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VERDUN, LACHINE ‘ET HAUT DE LILE

Tous les habitants avaient au moins 10 à 12 arpents en valeur. L'on remarque les noms suivants :

Mathurin Thibodeau avait 16 arpents et 2 bêtes à cornes René Cuillerier, march.

(Fort Cuillerier) 7.43 À 6 Ë Jean Chevalier SC d 8 à Jean Millot, marchand,

(Fort Remy) Le) ss 26 sf

Robert Fournier FO RD " 14 Se

Pierre Gauthier Fe 20 . 5 ,

Barthelémy Vinet ‘6. 36 5 18 U

André Rapin Era à II ;

Frs Lenoir dit Rolland, marchand, (Fort Rol- Fe land) y" 4 “ 2 ss

Michel André AE À & II À

L'AGRICULTURE AU XVile SIÈCLE 77

Jean Guenet, marchand, avait 15 apents et 2 bêtes à cornes Jean de La Londe (Baie

d'Urtfé) Rens 4 4 Cibard Coureau CORNE 5 fi

Tous ces cultivateurs, artisans ou bourgeois, jouissaient d'une

“certaine aisance, si l’on en juge par le rapport de Gédéon de

Catalogne, dans ses Æxplications du plan des Seigneuries et Habilations, pages 278 à 280. ‘ Le laboureur, dit-il, bourgeois et artisan comme le gentilhomme, mange le pain de froment ; le moindre habitant à la campagne tue deux ou trois cochons gras pour son ménage ; le lettage et les volailles n’y manquent pas ; le poisson et le gibier so:.. là pour ceux qui veulent pêcher et chasser. Tout cela prouve la bonté du pays. ”

On croirait se trouver dans nos côtes d'aujourd'hui, à l'approche des fêtes du jour de l'an ou des fricots du carnaval. Il me semble entendre le meilleur chanteur de la compagnie

-égayer les convives et le joueur de violon ouvrir le bal.

Que l'on ne s'imagine pas que ce récit de M. de Catalogne constate une ère nouvelle ; c'est celle de presque la moitié du XVIIe siècle, car la guerre qui dévasta la colonie de 1687 à 1698 n'avait pu permettre aucune amélioration considérable au genre de vie de nos campagnards. Pendant l'hiver de 1687-88, la misère fut générale. En 1689 et 1690, le pays donna deux “ méchantes récoltes”, dit Champigny. En 1691, la disette fut si grande que M. de Vaudreuil, envoyé au secours du haut de l'ile de Montréal, monta ‘à la fasson des mendians, demandant à toutes les portes quelque galette, morceau de lard ou autre chose pour leur provision”. En 1692, la moisson fut mangée par les chenilles. Chaque année, de 1687 à 1698, les semences et les récoltes ne furent faites qu'à moitié, ‘ quantitez d'habitations et de terres, qui étaient cultivées ”, ayant même été abandonnées. (Cor. gén. X, 33; Zôrd., XI, 468, 552,553; XII, 3,45; XIX, 155,156.) M. de Frontenac écrivait au Roi, en 1691, que la disette avait été cause que jusqu'alors la colonie

dut se contenter de s'opposer aux puissants efforts que les

‘ennemis faisaient pour empêcher les semences et les récoltes ;

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puis il ajoute: ‘“ Nous sommes venus, Sire, heureusement à bout des uns et des autres, mais toujours à la pointe de l'épée et au bout du fusil.” (/414., XI, 363 ; Phips devant Québec, par Myrand, 405.)

