‹ Sur la catastrophe de l'exroi de Naples Joachim Murat extrait des mémoires du général Colletta ministre de la guerre du royame de Naples, sous le gouvernement constitutionnel traduitChapitre 5 sur 8 · II · texte numérisé non relu

II

teindre leur proie , les hommes fur ieux qui s’é’ taient acharnés contre l’ex-roi •de Naples lui tendirent un piège auquel lord Exmou th ne

fut pas étranger. M. de R écrivit lui»

même à Joachim dans les termes les plus res-» pectueux ; il lui rappelait tous scs bienfaits , et le priait de s’abandonner à la bonne foi et à l’humanité de S. M. le roi de France, Cette lettre fut remise entre les mains de M, Joli-» elère, commissaire de police à Toulon, qui jouissait d’une grande réputation par son intégrité et par sa probité. M. Joliclère parvint à faire connaître à Joachim l’objet de la commission dont il était chargé; il en obtint un tendez-vous dans lequel il lui remit la lettre du marquis de R..... Mais Murat ne voulut point se rendre à l’invitation qui lui était

faite. M. de R ne lui ofl'rait pas assez de

garanties, et l’intervention dç lord Exmouth excitait ses soupçons. Joachim s’était adressé à cet amiral peu de jours avant, pour lui de-«. mander à être reçu sur la flotte anglaise , jus-» qu’à la décision des puissances alliées ; lord Exmouth lui avait répondu qu’il ne pouvait le prendre à son bord que pour l’envoyer en glcterre en qualité de prisonnier.

M. Joliclèrc , en rendant compte au marquis de R de l’issue de sa médiation , ne

put lui cacher qu’il avait vu Murat. M. de

R garda le silence; mais le lendemain il

ordonna à M. Joliclère d’arrcter l’ex-roi de Naples , ne pouvant plus alléguer qu'il ignorait le lieu de sa retraite. M. Joliclère refusa d’ obéir, pour ne point participer à une infâme trahison : il conserva son honneur, mais il perdit sa place.

Le moment était critique : trop de persécuteurs entouraient le malheureux Joachim pour qu’il pût espérer de leur échapper long -temps encore. Il se décida à quitter sa retraite pour se reudre incognito à Paris, et se placer sous la protection des puissances alliées ; mais ce voyage ne pouvait se faire par terre sans parcourir la route baignée du sang du maréchal Brune (i). Il crut donc plus sûr de s’embar-

(i) Si le navire frété pour le Hàvre, pour y transporter Murat, devait partir le 2 amU, il n’est pas exact de dire que la route par terre était, k celle époque, baignée du sang du maréchal Brune , puisque ce maréchal ne fut

quer pour le Hâvre. Un bâtiment léger fut nolisé pour ce voyage , et le départ fut fixé- pour la nuit du 2 août. 11 était impossible à Joachim «le s’embarquer dans le port sans être reconnu; il fut donc décidé que le bâtiment mettrait à la voile , et que l’ex-roi se rendrait pendant la nuit sur une plage peu fréquentée où les chaloupes viendraient le chercher. Le petit nombre d’amis qui lui restait, et son neveu llonnafoux , s’embarquèrent sur le bâtiment avec tous les effets.

Dès que la nuit fut arrivée, Murat abandonna sa retraite pour se rendre à la plage : le capitaine du bâtiment se mit dans la chaloupe pour aller l’embarquer; mais, par une fatalité inouïe, l’un ou l’autre manqua le point con venu. Ils se cherchèrent inutilement pendant une partie de la nuit ; la mer devint houleuse, la chaloupe ne pouvait plus rester près du rivage sans courir le danger d’y être brisée : il fallut quitter la plage et s’éloigner. Le roi fugi-

assassiné k Avignon que ce même jour a août. ( IS'ote du traducteur ,)

lif appelait ch vain : le brrtit tics vagues seul répondait à sa voix.

Déjà l’aurore éclaire l'horizon; cm commence? k distinguer les objets , et Murat désole aperçoit en pleine mer le navire qui devait le sauver. 11 lui est impossible de le joindre, il ne lui est plus permis? de rester dans lés lieux où il se trouve, et moins encore de retourner dans soir asile, puisqu’il aurait été oblige de marcher long-temps sams guide et d’arriver à Toulon en plein jour. N’ayant point de temps à perdre, il marche an hasard au milieu des bois et des vignes , et y passe deux mortelles journées dans? la plus déplorable situation^

Le besoin de nourriture et de repos lé for-' cèrent enfin à chercher une habitation. Il ren- r Contra une petite ferme de la plus mince appa-< rence, entourée de vignes, et à proximité de la ville dans laquelle il voulait conserver quel-» ques relations. Il ne balança pas à entrer pour demander l’hôspitalité : il espérait donner de ses nouvelles au petit nombre d’amis que soninfortune ne lui avait point ravis.

La petite maison était habitée par une vieille' femme qui accueillit le fugitif avec la plus>

grande affabilité. On sait que Murat avait une' physionomie ouverte, un front toujours serein, et un sourire fréquent qui prévenait en sa faveur. Il n’eut point de peine à faire accroire <¥ son hôtesse qu’il était de la garnison de Toulon , et que , s’étant égaré pendant la nuit, il avait besoin de quelques alimens et de quelques heures de repos. II promettait de payer généreusement, lorsque cette bonne femme lui imposa silence en lui disant : Vous atirez tout ce que nous possédons dans notre maison , car elle appartient à un ancien militaire qûi s’estimera heureux d’avoir pu être utile à un de ses camarades; mais gardez-vous bien de lui parler de paiement, car il se fâcherait. Mnrat s’informa si le propriétaire était à la ville, et il n’apprit pas sans quelque inquiétude que cct ancien militaire ne tarderait pas à rentrer de sa promenade.

Pendant ce dialogue, la bonne femme avait préparé des œufs, et Murat les mangeait otf plutôt les dévorait , lorsque le maître arriva. Non moins hospitalier, non moins honnête que" sa bonne , fl accueillit PeX-roi de la manière la plus cordiale , et se plaça Stable près de lui

( .fi >

potir lui tenir compagnie et lui verser à boire.

L’ancien militaire avait vu le portrait de Murat dans la salle des maréchaux ; il l’avait vu sur les monnaies du grand-duché de Berg et du royaume de Naples; il avait entendu dire que ce prince infortuné était toujours caché dans les environs de Toulon. Il forme des soupçons ; il observe son hôte , et bientôt ses gestes, son regard, ses manières aisées lui dévoilent l’ex-roi de Naples dans l’officier égaré. Il se lève aussitôt, se jette à ses pieds; et, lui demandant pardon de l’avoir traité aussi familièrement, il lui jure fidélité, lui offre sa maison , sa fortune et Sa vie. À ces mots la bonne femme interdite laisse tomber les ustensiles de* cuisine qu’elle tenait dans ses mains, et se jette elle aussi aux genoux de l’ex-roi. Joachim ému les embrasse tendrement ; des larmes de reconnaissance vinrent inonder ses paupières*

Dès cet instant , et par l’entremise du maître de la maison, Joachim put correspondre avec ses amis de Toulon. La bonne femme veillait sans cesse à la sûreté de sou hôte , et ne voulait se reposer que lorsqu’elle avait placé en vedette son bon patron.

Une nuit elle aperçut dans le lointain la •clarté d’une lanterne qui s’approchait de la maison : soupçonnant quelque agression , elle réveille Murat , le cache aussitôt dans un trou recouvert de vignes qui avait été préparé à cet effet, arrange le lit du proscrit, et faisait déjà semblant de se déshabiller lorsqu’on frappa à la porte. Cette brave femme ne s’était point trompée : une soixantaine de prétendus gardes nationaux, ayant à leur tête M. M...., fils du général de ce nom , se précipitèrent dans la ferme comme des loups affamés. Ne trouvant pas celui qu’ils y cherchaient , ils se répandirent dans les vignes çt passèrent plusieurs fois près de l’endroit où Murat était caché. 11 les vit et les entendit proférer les plus horribles imprécations contre lui et contre Dieu. Avides de cette proie, mais n’ayant pu la trouver dans la ferme, ces cannibales partirent enfin, et allèrent renouveler les mêmes scènes dans toutes les campagnes voisines. Ils ne doutaient pas que Murat ne fût toujours dans les environs de Toulon , mais ils ignoraient le Heu de sa retraite, et le cherchaient au hasard pendant la nuit.

Il devenait à chaque instant pins dangereux pour Mural de séjourner dans les lieux où il était. Il ne recevait aucune nouvelle de Paris; les souverains alliés semblaient l’avoir abandonné à la férocité de ses persécuteurs et aux poignards de ses assassins : Fouclié même c’avait pas daigné l’honorer d’une réponse. Murat fut blessé de ce procédé , et lui écrivit une lettre très-vive , datée du fond de son ténébreuse asile , le 22 août.

Depuis que son fidèle Macéroni était en prison , il ne lui restait plus aucun appui ; il fallait abandonner la France ; les momens étaient précieux. Le caractère hospitalier des Corses étaitconnu de Murat ; un grand nombre de ces insulaires avaient servi sous ses ordres. La Corse paraissait donc lui présenter un asile : il se détermina à s’y rendre.

Trois de ses amis de Toulon , dont je tairai les noms honorables , dans la crainte de leur occasioner de la peine, préparèrent secrètement les moyens pour faire ce voyage ; ils se procurèrent un petit bateau , et l’on arrêta le départ pour la nuit du 22 août i 8 i 5 . De Toulon à Bastia on compte 5o lieues marines ; on

fait souvent cette traversée en moins de vingt» quatre heures ; mais Murat avait cessé d’être heureux.

