P CD
SUÈDE
mt
acquis le titre de grenier de la Suède. L'une des principales villes de la Scanie est Christianstad , forteresse située sur la petite rivière d'Helga, «îi, après avoir fourni de i'eau aux /ossés des f ortiflcations , se jette dans un lac qui communique avec la Baltique. Elle fut fondée en r6W par Christian IV, roi de Danemark, et a soutenu plus d'un siège durant les guerres qui ont eu lieu entre les deux pays.
Comme toutes les villes de guerre, Christianstad est triste, déserte, dépourvue de commerce et d'industrie, quoique d'ailleurs assez bien bâtie. Le pont jeté sur l'Helga est remarquable par sa longueur.
Entre Christianstad et Ystad on voit une pierre d'une dimension prodigieuse, près d'un endroit nommé Trollebo, c'est-à-dire nid de sorcières.
Cette pierre, nommée Maglasten^ a trente pieds de long sur vingt-quatre de large et vingt de haut. Elle est d'autant plus remarquable que dans toute la contrée il ne se trouve que peu ou point de pierres. Le peuple croit qu'elle a été jetée là par des naines sorcières, habitant des demeures souterraines, le jour où la première église fut consacrée. Won loin de cette pierre est un château seigneurial nommé Liungby, où l'on conserve une corne sur laquelle on raconte une merveilleuse légende* Cette corne est à peu près de la grandeur de celle d'une vache, garnie en vermeil, et posée sur un pierf d'argent orné de plusieurs figures (*). Une dame noble, nommée Ulfstand, demeurait à Liungby, en 1490; ayant entendu raconter que toutes les nuits de Noël la Maglasten se trouvait élevée sur plusieurs piliers, et que les naines dont nous venons de parler sortaient alors de leurs souterrains pour venir danser sous cette pierre, elle désira s'assurer du fait. Elle promit donc un habit neuf et son meilleur cheval à celui de
(*) Il existe en Suède beaucoup de cornes de ce genre couvertes de caractères runiques , voy. pL 5 , fig. 4. On présume qu'elles servaient de coupe aux anciens guerriers dans les fêtes solennelles.
ses domestiques oui oserait aller voir ce qui se passait dans ce lieu. Un de ses palefreniers, plus courageux que tous les autres, osa tenter l'aventure et se rendit au Trollebo. Là, il vit à la lueur d'une grande illumination que la pierre était effectivement élevée sur des piliers , et que les naines dansaient dessous et même autour avec la gaieté la plus bruyante. Au moment où il arriva , deux'naines se détachèrent de la bande et s'avancèrent à sa rencontre 3 elles tenaient à la*main , l'une la corne en question , et l'autre un sifflet. Parvenues près de lui, elles l'invitèrent à leur faire raison en buvant à la santé du roi de la montagne, puis après avoir bu, à siffler dans les deux bouts du sifflet. Au moment où l'intrépide palefrenier allait faire honneur à cette invitation, une jeune fille, belle comme un ange, lui apparut de l'autre côté, et lui dit à l'oreille de ne pas boire, mais de s'enfuir au plus vite sur la terre la plus sèche, en évitant l'eau avec soin. Il lui obéit , et jetant par-dessus son épaule la liqueur que contenait la corne, il reprit a bride abattue le chemin de Liungby à travers les terres labourées. Le cheval , qui reçut une partie de la liqueur sur la croupe, perdit aussitôt son poil et devint tout pelé, mais il n'en courut pas moins vite pour cela , pressé par les naines qui galopaient après lui. Elles ne pu* rent atteindre le ravisseur et arrive* rent au moment où on levait le pontlevis pour les empêcher d'entrer. Le palefrenier remit à sa maîtresse la corne et le sifflet; mais les naines crièrent à la noble dame, par-dessus les fossés du château , qu'elles étaient envoyées par leur roi pour réclamer ces deux talismans , lui promettant aue si elle les rendait , sa famille ne s'éteindrait jamais et deviendrait l'une des plus puissantes du royaume. La dame ayant refusé formellement d'accéder à leur demande, elles lui prédirent que sa famille ne parviendrait pas à la neu» vième génération , que sa 4erre tomberait en mains étrangères, et que le château serait consume trois fois par le feu du eiel. Or, comme cela amve
L'UNIVERS
toujours dans dé pareils récits, la prophétie s'est réalisée ; la foudre est tombée trois fois sur lecastel, et la famille s'est éteinte à la neuvième gêné* ration. Bien plus , le cheval est mort le second jour et le palefrenier 4e troisième. Cette histoire est écrite sur parchemin et soigneusement conservée à Liungby, avec la corne et le sifflet
r' est d'ivoire et fait entendre le cri coucou quand on y siffle tantôt à un bout, tantôt à l'autre.
Cette croyance à l'existence d'un peuple souterrain se retrouve en plusieurs endroits de la Suède et dans quelques îles de la Baltique, entre autres dans celle de Bornholm , où le peuple est intimement persuadé qu'il existe une nation de nains très-coura-
§eux, toujours prêts à paraître pour les éfendre contre tout ennemi qui voudrait les attaquer (*).
Ystad est une petite ville qui tire son importance de son port , où l'on s'embarque pour Stralsund et l'Aile**
La capitale de la Scanie est Malroo , jolie ville située sur le Sund (**) , visa-vis de Copenhague, et florissante par son commerce et ses manufactures. La cathédrale est assez belle, et la chaire en est en marbre. On fait remarquer dans cette église un pilier dans lequel un moine coupable d'adultère tut muré, dit-on, aux temps du catholicisme. On J'y avait renfermé debout, et vis-à-vis de son visage on avait pratiqué un trou qu'on y voit encore , par .lequel on lui faisait avaler des oeufs et de l'eau pour prolonger son existence et son supplice. Du haut de la tour de ce temple on jouit d'une vue>admirable. D'un côté s'offre le tableau magnifique d'un pays bien peu- Slé et bien cultivé ; de l'autre celui du étroit où passent continuellement un grand nombre de vaisseaux de toutes les nations , tandis qu'à l'horizon on aperçoit Copenhague avec ses clochers et sa forêt de mâts.
(*) Voyei Voyage d'un officier hollandais -ttt Suède, p. aa3.
i (**; Voye* pL 39.
Cest vis à vis de Malmo que se trouve
la petite tle de Hven donnée au célèbre Tycho-Brahé (*) par le roi de Danemark Frédéric H , qui y fit construire un édifice magnifique nommé (Iranien^ àorg, ou château d'Uranie. C'était là que Tycho demeurait entouré de ses livres , environné de nombreux disciples, visité même par des princes souverains , entre jautres par Jacques VI, roi d'Ecosse, qui y passa huit jours en 1590. Un pavillon situé plus au midi portait le nom de SteUeborg (château des étoiles), et servait aux observations astronomiques faites pendant le jour.
Nous ne pouvons nous occuper de la Scanie sans parler de Lund, ville industrieuse et célèbre pour son université, fondée en 1666, par Charles IX. On y remarque plusieurs établissements scientifiques, tels qu'un observatoire, un théâtre anatomique , un jardin botanique , une riche bibliothèque qui contient 40,000 volumes, un cabinet d'histoire naturelle , un musée, une collection de médailles et d'antiquités, un cabinet de physique , etc. C'est à cette université que Linné étudia les
furemiers" éléments d'une science qui 'a rendu si célèbre. La cathédrale de Lund (**) est grande et d'un style sévère ; elle est renommée surtout pour son église souterraine et les antiquités qu'elle renferme. Cet hypogée est soutenu par plusieurs rangs de piliers, entre lesquels sont les tombeaux de plusieurs anciens évéques. On y remarque un puits au fond duquel est une source qui, par des canaux souterrains, fournit de l'eau à toutes les maisons de la ville. On y voit aussi deux portes en fer qui communiquaient autrefois à une galerie conduisant jusqu'à Dalby,
E&ite station de poste à un mille de und.
C'est sur la colline de Lybers, située près de Lund , qu'étaient élus les anciens rois de Scanie.
£ntre Lund et Helsingborg est l'antique ville de Landscrona, près de la-
• (*) Voyez pi 24.
{**) Voyez pH9.
SUÈDE
quelle Gustave m avait fait construire une forteresse qui depuis a été abandonnée comme inutile.
