‹ Sur la classification et la distribution des végétaux fossilesChapitre 14 sur 14 · II · texte numérisé non relu

II

Que cette végétation puissante devait être différente de celle qui revêt maintenant de ses teintes si variées la surface de la terre! La grandeur, la force et l'activité de la croissance étaient ses caractères essentiels; les plus petites plantes de notre époque étaient alors représentées par des formes gigantesques; mais quelle simplicité d'organisation et quelle uniformité au milieu de cette puissante végétation !

Maintenant, dans les lieux mêmes où Thomme n'a rien changé à ce que la' nature a créé, notre œil aime à se reposer successivement sur des arbres qui se distinguent immédiatement par la diversité de forme et de teinte de leur feuillage et qui supportent souvent des fleurs ou des fruits des couleurs les plus différentes. Cette variété d'aspect est encore plus prononcée, si notre vue s'abaisse sur les arbustes ou sur les herbes si diverses qui bordent les lisières des forêts ou qui composent nos prairies, et dont les fleurs plus apparentes offrent presque toutes les teintes du prisme. Enfin, il résulte de cette diversité de structure, que, parmi ces plantes, beaucoup peuvent servir à la nourriture de l'homme ou des animaux , et sont même souvent indispensables à leur existence.

La variété d'organisation et d'aspect des végétaux qui couvrent actuellement notre globe se trouve indiquée par le nombre des groupes naturels entre lesquels on peut les répartir. Ces groupes ou familles naturelles sont au nombre de plus de 25o, dont 200 environ se rapportent à la classe des dicotylédones, qui présente, par conséquent, les plus grandes variations de structure, et trente à celle des monO" cotylédones. Or, la premiçre de ces classes, c'est-à-dire les deux cents familles quelle renferme, manque complètement

( lO

dans notre flore primitive, et à peine si Tony trouve quelques indices des monocotylédones (i).

(i) On a élevé des doutes sur cette absence complète ou presque complète des Phanérogames dicotylédones et monocotylédones pendant la pë* riode houillère, d abord, en considérant quelques-uns des végétaux de ces terrains, les Sigillaires, par exemple, comme pouvant appartenir à cette classe, ensuite en cherchant a prouver que des végétaux dicotylédones auraient pu exister à cette époque et s'être toiis détruits , sans qu'aucun de leurs débris fî\t parvenu jusqu'à nous. La première objection me paraît levée par une étude attentive de la structure des tiges du terrain houiller; structure qui est incompatible avec le mode de développement des Dicotylédones ou Exogènes , et qui est au contraire tout à fait en rapport avec celui des Cryptogames vasculaires ou Acrogènes ; la seconde , fondée essentiellement sur la destruction plus ou moins prompte des feuilles de divers végétaux par la macération dans l'eau , me semble difficile à soutenir au milieu des faits nombreux, sans exception^ qui viennent prouver l'absence complète des végétaux de cette classe. Comment, en effet, concevoir que les feuilles de Dicotylédones, qui se sont si bien conservées dans les couches de nature si diverse des terrains tertiaires, lorsqu'elles ont souvent été évidemment transportées au loin par des eaux douces ou salées, pour se déposer au milieu des restes des animaux qui vivaient dans ces eaux; comment concevoir, dis-je, qu'aucune feuille de cette classe n'ait laissé de trace de son e::àstence dans les terrains houillers , dans lesquels la pai'faite conservation des Fougères les plus délicates aifec leur fructification^ qui tombe si facilement par la macération , prouve qu'il n'y a pas eu de séjour prolongé de ces feuilles dans l'eau; comment concevoir aussi , dans ce cas, l'absence de véritable bois de Dicotylédones vasculaires dans ces mêmes terrains, où l'on trouve des bois de Lycopodiacées et de Conifères? S*il existait alors des Dicotylédones , il faudrait supposer que cette classe était réduite à des espèces molles et herbacées, ce qui ne serait nullement en