L’heure du départ sonna enfin. L’ex-roi de Naples , et trois de ses amis , dont un était officier de marine, s’embarquèrent sur le frêle bateau, et se livrèrent à la merci des vents. En quittant la France, dont il avait été un des plus vaillans défenseurs , Joachim proscrit , poursuivi comme un brigand , ne put s’empêcher de répandre des larmes.

On mit le cap sur la Corse ; mais une mer houleuse et le manque absolu de vent ne permirent pas de faire beaucoup de chemin pendant celte même nuit. Le lendemain, le vent fraîchit; on fut obligé d’amener successivement toutes les voiles , et de courir à sec; en peu de temps la tempête devint si violente , qu’il ne fut plus possible de diriger la marche du bâtiment , et il fallut l’abandonner à la merci des flots. Ce misérable bateau n’était pas ponté j chaque vague le remplissait d’eau que nos malheureux voyageurs étaient obligés de rejeter en se servant de leurs chapeaux ; vingt fois ils faillirent à être submergés, vingt foit leur

courage et leurs efforts redoublés les sauvèrent. Vers le soir le vent diminua sensiblement, et le bateau fut nouvellement orienté vers la Corse; mais il avait été endommagé, et tout faisait craindre qu’il ne sombrât avant d’aterrer à Bastia.

A la pointe du jour du a5 août , on découvrit à une petite distance un bâtiment marchand qui se dirigeait vers Toulon. On s’en approcha , et l’un des compagnons d’infortune de Joachim pria le capitaine de les prendre à son bord, lui promettant une récompense généreuse s’il voulait les conduire en Corse. Mais ce capitaine, effrayé par la vue de quatre hommes qui paraissaient déterminés, les prit sans doute pour des forbans; et au lieu de secourir les malheureux qui lui tendaient les bras , il voulut faire sombrer leur bateau en tentant de le briser sous sa proue. Heureusement ils évitèrent le choc , et chacun continua sa route en s’accablant mutuellement d’imprécations.

Vers la fin du jour, nos voyageurs désorientés furent enfin joints par la balancelle qui sert de messager entre la France et la Corse. Les deux bâtimens s’abordèrent., ét Joachim ne pouvant

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se cacher demanda lui-même au commandant à être reçu avec ses compagnons d'infortune sur sa balancelle corse; il y fut aussitôt accueilli avec tous les égards dus a son rang et a ses malheurs. Le bateau sur lequel 1 ex-roi avait tant souffert ne fut pas plutôt abandonne qu il s’engloutit et disparut; mais on pouvait alors contempler son naufrage d’un œil calme, et le spectacle de sa submersion n’avait plus rien de pénible , puisqu’il n’y avait plus personne à bord.

Murat et ses amis furent surpris agréablement en rencontrant sur la balancelle les généraux français ]N , N et le duc de

Comme eux , ils fuyaient les fureurs des Marseillais (i); comme eux ils étaient proscrits et fugitifs. Us auraient du considérer Joachim comme un ancien camarade , comme un compagnon d’infortune ; mais l’habitude de la cour

(i) Il ne faut pas confondre les assassins qui ensanglantèrent Marseille , avec les citoyens de cette ville. Quelques-uns d’entre eux eurent de grands torts à celle époque; mais tout le monde sait que le chef des assassins n’était pas un Marseillais. {Note du traducteur.)

l’emporta sur la raison; ils traitèrent Murat en souverain ; et firent naître dans son âme le désir de régner encore. Dès cet instant son jugement fut offusqué, et il forma le funeste projet qui devait l’entraîner à sa perte.

Rappelons -nous dans la suite de cette narration , que les événemcns qui conduisirent Joachim au village de Pizzo prirent naissance à bord de la balancelle.

Le roi Joachim ordonna que l’on cachât soigneusement son rang lorsqu’on aborderait en Corse. A cet effet, il prit et fit prendre aux personnes de sa suite des noms supposés. Cette fiction plut au capitaine du bâtiment, en ce qu’elle l’empêchait d’être compromis auprès du gouvernement français

Pendant qu’on parlait au milieu des marins le langage de la cour, et que l’on en pratiquait le cérémonial , la barque qui portait César et sa fortune approchait des rives agrestes de la Corse , et le 26 août on jeta l’ancre dans le port de Bastia. Avant de quitter la balancelle, le roi Joachim voulut faire des dons généreux au capitaine qui l’avait si opportunément accueilli; mais ce brave marin les refusa le plus

poliment possible; et ce ne fut qu’avec beaucoup de peine qu’on put faire accepter quelque argent aux matelots composant l’équipage.

Par le moyen de ses amis de Toulon, Joachim avait tiré une somme considérable sur les fonds qu’il possédait à Paris , et cet or, qu’il avait sur lui , le mettait à même de récompenser en roi .

Murat débarqua à Bastia sans être reconnu d’abord; mais à peine avait-il passé quelques heures dans cette petite ville , que la nouvelle de son arrivée s'y répandit , et mit en mouvement tous .les habitans. L’ex-roi n’avait rien à craindre au milieu de ce peuple qui regarde l’hospitalité comme la première des vertus , et qui l’exerce scrupuleusement même envers ses ennemis; néanmoins, comme il ne voulait point compromettre la tranquillité publique , il s’empressa de quitter Bastia et de se rendre, avec ses trois amis, au village de Viscovato , situé à trois lieues au sud de la ville chef-lieu. En y arrivant , Joachim se dirigea vers la maison la plus apparente , se nomma , et demanda l’hospitalité. Cette maison appartenait à M. Colonna Cecaldi, alors syndic de Viscovato, et

l’iln des plus chauds partisans des Bourbons, pour lesquels il avait été exilé de sa patrie pendant plusieurs années. M. Colonna, descendant d’une famille illustre, avait hérité de ses aïeux des plus nobles qualités, et dès qu’il apprit que l’cx-roi s’était réfugié en Corse pour y attendre la décision que les souverains alliés devaient nécessairement prendre à son égard , il l’assura que sa maison serait un asile sacré pour lui et ses amis , puisqu’il n’existait ni aucun ordre du gouvernement, ni aucune obligation légale pour les sujets du roi de France de regarder 1 Joachim Murat comme un ennemi de l’état. Il mit aussitôt à sa disposition tout ce qu’il possédait.

Comment ne pas admirer les excellentes qualités de ces hommes que l’on nous peint comme des sauvages , parce qu’ils chérissent la liberté et l’indépendance! et comment ose-t-on qualifier de traîtres ceux qui ne violèrent jamais les saintes lois de l’hospitalité, et qui se montrent souvent plus humains que les peuples les mieux civilisés ! Des Français poursuivent avec acharnement un roi fugitif et sans appui ; des Français refusent de secourir des hommes mal-

heureux qui , prêts à être engloutis, tendaient vers eux leurs bras supplians : des Corses s’empressent de les sauver, des Corses leur offrent un asile inviolable! Malheureuse époque!. ..(i) Joachim était à peine installé dans sa nouvelle habitation, que le général Franceschetti , gendre de M. Colonna, vint le saluer : ce général avait été son aide-de-camp pendant qu’il était roi deNaples;il reprit ses fonctions. Plus de deux cents ofliciers de tout grade, qui avaient servi sous Murat tant en France qu’à Naples , se trouvaient alors en Corse. Joachim avait toujours eu des manières séduisantes , et ceux qui l’avaient vu dans les combats n’avaient pu s’empêcher de l’admirer et de l’aimer : les vétérans corses accouraient en foule autour de

(i) Les Corses sont aussi Français; et si quelques Français se sont montrés indignes de ce nom , combien d’autres ne l’ont pas rendu honorable et glorieux ! Les trois officiers qui suivirent Murat dans sa fuite hasardeuse , la vieille qui lui donna l’hospitalité , et le propriétaire qui le reconnut et qui s’exposa h tous les dangers pour le sauver , n’étaieut-ils pas Français ? ( Note du traducteur. )

lui. En peu <le jours le bourg de V iscovato devint la résidence d’une cour et le quartiergénéral d’une armée.

La situation politique de la Corse était trèsextraordinaire dans ce moment. Les habitans de cette île s’étaient divisés en trois partis : les bonapartistes, les anglais et les bourbouistes , et l’on comptait , en outre , quelques indépendaus. Chaque parti était en armes, et prêt à en venir aux mains. Les bonapartistes, qui étaient nombreux, elles indépendans , placèrent leurs espérances sur Joachim. Ceux qui voulaient favoriser les Anglais, et 1rs bourbonistes , ne s’entendaient pas entre eux. Le gouvernement avait dans l’île environ mille hommes de vieilles troupes, qui n’avaient jamais cessé de chérir les généraux de la révolution. Joachim pouvait s’emparer de toute la Corse sans éprouver la moindre opposition ; mais il n’y pensa jamais, et rejeta constamment la proposition qui lui en fut faite plusieurs fois. 11 nourrissait d’autres espérances , et une autre destinée l’attendait dans les Calabres.

Joachiiu se trouvait dans celte situation depuis près de trois semaines, et aucune nouvelle

n’était arrivée de Paris. Il attendait un passeport pour l’Angleterre , le seul qu’il aurait accepté avec plaisir, parce qu’il désirait obtenir ce qui avait été refusé a INapoléon apres la bataille de Waterloo. Le silence des souverains alliés l’autorisait toujours plus fortement à penser qu’ils avaient résolu de l’abandonner à son malheureux sort.

