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de Quelques individus de l’armée auxquels il attribuait les malheurs dé la funèste campagne qu’il venait de faire. Il arriva à Naples le i$ mai au soir, et la nouvelle en fut aussitôt répandue dans la ville. Presque tous lés courtisans sé présentèrent au palais ; il lés reçut avec calme et dignité : jamais il né fut plus roi qu’au moment où il allait cesser de l'être.
Le lendemain matin il se décida à traite^ avec le vainqueur, afin dé faire ééssér l’effusioit du sang. II désigna ses négociateur.
II passa le resté dé la journée dans l’intérieur de sa famille , et n’y admit que Sès plus intiméS confidens. Il manifesta à l’un d’éui l’intention de se retirer à Gàëtè , et de défendre èettè placé jusqu’à la defriiere extrémité; mais on lui représenta « que le royaume de Naples n’était qüé « sa patrie adoptive; qüe Sa véritable patrie « était la France, ét qu’il devait aller combat-
* tre pour elle, puisque tous les lieiisde l’adôp- « tion venaient d’être brisés par l'irrésistible
* force dés événefnens. » Murât ne Voulait point’ suivrè ce conseil; il résista long-temps aux prières dé ses amis , et ce fut malgré lui qu’if ordonna son départ pour lé jour suivant. Avant
tfe quitter ceux qui lui avaient été attachés , iï leur fil des dons considérables ; il fut aussi gcmreux en descendant du trône, que le serait un prince qui y monterait pour la première fois.
Dans la matinée du 20 , il se rendit à Miliscola, vis-à-vis la baie, et de là il se dirigea vers 1 île d Isclua. Des qu’il fut en mer, il forma de nouveau le projet d’entrer à Gaëte , mais à quelques milles de cetlc place il aperçut une fregate et d’autres petits bâtimens anglais qui rendaient impossible l’approche de ce port. Il dut retourner à Ischia , où il fut reconnu et accueilli comme roi.
Joachim ne lit pas couper ses cheveux et ses moustaches, ainsi que cela a été dit; il les conserva toujours tels qu’il les avait portés sur les champs de bataille. 11 les avait sous les persécutions du marquis de R ; il les avait en-
core à ses derniers momens.
Le lendemain, 21 mai , ou découvrit un bâtiment de commerce qui faisait roule vers l’ouest : on lui fit des signaux; il s’approcha de la plage, et en un instant Joachim fut à bord.. Ce bâtiment avait été frété par le général Manbes pour aller en France. Ainsi le hasard pro-
Curait à l’ex-roi ce qu’il né pouvait plus obtenir par d’autres moyens.
On fit voile aussitôt pour les côtes de la Provence, et pendant la nuit on traversa la croisière anglaise. La mer fut assez belle , le vent presque toujours favorable ; et le 28 mai, après six jours de navigation , Murat mit pied à terre sur la même plage qui avait reçu le prisonnier de l’ile d’Elbe. A peine débarqué , Joachim expédia un courrier à son ami Fouché, pour le prier d’annoncer à l’empereur son arrivée eu France , et l’intention où il était de consacrer son bras à la défense de sa patrie. Napoléon * pour toute réponse , demanda à son ministre « quel traité de paix avait été conclu entre la France et Naples depuis 1 8 1 4 - » Fouché, habitué à deviner les phrases de son maître , com^prit aussitôt ce que Napoléon voulait dire, et s’empressa de répondre laconiquement à l’exroi de Naples qu’il devait rester là où il était, puisqu’il pouvait y rendre de grands services à sa patrie étt encourageant les iroupes et les habitans à soutenir leurs droits , et à ne point se laisser imposer un gouvernement qui, disaitil , ne pouvait plus convenir à la France.
Murat reçut cette lettre à uue petite maison de campagne aux environs de Toulon , où il yivait très-simplement, dépouillé de tout son ancien fa«le. Aussi vaillant dans les combats que Charles xii , Joachim était dépourvu de ce courage mpral qui fait la véritable force des hommes ; il n’avait plus , d’ailleurs , aucun emi pire sur l’opinion des soldats Français ; il l’avait perdu depuis la campagne de 1814. Il lui fut donc impossible d’agir dans le sens de la lettre de Fouché : il ne le tenta pas.
