REMARQUE
Que ton jugera peut-être intéressante.
"Fl n traitant du papier national , j ai omis de faire valoir une considération tellement majeure en faveur de ce système , que je me ferois un grand reproche si je ne la présentois à ceux qui doivent en servir la chose publique.
Les étrangers , qui avoient cet avantage de prêter eur argent à l’ancien gouvernement François , ne ouveront plus désormais ce moyen si facile de s'enrichir aux dépens du trésor public : quelle est ]eur espérance aujourd’hui , pour l’emploi de leurs capitaux ? Ils les proposent déjà aux acquéreurs des biens nationaux ; ils veulent encore faire , sur nos cultivateurs et sur les nouveaux propriétaires , le monopole illégitime qui les enrichissoit de la sueur du peuple. Alors ce seroit perpétuer l’effet des calamités qu'ils nous ont déjà fait éprouver : car si , par L’effet d’une feinte , ces capitalistes se rendant de véritables propriétaires en France , absorboient chaque année pour leur pays , au-delà des revenus
des propriétés quils auroient fait acheter par la remise de leur argent , certes ! ils livreroient sourdement à notre force effective le plus terrible des combats.
L’on dira que le mal vient de plus loin : sans doute , mais ce n’est pas une raison pour n’en pas détruire les funestes effets. Remarquez que ces capitalistes continueroient d’imposer , pour ainsi dire en despotes , la nation entière : alors les nouveaux acquéreurs qui ne seroient plus que des prête-noms , seroient véritablement lézés et du côté de leur industrie , et du côré des évènemens , et du côté des contributions qui resteroient par-dessus tout à leur charge. Tous les ans la nation seroit appauvrie de toute la somme des intérêts qu’il faudroit acquitter envers les fournisseurs de fonds : il faut donc mettre promptement en jeu une mesure qui aura plusieurs objets , comme de se passer absolument de ces capitalistes , ou au moins de restreindre infiniment leurs bénéfices ; ou bien de les forcer à devenir des François qui ne recueilleront plus les fruits de la terre qu’avec cette intention de justice de les consommer sur le même sol qui les aura produit.
L’argent qui existe dans un royaume , bien que son usage soit- une propriété particulière légitimement reconnue , en dernier résultat il constitue ce-
pendant une partie de la fortune nationale : je m’explique.
Le numéraire tient son existence de la convention : le type qui lui a accordé sa valeur provient de l’opinion commune ; et dans cette circonstance l’opinion a été produite par le besoin universel. Or , le numéraire créé par une nation pour son usage intérieur , appartient en masse à la nation : il est comme le territoire une PROPRIETE ETERNELLE du peuple , en ce qu’il n’est que l’accessoire de la propriété réelle , et que son premier et son dernier usage est de représenter activement et passivement
tous les produits de la terre : je m explique encore . car telles sont mes idées sur l’argent , qu il n est qu’une propriété d 'usufruit, qu’une propriété réellement substituée, ou pour mieux dire , éternellement grevée de .substitution en faveur de la masse gé* nérale de la nation.
Voilà pourquoi il est peut-être facile de légitimer la haine du peuple contre ceux qui enlèvent tout l’argent du royaume; car enfin , ce n est pas la propriété réelle qui a appelé l’argent dans nos mains , puisque la propriété , sans les bras du peuple est totalement stérile : le peuple a donc quelque droit , ou plutôt il a un intérêt de péril à conserver dans le royaume la somme du numéraire qu’il a acquise par son travail matériel.
La terre, en donnant ses fruits aux propriétaires du sol , assure en échange du travail , à ceux qui Font fait produire , la légitime espérance d’être employés de nouveau à sa culture qui ne peut être payée dans leurs mains qu’avec les signes des échanges : or , si l’on porte ailleurs les signes des échanges , on enlève les moyens de faire cultiver , on détruit la richesse commune, on#dessèche la rosée fécondante sans laquelle tous les germes de la production restent éteints : alors on a presque détruit la vie sociale , on a anéanti totalement une nation , ou tout au moins on . l’a plongée dans cet état d’inertie qui lui donne bientôt la mort politique.
Ces considérations peuvent légitimer l’inquiétude du peuple sur l'émigration des riches : mais d’autres maux plus grands encore succèdent rapidement à ceux-là , car ils produiroient incontestablement l’émigration des pauvres qui , offrant continuellement à la société tout ce qu’ils possèdent , c’està-dire l’usage, de leurs bras , et ne trouvant plus nulle part des moyens d’occupation , sont réduits à aller chercher ailleurs une matérielle subsistance. Certes î voilà L’émigration légitime contre laquelle les lois ne peuvent plus rien.
Enfin, mes idées sont, qu 'argent ou production sont sinonimes , puisqu’ avec l’argent on doit pouvoir se procurer la prçductian , comme avec la
production on doit pouvoir se procurer l’argent : voilà pourquoi il faut s’occuper essentiellement de conserver le numéraire dans le royaume; voilà pourquoi les propriétaires de fonds ne doivent pas plus emprunter des étrangers aujourd’hui , que le gouvernement actuel, puisque les résultats de ces emprunts éteindroientdela même manière la richesse commune.
Au contraire , il importe a tous que 1 administration nationale nous défende promptement de l’appauvrissement profond dont nous sommes menacés ; et si elle ne peut pas totalement s’opposer aux avantages que les étrangers pourront encore se procurer sur nous , par le prêt de leurs capitaux , il faut nous rendre au moins les maîtres de réduire l’intérêt de leur argent , et repousser par la mesure que je propose une calamité plus homicide sans doute de la fortune nationale , que l’émigration même des riches dont on se plaint aujourd’hui , puisque le- désavantage que je redoute pour ma patrie , seroit pour ainsi dire perpétuel.
Enfin , la nation étant libre aujourd'hui , aucun des individus qui la composent , ne doit sur-tout dépendre des étrangers : si le débiteur pour argent prêté est déjà beaucoup trop dans la dépendance de son créancier , le débiteur pour terres achetées sous son nom , seroit ici comme attaché à la glèbe ; et après avoir détruit chez nous le régime féodal , il
rep aroîtroit en France sous une autre forme plus humiliante , puisque nous ne serions plus que les vassaux de nos voisins , ou tout au moins leurs fermiers perpe'tuels , et ils nous feroient sans cesse reconnoître leur impérieuse domination. Je livre les motifs de mon orgueilleuse inquiétude à tous les hommes d’Etat qui aiment la liberté et qui veulent qu’elle ne soit ni trahie , ni offensée , ni restreinte dans tous ses rapports.