Cependant le commandant de Bastia , vieil officier émigré , imprudent par caractère et incapable de bien juger la force des passions politiques , s’aperçut enfin de l’esprit de rébellion qui animait les liabitans et les troupes , et crut qu’il était de son devoir de combattre l’exroi , qu’il appelait Murat , s'il ne cédait point à sa sommation de se rendre à lui , pour etre mis à la disposition de S. M. le roi de f rance. Afin d’appuyer ses ridicules prétentions , il organisa une expédition composée de troupes de ligne et de partisans armés , et fit marcher ce bataillon contre Joachim. Lanouvelle de celte agression ne tarda pas à se répandre dans l ile. Aussitôt huit à neuf cents vétérans corses , et autant de citoyens volontaires , accoururent à Viscovato , les uns par dévouement pour 1 ex-

roi, les autres par attachement à la famille Colonna. C’était la maison Colonna que l’on voulait attaquer; c’était les lois de l’hospitalité qu’il fallait défendre.

Joachim fut plus fâché de voir les préparatifs de défense , qu’il ne l’avait été en apprenant les dispositions du vieux commandant. Les mouvemens des Corses prenaient un caractère de révolté dont il était , malgré lui , le motif. Il voulut remercier ceux qui s’étaient réunis pour le défendre : il les engagea à se retirer chez eux ; mais , voyant qu’il ne pouvait les persuader, il les pria de vouloir bien, au moins, rester sous ses ordres , et de ne brûler aucune amorce qu’il ne l’eût préalablement commandé lui-même.

Le bataillon agresseur était près d’arriver à Viscovato, lorsqu’il apprit quels étaient les grands moyens de défense que Joachim avait près de lui. Comme à l’ordinaire , la peur les exagéra ; et cette armée , réunie avec peine par le vieux commandant , revint en désordre à Bastia , et porta l’épouvante dans l’âme de celui qui avait préparé l’expédition. 11 fut tellement alarmé de ce qu’il apprit , qu’il ne se crut pas

en sûreté , et fit mettre Bastia en état de défense. Précaution inutile autant que ridicule! Joachim , respectant les lois de l’hospitalité , conservait scrupuleusement l’attitude d’un étranger réfugié.

Bientôt tout ce qui se passait en Corse fut connu sur le continent ; les événemeus arrivés à Viscovato, scandaleux pour l’Europe , pouvaient devenir funestes à la France , et compromettre dans l’ile l’estimable famille Colonna. Joachim crut qu’il était temps d’abandonner son village , et de se rendre à Ajaccio : il s’éloignait ainsi de cette contrée , devenue un volcan par les imprudences du chef militaire qui alimentaient sans cesse les inquiétudes des habitans. Il congédia donc un grand nombre de soldats et tous les partisans qui s’étaient réunis autour de lui , ne retint quequatre cents vétérans pour son escorte , et prit congé de M. Colonna , non sans lui témoigner toute sa gratitude et toute son estime. Déjà ses trois amis , qui l’avaient suivi depuis Toulon , s’étaient séparés de lui.

A peine sa marche sur Ajaccio fut-elle connue , que les autorités abandonnèrent la ville

et se réfugièrent dans la campagne : le syndic seul resta. Le peuple alla à la rencontre de Joachim , et son entrée dans la ville fut triomphale. Les soldats qui occupaient la citadelle firent entendre sur les remparts les cris de vive le roi Joachim ; les habitans lui offrirent leurs plus belles maisons, mais il les remercia et alla se loger dans une auberge. Dès le matin il fit acheter quelques petits bâtimens.

La cour de Naples , qui avait connaissance de ce qui se passait en Corse , cfut qu’il était très-important pour elle d’y avoir un affidé qui épiât les actions de l’ex-roi , et qui tâchât de découvrir quels pouvaient être ses desseins. Ces viles fonctions furent acceptées par un certain Carabelli , originaire de Corse , mais qui avait été employé à Naples par Joachim en qualité de ( secrétaire - général de l’intendance. Cet homme s’associa .son frère, ex-capitaine dans l’armée française , et auquel Murat avait donné le grade de major dans les troupes napolitaines. Ces ^îgnes frères , ayant la facilité d’approcher Joachim , et d’entendre tout ce que son caractère et l’exaltation de son imagination lui faisaient dire, le rapportaient exac-

tentent au ministère napolitain. Ainsi on était informé à Naples de tout ce qui se passait en Corse (i).

Joachim était encore à Ajaccio lorsqu’il y arriva un anglais , se disant aidc-de-camp de S. Exc. le commandant en chef des forces britanniques dans la Méditerranée. Cet officier somma l’ex-roi de se rendre à sou commandant, pour être mis à la disposition des souverains alliés. Le lendemain, le capitaine Bastard arriva de Livourne , et fit la même sommation au nom de lord Burghersch , ministre d’Angleterre en Toscane : ce capitaine commandait une frégate anglaise et deux chaloupes canonnières. Joachim reçut fort cordialement ces deux émissaires ; mais il leur répon-

(i) Après la catastrophe du Pizzo , l’un des frères Curabelli alla a Naples pour y demander le juste salaire de ses services. On le nomma consul napolitain à Trieste j mais il y fut si mal reçu des négocians et du peuple , qu’on dut l’envoyer à Milan. Il a été congédié du service napolitain, sous le gouvernement constitutionnel. Le major resta en Corse , méprisé par ses compatriotes. C’est ainsi que le ciel récompense les traîtres.

dit que les autorités par qui ils étaient envoyés n’offraient pas as-ez de garantie pour un homme de sa qualité , et qu’un roi , quoique malheureux , ne pouvait pas se livrer aveuglément. Les deux officiers désappointés s’en retournèrent à Bastia , et s’unirent aussitôt -avec le commandant de cette ville.

Depuis son arrivée en Corse , Joachim avait dans ses momens prospères laissé connaître ses nouveaux projets et ses vues sur le royaume de Naples, et l’on ne doutait plus à Bastia qu’il n’eût l’intention de s’approcher du continent. Le capitaine Bastard s’était décidé à placer ses canonnières devant Ajaccio , et à croiser lui-même avec sa frégate dans le détroit de Boniface ; mais son départ fut retardé par l’arrivée à Bastia de M. Macéroni.

Le gouvernement napolitain était toujours plus vivement alarmé. Malgré les tièdes applaudissemens de ceux qui se disaient ses amis, il était facile de remarquer le mécontentement d’un très-grand nombre de personnes. La prospérité de l’état, toujours vantée par un journal vendu au pouvoir , était loin d’être aperçue par la nation. La modération envers ceux

qu’oti appelait mura tis tes n’était pas d’un as-? sez grand prix pour faire outlier les défauts du nouveau goavernenrent ; chacun avait appris que l’ihtolérauce politique est un mal , et que la modération ne mérite pas tant de reconnaissance , puisqu’elle est la garantie des sôciétés civilès.

Les tremblemens de terre sont sans doute un fléau pour l’humanité ; mais la nature ne fait aucune faveur à l’espèce humaine lorsqu’elle ne l’afflige pas de ce fléau; On ne doit pas plps de reconnaissance au pouvoir de ce qu’il épargne quelques-uns des maux qui dérivent de l’abus- delà force, qu’on n’en doit à un homme armé qui pourrait nous tuer, mais qui- ne nous tue pas. Le ministère connaissait Sa position ? il donna secrètement quelques instructions vagues aux commandans de Gaéte , dps lies et des Galabres,- qu’ils devaient exécuter dans le cas d’une âttaqùe imprévue. 11 se tut aussitôt, dans la crainte d’en trop apprendre aux partisans de Murat.- Le ministère avait mis sa confiance dans > troupes autrichiennes qui se trouvaient à Naples , et dans' l’inimitié qui

existait entre le général qui les commandait et l’ex-roi.

Telle était la situation de la Corse et de Naples , lorsque M. Maeéroni , si long-temps désiré , si long-temps attendu par Joachim , arriva à Calvi. Ce fidèle ami avait traité pour son prince avec les souverains alliés, et lu» apportait enfin leur décision à son égard.

M. Maeéroni apprit à Calvi que Joachim était à Ajaccio , et que les Corses l’avaient pris.sous leur protection. De Calvi à cette dernière villela route directe était impraticable et périlleuse il dut passer par Bastia , où il arriva le a5 septembre, et d’où il expédia aussitôt un courrier à l’ex-ror pour le prévenir de son arrivée en Corse et de son prochain départ pour Ajaccio. Avant de partir, M. Maeéroni eut une entrevue avec le commandant de l’ile , et une longue conférence avec le capitaine Bastard, dans laquelle il leur fit connaître qu’il était porteur d’un passe-port autrichien pour l’ex-roi , et les engagea en même temps à suspendre tonte opération hostile jusqu’à son retour d’Ajaccio.

« Le roi Joachim, leur disait-il , dans l’étal « d’abandon et d’incertitude où il se trouve ,

t SS 5

* acceptera avèC gratitude l'asile qui lui est « offert en Autriche; il est époux et père, il

* doit souhaiter vivement de se réunir à sa fa- « mille. » Le capitaine Bastard ne doutait pas non plus que Joachim n’acceptât ce passe-port 7 et s’offrit même pour le conduire à Trieste à bord de sa frégate. C’est ainsi que s’abusaient deux hommes qui ne connaissaient pas asse® l’esprit indomptable de Murat.