rapport avec le climat probable de cette époque. Il paraît bien plus naturel, pans ce terrain particulièrement, de juger ce qui existait par ce qui nous

i La classe qui presque à elle seule constitue la végétation de ce monde primitif, est celle des cryptogames vasculaires qui ne comprend actuellement que cinq familles dont les principales ont des représentants dans l'ancien monde : telles sont les Fougères , les Prêles et les Lycopodes. Ces familles sont, pour ainsi dire, le premier degré de la végétation ligneuse : les végétaux qu'elles comprennent présentent, comme les arbres dicotylédones ou monocotylédones , des tiges plus ou moins développées, d'une texture solide, quoique plus simple que celle de ces arbres, et garnies de feuilles nombreuses; mais ils sont privés de ces organes reproducteurs qui constituent les fleurs, et ne présentent au lieu de fruit que des organes beaucoup , moins compliqués. Ces plantes si simples et si peu variées dans leur organisation, et qui n'occupent plus par leur nombre et leur dimension qu'un rang bien inférieur dans notre végétation actuelle, constituaient, dans les premiers temps de la création des êtres organisés , la presque totalité du règne végétal , et formaient d'immenses forêts qui n'ont plus d'analogue dans notre création moderne. La rigidité, des feuilles de ces végétaux, l'absence de fruits charnus et de graines farineuses les auraient rendus bien peu propres à servir d'aliments aux animaux; mais les animaux terrestres n'existaient pas encore, les mers seules^ offraient de nombreux habitants , et le règne végétal régnait alors sans partage à la surface découverte de

a été transmis à Tétat fossile , surtout lorsqu^on voit que cette végétation primitive et celles qui ont successivement habité la surface de la terre, forment un enchaînement si remarquable du simple au coiAposé; enchaînement qui se retrouve également dans le règne animal.

la terfe, stir laquelle il semblait appelé à jouer un autre rôle dans l'économie générale de la nature.

On ne saurait, en effet, douter que la masse immense de carbone accumulée dans le sein de la terre à letat de houille, et provenant de la destruction des végétaux qui croissaient, à cette époque reculée, sur la surface du globe, n'ait été puisée par eux dans l'acide carbonique de l'atmosphère, seule forme sous laquelle le carbone, ne provenant pas de la destruction d'êtres organisés préexistants, puisse être absorbé par une plante. Or, une proportion, même assez faible, d'acide carbonique dans l'atmosphère est généralement un obstacle à l'existence des animaux, et surtout des anîmaux les plus parfaits, tels que les mammifères et les oiseaux; cette proportion, au contraire, est très-favorable à l'accroissement des végétaux; et si l'on admet qu'il existait une plus grande quantité de ce gaz dans l'atmosphère primitive du globe que dans notre atmosphère actuelle, on peut le considérer comme une des causes principales de la puissante végétation de ces temps reculés.

Cet ensemble de végétaux si simples, si uniformes, qui auraient été si peu propices, par conséquent, à fournir dés matériaux à Talimentation d'animaux de structure très-diverse, tels que ceux qui existent maintenant, aurait, en purifiant l'air de l'acide carbonique en excès qu'il contenait alors, préparé les conditions nécessaires à une création plus variée; et si nous voulions nous laisser aller à ce sentiment d'orgueil qui a quelquefois fait penser à l'homme que tout dans la nature avait été créé à son intention, nous pourrions supposer que cette première création végétale, qui a précédé de tant de siècles l'apparition de l'homme sur la terre, aurait

eu pour but de préparer les conditions atmosphériques néoessaires à son existence , et d'accumuler ces immenses masses de combustible que son industrie devait plus tard mettre à profit.

Mais indépendamment de cette différence dans la nature de latmosphère, que la formation de ces vastes dépôts de charbon fossile rend extrêmement vraisemblable, la nature des végétaux mêmes qui les ont produits ne peut-elle pas nous fournir quelques données sur les autres conditions physiques auxquelles la surface de la terre était soumise pendant cette période ?