Près d'Engelholm, jolie petite ville située au nord d'Helsingborg , on trouve le cap de Kulleni*). Sur le sommet de ce cap , qui forme l'extrémité de la chaîne des montagnes de Kulla, sfélève un célèbre fanal qui , de temps immémorial , a été un guide pour les navigateurs. H a été reconstruit en 1818, et l'on en a perfectionné l'éclairage, en élevant et en augmentant la lumière par le moyen de conduits partant du bas, et en 1 entourant d'une vaste lanterne , pour le mettre à l'abri des vents et l'empêcher de rien perdre de son éclat. Ce fanal offre un aspect aussi surprenant que lugubre; on voit alentour s'élever sous des formes multipliées les rochers les plus sauvages, séparés les uns des autres , tantôt par de profonds précipices, tantôt par des sentiers étroits , tandis qu'au-dessous, dans un abîme effrayant, les vagues furieuses de la mer viennent se briser contre mille rocs tous d'un aspect différent. Au
Ïwed du rocher principal se trouve le ameux antre nommé SUfpickare-Holet (caverne des chercheurs d'argent).
C'est une ouverture pratiquée horizontalement dans le roc, de huit à dix pieds d'élévation sur un pied et demi de large , et environ soixante pieds de long. On croit que cette ouverture fut pratiquée du temps des Danois , dans l'espoir d'y trouver une mine; mais rien ne justifie cette supposition. Pour arriver jusqu'à cet antre, on doit user de grandes précautions, car on a à gravir tantôt les arêtes tranchantes de rocs déjà écroulés , tantôt les pointes saillantes et peu sûres de la montagne, d'où se détachent de temps à autre des masses considérables. Mais, parvenu au terme de cette ascension périlleuse, on est amplement dédommagé de ses efforts par la vue extraordinaire qu'offre la nature en cet endroit. D'un côté s'élèvent des rochers menaçants et des monceaux [de rocs détaches de
(*)Voy.^37.
Ja montagne; de l'autre et tout près de vous, Te mugissement continuel de l'Océan , des baies et des détroits où la mer s'ouvre de vive force un passage à travers ces masses immenses qui opposent en vain un obstacle à fa violence des vagues, et qui doivent à cette lutte les formes les plus bizarres et les plus fantastiques. Ajoutez à ce spectacle la sauvage entrée de la grotte, vis-à-vis de laquelle on se trouve alors placé; le phare, qui, comme Ja demeure d'un magicien , semble planer au-dessus de votre tête et appartenir à une autre région ; le Sund avec la forteresse de Croneborg à l'horizon; l'innombrable quantité de navires de toutes grandeurs qui sillonnent la mer, tantôt isolés , tantôt en masses compactes , et vous comprendrez tout ce qu'un tel spectacle a de beau et x d'imposant. L'accès du Silfpickare- Holet n'est pas toujours facile. Par un gros temps, il est absolument impossible d'aborder en cet endroit; mais à quelques centaines de toises plus au nord se trouve une petite rade nommée , on ne sait trop pourquoi , Port de Paris, et accessible en tout temps aux barques des pécheurs et des pilotes-côtiers.
On ne peut parier du Silfpickare- Holet sans dire un mot du vieillard de Kulla (Kulla- Gubben). Toutes les fois qu'un bâtiment double le cap de Kullen , il est d'usage de distribuer des rafraîchissements à l'équipage, et ce sont les marins ou les voyageurs qui passent pour la première fois devant le phare qui doivent faire les frais de cette petite fête , qui s'appelle en suédois hœnsa. A cette occasion , on met en pratique diverses espiègleries qui rappellent le baptême de la ligne. D'ordinaire, l'un des matelots qui doit représenter le vieillard de Kulfa, se noircit les mains et le visage , s'affuble de peaux velues et surtout de peaux noires, se couvre la tête d'un bonnet de laine rouge, et prend en main le porte-voix ou le trident de Neptune. Ainsi' accoutré, il est arrosé d'eau de mer et monte sur le pont comme s'il sortait du fond de» eaux,
L'UNIVERS
do côté de la grotte, et réclame des rafraîchissements en récompense du zèle qu'il met à protéger les navigateurs. Puis il fait une quête, et les dons volontaires qu'il recueille sont consacrés à régaler tout l'équipage, qui boit gaiement à la santé de l'invisible roi Se la montagne.
■AX.UUTD.
Le Halland, qui forme aujourd'hui le gouvernement de Halmstad , est situe sur les bords du Cattegat, et n'offre sur plusieurs points que. des rochers énormes entassés les unis sur les autres , et qui semblent annoncer que cette contrée a été le théâtre de quelque grande convulsion de la nature.
Pas un seul arbre n'y vient reposer la vue , le seul genévrier rampe hnmblement sur la mousse dont les rochers sont couverts.
Le chef-lieu de ce gouvernement est Halmstad, petite ville d'un aspect agréable et gai, dont la population n excède pas 1,800 habitants. On fait à Halmstad et sur toute la côte du Halland, une pèche de saumon trèsrenommée. A quelque distance de la ville sont les eaux minérales de Sperlingsholm.
« Les environs de Halmstad annoncent une agriculture perfectionnée , et la province dont elle est le chef-lieu est une de celles qui abondent le plus en sites pittoresques : le terrain qui borde le rivage de la mer a généralement peu d'élévation; il se compose d'une agréable variété de collines, oui sont les gradins par lesquels on s'élève jusqu'aux montagnes que l'on aperçoit a droite dans l'éloignement. La population du Halland est d'une beauté remarquable, et il est peu de contrées en Suède où les femmes soient pourvues d'autant d'attraits. Il paraît que cette population surabonde : tous les ans , un assez grand nombre de journaliers vont en Seanie pour s'y livrer aux travaux de l'agriculture. Le sol est généralement peu fertile; mais l'on s'y adonne avec succès à la reproduction do bétail :.sur la côte, on fume les terres avec des plantes marines , et
dans l'intérieur avec des bruyères; les champs les plus féconds sont aux environs de Halmstad. H n'y a dans cette province aucune manufacture: l'Industrie locale s' exerce sur le tissage des toiles que l'on fabrique dans les ménages , sur les gants de peau et sur la pèche du saumon.
« En sortant de Halmstad, la contrée devient de plus en plus pittoresque; le sol s'élève, et les rochers apparaissent avec cette généreuse profusion que l'on remarque dans les contrées de la Suède les plus richement dotées sous ce rapport. Falkenberg est un port de pécheurs et une petite ville dont la population n'excède, pas 7 à 800 individus. Warberg, autre petite ville maritime , est un peu plus importante que la précédente ; on y voit une ancienne citadelle dans une situation très -pittoresque. Elle sert aujourd'hui de prison.
« Près de la jolie ville de Kongsbacka, les champs cessent d'être fermes par des palissades de bois, comme dans le reste de la Suède ; elles sont remplacées par des clôtures sèches en pierre, usage justifié par l'abondance fies rochers qui apparaissent de toutes parts (*). »
WftST&OGOT&XE KT DA.LSIAXD.
L'aspect de la Westrogotfcie, qui forme aujourd'hui les trois gouvernements de Gothembourg (Gôtheborg), d'Elfisborg ou Wenersboig, et de Scaraborg ou Mariestad, ne diffère point, dans certaines parties, de celui qu'offre le Halland. « Partout où la vue peut s'étendre, le sol, dit M. Daumont, est complètement nu et dépouillé; nulle part on n'aperçoit la moindre trace de culture et de végétation. Un amas confus de roches basaltiques, amoncelées les unes sur les autres dans la plus étrange confusion , rappelle l'image du chaos; tout est frappé de mort et de stérilité. La côte, profondément dentelée par des sinuosités sans nombre, bordée d'îles escarpées, dont l'affreuse
(*) Daumont, Voyage en Suède, t H, p. 39O et suiv.
DigitizeAy G00gle
)igitizedbyVjj(
nudité ne découvre que des masses de roches escarpées et menaçantes, présente une scène aussi bizarre que sublime; Ton dirait, en voyant ces plages1 sauvages , que toute cette terre vient d'être bouleversée par quelque catastrophe récente. L'aspect de ces lieux désolés, le silence de ce désert, que le cri aigu de la mouette ou le bruit cadencé des vagues vientseul interrompre, en se brisant sur ces tristes rivages, impriment dans l'âme un sentiment involontaire d'admiration et de terreur.»
Cette description convient à la partie de la Westrogothie que parcourt la route de poste , mais il est d'autres contrées de cette • vaste province qui offrent l'aspect riant d'un pays riche et fertile. En général les voyageurs et surtout les touristes anglais ne connaissent du pays qu'ils visitent que ce qu'ils voient à droite et à gauche de leur voiture, et jugent trop légèrement le reste d'après cet échantillon.