Après avoir arrêté toutes ces dispositions i M. Macéroni partit, le 27 septembre , pour se rendre à Ajaccio. Il ne tarda pas à rencontrer un messager de Joachim qui lui apportait ünef lettre , et lui amenait un superbe cheval do selle. Cette lettre, extrêmement concise, contenait cette phrase i « Votre lettre de Calvi à « arrêté mon départ fixé pour ce soir : arrive^ « au plus* tôt à Ajaccio, » M. Macéroni hâta sa marche , et entra à Ajaccio dans l’après-midi du 28. 11 distingua de loin la maison qu’habitait l’ex-roi , car son pavillon flottait sur le haut de Pédifice, et plusieurs sentinelles étaient placées à la porte. Il entra dans un apparte* ment dont la grandeur et la superbe apparence

l'étonnèrent ; on l’annonça , et il fut introduit.

Je regrette iuûnrment que mon cadre ne me permette pas de transcrire tout ce qui est arrivé à M. Macéroni , depuis le jour où il fut arrêté à Toulon , et séparé de son roi- et de son ami. Je dois nie borner à suivre Joachim dan.# la funeste route que son caractère bouillant lui. a fait prendre , et qui devait le conduire an village 1 de Pizzo,

Après avoir satisfait l’impatience du roi 1 , qui lui adressait dix questions à la fois, M. Macéroni lui remit le passe-port autrichien conçu en ces termes :

» « M. Macéroni est autorisé par ces présentes « à prévenir le roi Joachim que S. M. l’empe- « reur d’Autriche lui accordera un asile dans « ses états , sous les conditions suivantes :

« i°. Le roi prendra un nom privé : la reine « ayant adopté celui de Lipano , on propose « au roi de prendre ce même nom,

* a®. Il sera permis au roi de choisir une « ville de la Bohême , de la Moravie , ou de la- * haute Autriche pour y fixer son séjour ; il

«• pourra même , sans inconvénient , habiter « une campagne dans ces mêmes provinces.

« 3°. Le roi engagera sa parole d’honneur ,

« envers S. M. I. et R. , qu’il n’abandonnera « jamais les états autrichiens sans le consentè-

* jnent exprès de l’empereur , et qu’il vivra « comme un particulier de distinction , mais

* soumis fiux lois qui sont en vigueur dans les

* états autrichiens.

« En foi de quoi , et afin qu’il en soit fait un ' « usage convenable , le soussigné a reçu l’or- « dre de l’empereur de signer la présente dé-

* claration.

« Donné à Paris, le i« r septembre i8i5.

« Signé}, le prince de Metternich. »

« Ainsi donc , s’écria Joachim après avoir lu cette pièce , on m’offre une prison pour asile! De la prison à la tombe il n’y a qu’un pas : un roi qui ne peut conserver sa couronne n’a plus que l’alternative de la mort d’un soldat. Vous êtes arrivé trop tard , mon cher Macéroni , le dez est jeté; j’ai attendu pendant trois mois , et constamment au péril de mes

jours , la décision des puissances alliées ; il est évident que j'ai été abandonné aux poignards de mes ennemis par ces mêmes souverains qui naguère recherchaient mon alliance, Aujourd'hui ma résolution est prise ? je vais recon-r quérir mon royaume. J’ai les plus belles espérances pour l’heureuse réussite de mon entreprise ; mais sj j’étais déçu , j’ai assez souvent affronté la mort pour ne pas la craindre dans cette circonstance décisive. Ma malheureuse campagne d’Italie n’a point détruit ma souvp-: raineté , reconnue par toute l’Europe, Les rois se font la guerre; mais en perdant leur roy aunje ils ne perdent point leurs titres à la couronne 2 ils conservent toujours le droit de retourner sur le trône qu’ils ont perdu, s’ils en trouvent le moyen. Enfin ,M. Macéroni , je ne saurais vivre soumis aux lois d’un gouvernement despotique j[un passeport pour l’Angleterre était je seul que j’aurais accepté. »

M. Macéroni lui raconta alors comment il avait été au moment de l’obtenir , et comment une circonstance imprévue l’en fcvait privé, v Dès l’arrivée à Paris du marquis Giuliani , qui m’apprit la pénible position daus laquelle

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V. M. se trouvait, lui dit Macéroni , je me rendis auprès du duc de Wellington pour lui faire part de vos désirs , et pour l’engager à me délivrer un passe-port pour Londres , lui offrant en échange la remise de la place de Gaëte , qui n’était point encore au pouvoir des Autrichiens. Le duc s’engagea à traiter cette affaire avec le prince de Metlernich et lord Castelreagh , et me témoigna le plus grand intérêt pour V. M. Deux jours après , je retournai chez lui pour avoir une réponse : il m’annonça que nos moyens de négociation n’exis- , taient plus, puisqu’on venait de recevoir la nouvelle de l’occupationr de Gaëte par les troupes autrichiennes. »

Après ces explications , M. Macéroni fit tout ce qu’il put pour faire abandonner à l’ex-roi son audacieux projet, mais ce fut en vain ; Joachim lui répondait toujours : «Les Corses m’ont accueilli : les Napolitains me repousseront-ils? Les premiers ont voulu combattra pour moi qui ne suis point leur roi : les Napolitains feront- ils le contraire? Et, d’ailleurs, puis-je abandonner au ressentiment du gouvernement français deux cent cinquante braves

/qui ont embrassé ma cause , et dont les noms lui sont connus? »

Voyant qu'il était impossible de faire revenir le roi à d’autres idées , M. Macéroni le pria de lui donner un reçu de son n:»ssage, et une réponse à la lettre qu’il lui avait écrite en lui remettant le passe-port, afin qu’il pût les montrer au prince de Metternich. *

Joachim écrivit : « M. Macérons, envoyé par les puissances auprès du roi Joachim , j’ai pris connaissance du message dont vous étiez , porteur ; j’accepte le passe-port que vous êtes chargé de me remettre, et jp compte m’en servir pour me rendre à la destination qui m’y est fixée. Quant aux conditions que S. M. I. et-R. impose à l’offre d’un asile en Autriche, je me réserve de traiter cet important article dès que je serai réuni à ma famille.

» Je n’accepte point l’offre quemefait le capi-j . taine Bastard de disposer de la frégate de S. M. Britannique pour me rendre à Trieste , attendu que M. Bastard m’a fait une sommation trop peu mesurée ces jours derniers.

r Persécuté, menacé en Corse parce qu’on pa’y a supposé des vqes sur cette île, j’avais

déjà préparé les moyens d’en partir : je pars en effet cette nuit. J’accepte .avec plaisir les deux domestiques que vous voulez me céder, v Sur ce, M. Macéroni , je prie Dieu , etc,

« Signé, Joachim. »

M. Macéroni fut invité à dîner par le roi, La société était composée de deux généraux , de cinq ou six colonels , et de quelques autres oflL ciers supérieurs qui formaient l'état-major de la petite armée. Joachim fut gai et affable pen-r dant le dîner ; il parla souvent de Ja France et de la bataille de Waterloo; il rendit justice à l’intrépidité des troupes anglaises et aux talens de leur chef; il blâma la manière dont la cavalerie française fut employée et sacrifiée, et, apres un profond soupir, il s’écria ; Si j’ avais été là!....

Après le dîner, Joachim appela M. Macéroni, et le conduisit dans son cabinet. Là, il lui témoigna combien il était honteux de lui en avoir imposé dans la lettre qu’il lui avait écrite quel-. <|ues heures avant; et, prenant la plume, i( lui en écrivit une autre , qu’il dpnna à son ge*

crétaire pour la copier, et pour qu’il la remît à son adresse dès qu’il aurait quitté la Corse, «f Que les souverains allies , disait-il, que l’Europe entière, connaissent mes véritables intentions! Ma cause est juste, mon entreprise est légitime : pourquoi chercherais-je à l’environner de ténèbres et de mensonges ? »

Cette seconde lettre était ainsi conçue :

. « Ajaccio , ce 28 septembre 1821 .

« M. Macéroni , envoyé par les puissances alliés auprès du roi Joachim, ma première lettre en date de ce matin a été dictée par les circonstances ; mais je dois à moi -même , à la vérité et à votre noble loyauté et bonne foi , de vous manifester mes véritables intentions. Voici le motif de cette seconde lettre.

’ « Je regarde la liberté comme le premier de tous les biens : la captivité est pour moi pire que la mort même. Quels traitemens dois-je attendre de ces puissances qui , pendant plus de deux mois , m’ont laissé sous les poignards des assassins du Midi? J’ai sauvé la vie au

marquis de R — Il était condamné à périr sur l’échafaud : j’ai obtenu sa grâce ; et il a excité contre moi les furies marseillaises , et mis ma tête à prix. Affreuse vérité!.... Errant dans les bois , caché dans les antres des montagnes, je dois la vie à la généreuse compassion que mes malheurs ont excitée dans le cœur des trois officiers français qui , au milieu des plus grands dangers, m’ont tra^porté en Corse.

« DeS hommes méprisables prétendent que j’ai emporté de Naples de grands trésors : ces < hommes ignorent que , lorsque ce royaume me fut donné en échange du grand-duché de Berg , que je possédais d’après un traité solennel, j’y apportai des richesses immenses que j’ai employées pour mon royaume de Naples. Le souverain qui l’a occupé après moi a-t-il reconnu ce pays? Et moi je n’ai plus le stricte nécessaire ni pour moi ni pour ma famille !....

<r Je n’accepterai jamais , M. Macéroni , les conditions que vous êtes chargé de m’offrir : je ne vois en elles qu’une abdication pure et simple , qui n’est compensée que par le seul avantage quV/ me sera permis de vivre dans un esclavage éternel, et sous l’action arbitraire

d’un gouvernement despotique. Où est ici la modération et la justice? où sont les égards dus à un monarque malheureux, reconnu formellement par toute l’Europe , et qui , dans un moment difficile, a décidé de la campagne de 1 8 1 4 - en faveur de ces mêmes puissances qui l’accablent aujourd’hui du poids excessif de leurs persécutions ?

