SÉANCE DU 10 AVRIL
pas aussi floribonde que le spécimen figuré par M. Hooker ; mais en dehors de cette particularité, qu’on peut attribuer à la culture, il n’est pas possible de douter de son identité avec la Saxifrage introduite par Fortune: même absence de stolons et de ponctuations purpurines sur les pétales; mêmes grands pétales denticulés ou incisés, rien n’y manque; et comme ces caractères se retrouvent sur tous les spécimens, on peut affirmer que le S. Fortunei Hook. croît spontanément dans le Thibet chinois, où M. l’abbé David l’a rencontré sur les rochers humides des hautes vallées de la province de Moupin.
M. Dickins m’a également envoyé cette Saxifrage il y a quelques années, il l’avait observée en assez grande abondance sur les rochers de Hachijo, petite île volcanique dépendant de l’empire japonais et située à 200 kilomètres en mer, au S. E. de Nippon. La plante de Hachijo présente les mêmes caractères que celle de Moupin, elle est seulement un peu plus trapue et encore moins floribonde.
Faut-il considérer le S. Fortunei comme une espèce distincte du S. cortusœfolia ? M. Hooker l’a pensé et M. Engler paraît partager cette opinion. Mais M. Maximowicz fait observer qu’il n’est en réalité différencié du S. cortusœfolia que par un seul caractère, celui d’avoir des pétales longs plus ou moins dentés, et il croit, sans toutefois se prononcer définitivement, qu’on doit le réunir, à titre de variété remarquable, à la plante de Siebold et Zuccarini.
L’examen que j’ai pu faire de spécimens assez nombreux, spontanés et de provenances très éloignées, me porte à partager l’opinion de M. Maximowicz. Le S . cortusœfolia est une plante extrêmement variable dans la forme de ses feuilles, ce qui a été constaté depuis longtemps, mais aussi dans celle de ses pétales longs, qui peuvent être linéaires ou largement lancéolés (mais toujours aigus aux deux extrémités), avec toutes les nuances intermédiaires; cette variabilité dans la forme des pétales s’observe également chez le S. Fortunei. Ceux de la plante figurée par M. Hooker sont étroitement oblongs; ceux des spécimens de l’île de Hachijo sont un peu plus larges et nettement lancéolés; dans la Saxifrage de Moupin, ils passent de la forme largement ovale à la forme étroitement lancéolée.
Quant aux dents de ces mêmes pétales longs, je les vois tantôt profondes, tantôt superficielles, tantôt réduites à des callosités ou à des cils écartés. Leur nombre varie de deux à six de chaque côté; quelquefois ces dents sont toutes du môme côté ; enfin, sur un spécimen récolté dans un jardin d’Yédo par le docteur Savatier, plusieurs fleurs, dans une même panicule, ont leurs pétales longs dentés ou incisés, tandis que d’autres les ont seulement bordés de quelques cils rares ou sont même tout à fait entiers sur les bords.