« La situation de Gothembourg est réellement extraordinaire; il est impossible de voir une contrée plus sauvage, plus fantastique; et le sol à trois lieues à la ronde, et plus loin encore en longeant la côte, conserve partout le même caractère. Gothembourg est bâti au milieu des rochers déserts, à l'embouchure du fleuve de Gothie/ L'origine de Gothembourg est presque aussi ancienne que celle de Stockholm.
Fondée au milieu du treizième siècle, elle se nomma d'abord Lœdœse, et fut construite à un quart de lieue de 1 l'embouchure du fleuve; mais ayant été brûlée, Charles IX la fit rebâtir sur son emplacement actuel , et ce prince peut, par conséquent x être considéré comme son véritable fondateur. Détruite par les Danois, elle fut relevée par Gustave- Adolphe, qui y attira une colonie de Hollandais. La physionomie de cette ville conserve encore la trace de son origine batave; elle est régulièrement percée, et, comme les villes de Hollande, traversée par des canaux bordés d'arbres symétriquement taillés. L'une de ses rues porte encore le nom de rue des Hollandais (ffollœndare-Gatan).
80e Livraison. (SuÈM.)
« Le port est vaste; apn entrée est défendue par le fort d'EIfsborg, élevé sur un rocher d'où ses batteries dominent l'entrée du fleuve. Ce port est assez profond pour recevoir les plus forts bâtiments : c'est une des station/* navales de la marine royale, et il y a toujours quelques frégates, ainsi qu'une partie de la flottille de chaloupes canonnières, ii
« Gothembourg est la seconde ville de la Suède, et le principal entrepôt de son commerce après Stockholm, avec laquelle elle a toujours conservé une jalouse ambition de rivalité. C'est la seule ville de la Suède qui ait été, momentanément a la vérité, redevable d'un accroissement rapide aux entreprises commerciales: Gothembourg se trouva, de 1809 à 1814, être par sa position géographique le principal point de contact pour les relations mercantiles entre l'Angleterre et le continent. Il se fit , à cette époque , sur cette place des opérations immenses, et l'activité des affaires était telle, que sa population, réduite maintenant à vingt mille habitants, s'éleva, pendant cette brillante période, à plus de Quarante mille. L'immense. quantité e marchandises anglaises qui s'y trouvaient déposées se répandaient de là, non-seulement en Suède, mais encore en Pologne, en Prusse et dans toute l'Allemagne.
« Mais les événements de ltfl4 mirent tout à coup un terme à ces prospérités par la levée du blocus continental, qui jusqu'alors avait tenu fermés presque tous les ports de la Baltique et de la mer du Nord. L'esprit spéculatif changea de direction, et, d'une cité splendide et surchargée de population par la grande afljuence d'étrangers de toutes nations, que le commerce y attirait, Gothembourg devint subitement une cité déserte, qui ne conserve aujourd'hui de son ancienne splendeur que les vastes et magnifiques maisons qui distinguent cette ville, et lui rappellent tristement sa prospérité passée.
« Cependant la belle position de Gothembourg rend très-probable le réta*
~4to
'blissement de la prospérité de cette ville; son port offre des avantages incontestables pour l'approvisionnement du royaume, et des jours plus heureux viendront sans doute bientôt la consoler de la longue et malheureuse crise [u'elle a éprouvée. Dans l'état actuel u commerce de cette place, elle fait encore la moitié des importations en denrées coloniales, et le quart du surplus des importations de toute nature; elle est en possession de l'approvisionnement du midi de la Suéde. Ses exportations consistent surtout en fers , en bois, en cuivre, et en quelques autres objets moins importants; ses relations les plus étendues sont avec les États- Unis, la France, l'Angleterre, l'Espagne et le Portugal (*). »
CTest dansla provincede Westrogothie
3ue se trouve les fameuses cataractes e Trollhàtta formées par la Gotha (**). Voici la description qu'en donne un voyageur qui les a visitées en 1785 :
« Le spectacle qu'offre les chutes de la Gotha (ou fleuve de Gothie), est plus fa-
pendant I espace cinquante pieds par-dessus un lit dont la pente précipite le cours des eaux; l'autre tombe perpendiculairement et forme une cataracte de trente-deux pieds de haut. Quelques toises en avant, une partie 4e l'eau met en mouvement un moulin à scie. L'écume bouillonnante qui s'élève de la chute principale et qui «e répand au loin , celle qui s'élève de tout côté des cascades innombrables
Î[ue forme l'autre moitié de la rivière, es abîmes et les gouffres qu'elles présentent , le bruit occasionne par toutes ces chutes et par le moulin à scie , rendent cette scène aussi terrible qu'imposante, lorsque, placé sur quelques rochers qui se trouvent au milieu de ce fracas , on la considère dans son ensemble (***). »
(*) Paumont , Voyage en Suède , t. n , p. 398-400 et 26-27.
P Voy. pi 34.
* V*Î5 Voyage en Suède par un officier bol- 'fendaiij p. 6a.
Cette cataracte interrompait la navigation qui se fait du lac Wenern par Wenersborg, chef-lieu de gouveny ment, situé à l'endroit où la Gotb sort du lac pour aller se jeter aidessous de Gothembourg dans Je Dî-
3at. Un canal a été creusé pour ré* lir les communications entre b mer du Nord et les provinces mit- Heures de la Suède par le lacWenero.
Ce canal, qui porte le nom de Troîîhâtta, et dont nous avons déjà parie plus haut, est l'ouvrage le plus colossal qui ait été exécuté dans ce pays , et if plus remarquable par les travaux immenses qu'il a coûtés, puisqu'il a faJJo vaincre les obstacles qu'un sol de granit opposait à son exécution. On peut juger de l'utilité de ce canal, si Fou songe que, du 21 avril au 31 décembre 1831 , deux mille trois cent cinquantetrois bâtiments au-dessus de cent vingt tonneaux y ont librement navigué. "
Skara , qui a donné son nom au gocvernement de Skaraborg , est une ïiiie épisoopale très-petite (*), mais remarquable par une école vétérinaire, oui est cependant bien déchue depuis rétablissement de celle de Stockholm.
Mariestad, chef- lieu du gouvernement de ce nom, est situé sur le lac Wenern. Cest une assez jolie petite ville qui doit sa fondation à Ourles IX, qui lui donna le nom de 53 femme, la reine Anne-Marie. Cette ville est surtout remarquable par son agréable position.
Citons encore Falkoping. célèbre dans l'histoire par la bataille ou Albert, roi de Suède, fut en 1388 défiait par Marguerite , reine de Danemark et de Norwége.
Le Bleking est Tune des plus riches, mais l'une des plus petites provinces de la Suède ; aussi n'en a-t-on fait qu'on seul gouvernement portant le nom antique de la province, et désigné également par celui de son chef-lieu Carlscrona. Du côté du Smaland, le pays est très-montagpeux; mais du côté âe
(*) Voyez pi i5.
SUÈDE
la Séante, avec laquelle il rivalise en fécondité, le sol est peu éieré et couvert d'arbres superbes, surtout de chênes. Les femmes du Bleking passent pour être les plus jolies de la Suède; une tournure gracieuse et élé»
§ante, un costume pittoresque couvert 'ornements du meilleur goût et de riches broderies, ajoutent encore à leurs grâces naturelles.
Carlscrona, le Brest de la Suède, est la capitale de la province de Ble- s king. Elle fut fondée par Charles XI, qui lui donna son nom et lui accorda le droit d'étape. Elle a reçu beaucoup d'embellissements depuis sa reconstruction , à la suite du terrible incendie arrivé en 1790. Sa population de treize mille âmes resserrée dans d'étroites limites, la garnison, les équipages des navires, les ouvriers du port, l'administration et l'état-major de la marine et de la garnison, contribuent à y répandre plus de mouvement et d'activité que dans aucune autre ville de la Suède.
Ce qui frappe l'étranger en arrivant à Carlscrona, ce sont les merveilles de ses docks creusés dans le granit. Il a fallu exécuter d'inconcevables travaux pour les établir : il n'y en a aucun en Europe qui puisse leur être comparé.
A l'entrée du port, qui est entouré de beaux quais, est un bassin creusé comme eux dans le roc à cinquante pieds de profondeur. Il est si grand, qu'il peut contenir quatre vaisseaux de guerre. De ce bassin , chaque vaisseau entre dans sa loge ou docka par un canal d'une largeur suffisante pour laisser passer un navire. Vingt de ces docks sont destinés pour des vaisseaux de ligne, et dix pour des frégates.