« C’est une vérité reconnue en Europe , que je ne me suis décidé à repousser les Autrichiens jusqu’au Pô que parce qu’à force d’intrigues on était parvenu à me persuader qu’ils s’apprêtaient à m’attaquer sans l’intervention de l’Angleterre, Je crus nécessaire alors d’avancer mes lignes de défense, et d’engager dans ma cause les peuples de l’Italie.

« Personne mieux que vous et que lord Benting ne doit être persuadé que le fatal mouvement de retraite du Pô eut pour motif celte déclaration de ce général , qu’il se trouvait dans V obligation de secourir les Autrichiens , s'ils l’avaient demandé.

« Vous connaissez aussi ce qui occasiona le désordre et la désertion qui eurent lieu dans ma belle armée, La nouvelle de ma mort insi-

Pieusement répandue , celle du débarquement; des Anglais à Narples , la conduite du général P...„. , la trahison de quelques officiers qui réussirent avec un art perfide à augmenter le désordre et le découragement , en donnant un funeste exemple T en furent la cause.

« Il n’existe plus en ce moment un seul individu de cette armée qui n’ait reconnu son erreur : je pars pour aller les rejoindre , car ils brûlent du désir de me revoir à leur tête. Ils m’ont tous conservé leur affection , ainsi que toutes les autres classes de mes sujets bien-' aimes. Je n’ai point abdiqué ; j’ai le droit de' reconquérir ma couronne, si Dieu m’en donne la force et les moyens. Mon existence sur le trône de Naples" ne pourrait plus être un motif de crainte, car on ne pourrait plus me soupçonner de correspondre secrètement avec Napoléon , qui est à Sainte-Hélène. L’Angleterre et l’Autriche pourront au contraire retirer de moi quelques avantages , qu’elles espèrent en vain du souverain qu’ils ont mis à ma place sur le trône de Naples.

« Je me livre à ces particularités , M. Macérdni, parce que e’est à vous q.ue j’écris. Votre

Conduite à mon égard , votre réputation et votre nom , vous ont donné des droits à ma franchise et à mon estime. Vous ne pouvez mettre aucun obstacle à mon départ , lors même que vous en auriez le désir : car, lorsqu’on tous remettra cette lettre, j’aurai déjà fait bien d3 chemin vers ma destination. Ou je réussirai dans mon entreprise , ou je mettrai un terme à mes infortunes en perdant la vie. Mille fois j’ai méprisé la mort en combattant pour ma patrie : ne me serait-il point permis de Faffron-ter une fois pour moi-même ? Une seule idée peut me faire trembler, c’est le sort de nia famille.

« Je me rappellerai toujours avec plaisir la noblesse et la délicatesse que vous avez mises 1 en remplissant votre mission auprès de moi.

Quel contraste entre vos procédés et ceux de tant de gens qui n’avaient ni vos pouvoirs, ni votre considération publique !

« J’ai ordonné que vos papiers vous soient rendus. .

« Sur ce , M. Macéroni , je prie Dieu, etc^ • Signé , Joachim. »

Le roi lut à M. Macéroni cette lettre avant de l’expédier : des larmes de tendresse coulaient sur les joues de M. Macéroni. Il tenta encore' de faire changer la détermination de Joachim ; mais les conseils de la prudence n’avaient plus aucun empire sur un homme aussi résolu que Murat. M. Macéroni le quitta enfin pour la dernière fois.

Le nombre de bâtimens de transport réunis; à Ajaccio était de sept : ils contenaient deux cent cinquante hommes des plus braves et des plus résolus de l’ile. Aune heure après minuit, uu coup de canon fut le signal du départ :

Joachim s’embarqua , et les voiles furent aussitôt déployées. J’ai déjà dit que la garnison de la citadelle d’Ajaccio s’était déclarée pour l’ex-roi : elle donnait de graves inquiétudes au commandant, car on entendait souvent dire aux soldats que le premier qui oserait tirer sur les gens de Murat recevrait une décharge dans les épaules. Mais , dès l’instant que Joachim fut parti , le commandant dit à sa troupequ’il était temps de penser à se mettre à l’abri des soupçons du gouvernement : en conséquence , on chargea les canons à boulet et à mitraille ,

éi l’on fit semblant de tirer sur la petite flotte qui était déjà hors de portée.

Sur la route d’Ajaccio à Bastia est un dé- ' filé étroit qui peut être considéré comme les Tliênnopylcs entre la Corse méridionale et la Corse septentrionale. Joachim avait ordonné à ses partisans de l’occuper , et d’empêcher qui que ce fût de le traverser pendant les trente premières heures de son départ de l’ile. M. Macéroni même ne fut point exempté de cette consigne Par ce moyen , le capitaine Bastard ne fut informé du départ de Joachim que quarante heures après. Il mit à la voile entoute hâte; mais sa frégate ne put atteindre, l’expédition, qui avait une trop grande avance sur elle.

Aiusi Joachim y plein d’ardeur et d’espoir, croyait courir après le trône r et il courait vers ; sa tombe !

Pendant que l’ex-roi de Naples vogue paisiblement sur sa petite flotte , qu’il me soit permis de faire une digression : je n’en traiterai 1 pas moins de l’histoire ,• puisque- je vais cher-' cher la cause des événemens que je r&conte.

J’ai entendu souvent demander comment

Joachim avait pu s'aventurer* avec d’aussi faibles moyens, dans une entreprise que le moindre obstacle pouvait faire échouer, et qui, dans ce cas , devait lui coûter la vie , ou, au moins, la perte de sa liberté.

Cette question est un problème que les malveillans croient avoir résolu depuis long-temps. Ces gens-là expliquent toujours les phénomènes qui sont au-dessus de leur intelligence au moyen de quelques formules bannales : la trahison , l'ambition , la cupidité, sont les grands mots dont ils se servent habituellement. C’est ainsi que la malveillance assurait que les anciens amis de Murat, nouvellement esclaves d’une nouvelle politique , par ambition et par avarice , s’étaient concertés avec les ministres de Naples pour rappeler l’ex-roi et lui préparer son tombeau. Elle disait que plusieurs lettres lui avaient été adressées pour le tromper sur le mécontentement qui régnait dans le royaume, et pour lui donner la certitude qu’il en était l’objet ; qu’on lui avait également écrit que le général Carascosa commandait une division à l’extrémité de la Calabre ; que les peuples s’étaient insurgés , et se battaient contre lespar-

trsans du nouveau gouvernement ; que tonte la troupe était pour lui , et mille autres mensonges fallacieux et excitalifs. Ou ajoutait r enfin , que le nègre du roi , Othello , porteur de ses réponses, avait été arrêté par la police , qui s’était emparé de ses lettres , et l’avait mis en prison an secret.

Ainsi donc , s’il fallait en croire des discours insensés , le gouvernement désirait que Joachim vint dans le royaume , afin de pouvoir se débarrasser de lui - r le gouvernement lui aurait tendu un piège de concert avec les généraux et les grands de la eotrr , et tous ces personnages se seraient réunis pour attirer au village du Pizzo ce prince infortuné. Telles étaient et telles sont encore les insinuations inconsidérées des gens toujours prêts à trancher les nœudsqu’il ne leur est pas permis de dénouer.

Peut-on raisonnablement admettre ces fables absurdes? Peut-on croire un instant que les ministres aient souhaité le débarquement de Joachim ? eux qui tremblaient de frayeur pendant qu’il était dans les prisons du Pizzo !• eux qui le craignaient comme des enfans craignent l’apparition, des fantômes ! Quelque

( Si )

jfiiibles qtie fussent les moyens de Joachim * quel est celui des membres du gouvernement qui pouvait être rassuré sur l’issue de cette entreprise , si l’ex-roi avait pu aborder le sol na-* politain avec les deux cent cinquante hommes qui étaient partis de la CorSe avec lui ? Et s’il avait été Secondé par la population du Pizzo ! . . .- Et s’il était arrivé’ jusqu’à Monteleone Et si, par des offres et des espérances, il avait pu réunir des hommes armés autour de lui Et s’il avait rencontré quelques-uns des ba-* taillons qu’il avait si vaillamment commandés' dans les combats !.■<:. Aürait-ilété arrêté aussi aisément qu’il le fut ? Aurait-on pu l'emprisonner , et lui donner la mort avec autant de facilité ? Beaucoup de sang aurait été répandu avant qu’on se fût rendu maître de sa personne et de seS partisans. Et quel est le ministre qui aurait osé conseiller à son roi d’affronter tant de périls ? Je n’en vois aucun parmi ceux qui composaient le ministère de i8ï 5; un projet aussi téméraire ne pouvait pas même germer dans l’imagination la plus ardente et la plus itktrépide de l’espèce humaine y celle de Napoléon/ Les ministres furent tellement alarmés e»

apprenant l’arrivée de Joachim , qu ils n'osèrent pas rendre cette nouvelle publique ; et cependant ils connurent en même temps et son débarquement et son arrestation. Le plus grand secret entourait le ministère ; les ordres et les avis volaient de téiégraphe en télégraphe. Un des ministres avait déjà proposé de faire arrêter les muratistes les plus distingués. Il n’est donc nullement probable que ceux qui craignaient autant le lion enchaîné et moribond voulussent l’appeler et le combattre pendant qu’il était libre et plein de vigueur.

