‹ Sur la coexistence d'une angine pseudo-membraneuse atypique et d'un microbe nouveauChapitre 9 sur 19 · GR · texte numérisé non relu

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et constante à unartifice de préparation. D’ailleurs, l’existence de cette enveloppe permet de comprendre laspect gélatineux que revêtent toujours les cultures de ce microbe.

La végétation se fait abondamment dans les limites ordinaires des températures utilisées dans les laboratoires de bactériologie, La température éptima est vers 37-388 degrés, mais le développement se fait encore extrêmement bien, quoiqu'avec une rapidité beaucoup moindre évidemment à des températures bien plus basses, 18-15 degrés : Vers 10-12 degrés cependant, il s'arrête. La végétation se continue encore avec un peu moins d'abondance, il est vrai, à 42-43 degrés, mais à 44 desrés elle est totalement suspendue.

Que la végétation se fasse à l’air ou dans le vide, les cultures présentent exactement le même aspect et ne répandent pas d’odeur appréciable.

Ce bacille prend en général assez bien les matières colorantes basiques d’aniline. Nous avons vu cependant que parfois il présentait des vacuoles ou des irrégularités dans l'intensité de la coloration, la matière colorante se fixant de préférence vers les extrémités, Il se décolore complètement par la méthode de Gram, et ne se colore pas mieux par les procédés d’Ehrlich, de Liehl, etc.

Il se développe abondamment sur les divers ….. nutritifs employés dans les laboratoires.

Ensemencé en bouillon de bœuf peptoné à 20 pour 100, ce bacille donne, après vingt-quatre heures de passage à l’étuve, un trouble épais, régulier. Le bouillon devient gélatineux, glaireux, filant; il prend une teinte blanchâtre, rappelant bien l'aspect de sirop d’orgeat très visqueux.

On ne constate pas, au début, de dépôt au fond du ballon. Puis s’étend à la surface un voile blanc, glaireux, adhérent aux parois du vase. Si l’on continue la végétation ces caracteres s’accentuent d’abord quotidiennement jusqu’au cinquième ou sixième jour, où la culture paraît quelquefois semblable à une gelée de fruits. Puis, du huitième au dixième jour, la consistance diminue, la fluidité reparait, en même temps que le bouillon prend une teinte brune légère. ,

Dans les préparations faites avec une culture en bouillon extrêmement visqueuse, les bacilles prennent une disposition curieuse, due probablement à ce que pour étaler la culture on doit l’étirer avec l’aiguille à la surface de la lamelle. Tous les microbes s’orientent alors dans le: même sens, en files plus ou moins longues, comprenant plusieurs éléments de front, sibien qu’on pourrait les comparer à l’aspect d’un régiment de cavalerie en marche se déroulant en courbes gracieuses dans une plaine.

(V. préparation de culture du bouillon de sérosité souscutanée du cobaye mort le 31 décembre, faite le 2 janvier).

Sur la gélatine nutritive ensemencée en strie et laissée à la température du laboratoire (10 à 18 degrés), on com-mence à percevoir nettement après quarante huit heures une traînée blanchâtre le long de la strie. Au bout de quatre jours, s’est développée une culture très épaisse, saillante, grosse, à surface humide et luisante d’un blanc laiteux, opaque au centre, à bords nets, réguliers, mais un peu transparents. Les parties superficielles de la culture glissent peu à peu au fond du tube où elles s’accumulent sous forme d’un ménisque de 1 à 2 centimètres de

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hauteur. La gélatine n’a aucune tendance à la liquéfaction ; aussi longtemps que l’on puisse garder les cultures, et nous en avons suivi pendant plus de trois mois, jusqu’à la mort du microbe. Lorsque la culture sur gélatine est faite en tube d’Esmarch, ce n’est guère qu’au bout de quatre à six jours que les colonies commencent à se montrer sous la forme de petits points blancs, qui prennent au bout de huit à dix jours l’aspect de gouttelettes de cire blanche sphériques et saillantes. Enfin, lorsque l’ensemencement a été fait en piqûre, on voit la colonie se développer avec l'aspect classique en clou, la tête formée par une culture rappelant absolument l’aspect de la culture en strie, et la tige par une accumulation de petites colonies sphériques, confluentes, souvent isolées comme de petites perles blanches à l’extrémité profonde. Jamais de liquéfaction.

Au microscope, le bacille présente des formes en général courtes, mais assez uniforme, À plusieurs reprises, nous avons observé dans ces cultures des capsules hyalines, mais à limites peu nettes.

