‹ Sur l'aimantation des terres cuites et ses applications géophysiquesChapitre 66 sur 74 · Age des briques étudiées · texte numérisé non relu

Age des briques étudiées

Reste maintenant la question sans doute la plus délicate et qui n’est plus de la compétence du géophysicien: fixer l’âge des objets. Il faut que toutes les briques d’un lot apporté au laboratoire soient d’une même époque bien connue. Le choix ne peut se faire que sous

le contrôle d’un archéologue averti ou d’un architecte des monuments historiques, car il ne suffit pas de connaître l’âge d’une construction, encore faut-il être sûr que le point de prélèvement est dans une partie datant de l’origine. Sauf le cas de remaniements importants, mais alors ils doivent être connus, un œ1l exercé reconnaît des réfections locales : aspect, mortier et souvent dimensions des briques (?).

On peut objecter que l’âge de la construction n’est pas forcément celui des briques ; en effet, on a parfois remployé des matériaux anciens ; d’ailleurs des briques ont pu être utilisées longtemps après leur cuisson. Je crois qu'on se met à l’abri des erreurs d'âge en ne prenant des matériaux que sur des monuments importants par la grandeur et la destination (*) et homogènes ; de telles constructions ont été édifiées, le plus souvent, avec des briques neuves cuites au fur et à mesure des besoins et, en général sur place, car n’est-cé pas un des avantages des briques de ne pas nécessiter de transports importants ? |

J’ai opéré jusqu'ici par prélèvement d’une vingtaine de briques. Je crois qu’une bonne méthode est la suivante, que je m’astreins maintenant à utiliser: un architecte des monuments historiques ayant limité sur une construction tout ce qu'il croit être de telle époque, faire, en 3 points éloignés les uns des autres, des prélèvements de 10 briques, et repérer approximativement à la boussole leur

(?) I serait bon, néanmoins de préciser l'effet des modifications chimiques qu’ont pu subir les briques : je m'efforce, au cours des prélèvements, de les choisir au cœur dés murs où elles sont intactes, apparemment du moins.

(?} Les dimensions des briques dans une région ont fortement varié suivant les époques et, pour des réparations actuelles même sur des monuments historiques, on ne s'astreint pas à faire des briques de la grandeur de celles rencontrées dans la construction.

(5) Monuments historiques le plus souvent.

“position dans la construction. Chaque série de 10, après mesures, donnera une inclinaison moyenne ; les 3 nombres doivent être assez voisins. S'il y a des écarts importants entre eux, on pourra penser ou à des réfections (briques d’âges différents) ou à des réchauffements ou à des aimantations par champs intenses ; la comparaison des valeurs obtenues dans chaque série et des positions dans la construction nettes parfois de déceler la cause des différences (par exemple réchauffement par incendie et nouvelle aimantation dans le champ terrestre). Les mesures seront conduites comme il a été indiqué au $ 56 de facon à éliminer les quelques briques qui pourraient être susceptibles d’aimantation rémanente à froid dans le champ terrestre. S'il y a accord approché des 3 valeurs moyennes, la probabilité de retrouver l’aimantation thermique initiale sera grande et la moyenne générale sera proche de l’inclinaison du champ terrestre à l’époque de la construction au lieu considéré. | 84. Résultats.

Malgré l’extrême obligeance des archéologues et des architectes des monuments historiques, 1l

Briques de la période dite des temps modernes.

est difficile de constituer des séries importantes de briques ae connu. Souvent J'ai reçu des séries ou trop peu nombreuses ou mal datées ; pour les premières, J'ai fait des mesures ot pouvoir les compléter ; les autres ont été abandonnées. Malgré un gros effort, Je n’ai encore qu’un petit nombre de séries sûres : les plus anciennes sont du xv® siècle, les matériaux gallo-romains mis à part. :

19 VERSAILLES, 1790 : série I (Ir à L20).

Communs de Trianon (ménagerie) ; mur d’un petit pavillon entre les cours de la Conciergerie et de la Comédie. Sur un plan de 1746, cette construction n'existe pas ; elle figure sur un plan de 1753. Matériaux et renseignements sont dus à M. Guéritte, architecte en chef des monuments historiques.

Briques régulières, homogènes, petites (21 X 10 X 4,7 cm.) cuites au bois. La série est de 20 briques dont 19 sont mesurables à l’appareil d’induction : aimantation spécifique moyenne 6,5.10-* (valeurs extrêmes 23,4. 10 * et 0,9.10—*). Moyenne des inclinaisons 74°0 (tableau on

20 Borscommux (Loiret), 1540 : série IT (ITr à [T2r).

Remparts de la ville, à 150 mètres au SE de l’église. Matériaux et renseignements dus à . he ritte.

