et celle du ministre au baron Alquier « s’accordassent autant que possible.

« Tout étant dit sur le fond , je témoi- « gnai au duc de Cadore combien j’étais « sensible à la forme dure et violente « que l’empereur avait mise dans ses « demandes. Le ministre fit valoir de « son mieux la satisfaction que j’avais « eue (me disait-il) d'adoucir la viva- « cité de l’empereur, surtout vers la « fin , et lit beaucoup ressortir les pns- « sages qui exprimaient quelque intérêt « ou qui donnaient quelques espérances « pour l'avenir. Il me donna un passe- « port de courrier tout prépare d’a- « vance. Il me promit de n’envover « son courrier de Fontainebleau que

• vers le même temps où j'expedierais

« le mien de Paris, c’est-à-dire, dans « la soirée d’aujourd’hui , pour que « celui-ci pût prendre un peu l’avance.

« Il m'assura que M. Alquier aurait

• deux jours pour préparer son office, <• outre les cinq qui formaient le terme « de prescription. Il s’attacha beau- « coup au fait qu’il me pria de bien « faire valoir, que l’élection de mon- « seigneur le prince royal , loin d’avoir « provoqué la démarche de l’empereur,

• l'avait retardée de quelques mois , et « avait par là préparé à la Suède un < délai doublement important à cause « de lu saison. Il ajouta même que la « résolution de l’empereur de faire sa « démarche pendant que le prince était « censé en voyage, avait en partie pour « but l'attention de ne point le dépoli polariser innocemment.... »

Cette dépêche produisit à la cour de Suède l’effet que Napoléon s’en était promis; et , le 19 novembre , le prince royal adressa à l’empereur la lettre suivante :

« Sire ,

« Par ma lettre du 1 1 novembre , j’ai « eu l'honneur d’instruire Votrs Mail jesté que le roi était prêt à faire tout « ce que les lois constitutionnelles lui «permettaient, pour arrêter l’intro-

• duction des marchandises anglaises, « Le ministère s’occupait d’un regle- « ment très-sévère à ce sujet , lors- « qu’une dépêche de M. Lagerliielke « est venue porter la douleur dans « l ame du roi , et déranger sa santé « d’une manière bien sensible. Cette « dépêche nous prouvait à quel point « Votre Majesté était prévenue contre « nous, puisqu'en nous donnant cinq

• jours pour répondre , elle nous trair « tait avec la même rigueur qu'une na- « tion ennemie ; et la note officielle ,

« remise par M. le baron Alquier, n'a « laissé à la Suède que l’aflligeante al- « ternative ou de voir rompre les liens

• qui l'unissent à la France, ou de se « livrer à la merci d'un ennemi formi- «dable, en lui déclarant la guerre,

« sans posséder aucun moyeu pour « le combattre.

• Fn me décidant à accepter la suc- « cession au trône de Suède, j’avais

L’UNIVERS

« toujours espéré. Sire, concilier les « intérêts du pays que j’ai servi fidèle- « ment et défendu pendant trente an- « nees, avec ceux de la patrie qui ve- « nait de m’adopter; à peine arrivé, «j’ai vu cet espoir compromis, et le « roi a pu remarquer combien mon « cœur était douloureusement com- « battu entre son attachement à Votre « Majesté et le sentiment de ses nou- « veaux devoirs. Dans une situation si « pénible, je n'ai pu que m'abandon- « ner à la décision du roi , et m’abste- « nirde prendre part aux délibérations « du conseil d’Etat.

« Le conseil d’Etat ne s’est pasdissi»

« rnulé :

« I» Qu’un état de guerre ouverte, « provoqué par nous , causera infailli- « moment la capture de tous les bûti- « ments qui sont allés porter du fer en « Amérique.

« 2" Qu'à la suite d’une guerre mal- « heureuse, nos magasins sont vides, « nos arsenaux sans activité et dépour- « vus de tout , et que les fonds man- « quent pour parer à tous les besoins.