Chacune des loges est creusée dans le roc, et maçonnée en pierres de taille jointes par un ciment fait de pouzzolane, terre volcanique qu'on a fait venir à grands frais de l'Italie centrale. Le fond présente la figure d'une quille de vaisseau. Dans toute la longueur du dock s'élèvent de chaque côté deux degrés en pierre, qui servent à fixer les poutres et les échafaudages lorsque le vaisseau est à sec et qu'il
doit être réparé. Les murs qui séparent les docks ont au moins vingt pieds d'épaisseur jusqu'à la hauteur où ils doivent être de niveau avec le pont supérieur du vaisseau. A cette hauteur, ils forment des plates-formes 3ui communiquent avec l'intérieur du ock par le moyen de grandes fenêtres construites en portiques. Ces platesformes servent à placer l'artillerie de chaque vaisseau , qu'on fait entrer ou sortir par les fenêtres dont nous venons de parler. Le toit est couvert de fer dans la crainte des incendies, et pour qu'il puisse servir de point d'appui aux différents leviers qu'on emploie pour charger ou décharger le navire. Lorsqu'on veut radouber un vaisseau dans le dock, on l'introduit à flot dans l'une de ces loges , on ferme les écluses, et au moyen des pompes on met le fond à sec en moins de douze heures. C'est au célèbre ingénieur Thunberg, qui vivait sous le père de Gustave III, qu'est due l'idée de ces admirables bassins. Son fils, non moins habile que lui , les a achevés. Le port est entouré de beaux quais creusés dans le roc vif.
L'entrée du port de Carlscrona est facile à cause de sa grande profondeur; cent vaisseaux de ligne peuvent y trouver une retraite. II est défendu par deux' énormes rochers qui commandent le passage. Ces rochers sont couverts de forts creusés dans le roc, et de batteries formidables dont les feux se croisent en tous sens. La forteresse de Kungsholmen (Ile du Roi) est armée de deux cents pièces de canon et présente un boulevard inexpugnable.
Une multitude d'îles couvrent le port et la ville de Carlscrona , et cette situation si avantageuse pour la défense y favorise les appareillages.
Il y a à Carlscrona une école de marine pour les pilotins et les chefs de timonerie. Tous les ans, une frégate montée par de jeunes élèves de cette école et de celle dé Carlberg met à là voile pour aller sur les côtes de France s'exercer aux manœuvres. Ce bâtiment relâche ordinairement pendant plusieurs mois consécutifs à Brest , à Cher*
L'UNIVERS
bourg ou dans quelque autre port de
A trois milles de Carlscrona est un joli bourg nommé Runneby, célèbre pour son marché et pour ses eaux minérales. Non loin de ce bourg est une cataracte formée par une petite rivière. L'eau se précipite entre deux énormes fragments de rocs qui paraissent n'avoir fait autrefois qu'une seule masse, car l'un est concave et l'autre convexe. Us sont maintenant à trente pieds l'un de l'autre; ces deux rochers ont environ cinquante pieds de haut et sont surmontés d'une troisième pierre d'une égale grosseur, qui forme comme un pont sur lequel passe la route. Au bas de la cataracte sont d'énormes blocs autour desquels l'eau, dans quelques endroits, a souvent quarante pieds de profondeur.
Carlshamn est une ville mal bâtie, avec un bon port sur la Baltique.
Au milieu de quelques rues, on rencontre des quartiers de roc si élevés, qu'ils interceptent la vue d'une maison à l'autre. Cette ville faisait autrefois un grand commerce avec l'Amérique et l'Angleterre, et exportait beaucoup de fer; mais, en 1811, le
fouvernement suédois ayant été forcé e déclarer la guerre à l'Angleterre, et un embargo ayant été mis sur les nombreuses cargaisons qui se trouvaient dans le port de Carlshamn , cette mesure entraîna la ruine totale des principales maisons, et depuis cette catastrophe le commerce de cette ville n'a jamais pu reprendre sa première activité. Cependant une grande partie de l'exportation des bois se fait encore par ce port. Sa population, qui depuis 1811 a éprouvé une décroissance continue, se réduit maintenant à trois mille cinq cents habitants.
La petite ville de Soif vitsborg fait un commerce considérable de blé. Sa position isolée à quelque distance de lamer lui donne un caractère triste et monotone.
SMALÂ2IO.
Le Smaland, dont on a formé les
trois gouvernements de Krooober?
de Jônkôpiog et de Calmar, est mt province très -montagneuse; on t voyage continuellement au mflieu àk forêts et des précipices. Là , peu d kbitations et encore moins de cuitor?
dans les forêts, des moneeaux de pierrr. qui paraissent rassemblées par la mae des nommes, et qui ont porté qnelqaB antiquaires suédois à penser que « pays, maintenant couvert de bois, était autrefois plus peuplé et mitsx cultivé. On y trouve quelques miras, entre autres une d'or a Edelfors,<kib le gouvernement de Jônkôping.
Les Sroalandais passent pour être i* descendants les moins abâtardis des anciens Goths; chacun se marie dans sa paroisse ou du inoins dans sa pre vin ce, et depuis un temps immémorial aucun habitant d'une autre provùw n'est venu s'y établir; aussi les hantants du Smaland ont-ils la réputatkz d'être les plus grands et les plus robustes de toute Ta Suède.
La capitale de la province est VFem aujourd'hui chef-lieu du gouverneras* deKronoberg ; c'est unejoiie petite vil* dont le marché et la grande rue sœt bordés de tilleuls. Placée au milieu dm vallon paisible et solitaire couvert de belles prairies, arrosé d'eaux vives; estourée de lacs dont les eaux pures et tranquilles embellissent ce paysage, s situation est délicieuse. Sa population n'atteint pas deux mille habitants, b plupart rentiers ou bourgeois, qui ont leurs propriétés dans les environs ; c est la résidence d'un évéque, du gouverueor et des autorités. Le château de Kroooberg , qui donne son nom à ce gouvernement , est situé à une petite distance de la ville. La paroisse deStenbrohult, voisine de Wexiô, est la patrie de Linné. La délicieuse situation de ce lieu dans l'un des plus charmants cantons du Smaland , et sur les bords da lac Môklen, renommé par la beauté de ses rives, eut peut-être quelque influence sur la destinée de ce savant, né dans le mois de mai , qui , en suédois, porte le nom de mois des fleurs {blomster).
Jônkôping, chef-lieu du gouvem-
SUÈDE
ment de ce nom , est bâti à l'extrémité dulacWettern, avec un port rempli de grosses barques pontées et gréées comme pour naviguer sur la naute mer. Jônkôping, comme la plupart des Tilles suédoises, est parfaitement bien bâti- Ses rues, d'un aspect trèsgai , son t régulièrement percées et bordées de jolies maisons en bois, peintes extérieurement. Cette ville est en outre le siège de la seconde cour supérieure de justice du royaume; sa population est d'environ quatre mille âmes.
La route de Jônkôping à Grenna suit pendant quelque temps les sinuosités du lac Wettern, ou au moins elle en offre toujours la vue. A mesure qu'on avance, la campagne se déroule avec toutes ses grâces; les regards planentavecdélicesurlesbordsenchanteurs du lac , ornés de prairies entaillées de fleurs, de champs couverts de moissons , de chaumières rustiques, de charmantes maisons de campagne entourées de jardins, ombragées de bouquets de chênes, de sapins, de saules, qui semblent sortir des ondes.
Grenna est une très-petite ville de cinq cents habitants, formant une seule rue assez mal bâtie et en bois. « Elle se prolonge sur la rive du lac voisin, dont les eaux pénètrent souvent dans les maisons et occasionnent de grands dégâts. Les comtes Brahé possédaient autrefois de vastes domaines dans cette contrée; on voit encore sur la crête d'une hauteur escarpée les ruines de l'ancien château de Brahéhus.