Briques assez grossières, friables ; dimensions : 22,5 X 11,3 X 4,5 em; sur 21 briques prélevées, 12 seulement ont été mesurables : aimantation spécifique moyenne 8,1.10 + (valeurs extrêmes o et 916.10“). Moyenne des inclinaisons 640 15’.

La date de cette série sera peut-être légèrement rectifiée après une étude plus approfondie des documents archéologiques ; la série, en tout cas, sera abondamment complétée.

39 Versaizes, 1680 (?) : série IT.

Briques assez semblables à celles de la série I. 15 briques dont 7 seulement sont mesurables. Aimantation moyenne 4,5.1074 (valeurs extrêmes 0,5 et 19,6. 10°). Moyenne des inclinaisons, 709 30’.

Série dont la date reste à préciser et qui sera, probablement, complétée.

4° Ham (Somme) : série IV.

Château de Ham (vers 1440). De ce beau château fort qui a beaucoup souffert de la dernière guerre, il ne reste que la Tour Carrée, actuellement en démolition. Prélèvement avec l’aide de MM. Poiteux et R. Levasseur. : |

25 briques : les 18 premières ont été prises à la partie supérieure de la Tour ; les dernières dans la

Thèse Thellier. ré

partie supérieure de l’escalier en colimaçon (2,3 et 11 sont probablement cuites à plat). Aimantation spécifique moyenne 1,9.10-* (valeurs extrêmes 0,4 et 20,7. 10"). ne

1 groupe : 10 seulement sont mesurables en tenant compte des 3 supposées cuites à plat. Moyenne des inclinaisons : 680 30’.

2% groupe : 6 sur 7 sont mesurables. Moyenne des inclinaisons : 610 0.

Devant cette différence importante, j'ai fait un examen plus attentif de la construction : il voa eu, semble-t-il, des réfections considérables et il est impossible de savoir où sont les briques primiüves, s’il en reste d’accessibles. D’autre part, on observe une petite différence de dimensions entre les briques des 2 groupes ; elles sont sans doute d’âges différents, celles du 17 groupe étant les plus récentes ; celles-ci appartiennent, en effet, à une sorte de petite construction qui paraît ajoutée sur le sommet de la Tour. Les briques de l’escalier, disposées en voûte, datent peut-être du début de la construction ; la valeur 610 0 obtenue pour elles s’alignerait assez bien sur la courbe qui sera donnée

plus loin. Bien entendu, j’ai complètement abandonné toute cette série (Eh

59 Fréroy-Le-Cuareau (Oise) : série V.

Renseignements à compléter ; non étudiée.

6° Meaux (Seine-et-Marne) : série VI.

Ancien Evêché ; prélèvement préparé mais non effectué:

79 Cazais, 1690 : série VII.

Ouvrage bâti par Vauban avec le fort Nieulay. « La construction du fort Nieulay fut décidée en 1677 ; les travaux continuèrent pendant l’année 168 ; Louis XIV alla visiter le fort le 15 juillet 1659 et témoigna sa satisfaction. Mais l'ouvrage serait postérieur, vers 1692 (archives des services hydrographiques, portefeuille 90, pièce 32). » Matériaux fournis par M. Tassart, entrepreneur, par l’intermédiaire de M. A. Capet. Renseignements archéologiques dus à la bienveillance de M. le docteur Le Roy, à Calais. |

20 briques toutes mesurables (?) ; elles sont blanches (presque comme de la craie), dures, sonores ; des parties sont jaunes et friables : zones sableuses de la pâte. Aimantation moyenne 3,9.10 * (valeurs extrêmes 1,0 et 13,2.10 *). Moyenne des inclinaisons : 74015 (sur 19 briques ; VII 13 est aberrante, inclinaison sur la face M serait 440 et sur la face G 520 50).

89 Bourocne-sur-MEr, 1935, série VIII.

Briques provenant de la démolition d’une cloison à l Hôtel -de-Ville. Ce sont encore des briques blanches mais avec zones rouges ; elles sont beaucoup moins aimantées que les précédentes.

20 briques, 8 seulement sont mesurables. Aimantation moyenne : 1,5.10-* (valeurs extrêmes : o et 6,0.10 *). Moÿenne des inclinaisons : 71030. Cette valeur n’est établie que par moyenne de 7 nombres (VITT1r est aberrante) ; elle est donc peu sûre. De plus, M. Capet qui m’a fourni cette série a appris récemment que des modifications avaient été apportées près du point de prélèvement (percement d’une porte) longtemps après la construction ; 11 craint que le lot ne contienne, ainsi, quelques briques postérieures à 1735. |

Toute la série est, je crois, à abandonner.

{} Dont le prélèvement m'aurait été déconseillé si j'avais pu avoir le secours d’un architecte connaissant ce monument. (?) Il est singulier que ces briques blanches que l'on croirait, à priori, non aimantées, le soient suffisamment pour être toutes mesurables, cé qui est rare. I faut retenir, en tout cas, que des briques blanches ne doivent pas être rejetées sans examen.