Ce qui a lieu encore dans les diverses régions du globe peut jeter quelque jour sur cette question.

L'étude de la distribution géographique des plantes appartenant aux mêmes familles qui composaient seules la végétation de la période houillère, peut, en effet, nous indiquer les conditions climatériques , et, par conséquent, les causes physiques qui favorisent soit l'accroissement de taille, soit la plus grande fréquence de ces végétaux, et nous pourrons en conclure avec beaucoup de probabilité que les mêmes causes ont dû déterminer leur prépondérance à cette époque.

Nous voyons, par exemple, que les Fougères, les Prêles et les Lycopodiacées atteignent une taille d'autant plus élevée quelles croissent dans des régions plus rapprochées de l'équateur. Ainsi ce n'est que dans les parties les plus chaudes du globe que se trouvent ces Fougères arborescentes qui joignent au port élancé et majestueux des Palmiers le feuillage élégant des Fougères ordinaires, et dont nous avons signalé l'existence dans le terrain houiller. Dans ces mêmes

( i6) régions, les Prêles et les Lycopodes atteignent une taille double ou triple de celle que présentent les espèces les plus grandes des climats tempérés.

Une seconde condition paraît avoir une influence encore plus marquée sur leur prépondérance par rapport aux végétaux des autres familles, c*est l'humidité et 1 uniformité du climat ; conditions qui se trouvent réunies au plus haut degré dans les petites îles éloignées des continents.

Dans ces îles , en effet , 1 étendue des mers environnantes détermine une température peu variable et une humidité constante, qui paraît favoriser d'une manière remarquable le développement et la variété des formes spécifiques, parmi les Fougères et les plantes analogues, tandis qu'au contraire, sous l'influence de ces mêmes conditions, les végétaux phanérogames sont peu variés et beaucoup moins nombreux. Il en résulte que, tandis que, dans les grands continents, les plantes cryptogames vasculaires , telles que les Fougères , les Lycopodes, les Prêles, etc., forment souvent à peine un cinquantième du nombre total des végétaux , dans les petites îles des régions équinoxiales , ces mêmes plantes constituent presque la moitié et même quelquefois jusqu'aux deux tiers de la totalité des végétaux qui les habitent.

Les archipels situés entre les tropiques, tels que les îles du grand océan Pacifique ou les Antilles , sont donc les points du globe qui présentent actuellement la végétation la plus analogue à celle qui existait sur la terre, lorsque le règne végétal a commencé pour la première fois à s'y développer.

L'étude des végétaux qui accompagnent les couches de houille doit, par conséquent, nous porter à penser qu'à cette époque reculée la surface de la terre, dans les conr

trées oii se trouvent ceux de ces vastes dépôts de charbon fossilç qui sont le mieux connus, c'est-à-dire dans l'Europe et l'Amérique septentrionale, offrait les mêmes conditions climatériques qui existent maintenant dans les archipels des régions équinoxiales , et probablement une configuration géographique peu différente.

Quand on considère le nombre et l'épaisseur des couches qui constituent la plupart des terrains de houille; quand on examine les changements qui se sont opérés dans les formes spécifiques des végétaux qui leur ont donné naissance, depuis les premières jusqu'aux dernières, on est obligé de reconnaître que cette grande végétation primitive a dû couvrir pendant longtemps de ses épaisses forêts toutes les parties du globe qui s'élevaient au-dessus du niveau des mers; car elle se présente avec les mêmes caractères en Europe et en Amérique; et l'Asie équatoriale, ainsi que la Nouvelle- Hollande, sembleraient même avoir participé alors à cette uniformité générale de structure des végétaux.