« 3» Qu’il faut des sommes consi- « dérables pour mettre à couvert In « flotte de Carlscrona , et réparer les « fortifications de cette place , sans « qu’il y ait aucun fonds pour cet « objet.’

« 4° Que la réunion de l’armée exige « une dépense extraordinaire d’au moins «sept à huit millions; et que la cons- « titution ne permet pas au roi d’éta- « blir aucune taxe sans le consentc- « ment des états généraux.

« 5° Enfin , que le sel est un objet « de première et absolue nécessite en « Suède, et que c’est l’Angleterre seule «qui l’a fourni jusqu'ici.

« Mais toutes ces considérations , « Sire, ont disparu devant le désir de « satisfaire Votre Majesté. Le roi et son « conseil ont ferme l’oreille au cri de « la misère publique, et l'état de guerre « avec l’Angleterre a été résolu , uni- « quement par déférence pour / otre « Majesté , et pour convaincre nos ca- « lomniateurs que la Suede , rendue à «un gouvernement sage et modéré, « n'aspire qu'après la paix maritime.

« Heureuse, Sire, cette Suède si mal « connue jusqu'à présent , si elle peut « obtenir, en retour de son dévoue- « ment , quelques témoignages de bien- « veillance de la part de Votre Ma- « jesté. »

La Suède avait sacrifié ses intérêts les plus pressants au désir de se maintenir en paix avec la France; mais ce sacrifice était au-dessus de ses forces. L’état de guerre auquel elle s’était engagée exigeait des ressources qui lui manquaient entièrement, mais qu'elle était en droit d’attendre de la puissance à laquelle elle venait de donner une aussi grande preuve de dévouement. Sans les subsides de la France, ce dévouement pouvait devenir inutile ; et Je 8 décembre , le prince royal crut devoir adresser a l'e t pereur ia lettre suivante, où il lui exposait avec confiance dans quelle situation pénible se trouverait sa nouvelle patrie , si la France ne venait point à son secours.

« Sire,

«Par ma lettre du I!) novembre, «j’ai eu l’honneur de vous informer « que le roi , fidèle aux sentiments qu’il « a voués à Votre Majesté, a déclaré « la gurrre à l’Angleterre, malsré tout « ce que la sürete de ses États lui « objectait contre cette démarche , et « dans l’unique vue de plaire à Votre « Majesté.

« Le roi sera toujours fier d’avoir «donné cette preuve de son dévoue- « ment à Votre Majesté ; c’est à moi , « qui suis chaque jour témoin de ses «peines et de ses inquiétudes, c’est « a moi d'en appeler à la magnanimité « de Votre Maj sté dans une cireons- « tance qui peut influer sur ia santé du « roi et sur le bonheur de la Suède.

« Je me flatte que Votre Majesté ac- « cueillera avec bonté mes observa- « tions. En m'adressant à vous direc- « tement , Sire , j'use d’un ancien « avantage que j’aimerai toujours à « conserver, et qui fait renaître dans « mon ilme des souvenirs aussi agréa- « blés que glorieux.

« La Suède, dans le triste état où le « dernier règne l'a réduite, ne devait,

« ne pouvait plus aspirer qu'a une lon-

SUEDE

« gue paix. C’était l’unique moyen de « réparer par l'agriculture et le com- « merce les pertes qu’elle a faites, de « rétablir ainsi par degré ses finances , « et de recréer entièrement son système

• militaire et son administration. Loin « de cela , c’est elle qui vient de décla- « rer la guerre; elle a hasardé cette « démarche sansavoirun seul bataillon « prêt à marcher, sans que ses arse- « naux ni ses magasins renfermas- « sent le moindre approvisionnement ; « et , ce qui est pis encore , sans le pre- « mier sou pour fournir aux dépenses « d’une si grande entreprise ; en un « mot , dans l’état où se trouve le gou- « vernement de ce pays , une telle dé- « marche le ferait sans doute accuser « de folie, si l’appui de Votre Majesté

• ne devait tout légitimer.