La campagne autour de Grenna est couverte d une multitude d'arbres fruitiers et surtout de cerisiers. L'île de Yisingsô, célèbre dans l'histoire de Suède, s'élève au milieu du lac, en face de Grenna. C'est là que les souverains du pays résidaient pendant la belle saison, aux douzième et treizième siècles. Charles VII , Eric X , Jean Ier, Birger-Jarl , Magnus-Ladulas , l'ont habitée (*). »
A quelque distance de Grenna, les voyageurs qui se rendent en Ostrogothie gravissent la chaîne de montagnes
(*) Daumont, 1 1, p. 88.
qui entoure le lac, et de cette hauteur les yeux plongent sur un riant et délicieux panorama. Parvenu au sommet de la crête, on retrouve les forêts épaisses , les profondes vallées , les torrents, les rochers, et, quelques milles plus loin, une campague fertile et bien cultivée. On l'a dit avec raison, la Suèdo est le pays des contrastes, et cette variété, oes transitions continuelles, lui prêtent un charme que n'offre aucune autre oontrée.
Calmar (*), cheMieu du gouvernement auquel elle donne son nom, est une petite ville épiscopale située sur le détroit formé par l'île d'OEland. Elle est célèbre par te rôle qu'elle a joué dans l'histoire de Suède , et surtout par l'union de 1397 , qui plaça les trois couronnes Scandinaves sur une seule tête.
Son commerce, quoique bien déchu, est encore assez florissant. Sa cathédrale est remarquable par la hardiesse de sa voûte. La population de Calmar n'excède pas cinq mille âmes.
OSTROGOTS».
« La Scanie est sans doute la province la plus riche et la plus fertile de la Suède,, mais TOstrogothie lui est bien supérieure par ses sites et son caractère pittoresque : c'est une suite continuelle de montagnes et de vallées, de collines et de plaines, de lacs, de jardins, de prairies, de bois, qui offrent a chaque pas de nouveaux et admirables aspects (**). »
L'Ostrogothie, devenue le gouvernement de Linkôping, est peut-être la province la plus pittoresque de la Suède. Elle renferme plusieurs villes remarquables, et est surtout devenue importante depuis qu'elle est traversée par le canal de Gothie, destiné à mettre en communication la mer Baltique et la mer du Nord.
La petite ville de Skeninge n'est remarquable que par la foire qui s'y tient au mois d'août, et qui est l'une des plus considérables du royaume.
P Voyez/»/. i3.
■) Daumoot, t If p. io5.
L'UNIVERS
A peu de distance de Skeninge, oa rencontre Tune des villes les plus an* ciennes de cette province , Wadstena , située sur les bords du lac Wettern. Sa cathédrale a été bâtie en 1348, par sainte Brigitte, qui avait fondé dans le voisinage un monastère de religieuses, transformé depuis, par la reine Christine, en un hôtel d'invalides. L'église conserve encore les ornements a autel, les crucifix, etc., qui existaient du temps de sainte Brigitte.
Elle est aussi remarquable par le tombeau d'un fils de Gustave Wasa , connu dans l'histoire sous le nom du duc Maçnus. Imbécile dès sa naissance, il avait reçu de son père , pour résidence, un grand château situé sur les bords du lac(*).
Les habitants de Wadstena prétendent que très-souvent , par le plus beau temps du monde, le lac Wettern s'agite d'une façon si extraordinaire et soulève ses vagues avec tant de violence, qu'aucun vaisseau ne peut y naviguer sans danger. On s'est efforcé pendant très-longtemps de découvrir la cause physique d'un effet si singulier; après bien des recherches, on est parvenu, dit-on, à découvrir que oe, lac est en communication avec celui de Constance en Suisse. Par des observations suivies et réitérées , on a trouvé qu'au même jour où les eaux du lac Wettern étaient agitées sans aucune cause apparente, une tempête avait troublé celles du lac de Constance.
D'autres observations , plus concluantes encore, ont contribué à confirmer les Suédois dans cette croyance, entre autres l'apparition dans l'un des deux lacs de quelques plantes originaires de l'autre. Du reste, cette opinion est également accréditée en Suisse (**).
Quoi qu'il en soit à cet égard, il est constant que les bâtiments sont souvent assaillis sur ce lac par des tempêtes violentes causées par les hautes montagnes qui l'entourent de toutes parts. «Les vents, en.se précipitant
O Voyez j>/. 38. '
(**) Voyez le Voyage d'un officier hollandais en Suède>p. 199.
impétueusement de leur sommet «2 la surface des eaux , occasionnent fa grains plus subits et plus terrible qu'en pleine mer ; les navires sombrait en un moment, et ces événements sot malheureusement trop fréquents. Ce lac offre d'ailleurs des phénomèca remarquables : souvent, lorsque le rid est pur et trariquille , les eaux croisai! et décroissent avec une étonnante r* pidité; des vents souterrains soulèves!
tout à coup les flots avec violence. A en même temps ils forment des m rants impétueux dont la direction, en changeant à chaque instant, ajoute aux dangers de cette navigation; ta hiver même , lorsque la surface du bc est couverte de glaces , des vents so* terrains les brisent avec un fracas fn va porter J'épouvante parmi les cibles habitants des rives, car ce M sinistre est ordinairement l'indicée quelque funeste catastrophe. On prétend qu'il y a quelques années un mx nombre d'habitants des bords dit i* s'étant mis en route sur la glace, posr aller faire leurs dévotions dans u* église de la rive opposée, forent surpris par une de ees tempêtes oui te engloutit tous; aussi les légendes superstitieuses dans lesquelles le l* Wettern a acquis une triste célébrité « jœrpétuent, de génération en génération, parmi les habitants de ces contrées.
« Les eaux du lac Wettern sont pta élevées que celles de la Baltique, «« laquelle elles se précipitent Fr^P tafa ; elles sont d'ailleurs d'une extrême limpidité, et l'on peut, à plus de ce* pieds de profondeur, j distinguer « plus petit objet (*).»
Linkôping, chef-lieu du gof«*; ment, est une fort jolie petite ville do* la population n'excède pas quatre jduk habitants. C'est l'une des plus antiqa* cités de la Suède. Elle renferme un église cathédrale, la plus belle et »
phis grande de la Suéde âpre* ^ d'Upsal, un gymnase ou collège qw passe pour le plus considérable <w
(*)Daumont, Voyage en Suède, l'i p. 85 et shîv.
SUÈDE
royaume , si ronewwpte ceux de Stock* holm , et auquel sont attachés une bibliothèque ainsi qu'an musée d'antiquités et d'histoire naturelle. Stenhammer, l'un des premiers historiens de la Suède, a été longtemps professeur dans cet établissement
"La petite ville de Soderkoping, qui ne compte plus que trois mille habitants, est aussi lune des plus anciennes villes de la Suède , dont elle fut au» t refois la première place de commerce* Elle avait alors quatre bourgmestres, et sa population s'élevait à vingt-cinq mille habitants. Maintenant elle n'est plus remarquable que par sa situation a l'embouchure du canal de Gothiedans la Baltique.
« Le roi régnant avait depuis long* temps reconnu la nécessité de créer, au centre de la Suède, une place d'armes qui pût être le point central de toutes les opérations militaires relatives à la défense du royaume, qui, dan? un cas de revers, pût rallier les débris d'une armée, et sauver encore la fortune de l'État : cette grande conception a été exécutée. Après les recherches nécessaires pour déterminer une position avantageuse, celle deWarnœs, petit village situé dans le voisinage du lacWettern, à l'embouchure du canal de Gothie, fut reconnu la plus favorable à un établissement militaire; les travaux ayant été immédiatement commencés, douze années n'ont pas suffi pour les terminer. Warnses sera une forteresse du premier ordre, et la plus importante de la Suède; elle pourra recevoir une nombreuse garnison, et armer ses remparts de plus de trois cents bouches à feu. Cette place est située dans une presqu'île environnée des eaux du lac , et elle ne communique avec la terre que par une langue de terre étroite et tortueuse.
Les travaux des fortifications ont été exécutés, du moins en grande partie, par un bataillon de pionniers , composé d'hommes condamnés pour de légers délits. L'établissement de cette forteresse y attirera sans doute bientôt une population urbaine, et Warnaes prendra son rang parmi les villes de la Suède. On
a substitué, au mois d'août 1892, an nom de ce village celui de Carlshorg* en l'honneur du souverain actuel « 4 qui la Suède doit cette création, et peut-être aussi à cause de la vénération que les Suédois conservent pour ce nom de Charles, qui leur rappelle plusieurs souverains dont la mémoire leur est chère (*)•»
Norrkôping est une ville très-grande, eu égard a sa population, qui ne s'élève qu'à dix ou douze mille nabitants.
La Motala , en la traversant pour aller se jeter dans la Baltique, à deux milles plus loin, v forme de belles cascades.