Cependant cette première création végétale devait bientôt disparaître pour faire place à une autre création composée d'êtres d'une organisation moins extraordinaire que les précédents, mais presque aussi différents encore de ceux que nous voyons actuellement,

A quelles causes peut-on attribuer la destruction de toutes les plantes qui caractérisent cette' végétation remarquable .'^

Est-ce à une violente révolution du globe ? Est-ce au changement lent des conditions physiques nécessaires à leur existence, changement qui pourrait être dû en partie à la présence même de ces végétaux.^ C'est ce qu'on ne saurait déterminer dans l'état actuel de nos connaissances.

Toutefois il est presque certain que le dépôt des dernières couches des terrains houillers a été suivi de la destruction de toutes les espèces qui constituaient cette végétation primitive, et particulièrement de ces arbres gigantesques d'une structure si singulière, de ces Lycoj>odiacées , de ces Fougères, de ces Prêles arborescentes, caractère essentiel de cette première création (i).

Après la destruction de cette puissante végétation primitive, le règne végétal paraît pendant longtemps n avoir pas atteint le même degré de développement. Presque jamais, en effet, dans les nombreuses couches des terrains secondaires qui succèdent au terrain houiller, on ne trouve de ces masses d'empreintes v^étales, sortes d'herbiers naturels qui, dans ces anciens dépôts de charbon, nous attestent l'existence simultanée d'un nombre prodigieux de plantes. Presque nulle part on ne voit, dans ces terrains, de couches puissantes de combustible fossile; et jamais ces couches ne se répètent un grand nombre de fois et n'ont une grande étendue comme dans les dépôts houillers; soit qu'en eflet le règne végétal n'occupât que des espaces plus circonscrits de la surface terrestre , soit que ses individus épars ne couvrissent qu'incomplètement un sol peu fertile et dont les révolutions du

(i) On retrouve encore dans quelques parties des terrains secondaires un petit nombre de Fougères arborescentes et des Prèles gigantesques, mais cependant d*une taille beaucoup moins considérable que celle des terrains houillers, mais on ny rencontre aucune trace de Lycopodiacées arborescentes analog'ies aux Lépidodendrons ; ces végétaux, ainsi que les Sligmaria et les Sigillaria^ paraissent avoir complètement disparu de la surface de la terre depuis la fin des terrains houillers.

globe ne leur auraient pas permis de devenir tranquilles possesseurs, soit, enfin, que les conditions dans lesquelles la surface de la terre se trouvait n'aient pas été favorables à la conservation des végétaux qui Thabitaient (i).

Cependant, cette longue période qui sépare les formations houillères des terrains tertiaires, période qui fut le théâtre de tant de révolutions physiques du globe, et qui vit apparaître au milieu des njers ces reptiles gigantesques, types d'organisations bizarres , dans lesquels on croirait souvent reconnaître ces monstres enfantés par Timagination des poètes de l'antiquité, cette période, dis-je, est remarquable dans l'histoire du règne végétal par la prépondérance de

(i) II est très-probable que le petit nombre de végétaux que nous connaissons dans ces terrains dépend, en partie au moins, des circonst;^nces géologiques qui ont présidé à leur formation.

En effet, presque tous les terrains secondaires compris entre leis dépôts houillers et la craie, s'étant déposés dans la mer et ne renfermant en végétaux terrestres que ceux qui avaient été transportés et dispersés au milieu de cette masse énorme de liquide , beaucoup d*entre eux peuvent avoir été détruits ou sont tellement dispersés, que ce n*est que par un extrême hasard qu'on peut les rencontrer. Aussi n'en trouve-t-on généralement que dans quelques localités où des circonstances spéciales ont fait afHuer davantage ces débris. Les endroits, en petit nombre, où des dépots de charbon fossile se sont formés dan^ ces terrains, ont été spécialement favorisés sous ce rapport ; car les ifiêmes causes qui y accumulaient les tiges, origine de ces couches de charbon , y ont apporté des fragments nombreux de feuilles ou de fruits. Aussi là, comme dans les terrains houillers , la flore locale devient très-riche, et il est probable que, si ces circonstances s'étaient répétées plus souvent, nous aurions une connaissance bien plus complète de la végétation de ces périodes secondaires.