Le rapport du ministre au roi , rempli de jactance et défaussé pompe de police , ne fut donné au public que le i g octobre, c’est-à-dire six jours après l’exécution du malheureux Joachim -, son débarquement et sa mort furent connus en même temps, et ni avant, ni depuis, il ne fut plus question de lui. 11 n’est donc pas juste d’accorder au ministère la gloire d’un coup d'ètaty nila perfidie d’une haute trahison.

Après avoir combattu les impostures répandues sur le compte des ministres , il me reste à examiner si les courtisans et les généraux désignés par la malveillance comme les agens des

manœuvres ministérielles n’ont pas été accusés aussi légèrement que les premiers. Puisque je viens de prouver que le ministère n’a point attiré Joachim dans le royaume de Naples , cette seconde accusation tombe d’elle-même ; mais j’admets le contraire, et je vais examiner la prétendue correspondance qui a dû attirer Joachim dans le piège supposé.

Il faut d’abord remarquer que , dans le mois de mai i8i5, plusieurs hommes d’état et plusieurs généraux quittèrent le royaume de Naples , et que , parmi ceux qui y restèrent, il u’y en avait pas beaucoup qui fussent dans la position de pouvoir écrire à Joaèhim , et de mériter sa confiance. Quelque facilité qu’il eût à croire les bonnes nouvelles , le courtisan qui lui avait montré de la froideur pendant les dernières périodes de son règne , et le général qui avait mal servi dans la dernière campagne, n’avaient plus le droit de lui inspirer de la confiance, et de lui faire prendre une résolution aussi hasardeuse. Quelques-uns seulement pouvaient le tromper; et on doit les chercher plutôt dans l’armée que parmi les courtisans.

Rendons justice à la logique de la malveil-

lance. Après avoir rassasié sa bile en embrassant toutes les versions possibles , elle fixa ses sombres regards sur quelques personnages i c’étaient précisément les plus élevés en grade et les plus renommés dans l’armée.

- Une pareille perfidie de leur part devait tivoir un motif. Honneur, réputation , reconnaissance, et tout autre sentiment noble , était foulé aux pieds ; il n’y avait plus pour eux ni gloire passée ni espérances futures : un acte d’in-r famie aurait tout détruit. Quel pouvait être le fruit de tant de sacrifices ?

Les généraux t disaient les calomniateurs , voulaient être conservés dans leurs postes èminens. Mais ne l’étaient-ils pas par la convention de Casalanza ? et un traité solennel n’offrait-il pas plus de garantie qu’une obscure trahison?

Les généraux attendaient de V avancement. Quel avancement pouvaient espérer des hommes arrivés aux premiers grades militaires ? Et quel est celui des généraux de Joachim qui ait eu de l’avancement , ou un emploi équivalent, depuis i8i5? C’est précisément après la catastrophe du Pi?zo. que les généraux napoli-.

tains furent tous mis à la queue de leurs classes, parce qu’on voulut favoriser les généraux venus de la Sicile ; et c’est à la même époque que le système d’organisation de réorganisation de l’armée réduisit leur solde au minimum.

Ils espéraient de grandes récompenses pécuniaires. C’est encore dans ce même temps, en octobre i8ï 5, que le gouvernement perfectionna le système des restitutions de baronies et des dons de Joacliim, système qui atteignit tous les généraux accusés.

Ce fut donc par faiblesse , ajoutait la mal- , veillance. Non , car ceux que l’on accusait ne connurent jamais la crainte : l’Europe entière peut l’attester.

Ce fut dans l’espoir d'obtenir la faveur du roi. Cent fois ces mêmes généraux avaient été en faveur ou en disgrâce; l’expérience leur avait démontré .l’inconstance de cette faveur, et ils l’appréciaient à sa juste valeur.

Ainsi donc toutes ces suppositions n’étaient que des calomnies , méprisées par ceux que les calomniateurs voulaient atteindre.

Pour juger des hommes tels que ceux que l’on accusait de cette basse trahison , il faut

rechercher dans leur conduite ce qu’ils ont été pendant les circonstances difficiles, et des circonstances de ce genre s’offrirent en grand nombre dans le cours des vingt dernières années.

Celui qui fut à ses devoirs pendant les années 1796 et 1797, qui sut résister à l'insidieux V anni et aux caresses fallacieuses de la reine ; celui qui fut à ses devoirs pendant la guerre de 1 798 , et pendant le cours des embarras de la république napolitaine ; celui qui ne manqua jamais à ce qu’il devait à son honneur en 1799, lorsque ta vertu était punie et la perfidie récompensée ; qui n’y manqua pas dans les vicissitudes de i 8 o 5 , ni dans les incertitudes de 1814 , pi dans le renversement du gouvernement en 1 8 1 5 ; celui qui resta inébranlable dans le sentier de l’honneur pendant toutes ces secdtisses politiques , ne peut être soupçonné d’avoir voulu se couvrir d’infamie , ni par des offres , ni par des menaces , ni par la crainte , ni par l’espérance.

| L’épisode du nègre Othello offensait le bon sens ; et cependant beaucoup de gens crédules y ajoutèrent foi. Il aurait été plus difficile de

reconnaître Joachim qu’Othello', qui se donnait en spectacle avec Son remarquable costume de mameluck , soit dans les fêtes publiques, soit dans les promenades ou dans les voyages de son roi. Il attirait tellement les regards, qu’il n’y avait personne à Naples qui ne le connût. Et l’on ose dire que cet homme fut choisi par Joachim pour être l’émissaire secret de cette périlleuse correspondance! Et l’on trouve des gens qui le croient !

Othello vint à Naples , parce qu’il y était marié. Des ministres timides et soupçonneux le firent emprisonner , sans que l’on ait pu savoir quel a été son sort. Ce secret, digne du Saint-Office , et si cher à la politique de ce ministère , semblait venir à l’appui de l’opinion cmise sur ce prétendu messager ; et cependant rien n’était plus faux que l’existence de cette correspondance supposée. »

Ainsi donc le problème n’est pas résolu , et l’on demandera encore pourquoi Joachim se jeta si inconsidérément dans le royaume de Naples.

L’idée de cette entreprise hardie lui vint lorsque sa position désespérée lui suggérait

des projets de désespéré. Joachim avait été élevé dans la prospérité ; la fortune lui avait souri pendant vingt ans; il était l’Achille de l’armée française , et, comme lui , brave, généreux et invulnérable. Toujours dans les périls , il n'y avait point de périls pour lui ; courant au-devant de la mort , il était toujours respecté par elle ; ses ennemis même l’aimaient ; et l’empereur de Russie , le voyant constamment aux premières files de l’avantgarde , avait ordonné à ses troupes de ne point tirer sur le roi de Naples. Un état heureux et prospère était son état ordinaire; l’infortune n’était pour lui qu’un court épisode de sa vie. Joachim croyait fermement à la fatalité. Moimême je l’ai entendu répondre plusieurs fois aux importuns qui lui conseillaient d’éviter les dangers auxquels il s’exposait dans tous les combats : La balle qui doit me tuer n’est point enoore préparée.

Et cependant cet homme intrépide aurait accepté le passe-port autrichien , s’il lui était parvenu au moment où l’adversité l’accablait dans les environs de Toulon ; et il aurait ajourné à d’autres temps ses projets sur Na-

pies. Vouloir le retenir prisonnier en Autriche eût été chose impossible ; l'indocilité et l’audace de son caractère ne pouvaient s’enchaîner. Napoléon était au-dessus de Murat autant que le soleil est au-dessus d’un météore j mais Murat prisonnier à Ste-Hélène aurait déjà fui ou serait mort. Ce passe-port lui parvint en Corse , où il avait repris la représentation d’un roi et les habitudes de la prospérité. Les vicissitudes de Toulon étaient ou.

bliées : partout où il se présentait dans l’île de Corse , partout il était accueilli et fêté. 11 crut voir , dans les dispositions des habitans de cette île , les préludes de l’accueil qui l’attendait à Naples. Il avait des hommes et des bâtimens prêts , il voulut en profiter.

- Joachim aimait à croire que , si la mort l’é» pargnait dans son entreprise , et qu’elle n’eût point réussi , il n’aurait été que simple prisonnier de guerre. C’est en pensant ainsi qu’il répondit à un colonel de l’expédition , qui lui parlait de la hardiesse de son projet : « La « mort est habituée à me respecter dans la « guerre. Si la fortune me trahit, je serai prir sonnier , mais je ne serai point prisonnier

« volontairement , comme je l’aurais 'été en « acceptant le passe-port de l’Autriche. Untrai- « tement plus sévère à mon égard serait non « seulement injuste , mais aussi contraire aux « droits des gens. Bonaparte avait abdiqué « le trône de France : il retourna s’y pla- « cer par les mêmes moyens que je vais em- « ployer. Il fut malheureux à Waterloo : il « est prisonnier. Je n’ai point abdiqué : j’ai le « droit de reconquérir mon royaume. Si j’é- « tais pris , je serais prisonnier de guerre , et « Ste-Hélène serait une punition trop forte

* pour moi Mais rassurez-vous , Naples

« sera notre Ste-Hélène. » ,

Telles furent les espérances de Joachim > voilà quels étaient ses raisonnemens. Son caractère , son bonheur habituel , son aversion pour la captivité et pour la vie obscure et privée ; le besoin de régner, besoin impérieux chez les hommes qui ont régné , et surtout chez les hommes dont l’esprit est moins fort que la

volonté voilà les causes de sa fatale

détermination. Celui qui a bien connu Murat n’ira point chercher d’autres motifs pour résoudre le problème.

