Suites de couches normales et pathologiques [microforme]
Ne pouvant aujourd’hui publier en entier mon traité d’accouchenunt, vu les conditions déplorables de la main-d'œuvre et la cherté du matériel, j’ai voulu tenir au moins à demi la promesse faite à mes élèves de leur mettre entre les mains mon cours imprimé; je leur en offre quelques pages. J’ai choisi la partie de mes leçons qu: je crois la pius pratique pour le moment: “Les suites de couches normales et pathologiques.” Ce choix s’explique assez facilement par le désir que j'ai wujours eu d'être utile À mes éièves, nonseulement lorsqu'ils sont sur les bancs de PUniversité ou autour de: lits des accouchées à la Maternité, mais surtout lorsqu’ils sont entrés en pratiane,
J’ai conservé, dans mon livre, la forme et le fond que je donne à mes cours et à mes cliniques: c’est-à- «lire qu'ici comme ailleurs je suis éclectique. Je cherche et je puise partout ce qu’il y a de meilleur. Je ne m« suis jamais attaché nniquement à la science ou à
. l'art de tel ou tel pay. Je crois beancor » à la science française qui inonde et éblouit le monde de sc« rayons lumineux; mais j’anne aussi à m'éclairer parfois à la lumière d'autres astres, ne serait-ce que pour en comparer l’éciat ou la chaleur.
En obstétrique, mes auteurs favoris sont tout d’abord les auteurs français, et après eux les auteurs américains, dont les principaux, tout en ayant beaucoup eMPrur aux premiers, ont cependant émis ©: théories et établi des principes qui donnent à leurs t:aités un cachet tout à fait spéciaï. Aussi peut-on dire qu'il existe aujourd’hui une école dobstétrique américaine comme il y en a une française. Le Français et les Américains sont ceux qui ont le plus contribué à ap-
porter à l’art obstétrical les perfectionnements qu’on y remarque depuis quelques années,
Je considère donc que je manquerais grandement à mon devoir de professeur si, dans mes cours et mes cliniques, je ne faisais pas la part de chacune de ces deux écoles. La supériorité de l'école française sermtelle assez marquée (ce qui n’est pas) pour jeter dans ombre l’enseignement américain, je devrais quand même faire une étude comparée des deux écoles, La raison en est bien simple. Comme Canadien-Français, enseignant dans une université canadienne-française, je dois, à mes élèves, de leur enssigner les principes de l’art obstétrical français, tout d'abord parce qu’il est français, et ensuite, et surtout, parce qu’il est comme le modèle auprès duquel on vient puiser de partout toutes les inspirations et les idées qui portent continuellement vers la perfection.
D'autre part, vivant à côté d’ne université anglaise, dont la plupart des profess. ar s’obstétrique sont allés se spécialiser aux Etats-Unis, je tiens à mettre mes élèves au courant des idées et des méthodes américaines, pour qu’ils puissent avantageusement discuter dans les assemblées et les congrès de médecins où ils se trouveront en contact avec des confrères de langue anglaise aux idées tout à fait américaines. En plus, beaucoup de mes élèves, sortis de l’Université, s’en iront s’établir dans une autre province du Canada ou dans une partie quelconque des Etats-Unis. Il leur faudra passer là de nouveaux examens sous la direction de profeseurs de langue anglaise, qui n’ont probablement aucune notion de l’enseignement français. On voit de suite Pinfériorité relative de l’examiné, qui n’a appris que les principes d’une école, devant l’examinateur qui lui aussi ne connaît que les théories de l’autre école. On ne l’ignore pas, chaque école a parfois des tendances exclusives. C’est ainsi que l’école américaine condamne absolument lPusage de la curette qu’elle a qualifiée de meurtrière, tandis que l’école française approuve trop librement l'emploi de cet instrument; c’est ainsi que
l’école française dé ‘administration de l’ergot apr jue l’école américaine conseille ce mé t propos, après l’accouchement comp ; elle ne voit aucun inconvénient à &
On comprend mainten: :‘ Ja supériorité de celui qui a suivi l'étude comparée des deux écoles française et américaine, I] fera facilement la part de l’exclusivisme de l’une et de l’autre écoles, En plus, il s’apercevra très vite que des méthodes et des signes, qui semblent bien réellement américains, ne sont er réalité que des méthodes et des signes bien français qui ‘ont d’américain que le nom ou l'apparence. ? veux pour exemple que ce signe que les Américains se sont plu à appeler “/e signe de Chadwick”, comine si Chadwick, en 1885, avait fait une grande découverte, Ce fameux signe de Chadwick n'est autre que le sign connu des Français longtemps avant 1885, et baptisé Par eux du nom de Jacqremier, accoucheur français mort en 1879.
€ signe c’est la coloration bleuâtre du vagin, symptôme précoce de la grossesse,
Mes cours et mes clini
térêt de mes élèv
a que je publie reproduction de mes cours, on ?y trouver des citations fréquentes d Le désir d’instrui d'idées, i
mes cours et 18, ou ne ten-
Ce livre n’est Pas seulement une étude comparée
des diverses écoles «obstétrique; il est de plus l'expression ou la mise en pages de ma longue expérience de trente années de service dans une grande maternité. Cette expérience de trente années de service et de professorat me donne le droit et l’entière liberté de critiquer les théories et les méthodes, de leur donner mon approbation ou d'en montrer les points faibles. J’ai usé ici si largement de ce droit que l’on trouve, presqu’à chaque page, mon opinion personnelle exprimée claire» ment et ma manière d’agir ou de traiter parfois carrément en opposition avec l’enseignement de telle ou telle école.
Ce livre, tout d’abord destiné aux étudiants, sera d’une utilité incontestable pour les gardes-malades et même pour les médecïns avancés en pratique. J’ai pris plaisir à entrer dans une foule de détails que le jeune médecin ignore souvent et que le médecin plus âgé oublie trop facilement. On me saura gré, j’espère, d’être revenu sur des détails qui, pour moi, ont une importance capitale. Quand on aura lu le chapitre de la morbidité et de la mortalité, on louera la patience que j’ai mise à revenir sur des détails qui peuvent, à première vue, paraître fastidieux, mais qui ont certainement leur place bien marquée dans un livre comme celui-ci.
E.-A.-RENE de COTRET., Montréal, 6 octobre, 1919.