« Norrkôping doit ses embellissements à de fréquents incendies ; celui de 1 822 1 qui consuma plus de six cents maisons v a contribué a en faire une ville régulière et agréable; de jolies maisons en pierre ont été substituées aux anciennes baraques de bois; c'est maintenant une des plus jolies villes de la Suède. Cette ville était autrefois une place très-forte, avec une citadelle qui s'élevait sur un rocher dans une Ile de la Motala. Les Danois, sous Éric XIV, en 1567, s'emparèrent de cette ville et la réduisirent en cendres. En 1719, elle fut de nouveau brûlée par les Russes, qui avaient opéré un débarquement sur les côtes voisines; l'incendie fut si complet qu'il ' ne resta pas une seule maison debout.
« Les états de la Suède ont plusieurs fois été tenus dans cette ville : la reine Marguerite les y réunit en 1404; mais la diète qui y fut convoquée en 1604,
Sar Charles, duc de Suuermanie, fils e Gustave Wasa, est une époque importante dans l'histoire de Suéde. Ce prince, qui depuis quatre ans gouvernait le royaume sous le titre modeste d'administrateur, y fut proclamé roi sous le nom de Charles IX., à l'exclusion de son neveu Sigismond, roi de Pologne et de Suède, qui fut déclaré déchu du trône (**). » Norrkôping est également célèbre par la diète que Gustave IV y rassembla en 1800. « Quoique Norrkôping soit la pre-
(*) Daumoat, Voyage en Suède, 10, p. xoa.
(**) Daumont, 1 1, p. 107- toS. * #
L'UNIVERS
roière ville mamifacturièredu royaume, l'on se tromperait beaucoup si Ton t'attendait à y trouver l'agitation, la vie active, le mouvement qui animent nos grandes places de fabrique ; les rues y sont presque aussi calmes, aussi désertes que dans les autres villes de Suède; seulement, à certaines heures, lorsque les ouvriers sortent de leurs ateliers, elles deviennent, dans le voisinage des fabriques, un peu plus animées. Il ne faut pas compter d'y rencontrer de ces grands et vastes établissements qui ailleurs occupent des centaines et des milliers d'ouvriers; la fabrication est généralement faite par des hommes qui ont des métiers chez eux, et qui travaillent ordinairement pour le compte des manufacturiers.
Le nombre des fabriques ne dépasse pas huit ou dix (*); les plus considérables n'occupent pas plus de trente à quarante individus, et toute l'industrie manufacturière de cette ville se compose de deux cents familles de fabricants, et de deux cent trente familles d'ouvriers. Il y a aussi à Norfkôpingun établissement très-considérable pour la fonte du fer, et une forge de laiton.
« Les relations de Norrkôping avec l'intérieur de la Suède sont assez suivies; les fabriques de drap, les raffineries, les tanneries, les chapelleries et les papeteries , y trouvent un débouché avantageux, et elle y répand les divers articles que les navires lui apportent.
Norrkôping est aussi l'entrepôt des céréales de la belle province d'Ostrogothie : il y a des années où l'on exporte de ce port de grandes quantités de seigle, d'avoine, de blé, de farine et de pois, pour l'étranger. On y fait aussi des exportations considérables en fer.
Son port est fréquenté par deux à trois cents navires (**). »
(*) M. Daumonl se trompe : le nombre des fabriques était beaucoup plus considérable , lors de son passage, et s'est encore accru depuis cette époque.
' (**) Daumont, 1. 1 , p. 109-1 to, et t. II, p. 33.
Pour compléter le tableau des provinces qui composent la Gothie p {>rementdite, il nous reste à parlera 'Ile de Gottland, qui forme aujoor- 1 d'hui un gouvernement auquel on i 1 donné le nom de Wisby, sa capitale.
Wisby est une très-ancieniie ville.
«Sa population maintenant n'euéfc pas quatre mille habitants; mais efle a été, pendant tout le moyeu te, la cité la plus florissante de la Suède, Tune des principales villes anséatiqœs»
et ses règlements sur la navigation forent adoptés dans presque tous te ports du nord de l'Europe. Wisby et Lubeck étaient alors les deux premières places du commerce de ces contrées. Wisby devint le principal entnpôt des marchandises de l'Inde et* l'Asie; elle les recevait par Astracas, les grands fleuves de l'intérieur de b Russie, le lac Ladoga et le g(Mt* , Finlande, et elle les répandait ensuite | dans l'intérieur de la Suède, en Korwéffe, et dans tous les ports des crt* de Ta Baltique et de la mer du Non Ces relations subsistèrent jusqu'à fr poque où Tamerlan vint ruiner « fond en comble la ville d'Asfraoj.
Dans ce temps-là, les importations»
Wisby se composaient d'épiceries, draps, comestibles, thés, parfums, soies , sel , fruits , vins, bières, grains* légumes. Les draps venaient (rTprtS, Toarnay, Bruges, Utrecht, et autres villes de la Flandre et de la Ho/lande, alors en possession de la fabrication des tissus de laine; les vins étaient fournis par la France et l'Allemagne.
Les exportations consistaient en épiceries, thés, parfums, soies, sd,aj* vre. fer, argent, et bois de charpenB ou ae construction (*). »
SUÈDE PBOPBEMBHT DITBV
La Suède proprement dite «diyistf autrefois en huit provinces, m*011;."
Sudcrmanie, l'Upland, la Westro^c, la Néricie, leWaermeland, laDal*^
(*) baumoot, t. H, p. 36-37*
SUÈDE
lie, fa Gestricic et THelsingland. Elle comprend aujourd'hui neuf gouvernements, savoir : les deux gouvernements de Stockholm-ville et Stockholm-campagne, ceux d'Upsal, de Westeras, derïykôping, d'OÈrebro, deCarlstad, de Stora-Kopparberg et de Gefleborg.
40DZEMAVXI.
La Sudermanie , qui forme aujourd'hui le gouvernement de Nykôpmg et une partie du gouvernement de Stockholm-campagne, est arrosée au nord par le Malarn ; à l'ouest par le Hielmar, au centre par d'autres petits lacs , et enfin la Baltique en baigne les côtes. Cette province présente, en général, un aspect moins varié que le reste de la Suède. Ce n'est qu'en approchant de Stockholm qu'elle devient plus montagneuse, et offre, par conséquent, des sites plus pittoresques. La partie voisine du lac Malarn est remarquable par sa fertilité.
La capitale de cette province est Nykôping, chef-lieu du gouvernement du même nom , et petit port près de la Baltique. Cette jolie petite ville, ancienne résidence des ducs de Sudermanie, est dans une situation riante et heureuse, et tout semble annoncer l'aisance de ses habitants, dont le nombre n'excède pas trois mille. C'est dans ses environs qu'est parlé, dit-on , le suédois le plus pur. Malheureusement son port, qui s'envase chaque année davantage, ne peut permettre au commerce maritime de prendre l'essor. Elle tâche de se dédommager par l'industrie, et fabrique des draps , des bas , du papier, des aiguilles et du tabac.
Sôdertelje, qui donne son nom à un canal qui joint la mer au lac Malarn, ne contient que mille à douze cents habitants. Ses maisons sont de chétive apparence , et rien n'y annonce la prospérité; mais la construction du canal ne peut manquer d'y attirer une population plus nombreuse, et le commerce de transit qui s'y établira ne tardera pas à en faire une ville plus florissante. De Sôdertelje à Stockholm, le pays est désert, inculte et couvert de rochers.
Près de la petite ville de Mariefred est le château royal de Gripsholm (*).
Cet antique édifice, flanque de quatre tours, est célèbre dans l'histoire. C'est là que mourut en prison le fameux Éric XIV, fils de Gustave Wasat et que fut enfermé Gustave IV après sa déchéance. Il est situé dans une position très-agréable, sur les bords d'unpetit lac qui est eu communication avec le lac Malarn. Gripsholm, comme Versailles, renferme aujourd'hui une galerie de tableaux historiques, à laquelle chacun des riches amateurs de la Suède s'est empressé de payer son tribut.
Au nord de la petite ville d'Eskilstuna (**) , qui renferme des usines et des fabriques de poterie, est Strengnses, chef-lieu d'un évéché remarquable par sa situation sur le lac Malarn , et par sa cathédrale, qui renferme le tombeau de Charles IX. Gustave Wasa y fit ses premières études (***)-
Près de la çetite ville de Torshalla passe une rivière, qui, dans un intervalle de trois à quatre cents pas, forme plus de mille cascades, peu élevées, H est vrai , mais qui offrent un spectacle aussi agréable que pittoresque.