Je reprends maintenant le fil des cvénemens. '

Pendant quelques jours le temps fut favorable , et la mer semblait sourire aux projets de Joachim. Déjà la petite flotte avait fait les trois quarts de la route, et l’on se flattait d’arriver bientôt au lieu désigné pour le débarquement, lorsqu’il survint une tempête qui ballota tous les bâtimens de la division. Chacun d’eux dut se livrer à la merci des vents ; ils se dispersèrent pendant la nuit, et ne purent plus se retrouver.

Joachim avait projeté de débarquer aux environs de Salerne ; il voulait d’abord occuper cette ville , et réunir sous ses drapeaux les nombreux dépôts d’ofliciers et de soldats de son ancienne armée, qui s’y réorganisaient; continuer ensuite sa marche sur Avellino sans le moindre retard ; briser les télégraphes qu’il aurait rencontrés; organiser des soldats et des partisans ; parcourir ainsi la plus grande partie des provinces du royaume sans s’arrêter nulle part ; gagner, par la célérité de ses manœuvres , trois ou quatre journées de marche sur les Autrichiens qui auraient pu le suivre ;

fei se présenter (levant Naples dès' que le nombre de ses troupes et de ses partisans aurait pu imposer à cette ville, et que la nouvelle de son débarquement et de ses succès aurait trou- 1 blé le moral du peuple , des ministres et du gouvernement.

Ce beau projet fut détruit par le souffle de l’aquilon , qui dispersa sa flottille. A l’aurore du 8 octobre, Joachim, séparé de ses compagnons , se trouvait dans le golfe de Sainte-* Euphémie; une seule de ses barques l’avait re J joint. Attendre les autres ou aller à leur ren-» contre aurait été également imprudent et dangereux. 11 fallait prendre une prompte détermination. La Calabre était devant lui > l’histoire romanesque de cette contrée se présenta à l’imagination de Joachim , et il ordonna de faire voile vers le village du Pizza. A onze heures du matin de ce même jour 8 octobre f l’ex-roi de Naples, accompagné seulement de trente officiers ou soldats de son expédition f débarqua sur la plage du Pizzo , et se dirigea aussitôt sur ce village. Chacun de ses compagnons ne cessait de crier vive le roi Joachim! et lui-même leur en donnait exemple. Quel-'

tjttes paysans qu’ils rencontrèrent en route se joignirent à l’ex-roi.

Le 8 octobre était un dimanche; et, selon l’usage, les légionnaires de la commune se trouvaient à cette même heure réunis sur la place de Pizzo pour s’exercer au maniement des armes. Joachim crut que cette circonstance lui serait favorable i il s’approcha , et sa troupe, ayant déployé son drapeau, cria de?

nouveau vive le roi Joachim l Un seul paysan le répéta ; les légionnaires restèrent muets et froids* Ils l’avaient néanmoins reconnu ; mais l’audace de sera entreprise les rendit circonspects. Joachim, ne pouvant s’arrêter au Pizzo,. continua sa marche vers Monteleoue, alors capitale de la province. La grande route du Pizzo à Montéléone est pénible à faire , à cause des hautes collines qu’il faut traverser à force de contours , et qui la rendent accidentellement fort longue. A peine Joachim et sa troupe furent sortis du Pizzo , qu’un agent du duc de l’Infantado , et un capitaine de gendarmerie nommé Trentaeapilli , réunirent leurs adhérens, enflammèrent le peuple qui s’était assemblé dans les rues, et l’engagèrent à s’armer

contre l’ennemi du roi légitime. Le Pizzo avait été appauvri, sous le roi Joachim, par la stagnation du commerce, et ses habitans avaient eu lieu de se plaindre des agens de la police* L’entreprise de l’ex-roi ne paraissait nullement devoir être heureus; : aussi presque tous les Pizzois s’armèrent en un instant. Ils courent lui fermer le passage par des sentiers connus d’eux seuls, le suivent et le précèdent sur la grande route, et le placent entre deux feux, j^e malheureux Joachim s’avance intrépidement vers eux, malgré les balles qu’ils font pleuvoir près de lui ; il les appelle , les salue, mais ils ne répondent que par de nouvelles décharges de leurs armes. Le capitaine Moltedo fut tué, le lieutenant Pernice blessé - r et cependant les compagnons de l’ex-roi n’avaient pas tiré un seul coup de fusil contre ceux qui ne cessaient de les harceler : Joachim l’avait défendu.

Le moment était critique ; l’ex-roi voit sa perte assurée : la mer seule pouvait encore le sauver. Il s’élance de précipice en précipice ; il vole , il arrive sur la plage. Hélas ! ses deux b&timens avaient gagné le large, et semblaient

rester spectateurs indifférens des dangers dit roi (i). Un seul bateau pêcheur était sur le sable : Joachim croit pouvoir le lancer à la mer ; il s’épuise eu vains efforts , il ne peut le faire changer de place. Il l’aurait pu , lorsqu’il fut rejoint par quelques-uns de ses compagnons} mais déjà la populace furieuse les avait entourés : le roi et tous ceux de sa suite furent pris et désarmés.

Ici ma plume se refuse, à retracer toute la cruauté de ce peuple. Je laisse à d’autres le soin de raconter tous les outrages , toutes les insultes faites par les misérables habitans du Pizzo à celui que la victoire avait couronné cent fois , à celui qu’aucun d’eux n’aurait osé regarder en face quelques instans auparavant ! . . . .

(i) Le nomme Barbara , Maltais d’origine , commandait les deux bâtimens venus de Corse. Cet homme , autrefois corsaire , avait été nommé par Joachim officier de la marine de Nuplcs , chevalier, baron , et capitaine de frégate ; mais il n’oublia jamais la bassesse et l’infamie de son premier métier. Voyant son roi , son bienfaiteur combattu , il prévit sa perte , et l’abandonna lâchement, afin de pouvoir s’emparer de ses riches dépouilles.

Les prisonniers furent traînés au château du Pizzo.

Il n’y avait au Pizzo aucune troupe de ligne ; les seules qui se trouvaient dans les environs étaient à Monteleone, place ordinaire de la garnison. On ne remarquait, dans toute la Calabre , aucun préparatif ni aucune précaution , lorsqu’on vint apprendre à l’intendant l’arrestation de l’ex-roi Joachim. Ni l’intendant, ni le généralNunziante, n’ajoutèrent d’abord aucune foi à celte nouvelle ; le gouvernement même ne voulut pas croire au premier avis télégraphique qui lui en fut donné. C’est ainsi que la police savait tout , suivait Joachim de pas en pas , et l’attendait au Pizzo ! ! ! Un ministre d’un talent peu commun , porteur d’un nom historique et révéré parmi les Napolitains , voulut changer sa véritable gloire contre l’obscure vanité d’un préfet de police, en attribuant à sa prévoyance ce qui n’était que l’effet du hasard.

A peine ce qui se passait au Pizzo fut connu , que le capitaine Stratti y arriva de Monteleone avec quarante hommes d’infanterie. 11 se dirigea vers le château , où il eut beaucoup de peine à

chasser la populace, qui semblait l’assiéger pour invectiver les prisonniers. Stratti les fit respecter, et s’empressa de prendre la liste de leurs noms. Joachim fut le troisième qu’il interrogea. Dès qu’il se fut nommé * le capitaine s’arrêta, le salua respectueusement, en lui donnant le titre de majesté , et l’introduisit dans une chambre séparée. Quelque temps après , le général Nunziante arriva, se rendit au château; et , après avoir salué l’ex-roi avec un silence qui exprimait le respect et la peine , il l’interrogea sur le fait de son débarquement. Joachim lui répondit qu’il « se rendait de Corse à Trieste, en vertu d’un passe-port qui lui avait été accordé par l’empereur d’Autriche ; mais qu’ayant été ballotté pendant plusieurs jours par la tempête , le besoin de vivres l’avait forcé à aborder sur la plage du Pizzo. » Le général Nunziante lui ayant adressé d’autres questions , Joachim répondit avec quelque vivacité , ce qui mit momentanément un terme aux questions du général. Il ne parla plus alors à l’ex-roi que de sa fatigue , lui offrit d’autres habits , lui prodigua ses soins et ne cessa de l’homirer. Le général Nunziante , dans la plus désagréable de

toutes les situations où un homme public puisse jamais se trouver, sut allier à son devoir le respect dû à un roi devenu malheureux. Ferdinand lui a accordé le titre de marquis , lui a donné de larges pensions , l’a désigné pour, avoir de l’avancement ; et cependant les mânes de Joachim ne sauraient l’accuser.

Après avoir reçu les soins du géuéral , le prisonnier se calma , et dormit long-temps du 1 sommeil le plus tranquille. Le lendemain , il reprit ses manières et scs habitudes, et la jovialité de son caractère reparut sur son visage. Il conversait fréquemment avec le capitaine Stratti, qui le gardait; il parlait de son royaume , de son armée , de sa dernière campagne.

Il louait quelques uns de ses généraux , et en blâmait quelques autres : et ceux qu’il louait étaient précisément les mêmes que les calomniateurs accusaient de trahison. Joachim ne craignait point l’avenir; sa détention dans les états autrichiens était le nec plus ultra des mauvais traitemens qu’il redoutait. La veille même de sa mort, il prévoyait la possibilité d’un accommodement , en renonçant , en faveur de son cousin Ferdinand , à la seconde

Sicile , et en gardant pour lui le royaume fie Naples. Voilà Joachim !

Le prisonnier du Pizzo était tranquille et serein dans sa prison; mais le ministère à Naples 11e l’était pas. Il fluctuait entre mille idées diverses , quoiqu’il n’y eût qu’une seule résolution. On fit part de la victoire du Pizzo à tous les ministres étrangers ; le conseil des ministres du roi fut en permanence : ou y décida que le malheureux Joachim serait fusillé !