deux familles qui se perdent, pour ainsi dire, au milieu de l'immense variété de végétaux dont est couverte aujourd'hui la surface de la terre, mais qui alors dominaient toutes les autres par leur .nombre et leur grandeur. Ce sont les Conifères, qui, sous des formes très-diverses, habitent encore presque toutes les régions du globe et les Cycadées, végétaux tous exotiques, moins nombreux' dans notre monde actuel qu'à cette époque reculée, et qui joignent au feuillage et au port des Palmiers, la structure essentielle des Conifères. L'existence de ces deux familles, pendant cette période, est d'autant plus importante à signaler, qu'intimement liées entre elles par leur organisation, elles forment le chaînon intermédiaire entre les cryptogames vasculaires qui composaient presque seules la végétation primitive de la période houillère, et les phanérogames dicotylédones proprement dites , qui forment la majorité du règne végétal pendant la période tertiaire (i).

(i) Je n ai pu ici que signaler le caractère le plus remarquable des diverses créations végétales qui se sont succédé à la surface du globe, depuis la destruction de la végétation primitive jusqu a celle si différente des terrains tertiaires; ce caractère est sans aucun doute la présence des deux familles des Cycadées et des Conifères, dont la première manque également dans les terrains houillers et dans les terrains tertiaires de nos climats, et dont la seconde, rare à la première époque, s'est continuée pendant la dernière, comme dans les temps actuels, mais sous des formes très-différentes : mais indépendamment de ce caractère positif, cette longue période est encore signalée par un double caractère négatif; Tabsence des Lépidodendrons , des Stigmaria, des Sigillaria, et de la famille entière des Astérophyllées [Asterophjrllites^ Annularia^ SphenopAyl/amyCic^j qui la distingue de la végé-

Ainsi, aux cryptogames vascnlaires, premier degré de l'organisation ligneuse, succèdent les Conifères et les Cyca-

tation primitive, et labsence des vraies Dicotylédones vasculaires, qui ne ' commencent qu*aux terrains tertiaires , ou peut-être en petit nombre dès la formation crayeuse. Malgré ce caractère commun à Tensemble de la végétation pendant toute la période secondaire, chaque époque a eu ses caractères particuliers, que j*ai exposés plus en détail dans mon Prodrome (Tune histoire des végétaux fossiles. Ces caractères n*ont subi que de bien légers changements depuis la publication de cet ouvrage; ils ont au contraire été généralement confirmés et complétés par les découvertes ré- >centes ; ainsi Tépoque du grés bigarré est toujours caractérisée par plusieurs F'ougères toutes spéciales, Anomopteris^ Nevropteris Voltzil et espèces voisines , Filicites ScoloptndrioideSy Fougères qui probablement devraient constituer trois genres propres à ce terrain , par ses Conifères du genre Voltzia, qui se sont enrichies de plusieurs espèces nouvelles et par l'absence des Cycadées : le Keuper et le grés du Lias présentent les premières Cycadées formant les genres si remarquables des Pterophylltim et des iVi/sonia^ quelques Conifères mal connues et des Fougères assez nombreuses , parmi lesquelles on remarque celles qui constituent le genre Clathropteris^ tout à fait propre à cette époque, qui se lie à la suivante par lexistence de véritables Equisetum gigantesques. La formation oolithique, plus riche en espèces, par suite, peut'^étre, des circonstances dans lesquelles quelques-unes des couches de ce terrain se sont formées y nous présente un grand nombre de Fougères par«ii lesquelles peu cependant ont des formes très-insolites; quelques Conifères spéciales , et surtout de nombreuses Cycadées analogues, par leur feuillage, aux Zamia de notre époque, mais plus fréquentes alors dans quelques points de TEurope qu*elles ne le sont actuellement sur la terre tout entière. Ces mêmes familles, les Equisetacées , les Fougères, les Conifères et les Cycadées, jointes à quelques monocotylédones mal connus jus<]u a présent, sont encore les seides plantes qu'on trouve dans les couches qui terminent la série oolithique, dans le sud de

dées qui tiennent un rang plus élevé dans 1 échelle des végétaux, et à celles-ci succèdent les plantes dicotylédones qui en occupent le sommet.