UPLAVD.
A l'antique province cTUpIand répondent aujourd'hui une partie du gouvernement de Stockholm-campagne, le gouvernement de Stockholm- ville, et celui d'Upsal.
Stockholm, la capitale de tout le royaume, est bâtie sur les rives septentrionales et méridionales du Malarn, à l'endroit où il se réunit à un golfe de la Baltique* La ville couvre deux péninsules et plusieurs petites fies du Malarn , les unes escarpées et nues, les autres décorées de maisons de plaisance ou de touffes de bois. Cette situation fait de Stockholm l'une des villes les plus pittoresques de l'Europe : ce sont des pa-< lais somptueux et des demeures modestes , mais originales , entremêlés de rochers, de verdure, d'eaux transpa-
(*) Voyez/*/. 33.
(**) Voyez pi. 15.
(•**) Voyez pL 14.
rentes, d'arbres, de bosquet», de jardins, de forêts, de navires et de barques qui sillonnent incessamment les nombreux canaux naturels de la ville; aussi l'a-t-on avec quelque raison comparée à Venise. C'est avec Edimbourg, Constantinople, Lisbonne et Gènes, Tune des villes les plus pittoresques de l'Europe.
Stockholm n'a point de murs d'enceinte; il y a seulement des barrières aux entrées pour la perception des droits de douane. La plupart des bâtiments s'élèvent en amphithéâtre les uns au-dessus des autres. Ils sont de pierre ou de brique, revêtus en plâtre blanc ou peints en jaune tendre; le faîte en est couvert de tuiles d'un brun foncé, et présente, au milieu des forêts de pins qui l'environnent, du lacet des sinuosités de la Baltique, une perspective enchanteresse.
Les boutiques de Stockholm n'ont
roint de devantures; le climat s'oppose ces brillants étalages en plein vent, qui font des rues de nos villes comme autant de bazars, où le pauvre peut au moins jouir par la vue de ces magnifiques
(>roduits de l'art et de l'industrie, dont 'usage n'est réservé qu'aux riches.
Les boutiques sont des appartements ordinaires au rez-de-chaussee, avec des fenêtres et une porte sur la rue. C'est dans la rue de la Reine et celle de la Régence, situées dans les quartiers du nord, et les plus belles de la ville,
rie réside ce qu'il y a de pius distingué Stockholm.
- A l'extrémité du port , défendu par le fort de Waxholm, plusieurs rues s'élèvent l'une au-dessus de l'autre, et forment un amphithéâtre, sur un côté duquel se trouve le palais du roi , qui domine la ville et le port. Ce palais est bâti en briques recouvertes de plâtre, et teint en jaune pâle. Ses quatre côtés sont visibles des différents quartiers de la ville. Cet élégant édifice a été commencé par Charles XI et uni par Gus- .tave III. U est composé de quatre étages, dont trois sont fort hauts et le dernier très-bas. Vingt-trois belles croisées en ornent la façade; dix colonnes doriques supportent un pareil nombre
de cariatides ioniques, supportées ellesmêmes par dix pilastres de l'ordre co« rinthien. La couverture est à l'italienne. Au bas de chacune des rampes qui, du côté du nord , conduisent au château, est un lion en bronze. Le rezde-chaussée du château et les arcades oui donnent sur le quai sont en blocs de granit. On voit du côté de l'est des parterres et un jardin au-dessus de deux galeries avancées.
Ce que Frédéric le Grand fut pour Berlin , Gustave III le fut pour Stockholm. Tous les monuments qui décorent cette ville doivent leur existence à la protection qu'il accordait aux arts; plusieurs même d'entre eux ont été exécutés sur ses propres dessins, et seront à jamais un témoignage vivant du génie de ce souverain , dont la prodigue magnificence eût cependant fini par appauvrir le pays qu'il cherchait à embellir. C'est par lui que fut construit l'Opéra, un des édifices les plus remarquables de Stockholm. La façade en est ornée de colonnes et de pilastres* de l'ordre corinthien. L'intérieur de cette salle a la forme d'une ellipse tronquée. On donne à ce théâtre des pièces suédoises composées, en grande partie, par Gustave III, dont le talent pour ce genre de composition avait excité la jalousie littéraire du grand Frédéric. Ce fut une politique digne d'éloges que d'avoir attaché la nation à son propre idiome en le popularisant sur la scène; c'était aussi le moyen le plus sûr de perfectionner la langue nationale. Le premier, opéra suédois donné à ce théâtre est celui de Thétis et Pelée; mais la pièce nationale la plus célèbre est celle de Gustave Wa$a,aont Gustave m passe pour être l'auteur. A la mort dece prince, ce spectacle a perdu beaucoup de sa splendeur. Quand on songe que sous son règne le ballet seul occupait quatre-vingt-dix danseurs , on conçoit qu'à sa mort, dans l'état de détresse où se trouvait la Suède, les économies aient porté avant tout sur cet établissement dispendieux.
Cet édifice, et le palais du prince Charles, fils aîné du prince royal, construit sur le même plan, forment l'un
SUÈDE
fit
de* otitéf d'une bulle placé nommée la place de Gwtase- Adolphe. On voit au centre de cette place une statue équestre en bronze qui représenteGus* tave-Adolphe revêtu d'une armure complète. Sa tête est nue et couronnée de laurier», sa main appuyée sur un écusaon. Cette statue colossale, modelée sur les dessins de Larchevéque, sculpteur français très-distingué, qui mourut avant de l'achever, a été terminée par Sergell et érigée en 1790* Le piédestal est de granit et décoré de médaillons offrant les portraits des généraux les plus estimés de Gustave- Adolphe , de Torstenson , de Baner, de Jacques de laGardie, de Horn etduduc de Saxe-Weimar, tous sculptés par Sergell. On doit aussi à cet artiste une figure d'Oxenstieraa, et une autre représentant l'Histoire, qui montre du doigt une inscription rappelant les ex* ploits de ce souverain. Ces deux statues décorent l'un des vestibules du palais royal.
Après le château royal , l'Opéra et le palais du prince Charles, les édifices les plus remarquables de Stockholm sont le palais ae la noblesse, l'hôtel de ville, autrefois l'hdjtel de la famille de Bonde, l'hdtel de cette famille et celui des comtes de Fersen. Citons encore la place des Nobles, ornée de la statue de Gustave Wasa; la place de Charles XIII qui remplace l'ancien Jardin du roi, et au milieu de laquelle s'élève la statue pédestre du père adoptif de Charles- Jean; la place Sbeppsoronn où se trouve la statue de Gustave III, et celle de Slottsbacken où l'on a élevé un obélisque en
Sanit à l'honneur de la fidélité des bitants de Stockholm. Les plus belles promenades de cette ville sont le pare royal , orné d'un nombre considérable de maisons de plaisance, et la grande terrasse sous te pont du Nord.- On compte à Stockholm douze à quatorze églises , toutes d'une élégante simplicité. Dans celle d' Adolphe-Frédéric se voit le monument élevé à Descartes. Celle des Chevaliers, le Riddarhokn, détruite en partie il y a deux ans, par la foudre, était remarquable par son
architecture gothique et son aiguille élancée. Ce clocher, qui s'élevait au centre de la principale île, ajoutait beaucoup au charme qu'offre la vue des lieux environnants. L'intérieur de cet édifice, qui est lourdement construit, n'est remarquable que parce qu'il renferme les cendres de deux grands hommes, Gustave- Adolphe et Charles XII, ce roi soldat , qui , par son audace aventureuse, vérifia, dit Coxe, cette belle pensée de l'immortel Shalspeare i « La gloire est comme un cercle au milieu des ondes: il cherche à s'agrandir, et ne cesse ae s'étendre que pour disparaître dans le néant. * Rien de plus simple et de plus caractéristique que la tombe de ce prince» Elle est en marbre noir, ornée d'un peau de lion et d'une massue en bronze doré. Une autre partie de cet édifice contient les restes mortels d'un général qui a beaucoup plus de droits à l'admiration de la postérité, l'illustre Jean Baner, qui mérita l'amitié de Gustave-Adolphe.
Cette église, avant l'événement dont nousvenonsdeparler, était décorée, dit* on, de cinq mille étendards étrangers»
Stockholm a une belle galerie de tableaux; c'est la collection des meilleurs ouvrages des peintres suédois* On y voit aussi plusieurs chefs-d'œuvre de l'école italienne.