On peu. .onc considérer le rapport de Catalogne comme comprenant toute la période du commencement du dernier siècle et d'une bonne partie du siècle précédent. Nous savons donc qué même à cette époque reculée l'habitant vivait confortablement. C'est d’ailleurs ce que constatent plusieurs mémoires du temps. Le 16 novembre 1686, le marquis de Denonville observait que ‘le paysan, bon travailleur, peut s'acquérir de quoi vivre à l’aise en deux ans”. (Cor. gén., VIIT, 231.) M. de Champigny disait en 1691: ‘Ceux qui sont attachez à faire valoir les terres sont riches ou tout au moins vivent très commodément, ayant leurs champs et pesches autour de leurs maisons et un nombre considérable de bestiaux.” (/444., XT, 468, 469; XII, 18.) On lit dans un arrêt du Conseil d'État du 12 juillet 1707 ‘ qu'il est de notoriété publique que communément il n'y a point d'habitans qui ne vivent sur leurs terres en y prenant de ja peine ; ils y trouvent toutes les nécessitez de la vie, et même ordinairement assez abondamment ; ét il n'y a que les habillements qui leur coûtent le plus, encore commencent-ils à recueillir du lin dont ils font quantité de toiles, qui leur sont d'un grand secours, et à élever des moutons dont ils prennent la laine pour faire des étoffes”. (Æ4. ef Ord., 1, 306.) Soixante ans plus tard, le général Murray et le gouverneur Carleton disaient également que les seigneurs, qui étaient presque tous nobles, étaient pauvres, tandis que leurs censitaires étaient à l'aise et vivaient bien. (Sue, VIT, o1 ; Arch. Can. rapport pour 1888, p. 49.) Ce fait explique qu'après la conquête ces derniers sont restés au pays et qu'un grand nombre des premiers, particulièrement les fonctionnaires, repassèrent en France. Il est vrai que quelques grands propriétaires, comme Le Ber de Senrevill:, du Bout-de-l’ile, et Robutel de La Noue, de Châteauguay, sacrifièrent leurs biens plutôt que de vivre à l’ombre d'un drapeau Qu'ils avaient combattu toute leur vie; mais le grand nombre

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des seigneurs, qui avaient amélioré leurs domaines, restèrent au Canada. Le 21 août 1764, le général Murray écrivait à Lord Halifax que pas plus que 270 personnes, hommes, femmes et enfans, laissèrent le pays par suite de la conquête. ‘They

are, ajoute-t-il, chiefly officers and their farnilies and there are,

ships for six times the number.” (Arc. Can. rapport pour 1890, State Papers, 10.) En 1767, le gouverneur Carleton donnait les noms de cent onze nobles qui étaient restés au pays et d'une centaine, particulièrement parmi les militaires et les fonctionnaires, qui l'abandonnèrent. (/4r4., pour 1888, pp. 42-48.)

Des historiens modernes, comme M. Rameau, soutiennent que ce sont les gentilhommes, les seigneurs et les militaires, qui ont opéré le développement agricole de la Nouvelle-France. D'autres, comme M. Léon Gérin, affirment qu'ils ont échoué sur toute la ligne, qu'ils étaient trop pauvres, qu'ils manquaient d'éducation pratique et qu'ils ne cherchèrent que les emplois et la traite. (Xoy. Soc. N. S. IT, 65.) Ce reproche, mérité par plusieurs, est peut-être trop général. En parcourant le recensement de 1681, il est impossible de ne pas reconnaître la direction vigoureuse des seigneurs et même de plusieurs fonctionnaires.

M. de Villeray, conseiller au Conseil Supérieur, avait 150 arpents de terre en valeur, so bêtes à cornes, 75 moutons, 0 chevaux. Charles Le Gardeur de Tilly, aussi conseiller, avait 90 arpents en valeur et 20 bêtes. Nicholas Dupont de Neuville, un autre conseiller, avait 50 arpents sous culture, 3 chevaux et 26 bêtes à cornes. Charles Denys de Vitré, un autre consuiller, avait 20 arpents et 4 bêtes à cornes et J. Bte Despeiras 40 arpents et 5 bêtes. Le greffier Peuvret avait 30 arpents en valeur et 3 bêtes à cornes. Voilà pour les membres du conseil ; deux seulement ne cultivaient pas la terre, de La Martinière et le procureur général d'Auteuil. ® C’est le contraire qui se passait à ia Prévôté royale de Québec et à celle des Maréchaux. Sur 17 fonctionnaires et emplovés, trois seulement caltivaient, Jean et Noël Levasseur et Paul Denys de St-Simon.

(1) D’après le recensement de 1667, il avait 48 bestiaux et 100 arpents en valeur,

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