Dans le règne végétal, comme dans le règne animal, il y a donc eu un perfectionnement graduel dans Forganisation des êtres qui ont successivement vécu sur notre globe, depuis ceux qui les premiers ont apparu à sa surface, jusqua ceux qui l'habitent actuellement.

La période tertiaire , pendant laquelle se déposèrent les

l'Angleterre , comme le prouvent les nombreuses recherches de M. Mantell sur les fossiles du grès de Tilgate. Jamais, dans aucune de ces couclies, on n*a trouve ni feuille, ni bois, ni fruit, qu'on puisse rapporter avec certitude à une famille de plantes dicotylédones vasculaires. Tous les bois d apparence dîcotylédone sont des bois de Conifères ; toutes les feuilles ressemblant à celles de ces végétaux, sont des feuilles de Fougères de forme plus ou moins anomales, mais dont on retrouve cependant des analogues parmi les Fougères vivantes. En Allemagne seulement, dans des couches qu'on rapporte à la craie inférieure, à Niederschôna près Freyberg, on a trouvé des empreintes de feuilles assez nombreuses qu'on est tenté de considierer comme dicotylédones ; cependant la plupart de celles dont les nervures sont bien conservées, paraissent encore n'être que des feuilles de Fougères un peu différentes des formes les plus vulgaires de cette famille. Ce n'est toutefois que dans ces dernières couches de la période secondaire que la présence des plantes dicotylédones devient problématique; avant cette époque je ne connais pas une seule plante qu'on puisse considérer avec quelque probabilité comme appartenant à cette grande classe. Les fossiles de ces couches de la craie intérieure, et surtout de cette localité de Niederschôna , méritent donc un examen tout spécial , pour résoudre la question impartante pour Thistoire du règne végétal de la première apparition de la classe des Dicotylédones.

terrains qui forment maintenant le sol des plus grandes capitales de l'Europe, de Londres, de Paris, de Vienne, vit s'opérer dans le monde organique des transformations plus grandes qu'aucune de celles qui s'étaient effectuées depuis la destruction de la végétation primitive.

Dans le règne animal : création des mammifères (i) , classe que tous les naturalistes s'accordent à placer au sommet de l'échelle animale, et par laquelle la nature semblait préluder à la création de l'homme. Dans le règne végétal : création des dicotylédones (2) , grande division que d'un consentement unanime les botanistes ont toujours placée en tête de ce règne, et qui , par la variété de ses formes et de son organisatio/i , par la grandeur de ses feuilles, par la beauté de ses fleurs et de ses fruits , devait imprimer à toute la végétation un aspect bien différent dé celui qu'elle avait offert jusqu'alors.

Cette classe des dicotylédones , dont on pouvait à peine citer quelques indices douteux dans les derniers temps de la pe-

(i) En plaçant ici la première apparition de la classe des mammifère» à répoque des terrains tertiaires , je fais abstraction du fait , unique juâqu a présent, des petits mammifères fossiles voisins des Sarigues trouvés dans le calcaire oolithique de Stonesfield; ce cas tout à fait exceptionnel ne pouvait trouver place dans un tableau aussi abrégé.