L’agar-agar, ensemencé en strie et porté à l’étuve à 38 degrés, présente, en vingt-quatre heures, une très épaisse culture, moins blanche et plus transparente que les cultures sur gélatine. On observe des stries longitudinales dues probablement au glissement des parties superficielles de la colonie jusqu’au fond du tube où elles se réunissent, comme pour la gélatine, sous forme d'une couche épaisse à aspect de colle de farine. A part ces détails légers, dus probablement à la végétation plus active ici, l’aspect des cultures sur agar se rapproche beaucoup de celui des cultures sur gélatine, soit au point de vue macroscopique, soit au point de vue microscopique,

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Sur sérum gélifié, à 38 degrés, la végétation est extrémement rapide, beaucoup plus rapide même que pour le bacille de Lôffler. En dix-huit heures, en effet, les colonies du bacille que nous étudions sont arrondies, très saillantes et atteignent jusqu’à 4 et 5 millimètres de diamètre, ce que nous n’avons absolument jamais constaté pour l’agent de la diphtérie. On voit donc qu’il faudra se tenir en garde contre cette idée trop absolue que le bacille de Lôffler soit le seul qui, en seize à dix-huit heures, puisse donner sur sérum à 38 degrés des colonies appréciables, et sur laquelle on base en partie le diagnostic différentiel des angines diphtériques. D'ailleurs, les préparations de ces colonies colorées par la méthode de Gram supprimeront toute possibilité de confusion. É

La pomme deterre paraît être aussi un milieu très favorable au développement de notre bacille. Après vingt quatre heures de passage à l’étuve à 38 degrés, la pomme de terre, ensemencée, est recouverte d'un épais enduit jaunâtre, crémeux, à bords saillants, qui envahit peu à peu toute la surface. La pomme de terre prend au-dessous une teinte gris noirâtre légère. Les bacilles ont, sur la pomme de terre, exactement le même aspect que sur les autres milieux solides.

Nous avons ensemencé notre microbe dans ce milieu artificiel dont la composition a été donnée par Ouchinsky dans ses recherches sur les toxines diphtérique et tétanique , jusqu’à présent sans succès.

Des expériences sont encore en cours pour chercher la végétabilité de cet agent sur divers autres milieux, pour

1 Onchinsky, Arch, de méd, expérim., mai 1893,

déterminer ses réactions, son pouvoir fermentatif, etc. Les résultats en seront exposés plus tard dans un travail complet. :

La végétabilité de ce microbe ne paraît pas persister très longtemps dans les cultures qu’on ne renouvelle pas. C’est ainsi que nous n'avons pu obtenir de végétation en repiquant sur divers milieux des cultures sur agar ou sur gélatine n'ayant pas été réensemencées depuis deux mois. Nous n’avons pas déterminé encore d’une manière exacte au bout de combien de temps la végétation est ainsi supprimée.

La consistance visqueuse glaireuse ou gélatineuse que prennent les cultures de ce bacille, nous semble devoir êtré rapportée à l’existence d’une substance mucilagineuse, muqueuse, qu'il sécrète autour de lui. En bouillon, cette substance se gonfle, se diffuse, englobant et réunissant tous les microbes pour donner à la culture son aspect sirupeux ou gélatineux. On comprend parfaitement ainsi que dans les préparations faites avec les cultures en bouillon, si la préparation est fraîche, la: substance mu queuse uniformément étalée n’est pas apparente, si la préparation est au contraire desséchée, on ne retrouve plus que des détritus informes disséminés sur la lamelle ou rétractés autour du corps du microbe pour lui donner un aspect sinueux ou moniliforme. Or nous n’avons jamais observé dans ce cas la présence d’une capsule, tandis que dans les cultures sur milieux solides, dans le sang des animaux surtout, celle-ci devient d’une netteté admirable, avec une ligne réfringente qui la limite comme une membrane d’enveloppe ou plutôt un, exoplasme. Nous croyons pouvoir en induire que ce qui constitue la cap-

| — 33 — sule n’est autre chose qu'une sécrétion muqueuse dont s’entoure le microbe.

Quelle est la composition de cette substance ? comment et aux dépens de quels corps prend-elle naissance? Peutelle se produire dans des milieux non albumineux ou artificiels? Ge sont autant de points encore à élucider.

Nous n'avons point encore mis en relief la toxicité possible des sécrétions de notre microbe, c’est là une étude également en cours.

Il. Znoculations.

Quoi qu’il en soit, son pouvoir pathogène pour l’animal n’est pas douteux. Des inoculations ont été faites à des cobayes, à des lapins et à un chien, dans diverses conditions. Voici rapidement énumérés les: résultats obtenus jusqu'ici :

a) GoBaAYE. — 1° Inoculé dans le péritoine du cobaye (1/4 et 2 centimètres cubes deculture en bouillon) il détermine la mort decet animal en seize à dix-sept heures, avec des phénomènes de péritonite intense, diarrhée, météorisme. À l’autopsie, on trouve l’estomac et les intestins très dilatés ; le péritoine dans ses diverses parties est le siège d’une congestion intense avec nombreuses petites hémorragies sous-séreuses. Le foie, la rate, les intestins sont très congestionnés et recouverts de fausses membranes peu épaisses se détachant facilement. On constate également de la congestion des poumons, des reins, etc. Les plévres et le péricarde sont garnis d’un liquide visqueux, incolore.