« I.a Suède, il est vrai, possède en « elle-même les principes d’une grande « force; ses habitants sont naturelle- « ment guerriers ; sa constitution pcr- « met de mettre quatre-vingt mille « hommes sur pied , et sa population « mille est telle que cette levée peut se « faire très-aisément. Mais, vous le « savez , Sire , la guerre ne se nourrit « que par la guerre ; et un grand État « militaire, purement défensif, est une « charge que la Suède ne peut suppor- « ter sans un secours étranger.

« Les lois constitutionnelles défen- « dent au roi d’établir de nouvelles « taxes sans le consentement des états « généraux ; et la guerre vient de dé- « truire une des principales branches

• du revenu public, le produit des «.douanes, qui rapportait plus de six « millions de francs par an. Il faut « ajouter à cela que les contributions « sont arriérées de plus de deux années, « et que les confiscations qui s'exercent « portent sur les sujets suédois , et non « sur les étrangers qui ont eu la pré- « caution de s’assurer du payement des « marchandises importées.

« Enfin , Sire , notre situation est « des plus alarmantes, si la France ne « vient à notre secours. Depuis la pre-

• mière alliance conclue entre Gustave « Vasa et François I", la France a été « non - seulement l'amie constante de

«la Suède, mais encore elle l’a ap- « puyce et secourue dans toutes les « guerres. La nature semble avoir des- « tiné ces deux nations à vivre en har- « monie: leurs caractères s’accordant « parfaitement ; et si elle a refusé aux « Suédois les richesses , elle les a doués « de valeur et de toutes les qualités « propres à l’exécution des plus vastes « desseins. Il n'y a ici qu’un vœu, ce- « lui d’être sincèrement d’accord avec « la France, et de participer à sa gloire , « toutes les fois que l'occasion s’en pré- « sentera ; mais l’argent nous manque; « c’est donc à Votre Majesté que nous « devons nous adresser pour en ob- « tenir.

« En paix , le Suédois laborieux , con- « tent de ses champs et de ses mines , « cilt attendu patiemment du temps et « de son économie un état plus heu- « reux ; forcés par Votre Majesté à dé- « clarer la guerre, nous nous tournons « avec confiance vers elle, nous lui of- « frons des bras et du fer, et nous lui « demandons en retour les moyens que « la nature nous a refusés.

« Daignez , Sire , prendre en consi- « dération particulière l’état de ce pays, « et veuillez agréer avec bonté l’expres- « sion des sentiments respectueux, etc.»

Peu de jours après le départ de cette lettre, M. Alquier insista de nouveau auprès du gouvernement suédois sur la nécessité de prouver son adhésion au système continental , en faisant confisquer toutes les marchandises anglaises. Déjà Napoléon avait mis en avant cette prétention dans son entrevue avec M. Lagerbielke. C’efait évidemment exiger l’impossible.

A cette époque , M. de Czernicheff qui se rendait a Paris, envoyé de nouveau par la Russie , passa par Stock holin , porteur d’une lettre de l’empereur Alexandre, qui , sans doute, desirait connaître les dispositions du prince royal. Celui-ci profita de cette occasion pour mettre sous les yeux de Napoléon la situation de la Suède, et il confia au diplomate russe la lettre suivante , datée du 1 1 décembre.