(2) Comme je Tai fait remarquer dans une des notes précédentes, il serait possible que quelques plantes dicotylédones existassent dès Tépoque de la formatioii de la craie inférieure ; mais ce fait fiit-il même mis hors de doute, il n'en serait pas moins certain que ce n*est qu au commencement de la période tertiaire que les dicotylédones dans le règne végétal , et les mammifères dans le règne animal , se sont présentés en grand nombre sur la terre.

riode secondaire, se présente tout à coup, durant la période tertiaire , d'une manière prépondérante. Comme de nos jours, elle domine toutes les autres classes du règne végétal , soit par le nombre et la variété des espèces, soit par la grandeur des individus. Aussi, cet ensemble de végétaux qui habitait nos contrées pendant que les terrains tertiaires se déposaient et enveloppaient ses débris dans leurs couches sédimenteuses, a-t-il les plus grands rapports avec la masse de la végétation actuelle, et plus particulièrement avec la flore des régions temj>érées de l'Europe ou de l'Amérique. Le sol de ces contrées était couvert alors, comme à présent, de Pins, de Sapins, de Thuyas, de Peupliers, de Bouleaux, de Charmes, de Noyers, d'Erables , et d'autres arbres presque identiques avec ceux qui croissent encore dans nos climats (i).

Ainsi , non-seulement on n'y retrouve aucun indice de ces

(i) Uanalogie des végétaux fossiles des terrains tertiaires avec les arbres qui constituent les forêts de F Amérique septentrionale est surtout remarquable. 11 est vrai que les genres que je viens de citer, à Texccption des Thuya, sont connus à l'Amérique et h l'Europe. Mais le nombre de leurs espèces dans le premier de ces pays est beaucoup plus considérable, en général , que dans le second; en outre, les espèces fossiles ont une analogie bien plus marquée avec les espèces américaines qu'avec les espèces européennes, et plusieurs d'entre elles sont peut-être identiques avec les premières. Nous pouvons en citer quelques exemples : qu'on examine les Pinus fossiles , on ▼erra qu'il existe deux espèces dont les feuilles sont connues; l'une, à feuilles réunies cinq par cinq, diffère complètement de la seule espèce européenne qui ait ce caractère {Pinus Cembro\ et se rapproche davantage du Pinus Strobus de l'Amérique du Nord ; l'autre a les feuilles ternées , caractère propre à plusieurs espèces américaines , et qui ne se retrouve dans aucune espèce européenne ; mais on ne saurait se prononcer sur ces analo-

( a5 ) végétaux singuliers qui caractérisaient les forêts primitives de la période houillère, mais on n'y rencontre niême que rarement quelques fragments de plantes analogues à celles qui vivent actuellement entre les tropiques.

Il ne faut pas croire cependant que les mêmes formes végétales, se soient perpétuées, depuis cette époque encore bien reculée, puisqu'elle précédait l'existence de l'homme.

gies , tant que les espèces asiatiques et celles de la Californie ne nous seront pas mieux connues.

Le genre Juglans nous fournit un second exemple plus positif. L*Europe ne produit que le Juglans regia^ et seulement dans sa partie la plus orientale, près des bords de la mer Noire ; T Amérique en nourrit au contraire un grand nombre d'espèces. A letat fossile on en trouve en Europe quatre ou cinq espèces; Tune d'elles, des terrains tertiaires du val d'Arno , ne me paraît différer en rien du Juglans cinerea des États-Unis, Tautre des environs de Turin est presque identique avec le Juglans nigra des mêmes contrées; enfin, deux espèces des lignites d'Allemagne ont la plus grande analogie avec les Juglans alba etporcinaj également propres à l'Amérique septentrionale.

Ces rapports entre les végétaux fossiles des terrains tertiaires de TEu" rope et les végétaux qui existent encore en Amérique annonceraient-ils un transport de ces fruits, et même de ces feuilles de l'Amérique jusqu'en Europe? Ou pourraient-ils faire supposer que la végétation qui a persisté en Amérique couvrait anciennement l'Europe elle-même, soumise peutêtre à cette époque à un climat analogue à celui des régions Atlantiques de TAmérique du Nord ? Une comparaison exacte des fossiles des terrains tertiaires, et surtout des feuilles, beaucoup moins susceptibles d'un long transport , pourra peut- être éclaircir cette question ; mais ces comparaisons exigent des échantillons très-complets et bien conservés, qui sont rares dans les collections.