La bibliothèque du roi contenait, en 1805, vingt mille volumes et quatre cents manuscrits. Ce nombre a été depuis considérablement accru par diverses donations. Il se trouve dans cette collection quelques livres précieux, entre autres un volume qui a pour titre Codex aureus; k livre d'Heures de l'empereur Ferdinand, l'un des trophées de la guerre de trente ans; enfin l'exemplaire de la Bible selon la Yulgate, sur lequel Luther écrivit les notes qui furent comme ses premiers doutes.
C'était à l'arsenal, aujourd'hui consacré à un autre usage, que l'on conservait les nombreux étendards enlevés par les Suédois à leurs ennemis : ceux de la fameuse bataille de Narva remplissaient seuls une salle entière. On y voyait aussi une longue suite dt
L'UNIVERS
mannequins représentant les rois de Suède rcvétusde l'armurequ'ils avaient autrefois portée. Chacun d'eux était monté jsur son cheval favori, dont on avait conservé et empaillé la peau.
Tous étaient disposés chronologiquement. Là était Charles XH, couvert des vêtements qu'il portait lorsqu'il fut tué au siège de Frédérikshall. Ils se composaient d'un long surtout de drap bleu fort grossier, à grands revers et à boutons de cuivre, d'un chapeau à trois cornes à bords étroits et percé d'une balle, d'une paire de gants de buffle , et d'une paire de bottes militaires à talons hauts. Les taches de sang empreintes sur le gant de la main droite et au ceinturon prouvent qu'il porta cette main d'abord a la blessure, puis à la garde de son épée. La plupart de ces précieuses reliques ont été transportées dans l'arsenal d'Ulriksdall, où l'on voit aussi la chemise mie portait Gustave-Adolphe lorsqu'à fut tué dans les champs de Lutzen.
On montrait aussi dans l'arsenal de Stockholm ,une chaloupe bâtie à Sardam, des propres mains du czar Pierre le Grand, et qui fut prise par les Suédois au moment où on la conduisait à Saint-Pétersboure.
Parmi les nombreux établissements publics que renferme Stockholm, on ne peut se dispenser de mentionner l'Académie des sciences, avec un observatoire, un cabinet d'histoire naturelle et une bibliothèque spéciale très-riche; l'Académie des belles-lettres, d'histoire et d'antiquité ; l'Académie suédoise ou des dix-huit, qui s'occupe exclusivement de la langue et de la poésie suédoises ; la Société patriotique , l'Académie d'agriculture, celle des sciences militaires ; le Collège des mines, l'Institut médico-chirurgical ou Institut carolin, etc.
Les environs de Stockholm renferment plusieurs châteaux remarquables; eelui de Drottningholm , est regardé comme le plus beau château royal de la Suède , et offre quelque ressemblance avec celui de Versailles; mais sa position sur la pointe septentrionale de
111e Lofon dans le lac Maton» faboodance de ses eaux, en rendent la position bien autrement pittoresque, et y montrent la nature plus grande,, si la puissance de l'homme s'y fait moins sentir. C'est la résidence d'été de la famille du prince royal, (àriberg, autrefois résidence royale, est maintenant une école militaire.
A'Marieberg est aujourd'hui établit l'école de perfectionnement pour l'artillerie , fondée par Charles XIV.
Citons encore Ulrifcssdal, que la bonté prévoyante du roi régnant vient de changer en un établissement pour les militaires invalides, et Rosendal (*) , cà le roi va souvent dîner pendant fêté et où il reçoit d'ordinaire les étraogers.Le château de Haga est habité par la reine durant la belle saison, que le roi de son cité passe ordinairement à Rosersberg, situé à huit lieuçs de Stockholm.
Le château de Haga, situé à une lieue de la porte septentrionale de la ville, a été bâti par Marselier, d'après les dessins de Gustave III. On y arrive par une allée touffue d'arbustes les plus beaux qu'on voit dans le Nord. Une chaîne pittoresque de rochers couverts de pins règne à une petite distance. L»e château est situé à l'extrémité d'une prairie, sur les bords du Mâlarn, qui forme une très-belle nappe d'eau. Il est construit en bois peint de manière à imiter la pierre , et consisté en une façade à trois étages, à laquelle se rattachent deux ailes très-longues formant galeries. La disposition des bâtiments et des jardins rappelle le petit Trianon. Les appartements sont petits, mais bien meublés. Ce palais était la résidence favorite de Gustave III, qui, comme on l'a dit plus haut, prit dans ses voyages le nom de comte de Haga.
Non loin de là , sur une éminenoe , sont les fondements d'un vaste palais commencé par ce prince en 1791 , et dont la construction a été interrompue depuis sa mort : l'entreprise était trop
(*) La pi. 3g représente un vue colossal en porphyre placé dans le jardin de âo-
SUÈDE
TMte et trop dispendieuse pour le pays ; elle rat judicieusement abandonnée par Gustave IV.
Le gouvernement d'Upsala , situé à l'ouest du précédent, a pour chef-lieu l'antique cité dUpsala , située à quinze lieues de Stockholm. C'était autrefois la capitale de la Suède ; elle ne compte pas aujourd'hui plue de quatre mille cinq cents habitants; mais son université , la plus célèbre de toutes celles de l'Europe septentrionale, est fréquentée par huit à neuf cents élèves , et les professeurs jouissent d'une réputation méritée.
Sa bibliothèque , l'une des plus riches du Nord , est partagée en trois pièces, dont la première est consacrée aux oelles-lettres ; la seconde aux ouvrages de différents genres donnés par Gustave III à l'université ; la troisième est réservée à la théologie, à la jurisprudence et à la médecine. Cette bibliothèque s'est grossie , à différentes époques , de collections littéraires enlevées aux différentes contrées soumises par la Suède. On y montre avec orgueil un manuscrit précieux gui contient la traduction qu au quatrième siècle l'évéque Ulphilas fit, en langue gothique, des quatre évangiles. Ce manuscrit est en vélin, richement orné de lettres d'argent et de lettres d'or. Les premières ont perdu leur éclat, mais les dernières sont d'une belle conservation.
Ce livre fut pris dans le pillage de la bibliothèque de Prague, en 1648, et envoyé à la reine Christine par le comte de Kônigsmark. Un Hollandais l'enleva à cette princesse; mais, à la mort de ce dernier, un patriote suédois l'acheta 6,250 francs, et en fit don à l'université.
La bibliothèque d'Upsal renferme aujourd' hui plus de 80,000 volumes ; elle a pour directeur le savant M.
Schrôder, qui est venu il y a deux ans à Paris, et dont les savants de cette capitale ont conservé un agréable souvenir. La bibliothèque faisait autrefois partie des bâtiments construits par Gustave-Adolphe et qui portent le nom d1 Académie gusta vienne. Le mémeédi- , fice contient l'amphithéâtre d'anato*
mie, l'observatoire, le laboratoire de chimie et de physique , le musée d'his» toire naturelle et le cabinet de miné* ralogie. Dans le jardin botanique créé par Gustave III, s'élève un superbe édifice où se trouvent des collections d'histoire naturelle et les salles destinées aux cours. Les bâtiments de l'université renferment aussi des salies d'armes et de danse ainsi qu'un magnifique manège.
Nous citerons encore l'Académie Caroline on Consistoire académique, qui contenait un riche cabinet de médailles, une collection presque complète des monnaies suédoises depuis les temps les plus anciens , ainsi qu'un grand nombre de monnaies arabes do IX* siècle trouvées dans le Gothland.
C'est dans cet édifice, qui vient d'être reconstruit sur un vaste plan et sous le nom de CaroUna redwiva, que se trouve aujourd'hui la bibliothèque.
La cathédrale d'Upsal , couverte en lames de cuivre , est la plus vaste et la plus magnifique église de la monarchie suédoise. Elle a quelques rapports avec la métropole de Paris ; commencée comme celle-ci au treizième siècle, en 1258, elle ne fut terminée qu'en 1435. Sa longueur est de 330 pieds ; sa largeur de 140, et sa hauteur de 105.
Quatre rangs de colonnes légères supportent la voûte du temple. A l'entrée, on remarque la figure du roi saint Olof, foulant aux pieds un monstre, symbole de l'idolâtrie. C'est dans la nef que les souverains suédois recevaient la couronne. L'intérieur de l'édifice est rempli de tombeaux; on y voit celui de Linné , qui se distingue de tous les autres par sa simplicité ; il consiste en une modeste pierre, avec cette inscription :