99 CHâreaunun (Eure-et-Loir), 1460 : série IX.

Au château, dans l’aile Dunois. Tous les remplissages, en voutains, entre solives des plafonds, sont constitués uniformément, dans cette aile, par de petites briques 20,5 X 9,5 X 5 cm, régulières, malheureusement peu cuites ; elles sont blanches mais tendres.

Sur 32 briques étudiées, 2 seulement ont été mesurables (teinte plus rose). Elles ont donné 63935 et 61° 4o.

Renseignements et autorisation de prélèvement de M. J. Trouvelot, architecte en chef des monuments historiques ; prélèvement avec le concours de M. Esnault, architecte.

Ces briques qui semblent datées avec beaucoup d’exactitude (documents relatant un achat de 100.000 de ces briques), sont intéressantes par la grande homogénéité de la construction, très vaste, où on les rencontre. J'espère pouvoir, lors de réparations qui paraissent urgentes, prélever un grand nombre de ces briques, parmi les plus cuites. |

100 Tours (Indre-et-Loire), 1460 : série X.

Maison dite de Tristan. Autorisation de prélèvement de M. Bray, architecte en chef des monuments historiques. Prélèvement sous la direction de M. Boucheron, architecte des monuments historiques, avec le concours de M. Garestier, professeur à l’école de médecine à Tours.

D’après M. Boucheron, l'immeuble appartenait en 1495 à un certain Pierre du Puy et on admet qu'il l'avait fait construire. M. M. Aubert, membre de l’Institut, fixe la date de cette construction vers 1460.

Le prélèvement a été fait dans des parties en bon état : dans la tour (1 à 6), au 3€ étage (7 à 11) et au 2€ étage (12 à 21). Aimantation moyenne T1. 10.4 Valeurs extrêmes : 1,3 et 75.107. Toutes les briques sont mesurables. |

Moyenne des inclinaisons : pour la tour 57° 50.

—- —- 3% étage 020 TO:

SEA nie 2€ étage 61° 4o.

Moyenne générale : 600 45.

119 Luce 1465 : série XI.

Palais Rihour, baie du fond de la chapelle ; ce palais a été élevé par les ducs de Bourgogne de 1452 à 1408.

Grandes briques rouges (25 X 12 X 6 em.). Aimantation moyenne 1,7.10 * (valeurs extrêmes 0,5 et 3,2.10-*). XI 20 dont l’aimantation est très forte 5 — 85.10 * n’est pas utilisée pour celle moyenne. |

Renseignements et prélèvement, grâce à l’obligeance de M. le docteur Benoit, à Lille. Comme à Châteaudun, la date paraît précisée par des pièces d'archives : achat de 100.000 grandes briques pour le palais en construction (comptes de la ville de Lille, 1466/1467).

20 briques dont 18 sont mesurables, XI.12 est éliminée. Moyenne des inclinaisons : 659 15.

150 TouLousse, vers 1400 : série XET.

Clocher de l’église du Taur. Renseignements et autorisation de prélèvement de M. Hulot, archi- Lecte en chef des monuments historiques. Prélèvement sous la direction de M. Cazes, architecte.

Grandes briques plates (38 X 25 X 4 em). Aimantations fortes ; aimantation moyenne : 23.10 °. Valeurs extrêmes : 5 et 55.10 *.

Une difficulté sérieuse surgit ici : comment ces grandes briques étaient-elles disposées à la cuis-

son ? Pas à plat certainement (dans l’ensemble du moins) mais de champ ou en bout. D’après les mesures, il semble que : XII2 ait été cuite à plat : XIT9 sur la face M (de champ) c: toutes les autres debout sur la face P. Mais le maintien dans la position verticale (face P horizontale) était-1l aussi bon que pour les briques ordinaires ? Les nombres, on le verra tableau XXXVII, sont vraiment dispersés et je doute qu’on puisse attacher de la valeur à la moyenne des inclinaisons.

Cette moyenne est 559 30 (16 échantillons).

Les briques sont assez irrégulières ; plusieurs mesures sur des fragments provenant d’une même brique donnent des nombres assez différents : 650 40, 660 30, 640 pour XIT.11. L'accord des mesures sur fragments est habituellement bien meilleur.

130 TouLouse, 1285 : série XIII.

Chapelle absidale du couvent des Jacobins. Même brique plate et prélèvement dans les mêmes conditions que pour la série XIT. D’après M. Cazes, cette chapelle fut construite vers 1285, mais elle fut remaniée fin xv® siècle ou début xvi®, et l’âge des matériaux ne peut guère être précisé. Aimantation moyenne 48.104.

Valeurs des inclinaisons mesurées sur chacune des briques

Tagreau XXXVII

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