Je ne me permettrai point d’examiner cette fatale décision , parce qu il ne m’appartient pas de quitter le caractère d’historien pour prendre celui de critique : cette question ne demande pas d’ailleurs un profond examen , chacun l’a déjà jugée. Je dirai seulement que le miuistère, tout eu croyant raffermir les trônes légitimes par cet exemple terrible, les a tous ébranlés

Celui qui avilit un monarque ravale: la monarchie : Joachim fut roi, même

pour tous ceux qui aujourd’hui le nient pompeusement.

Il est notoire que l’on ne parla jamais au bon roi Ferdinand de faire mourir Joachim ; il l’est même qu’il résista long-temps à ordonner sa mise en jugement; il ne céda aux instances qui lui furent faites que parce qu’on lui représenta que ce jugement était un acte de justice indépendant de la volonté du souverain.

L’ordre transmis au général Nunziante , par le télégraphe et par des estafi'ettes , portait que Murat serait jugé par une commission militaire comme ennemi public.

Le ciel était couvert, la route était longue; on dut répéter plusieurs fois cet ordre , que les télégraphes ne transmettaient au général ]\'unziante que très-confusément r et le signe d’intelligence que l’on attendait si ardemment à Naples n’y arrivait point; on y était dans la plus pénible anxiété.

Le i a octobre , on expédia au Pizzo le prince de Canosa : il suffisait de connaître le nom du messager pour deviner la nature des ordres qu’il portait ; mais il apprit à Castrovillari ,

par une 4 épêclie télégraphique , la mort de Joachim, et s’en retourna à Naples.

Dans la nuit du 12 au i 3 octobre, le courrier expédié le 10 arriva au Pizzo, et remit au général Nunziantele fatal commandement. Les sept juges qui devaient composer la commission furent désignés dans la nuit même. Le président et les deux officiers du plus haut grade étaient muratistes , c’est-à-dire comblés de bienfaits et d’honneurs par Murat; le procureur général l’était aussi N Infâmes ! je tais vos noms ! ma plume ne voudrait pas les tracer. Mais vous appartenez à l’inflexible histoire, et vous ne pouvez plus vous soustraire à la malédiction des siècles !

Toute la peine qu’ils pouvaient encourir, eu refusant sans motif de faire partie de cette commission , aurait été la perte de leurs emplois et un emprisonnement dé trois mois. A quel vil prix ces misérable pouvaient acheter

une honorable célébrité ! Ils acceptèrent

tous

Joachim, ignorant sa destinée, était encore livré au sommeil, et déjà la commission qui devait le condamner était assemblée dans une

autre chambre du château. Il dormait paisiblement , et c’était pour la dernière fois ! Le général Nunziante chargea le capitaine Stratti , dès l’aurore du i3 octobre , d’aller apprendre à Joachim qu’il allait être jugé. Stratti sut allier dans cette douloureuse mission tout ce que la pitié et le respect dus au malheur exigeaient. Il attendit le réveil de Joachim v et préluda long -temps par des paroles de consolation.

Mais à peine il lui eût appris l’arrivée de l’ordre qui devait le mettre en jugement comme ennemi et perturbateur de la tranquillité publique, que Joachim l’interrompit en lui disant: « Mon cher Stratti , je suis perdu ; l’ordre de me juger est un ordre de mort. » La douleur l’empêcha de continuer; quelques larmes coulèrent de ses yeux , mais il les essuya bientôt , et demanda s'il lui était permis d’écrire à sa famille. Le capitaine , trop affecté lui-même , ne lui répondit que par un signe affirmatif ; et aussitôt Joachim traça d’une main assurée la lettre suivante :

« Ma chère Caroline, ma dernière heure est arrivée. Dans quelques instans j’aurai cessé de vivre, dans quelques instans tu n’auras plus

d’cpoux. Ne m’oublie jamais. Je meurs innocent; ma vie ne fut tachée d’aucune injustice. Adieu, mon Achille; adieu, ma Létitia; adieu, mon Lucien; adieu, ma Louise : montrez-vous au monde dignes de moi. Je vous laisse sans royaume et sans biens , au milieu de mes nombreux ennemis Soyez constamment unis ;

montrez-vous supérieurs à l’infortune; pensez à ce que vous êtes et à ce que vous avez été , et Dieu vous bénira. Ne maudissez point ma mémoire. Sachez que ma plus grande peine, dans les derniers momens de ma vie , est de mourir loin de mes enfans. Recevez la bénédiction paternelle ; recevez mes embrassemens et mes larmes. Ayez toujours présent à votre mémoire votre malheureux père.

« Pizzo, T 3 octobre i8i5. »

Après avoir fini d’écrire, il coupa quelques boucles de ses cheveux , et les ayant enveloppées dans la lettre , il la remit sans être cachetée à M. Stratti.

Le capitaine S.tarace fut nommé d’office pour remplir les fonctions d’avocat de Joachim auprès de la commission militaire : il se présenta

devant l’ex-roi , et lui fit connaître en pleurant le triste devoir qu’on lui avait imposé. Je dois défendre Y. M. , ajouta-t-il , et devant quels juges !

•* Ils ne sont point mes juges , répondit aussitôt Joachim : ils sont mes sujets, et il ne leur est point permis de juger leur souverain , de même qu’il n’est point permis à un roi déjuger un autre roi , parce que nul ne peut avoir de l’empire sur son égal. Les souverains n’ont point d’autres juges que Dieu et les peuples.

« Si l’on me considère comme un maréchal de France, un conseil de maréchaux peut seul me juger ; si l’on ne me regarde que comme un simple général , un conseil de généraux est nécessaire. Pour que je descende au niveau des juges qui viennent d’être nommés, il faudrait déchirer trop de pages de l’histoire de l’Europe. Un tel tribunal est incompétent : j’aurais honte d^ me présenter devant lui. »

C’est eu vain que les capitaines Starace et Stratti voulurent le calmer, afin d’écrire quelques lignes pour sa défense; il répétait toujours : « Vous ne pourrez pas me sauver la vie, aissez-moi sauver la dignité royale. Il ne s’agit

point ici de jugement , mais de condamnation. Ceux, qui composent la commission ne sont pas mes juges , ils sont mes bourreaux. M. Starace, vous ne parlerez point en ma défense ; je vous l’ordonne. »

Quelques instans après , le rapporteur de la commission vint trouver Joachim , dans l’intention de l’interroger; et, suivant l’usage, il lui demanda ses noms , son âge , sa patrie; il allait continuer, lorsque le prisonnier l’interrompit en lui disant : Je suis Joachim Napolon, roi des Deuæ-Siciles : partez Monsieur.

Resté seul , il se promena long-temps dans sa prison , la tête inclinée sur sa poitrine , et paraissant accablé par les plus tristes pensées. Le capitaine Stratti vint l’y trouver'; mais , en le voyant dans cet état, il n’osait lui parler. Joachim le prévint en lui disant : * Le Pizzo est aujourd’hui dans l’allégresse que lui cause mon infortune : eh ! qu’ai-je donc fait aux Napolitains pour qu’ils soient mes ennemis ? J’ai dépensé pour eux tout ce que j’avais, au détriment de famille; tout ce qu’il y a d’utile et de libéral dans leur code est mon ouvrage ; j’ai mis l’armée en réputation , et la nation au rang

des puissances de l’Europe. J’ai préféré les Napolitains aux Français qui m’ont placé sur ce trône, d’où je descends sans crainte et sans re- , mords. La tragédie du duc d’Enghien , que le roi Ferdinand paraît vouloir venger par une autre tragédie semblable, me fut étrangère :

j’en stteste en témoignage ce Dieu qui doit me juger bientôt. » Et après quelques instans il ajouta : «Capitaine Stratti, il est temps de nous séparer; je sens le besoin d’être seul. Je vous remercie des soins que vous m’avez donnés pendant ces jours. Dans l’état où je me trouve réduit , je ne puis attester ma reconnaissance ■qu’en publiant les obligations que je vous ai. Faites que ma famille reçoive ma dernière lettre, et soyez heureux. »

Aussitôt que la commission militaire fut nommée , on choisit un prêtre pour assister Joachim dans ses derniers actes religieux. Ce choix tomba sur le chanoine Masdea, septuagénaire, l’ecclésiastique le plus estimé parmi ceux du Pizzo, ce qui, soit dit en passant, n’est pas un grand éloge. Ce chanoine était tellement certain que son ex-roi serait condamné à mort, que , long-temps avant le prononcé de la sen-

tence, il se rendit au château , et demanda à être admis auprès du prisonnier. « Sire, lui ditil, c’est pour la seconde fois que je me présente devant vous : lorsque V. M. vint au Pizzo , je lui demandai une somme pour achever la cathédrale , et elle daigna m’accorder beaucoup plus que je n’osais espérer. Puisque V. M. a bien voulu eu tendre ma voix dans cette occasion , j’aime à me persuader qu’elle ne rejettera pas aujourd’hui mes exhortations, qui tendent à assurer l’éternel repos de son âme. « Joachim accueillit ce prêtre avec une résignation religieuse , et remplit les actes d’un bon chrétien. 11 en fit même une déclaration par écrit, sur la demande du chanoine. Cette déclaration était ainsi conçue : Je déclare mourir en bon chrétien. J. N.

En ce moment, et non loin du lieu où se passait cette scène attendrissante, dans une autre chambre du château , la commission militaire exerçait ses terribles pouvoirs. L’avis des juges fut unanime, et vers le soir du même jour on publia la sentence suivante :

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