jusqu'à nos jours. Non, des différences très-sensibles distinguent presque toujours ces habitants de notre globe, bien récents géologiqueinent , mais bien anciens chronologiquement, des végétaux contemporains des mêmes contrées auprès desquels on peut les ranger; et lexistence dans ces mêmes terrains, jusque vers le nord de la France , de quelques Palmiers , très-différents de ceux qui croissent encore sur les bords la mer Méditerranée , et d'un petit nombre d'autre& plantes qui appartiennent à des familles actuellement limitées à des régions plus chaudes, semble indiquer qu'à cette époque l'Europe moyenne jouissait d'une température un peu plus élevée qu'à présent; résultat qui s'accorde du reste parfaitement avec celui qu'on peut déduire de la présence dans ces mêmes terrains, et dans les mêmes contrées, d'Eléphants, de Rhinocéros et d'Hippopotames , animaux qui maintenant s'étendent rarement au delà des tropiques.

Quel étonnant contraste entre l'aspect de la nature pendant les dernières périodes géologiques, et celui qu'elle offrait lorsque la végétation primitive couvrait la surface du globe!

En effet, dans les derniers temps de l'histoire géologique du monde, la terre avait déjà pris, en grande partie du tnoins, la forme qu'elle conserve encore de nos jours; des continents assez étendus , des montagnes déjà très-élevées déterminaient des climats variés et favorisaient ainsi la diversité des êtres. Aussi, dans une contrée peu étendue, le règne végétal nous offre-t-il des plantes aussi différentes les unes des autres qu'à présent.

Aux Conifères à feuilles étroites, dures et d'un vert sombre, se joignaient les Bouleaux, les Peupliers, les Noyers et

(î»7) les Érables au feuillage large et d\m beau vert ; à lombre de ces arbres , sur les bords des eaux ou à leur surface , croissaieut des plantes herbacées analogues à celles qui encore actuellement embellissent nos campagnes par la diversité de leurs formes et de leurs couleurs, et que leur variété même rendait propres à satisfaire les goûts si différents d*une inGnité d'animaux de toutes les classes.

Ces forêts de l'ancien monde, comme celles de notre époque, servaient en effet de refuge à un grand nombre d'animaux plus ou moins analogues à ceux qui vivent encore sur notre globe. Ainsi , des Éléphants , des Rhinocéros , des Sangliers , des Ours , des liions , des Cerfs de toutes les formes et de toutes les tailles^ les ont successivement habitées; des oiseaux , des reptiles et même des insectes nombreux complètent ce tableau de la nature telle qu elle se présentait sur les parties de la terre qui s'élevaient alors au-dessus des eaux; nature aussi belle et aussi variée que celle que nous voyons encore actuellement sur sa surface.

Au contraire, dans les premiers temps de la création des êtres organisés, la surface terrestre partagée, sans doute, en une infinité d'îles basses et d'un climat très-uniforme était, il est vrai, couverte d'immenses végétaux; mais ces arbres, peu différents les uns des autres par leur aspect et par la teinte de leur feuillage, dépourvus de fleurs et de ces fruits aux couleurs brillantes qui parent si bien plusieurs de nos grands arbres, devaient imprimer à la végétation une monotonie que n'interrompaient même pas ces petites plantes herbacées qui, par 1 élégance de leurs fleurs, font l'ornement de nos bois.

Ajoutez à cela que pas un mammifère , pas un oiseau , qu'aucun animal, en un mot, ne venait animer ces épaisses forêts, et Ton pourra se former une idée assez juste de cette nature primitive, sombre , triste et silencieuse, mais en même temps si imposante par sa grandeur et par le rôle qu elle a joué dans l'histoire du globe.

IMPniMtRIE DE FIHMIH DIDOT FRERES,

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