‹ Sur l'œuvre de Pierre LotiChapitre 3 sur 29 · ALLAH AK'BAR · texte numérisé non relu

ALLAH AK'BAR

Un instant tout s'apaise et tout semble en arrêt. On attend... Puis, soudain, au plus haut minaret, Le blanc drapeau d'Allah surgit vers la lumière.

C'est l'heure sainte ! Ému, drapé dans ses burnous, Le peuple des Croyants se prosterne à genoux Pour entonner le chant d'une immense prière.

Ramadhan

« Allah Ak'bar ! »... L'heure sainte est enfin sonnée, l'immense cri retentit sur la ville. A genoux, tous les burnous de laine : c'est le Moghreb, le premier Moghreb du Ramadhan...

Au Maroc.

RAMADHAN

ans le recueillement des vieux songes mystiques, L'appel des muezzins fidèlement lancé, Soudain a retenti, sonore et cadencé, Proclamant le retour des signes prophétiques.

Et voici que, du haut des minarets antiques, Le Moghreb qui fait trêve au jeûne commencé Vibre par le soir calme et d'ombre nuancé, Comme un signal joyeux de fête et de cantiques.

28 RAMADHAN

Croyants, prosternez-vous ! A l'Orient nacré, Le premier Croissant d'or du Ramadhan sacré Entr' ouvre sur le ciel ses paupières arquées;

Et déjà, pour bénir vos hymnes familiers,

Parmi la nuit d'Islam s'allument, par milliers,

Les couronnes de flamme au front noir des mosquées.

Suleïma

Éclairée en-dessous par la flamme de sa lampe, elle est svelte comme une forme grecque dans ses longs vêtements blancs ; elle a relevé ses bras nus au-dessus de sa tête, et son ombre qui monte au plafond noir ressemble à une ombre d'amphore...

Suleïma.

SULEIMA

ANS la chambre où s'exhale un parfum d'encensoir, Suleïma-ben-Kaddour, de son pas uniforme Et rythmé, pour qu'un charme en sa langueur l'endorme, Sur la natte de jonc, très lente, vient s'asseoir.

Elle sourit, les bras nus relevés, sans voir Que la lampe mourante et projetant sa forme Profile sur le mur comme une amphore énorme Qui tremble derrière elle et monte au plafond noir.

32 SULEÏMA

Par instants le sommeil clôt ses longs yeux d'idole Or, tandis qu'un soupir, de sa lèvre, s'envole Vers l'oasis natale où croît le tamaris,

En rêve, elle revoit : plaines, halliers, savanes, Le fond bleu du Sahel et les grands méharis Foulant le sable d'or au chant des caravanes.

L'Oued-el-Aïn

Oh ! l'Oued-el-Aïn, la Vallée de la Fontaine ! Avec quels mots, avec quelles images de fraîcheur empruntées aux poètes de l'ancien Orient, peindre cet Éden, caché dans les granits du Désert?...

Le Désert.

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