LES AUTRES FONDATIONS DE GÉRARD
D'après la tradition, Gérard de Roussillon ne borna pas ses largesses à la construction de Vézelay et de Pothières. Il aurait fondé en outre d'autres abbayes, ainsi mentionnées dans le Manuserit de Beaune :
t Item Hz (Gérard et Berthe), fondèrent une abbaye dans les fourbours
• de la cité d'Aussen^e, moult rtohe et mouU belle et y mit des moinnes c de Tordre de Sainct*Benoist, mais maintenant ce sont chanoinnes et « Tappeir on Téglise monseigneur Sainct Pierre.
« liemy une autre en Flandre en laquelle a à présent moinnes noirs, « et me semble que c'est Téglise Saint-Bertin, qui est situé en la ville de c Saint-Omer, et en sa dicte conté de Nertes ou de Burbant (Brabant) « fonda, édiflia et construisit plusieurs églises, comme Tabbaye de Leuse,
• l'église N.-D. de Anihoing, celle de Gondet (Gondé) et l'église de
• Royalcourt* •
Jtem^ un moult noble prioré que on appelle Sixie, la où monseigneur c Gérard fit son giste la dernière fois que il combattit le roi Gharles-le- « Ghauve, et dit l'histoire que Sixte est au dessoubs de Sens.
« Ilem^ l'église Sainte-Marie et Saint-Lazare d'Avallon.
S'il en fut ainsi, l'on doit regretter que les chartes de fondation de ces églises et abbayes, moins favorisées que celles de Pothières et de Vécelay, ne soient point arrivées jusqu'à nous. Mais peut-on repousser absolument la tradition? Non, car elle reçoit une sorte de sanction des légendes historiques du Brabanl, de la Flandre et du Hoinaut, non seulement en ce qui a rapport aux fondations ci-dessus indiquées, mais à d'autres encore situées dans les mêmes lieux que Gérard gouverna au nom de l'empereur Lothaire.
Gomment pourrait-il se faire, observe très justement M. Ghérest, que dans la Gaule septentrionale tant de lieux invoquassent Gérard comme leur fondateur, s'il fût resté complètement étranger à ces pays. (Contrée ieientifique d'Auxerre^ t. II, p. 307).
La Collégiale d'Avallon.
L'église de Sainte-Marie de Saint-Lazare d'Avallon. Les vieux historiens de la Bourgogne rapportent qu'on y voyait un très ancien reliquaire où Gérard était représenté offrant l'église à la Sainte- Vierge. Il portait une plaque d'acier sur laquelle était gravée cette inscription :
« Je suis Girard de Rossillon, duc de Bourgoingne: régime éTAuallon « pour N. P. fondai pour les victoires que Dieu me do^na contre CKarlet- U'CAauve et nos ennemis Van VIII cent IL VI. »
Ge roi i«f noire a disparu. Le Nécrologe de Tégliso Sainte-Marie et Saint- Lazare lixe la mort du bienfaiteur au IV des nones de mars 874.
D'api*ès les historiens de l'ancienne Bourgogne, notamment Bargedé, la charte de fondation existait dans les archives de l'église. Gourtépée cite un procès-verbal dressé en 1554 par le conseiller Bégat, qui affirme avolif vu cette charte.
Voilà des témoignages, sinon tout à fait di|;aes de croyance, du moins discutables, et d'après lesquels la traditiiHi acquiert une sorte de consécration historique.
58 GÉBARD DB ROUSSlLLOIf.
Prieuré de Siwte.
Au territoire de la commune de Michery, à deux kilomètres de Pontsur- Yonne, se voient encore les restes de cet ancien prieuré. Victor Petit nous en donne, dans son Itinéraire (voyage 5), ces quelques détails :
« Les bâtiments primitifs ne sont pas parvenus jusqu'à nous. Le corps « de logis principal, auquel oh accède à travers un large fossé, ne semble « dater que du xvi" siècle, de même que deux tourelles flanquées aux « angles de Tenceinte, aujourd'hui ruinée et couverte de broussailles.
« A droite, dans la cour, on retrouve Tancienne chapelle. Presque t intacte il y a peu d'années, elle fut démolie en grande partie vers 1842 « pour construire une auberge sur la route. Les petites fenêtres cintrées « indiquaient le xii« siècle.
« Ce prieuré fut fondé par le fameux Gérard de Roussillon, qui le légua « à l'abbaye de Vézelay, avec la terre de Villemanoche. »
Arrivons maintenent à l'ancienne abbaye de Saint-Pierre à Auxerre.
Saint-Pierre éCÂuxerre.
Au VI" siècle, le règlement de Saint Aunaire mentionne déjà cette
* abbaye. Depuis, elle figura au troisième rang, à la suite des abbayes de
Saint-Germain et de Saint-Amatrc. On croit qu'elle fut détruite par les
Sarrazins. En admettant la réalité de la tradition, Gérard de Roussillon
l'aurait donc seulement réédifiée.
La Galliana Christiana, t. XIl, au témoignage de M. Leclerc de Fourolles, l'historien de l'abbaye de Saint-Pierre d'Auxerre, mentionne ce fragment d'un ancien nécrologe de l'église Saint-Pierre :
« Tertio nouas octobris obiit bonœ memoria Gerardus de Rossilione Bnrc gundiœ corne et dux qui fuit fondator hujus ecclesiœ, aique conventus. »
• C'est sans doute ce texte, ajoute notice éminent concitoyen, qui aura « fait penser à quelques auteurs que Gérard de Roussillon avait été le t fondateur de notre église ; ils se sont évidemment trompés, puisqu'elle « existait déjà. Ce fragment du nécrologe, pieux souvenir de la recon- « naissance des religieux, ne signifie pas autre chose que la réédiflcation « de l'ancienne église par le comte de Bourgogne, Ainsi l'ont interprété « les frères sainte Marthe, dans un passage cité eu tome XUI de la Gaule* « chrétienne. » (Xnnuaire de V Tonney \Wi, ^, 192).
De cet ancien Nécrologe, l'église actuelle de Saint-Pierre n'a gardé aucune trace. Mais il va do soi qu'en lui-même, il ne peut conduire à la preuve du point en litige. Aucun auteur ne témoigne, comme pour la Collégiale d'Avallon, d'une charte de fondation qui constituerait une' preuve réelle, irréfragable.
Le titre du comte et duc do Bourgogne, attribué au comte Gérard par le Nécrologo et adopté de confiance par M. Leclerc de Fourollcs^ procède en droite ligne do la légende, loin de pouvoir la consacrer.
GiRARD DE ROUSSILLON. 59