IL — POLITIQUES ET RELIGIEUX
Les politiques s Retz , Salnt-Stlmon , RIehelleu , Louis XIV, ete. — Le cardinal de Retz montre dans ses lettres le même génie que dans ses Mémoires ; c'est dire qu'il y est admirable pour la pénétration et la souplesse de l'esprit (pp. 213, 217, 232), pour la hardiesse, la portée et l'éloquence des vues, pour la mâle et libre allure du style (pp. 218, 220, 221, 225, 230). Ajoutons qu'on y goûte encore plus vivement que dans les Mémoires le plaisir de considérer les personnages de l'histoire, y compris le cardinal lui-même, face à face et bas les masques (pp. 214, 235 sqq). Ce sont des mérites qu'on retrouve presque au même degré dans les lettres du duc de Saint-Simon, à cette différence près que la sérénité foncière et supérieure de Retz
y est remplacée par cette puissance d'indignation et de sarcasme (pp. 619, 622), qui violente à la fois la langue et l'attention (p. 621) et donnera un accent si particulier aux fameux Mémoires, Auprès de ces deux correspondances, hautes en couleur, celles des autres politiques sont pâles, sauf celle de Richelieu, où le mélange d'une gravité impë> rieuse (p. 36) et d'une ironie transcendante (p. 37), d'ailleurs fort inquiétantes l'une et l'autre, est de génie. Pourtant celle de Louis XIV respire cet air de souveraine ^a/anterie dont témoignent unanimement les contemporains, soit qu'il blâme (p. 299), soit qu'il loue (p. 301), soit qu'il parle en roi (p. 306), en père (p. 308), ou en bon prince qui ne dédaigne ni le badinage ni le terme familier (pp. 300, 303). Le comte d'Avaux encore a un bien spirituel enjouement (pp. 87, 91), et Çondé une belle gravité (p. 293); Feuquières voit net et fait voir de môme (pp. 312, 313, 316); c'est aussi le mérite de Guilleragues, avec une pointe d'humour en plus (pp. 317, 318); enfin le cardinal d'Estrées assaisonne d'une verve piquante (p. 323) le style de chancellerie.
Les reli§^ieiix t Boasnet, Fénelon, Fléchler, le P. Hamon, le srand ArnauK. — Avec les religieux nous planons de plus haut sur les affaires de ce monde qui attachent de si près les politiques. Nous sommes émus, en retrouvant dans la correspondance de Bossuet son abondance et sa fougue oratoire (pp. 400, 402, 404, 407, 409, 415), souvent mitigées dans les lettres de direction par cet accent de tendresse (pp. 407, 409) qui fait un peu défaut dans la morale de ses sermons, mais qui se démêle très bien dans ses Oraisoiis funèbres. C'est dans la correspondance de Fénelon qu'on peut étudier, à la source, ce mélange d'onction, d'éloquence et d'esprit (pp. 579, 581, 583, 585, 587, 593), ces conflits de chrétienne humilité et d'émouvante opiniâtreté (p. 581 sqq.) qui lui composent une physionomie si attachante et si mobile. La limpidité de style et l'intérêt historique des faits relatifs à la guerre des Gé venues (pp. 569, sqq.), une finesse spirituelle, même en matière de religion (pp. 568, 573), où se retrouve l'auteur des Grands Jours
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(T Auvergne^ rendent fort agréable la lecture de la correspondance de Fléchier. On goûtera dans celle de saint Vincent de Paul une bonhomie touchante et même humoristique à l'occasion (pp. 23, 26, 29, 31); et dans celle du père Hamon une tendresse suave et émouvante qui parlait plus haut au cœur de Racine que les « excommunications » effarouchées de la mère Agnès de Sainte-Thècle (p. 445), si bien qu'il voulut être enterré au pied de sa fosse. Quant à Antoine Arnault, le plus illustre de ces grands Messieurs de Port-Royal, ce n'est pas sa correspondance qui permettrait déjuger de son mérite, mais elle donne une idée suffisante de son autorité en littérature comme en morale (pp. 188, 189, 191), et aussi de cette noblesse soutenue avec laquelle il gouverna sa vie et maintint ses opinions (p. 194) et qui lui valut, plus que tout le reste, d'être appelé, au milieu du grand siècle et par Boileau, le Grand Arnault.