Les fausses membranes péritonéales, formées de fibrine avec nombreuses cellules épithéliales granulo-graisseuses et des globules blancs polynucléés et graisseux fourmillent de grands bacilles, dont quelques-uns seulement paraissent encapsulés.

On les retrouve également dans la sérosité péritonéale louche, dans un fragment de rate écrasé entre deux lamelles et coloré en bleu de méthylène, presqu’aussi longs que dans les cultures en bouillon, quelques-uns entourés de leur capsule hyaline.

Quelques gouttes de sang recueillies aseptiquement dans le cœur sont en partie ensemencées en bouillon, en partie étalées sur des lamelles.

Après vingt-quatre heures de séjour à l’étuve le bouillon a présenté une culture typique de notre agent, filante, visqueuse avec voile à la surface et flocons blanchâtres adhérents aux parois du ballon, formée de gros bacilles, sans impuretés.

Les lamelles soumises à la double coloration éosine alcoolique et bleu de méthylène aqueux montrent de nombreux et très beaux bacilles ou diplobacilles encapsulés, colorés en bleu au milieu des globules rouges colorés en rose par l’éosine et presque aussi gros qu'eux. Nous n’insisterons pas sur cette description déjà faite à propos de la morphologie du microbe.

Les mêmes constatations ont été faites sur les deux cobayes.

Ainsi, ce bacille inoculé dans le péritoine du cobaye, le tue avec une péritonite intense ex produisant de belles fausses membranes où on le retrouve en grande abondance et en envahissant tous les organes par l’intermé-

rase

diaire du sang donnant une véritable infection générale.

2° Inoculé dans le tissu cellulaire de la cuisse du même animal, les accidents qu’il détermine sont beaucoup moins graves, tandis que 1/4de centimètre cube dans le péritoinesuffit pour tuer l’animal en seizeà dix-septheures, nous avons une seule fois produit la mort par l'injection sous-cutanée de 2 centimètres cubes de culture. Deux autres cobayes inoculés dans les mêmes conditions avec 2 et 1 centimètre cube de culture en bouillon ont survécu.

Dans le premier cas la mort est survenue en moins de soixanteheures, après un avortement de trois petitscrevés. On constatait un gonflement énorme et dur de la cuisse inoculée.

À l’autopsie, on trouve localement une infiltration intense de tous les tissus par une sérosité rosée trouble et filante. Cette infiltration monte jusqu’à l’ombilic sur la paroi abdominale. Epanchement citrin peu abondant dans le péritoine et le péricarde, congestion légère des poumons. Le cœur est plein de sang noir et poisseux.

Un examen direct de la sérosité de la cuisse après dessiccation et coloration, la montre très riche en gros bacilles courts de tous points semblables à ceux des cultures jeunes en bouillon, avec quelques globules rouges et blancs.

Cette sérosité et le sang du cœur ensemencés ont donné en bouillon et sur milieu solide des cultures absolument typiques. C’est dans la culture en bouillon de la sérosité crurale que nous avons surtout observé la disposition des bacilles en files régulières et orientées.

Les deux autres cobayes ont présenté une tuméfaction énorme et dure de la cuisse, vaste collection qui s’est ulcé-

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rée au bout de dix à douze jonrs donnant issue à un liquide blanchâtre, filant, transparent, analogue à de la colle d'amidon très fluide. Ge liquide examiné après coloration est très riche en gros bacilles.

Un de ces cobayes sacrifié au bout d’un mois et demi environ ne présentait plus aucun accident, la lésion locale étant complètement cicatrisée depuis quelques jours ; l’autre, d’une expérience plus récente est vivant au bout de dix-sept jours, il paraît même assez bien portant, mais présente toujours un membre extrêmement volumineux avec une vaste escarre et une fistule donnant issue au liquide décrit.

b) Lapins. — Ces animaux ont été soumis à un certain nombre d’expériences, seules deux ou trois sont intéressantes.

1° Znoculations du sang. — Un premier lapin recoit 1 centimètre cube d’une culture en bouillon 6° génération, àgée de trois jours dans la veine marginale de l’oreille.

Il meurt en quelques heures sans que l’on trouve de lésions notables à l’autopsie. Le sang fluide à une couleur rouge rosé, rappelant l'aspect du sang dissous : au microscope après coloration simple, on voit se détacher au milieu des globules rouges de nombreux et gros bacilles courts, bien colorés.

Un deuxième lapin inoculé récemment également dans le sang, mais avec une dose de culture beaucoup plus faible, 1/4 de cent. cube seulement d’une culture 9° généra-tion âgée de sixjours, à présenté une réaction fébrile assez vive au début,puis promptement atténuée.

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