Supplique à Notre Très-Saint-Seigneur et Père le Pape Pie IX [microforme]
' ^ ' ' ', Supplique à Notre Très-Saint Seigneur et Pere le Pape Pie IX. TRÈS SAINT PERE,
Nous, soussignés, Evéques sutlragants de la Province Métropolitaine de Québec, humblement prosternés aux pieds de Votre Sainteté, que, nous baisons avec une profonde vénération, prenons la respectueuse liberté de Lui exposer, en toute confiance et humilité, que Nous Nous trouvons gravement compromis
aux yeux de la S. Congrégation de la Propagande par certains rapports qui y
auraient été faits contre nous — C'est toutefois en protestant de tout notre cœur que nous professons un profond respect pour toutes les Congrégations romaines en général, et pour cette Sainte Congrégation de la Propagande en particulier, que nous le faisons.
1°. Une lettre de Son Eminence, le Cardinal Préfet de cette Sainte Congrégation, écrite le 18 Mai dernier, et dont copie a été envoyée à chaeun de nous, nous fait connaitre que des rapports y auraient été faits par différents personnages, tendant à y faire croire que le clergé de la Province aurait gravement compromis les intérêts de la religion en intervenant dans les élections politiques.
Les soussignés se regardent comme strictement obligés de réclamer contre cette assertion ; et ils déclarent formellement à Votre Sainteté que la Nacrée Congrégation a été certainement induite en erreur, en prêtant l'oreille à des hommes qui se tiennent cachés dans l'ombre, pour porter une accusation aussi odieuse contre le Clergé de toute une Province qui, grâce à Dieu, est attaché à ses devoirs. Ils se font forts de prouver que la conduite de leur Clergé, pendant les élections, a été celle tracée par les décrets de leurs conciles provinciaux sur ce sujet, lesquels n'ont été publiés qu'après l'examen qui en a été fait par le 8t Siége. Wi quelques prêtres eussent été juridiquement convaincus d'avoir oublié ces règles si sages, ils en auraient été certainement réprimandés par leurs Evêques respectifs.
2°. Le dit Cardinal Préfet dans une autre lettre écrite à S. G. Mgr l'Archevéque de Québec, le 29 Mai, et communiquée à chacun des Evéques soussi gnés, mentionne certaines résolutions prises par eux par lesquelles il est défendu aux professeurs de l'Université catholique de Laval de. s'immiscer activement dans les affaires politiques du Canada.
Les Soussignés se regardent comme profondément humiliés d'avoir à répondre à des accusations si dénuées de tout sentiment des plus simples convenances et présentées sous des formes odieuses et compromettantes pour le caractère sacré dont ils sont revétus.
Permettez-leur de remarquer que les Evéques n'ont jamais ordonné à l'Université d'empécher ses Professeurs de se méler de politique, mais recommandé, et cela à la demande formelle de quelques-uns des Professeurs-Prétres de l'Université- Laval.
Rien ne leur sera plus facile de prouver à Votre Sainteté qu'en recommandant ainsi aux Professeurs de la dite Université-Laval de ne point s'immiscer activement dans les élections, ils n'ont eu intention que de prévenir un très grand scandale, celui de laisser marcher à la tête des libéraux, qui foulaient aux pieds leurs Mandements et leurs Lettres Pastorales tracant aux Fideles les regles qu'ils avaient à suivre pour faire de bonnes élections, des hommes dont l'influence pouvait être d'autant plus funeste qu'elle paraissait soutenue de l'autorité de la dite Université.
En attendant, ils croient devoir faire observer à Votre Kainteté qu'après le premier désir exprimé au Séminaire, sur qui seul repose toute la responsabilité des faits et gestes de l'Université-Laval, de veiller à ce que ses Professeurs ne se compromissent plus dans les élections, comme ils avaient fait précédemment, il s'écoula un an entier, sans qu'aucune réponse ait été donnée aux soussignés.