Murat était encore à Toulon à l’époque de la bataille de Waterloo. 11 apprit, à de courts intervalles , l’abdication et le départ de Pia-r poléon , l’occupation de Paris , la destruction de toute la machine impériale , et le retour des Bourbons sur le trône de France. Il s’em-r pressa d’écrire aux magistrats du département pour leur, donner l’assurançe qu’il ne chercher rait jamais à troubler la tranquillité publique, pi par ses discours, ni par ses actions, et pour leur demander l'autorisation de pouvoir rester dans sa campagne jusqu’à ce que les souverains alliés eussent fixé son sort. Il citait, comme Une preuve de ses intentions pacifiques, la conduite
qu’il avait ternie lorsque les troupes de la garnison et des environs avaient voulu le placer à leur tête pour marcher contre les Marseillais (i). On se rappelle que les Marseillais arborèrent le drapeau bkinc en apprenant le désastrede Waterloo; qu’ils exterminèrent les Mamelueks de la garde réunis dans leur ville (a), et qu’ils allèrent attaquer Toulon ( 5 ). Murat ne voulut pas marcher contre eux : il se considérait alors comme étranger aux affaires
(1) Rica ne prouve que les troupes de la garnison de Toulon ni les patriotes de cette contrée aient Tait à Murat la proposition dont parle le général Collclta. (Note du traducteur. )
( 2 ) Les Egyptiens qui furent massacrés k Marseille, au nombre de trois ou quatre cents , n’étaient pas les Mamclucks de la garde impériale : c’ctaient des malheureux, hommes , femmes et enfaus , qui avaient quitté l’Egypte quand Bonaparte l’évacua , pour ne pas y être exposés , parce qu’ils s’étaient déclarés pour les Français. ( Note du traducteur.)
(3) Les Marseillais ne marchèrent pas sur Toulon : ils se bornèrent k en annoncer l’inter. tion. 11 aurait fallu avoir perdu l’esprit pour aller attaquer une place fortifiée comme Toulon. ( Note du traducteur.)
politiques du pays qui lui avait accordé l’hospitalité dans sa fuite.
L’cx^roi de Naples joignit à la lettre pour les magistrats du département , une autre lettre pour le roi de Fran«e , dans laquelle il invoquait la générosité et la magnanimité de ce monarque. Le style en était pathétique; et on doit croire que , puisque celte lettre n’a produit aucune amélioration dans le sort du malheureux qui la traça, elle n’est point parvenue entre les mains du Roi.
Murat écrivit en même temps à l’éternel ministre Fouché, pour le prier d’obt,cnir des Souverains alliés une décision à son égard ; « Pourvu toutefois, lui disait-il en terminant, « qu’il vous soit permis de m’aider dans mon « infortune, sans que votre humanité puisse « être regardée Comme une trahison à vos nou- « veaux devoirs envers votre nouveau souve- * rain. »
Indépendamment de ces messages, Joachim employa des moyens encore plus directs ; il envoya son ami M. Macéroni (i) auprès du
0) M. Macéroni est un Anglais d'origine romaine, qui
duc de Wellington pour obtenir un asile en Angleterre. Wellington lui promit de le secon* der, à condition que l’ex-roi de Naples lui écrirait directement. Joachim le fit, mais sa lettre resta entre les mains de M.Macéroni, parce qu’elle contenait des expressions qui , dans les circonstances, pouvaient être regardées comme inconvenantes.
Les magistrats de Toulon avaient connaissance des démarches de Murat ; ils auraient désiré qu’il pût en attendre tranquillement le résultat dans sa retraite: malheureusement pour l’cx-roi , leur crédit et leur influence cessèrent trop tôt. Les fureurs de Marseille, le fanatisme de Nisme, l'assassinat du maréchal Brune, bouleversèrent tout le midi de la France : Murat n’était plus en sûreté dans sa maison de campagne. 11 dut chercher un asile secret; et, en se séparant du petit nombre des personnes qu’il avait encore avec lui , il fil répandre le bruit de son départ pour Tunis.
»vâit servi on qualité d’officier d’ordonnance de Joachim. B était général sous le gouvernement constitutionnel.