« Sire,

* M. de Czernicheff m’a demandé si

L’UNIVERS

«je le chargerais d'une lettre pour «Votre Majesté. Je ine suis empressé « de le faire , espérant qu’il dira à Votre « Majesté ce qu’il a vu en Suède. En «effet, Sire, plein de confiance en « votre magnanimité et dans vos bon- « tés particulières pour moi , je n’ai « qu’une chose à desirer , c'est que la « vérité vous soit connue. M. de Czer- « nieheff dira à Votre Majesté que la « Suède est sur le point d’étre réduite « à l’état le plus déplorable, qu’elle est « sans aucun moyen pour soutenir la « guerre qu'elle vient de déclarer; que « cependant le gouvernement redouble « d’efforts , dans une crise aussi vio- « lente , mais qu’il n’est pas au pou- « voir du roi d’étendre, comme ailm leurs, le système des confiscations} « que la constitution garantit ici les «droits et les propriétés de chacun, « et que , si le roi même adoptait une « mesure contraire, aucun conseiller « d’État ne pourrait y donner son as- « sentiment.

« J’ai le bonheur d’avoir pour moi « l’opinion générale de la nation ; mais « bien certainement je perdrais cette « force morale, le jour ou l’on me croi- « rait l'intention de porter la moindre « atteinte à la constitution.

« Le roi offre à Votre Majesté tout « ce qui est en son pouvoir. Aucun sa- « crifice ne lui coûtera, pour prouver « à Votre Majesté son dévouement à « la France ; mais , je vous en conjure , « Sire , daignez calculer nos moyens , « et accordez - nous la confiance que « nous méritons par notre attachement « sincère et inaltérable. »

Ces deux lettres , comme d’autres encore, restèrent sans réponse. Ainsi la Suède ne retirait d’autre fruit de sa déclaration de guerre à l’Angleterre gue de voir son commerce abandonné a la discrétion du cabinet britannique.

Mais on devait exiger d'elle d’autres sacrifices , et l’on peut juger de la surrise de son gouvernement, quand I. Alquier remit, le 26 décembre, à M. Engestrom, une note conçue en ces termes :

« Monsieur le baron ,

« Je suis heureux d’obéir à l’ordre

« qui m’a été donné d’annoncer â Votre « Excellence combien Sa Majesté l’em- « pereur et roi a été satisfaite, en ap- « prenant que Sa Majesté le roi de « Suède , convaincue de la nécessité de « forcer l’Angleterre à consentir enfin « à la paix , avait déclaré la guerre à « cette puissance. L'empereur n'atten- « dait pas moins , monsieur le baron , « de la longue expérience du roi , de « {'attachement de ce monarque aux « intérêts de la France , et de la sagesse « d’un conseil dans lequel délibère ud « prince qui connaît les intentions pa- «cifiques de Sa Majesté impériale, et « qui a combattu si longtemps , et «avec tant de gloire, pour la cause « qui arme aujourd'hui la Suède. L’em- « pereur mon maître , attachant beau- « coup de prix à procurer à votre corn- « merce tous les avantages dont il «pourra le faire jouir, a donné se$ « ordres, non-seulement dans les ports «de son empire, mais encore dans » tous ceux qui sont au delà de la Bal- « tique , de recevoir tous les produits « de leur sol que les Suédois voudraient « y transporter, et de leur permettre « d’en retirer les approvisionnements « qui leur seront necessaires. Sa Ma- « jesté impériale veut même expressé- « ment qué , dans le cas où la Suède « aurait besoin de blé, elle puisse en ex- « porter librement des ports français, « en ne payant que le dixième des droits « qui sont perçus sur les cargaisons « destinées pour toutes les autres con- « trées de l’Europe. Sa Majesté ne met « à cette faveur d’autre mesure, que « l’engagement qui sera imposé atit «armateurs, de ne pas faire passef « ces blés en Angleterre.

« Le dernier entretien que j'ai en « l’honneur d’avoir avec Votre Excèl- « lencc, a dû vous convaincre, mon- « sieur le baron , de l’intention dans « laquelle est l’empereur mon maître , « de rétablir dans toute leur étendue « les liaisons qui existaient autrefois « entre la France et la Suède. J’ai A « me féliciter, et j’en informerai ma « cour, des dispositions que Votée Et- « cellrnce a manifestées à ce sujet , et»

« m’observant que son adhésion pef»

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