Une seconde recommandation, donnée en des termes plus explicites, comme de juste, demeura encore un an sans réponse. — Cette réponse fut évasive et n'était au fond qu'un refus de se conformer au désir des soussignés dont on est allé se plaindre à Rome. Les principaux motifs allégués dans cette réponse du Recteur, pour justifier ce refus, sont au fond ceux qui ont été formulés de- “ant la S. Congrégation comme sujet de plaintes contre les soussignés.
Rien de plus futile et de plus faux que ces allégués. Car, à entendre ces accusateurs, l'Université-Laval serait exposée à tomber si on en éloignait ces professeurs. Or il n'en est rien du tout ; mais, ce qu'il y a de certain, c’est que cette Institution jouivait davantage de la confiance des familles si tous ses professeurs avaient la confiance des Evéques. Malheureusement, ce n'est pas le cas; les soussignés ont la douleur d'admettre ce fait regrettable. our ce qui les regarde, ils ont fini par déclarer qu'ils ne voulaient plus rien avoir à déméler avec cette Université.
39. Dans sa dite lettre du 18 Mai dernier, Son Eminence s'adresse à S. G. Mgr l'Archevéque de Québec, pour avoir des informations exactes, concernant les prétendus troubles occasionnés par l'intervention du Clergé de la Province dans les élections politiques, et pour apprendre de lui quels moyens de prudence sa sagesse suggère pour éloigner les difficultés qui se sont présentées.
Ce n'est pas dans une simple supplique comme celle-ci, que les soussignés peuvent faire un exposé complet de cette malheureuse affaire, pour que Votre Sainteté puisse l'apprécier à sa juste valeur. Mais ils le feront dans un Mémoire particulier ; et forts de la justice de leurs réclamations, ils ont la pleine confiance de pouvoir lui présenter cette question, qui est si fort embrouillée, sous un jour si lumineux que ce mémoire devra paraitre aux yeux des gens sans préjugés vraiment inattaquable.
Ils croient devoir en attendant présenter iei à Votre Sainteté quelques observations générales qui lui donneront toute la clef de cette sérieuse difficulté.
Vers la fin de l'année derniére, nos libéraux se montrant plus excités,
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quelques Evéques proposèrent à S. GG. Mgr l'Archevéque de s'entendre avec ses Suffragants, pour donner une lettre collective, qui serait publiée dans toute la Province, afin de fermer la bouche à ceux qui, pour s'autoriser dans leurs fausses opinions, trouvent toujours des prétextes de se soustraire à l'enseignement de leur Evéque, en invoquant l'autorité de quelques autres Evéques dont malheureusement ils abusent pour tromper le bon peuple.
L'Archevéque acquiesça volontiers à cette proposition, et il voulut bien à la prière de ses suffragants, rédiger lui-méme cette lettre Pastorale qui fut ensuite souscrite de grand cœur par tous ses Suffragants et publiée le 22 Septembre 1875. Votre Sainteté en jugera Elle-méme ; car une copie de cette lettre est soumise, avec la présente Supplique, à ses sages appréciations.
Mais pendant que la masse du Clergé et des bons Catholiques dans toute la Province. applaudissaient à cet important document, les libéraux, qui y voyaient la condamnation de leurs principes et la ruine de leur parti se portèrent, dans leurs écrits à des excès inouis. Comme ce moyen ne leur réussissait pas, ils employérent toutes sortes d'intrigues et d'autres moyens condamnables pour faire revenir les Evéques sur leurs pas.
L'Archevéque, à ce qu'il parait, fut ébranlé par toutes les menées secrètes qui se tramaient autour de lui pour le détourner de la voie dans laquelle il était entré si généreusement avec ses suffragants.
Il préta l'oreille aux propositions qui lui furent faites de modifier la dite Lettre Pastorale, ou plutôt de la regarder comme non avenue.
Mais comme il ne pouvait inodifier seul une lettre qui était entrée dans le domaine public, revétue des signatures de tout l'Episcopat de la Province, il comprit qu'il devait avant tout travailler à avoir le concours de ses Suffragants. Il leur proposa done son projet. Mais tous d'une voix unanime, lui répondirent que la position qu'ils avaient prises dans leur lettre collective, qui n'est que le résumé des documents du St-Siége et des Décrets de nos conciles provinciaux, leur paraissait si juste et si honorable pour l'Eglise, qu'ils n'entendaient nullement la quitter, et qu'ils voulaient à tout prix s'y fixer.
Là-dessus, l'Archevéque jugea que le seul moyen possible de se tirer de l'embarras que lui suscitaient ses amis était d'adresser au Clergé et au Peuple de son Archidiocése un Mandement dans lequel il omit tout ce qui avait rapport au libéralisme Catholique, et il en formula l'exécution de maniére à imposer silence au Clergé ou à ne lui permettre que des choses qui n'embarrasseraient nullement les libéraux, qui, par là, demeureraient maitres du champ de bataille.
Tel est le point de la difficulté qu'a prétendu trancher S. Em. le Cardinal Préfet, en chargeant l'Archevéque seul, àl'exclusion de ses Suffragants, de faire les suggestions que, dans sa sagesse, il trouverait convenables et propres à faire cesser ces difficultés. Il est facile de s'apercevoir que l'Archevéque est appelé ici à juger sa propre cause.
Quoiqu'il en soit, Votre Nainteté conclut facilement que l'Archevéque, au lieu de soutenir et de protéger ses suffragants, dans la cause qu'ils s'étaient engagés, d'un commun accord, à défendre, les abandonna à la fureur des libéraux. Aussi se sont-ils portés à toutes sortes d'excès dans des écris furibonds publiés sur ce sujet, dans leurs journaux.
Il s'est montré également faible, quand il a fallu venger ses mêmes suffragants, quand il a vu l'Université-Laval les traiter avec un mépris affecté ; aprés s'étre uni à eux pour demander que le Séminaire de Québec ne permit pas aux Professeurs de Laval de se mêler activement des élections, il a fini par les abandonner, et par approuver les démarches de l'Université contre les vues des Evèques.
Toutes ces observations sont, comme de raison, abandonnées aux appréciations de la Supréme sagesse de Votre Sainteté.
Tout ce que les Soussignés attendent aujourd'hui de Votre Sainteté, c'est que Vous daigniez recevoir avec votre bonté paternelle Monseigneur LaFlèche, Evéque des Trois-Rivières, qui veut bien consentir à faire le voyage de la Ville Sainte , pour Lui donner toutes les explications qui Luisont nécessaires pour qu' Elle puisse leur rendre la justice qu'ils croient mériter du Naint-Siége qu'ils vénèrent et honorent d'un culte vraiment filial.
Ils eroient devoir déclarer en méme temps qu'ils reposent toute confiance dans la prudence, l'impartialité et les intentions droites de ce digne Evéque. Ils supplient en conséquence Votre Nainteté de vouloir bien croire qu'il est. autorisé par eux à Lui exprimer leurs vrais sentiments sur les questions qu'il s'est chargé d'exposer au St-Siége pour le plus grand bien des Eglises confiées à leurs soins.
En recommandant ainsi à Votre. bonté paternelle leur bien-aimé Frère, porteur de la présente Supplique, ils vous conjurent, Très-Saint-Père, de vouloir bien en exaugant leurs prières, les bénir tous, avec leur Clergé et les Fidéles confiés à leurs soins.
Vu les efforts inouis faits ici pour répandre furtivement le libéralisme catholique, les Soussignés supplient instamment Votre Sainteté de condamner expressément pour notre Canada cette subtile et dangereuse erreur qui menace de déraciner des cœurs de nos bons catholiques tout sentiment de foi et de piété. Par cette condamnation solennelle, Votre Sainteté couronnerait glorieusement les combats qu'Elle livre à ce funeste libéralisme depuis tant d'années avec une vigueur vraiment apostolique.
Montréal, le 13 Juillet 1876.
(Nignés) f IGNACE, Ev. nz MoNTREAL.
H + EDOUARD CHS. Ev. DE GRATIANOPOLIS.
si + ANTOINE, Ev. DE SHERBROOKE.
“ t JEAN THOMAS, Ev. r'OrrAWA.
LL t LOUIS-ZEPHIRIN, Ev. DE ST-HYACINTHE.
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