CHAPITRE VII
Etude du procédé Maly-Denigès.
Nous allons entreprendre maintenant l'étude complète du procédé Maly-Denigès dont les conclusions nous l’espérons offriront quelque intérêt pratique.
Cette méthode avait été primitivement appliquée par Maly de Graëz (61) à la recherche de la réaction du sang, du sérum et de la bile. C’est Denigès qui l’a utilisé le premier, comme nous l'avons vu, à la détermination de l'acidité urinaire, suivant le mode opératoire décrit à ce sujet, et les urologistes modernes, Biais notamment, par l’apport de quelques modifications en ont fait le procédé universellement connu aujourd’hui sous le nom de « Procédé Maly-Denigès » et le plus couramment employé en uroacidimétrie.
Détermination de l'acidité urinaire. — Rappelons-en sommairement le principe (*).
La méthode consiste (38) à traiter l'urine par une quantité connue de soude, puis par une solution de chlorure de baryum de manière à précipiter à l’état de phosphate de baryte insoluble
(‘) Voir pour le mode opératoire le chapitre précédent, p. 58.
tous les phosphates déjà transformés par la soude en phosphates basiques. On dose ensuite l'excès de soude par l’acidimétrie. On a donc la quantité de soude qui a été nécessaire pour faire passer le phosphate mono ou bimétallique à l’état de phosphate tribasique, c’est-à-dire la mesure de l'acidité urinaire.
Etude théorique du procédé. — À 20 cm? d'urine nous ajoutons 20 cm d’une solution décinormale de soude, Le phosphate monosodique urinaire et le phosphate disodique sont transformés intégralement en phosphate trisodique selon les réactions :
/JONa se ONa 1° 2 (PO—OH ) + 6 NaOH = 2 (PO—ONa) + 2 NaOH +4 H°0 N OH NÇONa
7'ONa | / ONa 2 PO——ONa + 2 NaOÏ — PO—ONa + NaOH + H20 NOH NONa
et les acides libres et les sels acides sont saturés. Le milieu doit renfermer un excès de liqueur décinormale de soude, ce que l'on vérifie par l’addition de quelques gouttes de solution alcoolique de phénol phtaléine qui lui communiquent une coloration rose.
Nous ajoutons 10 cm° d’une solution de chlorure de baryum à 10 0/0. Si nous nous reportons aux expériences de Berthelot et de Villiers, précédemment mentionnées, nous ne serons plus surpris des critiques auxquelles donna lieu cette addition de chlorure de baryum, de la part de Lépinois notamment (31). En effet, disaitil, les phosphates urinaires étant sous l'influence d'un sel alcalinoterreux doivent fournir des précipités sodico-barytiques à constitution moléculaire indéterminée et variable sous l'influence des causes les plus diverses.
En outre le chlorure de baryum, quoique neutre aux réactifs indicateurs, augmente l'acidité d'un milieu contenant du phosphate monosodique. Cette acidité s'accroît surtout en présence du phosphate disodique qui se transforme en phosphate monosodique acide et en phosphate mixte trimétallique de baryte et de soude:
2 (PO'} Na°H + 2? BaOl2= (PO? Ba? Na? + 2 NaOI + 2 HCI
Mais Lepierre (55) démontra que cette réaction ne pouvait se
= fl
produire attendu que l’addition du chlorure de baryum ne se fait qu'après alcalisation par la soude et non directement sur l'urine comme dans le procédé Jager. Les phosphates trisodiques sont donc bien transformés en phosphate tribarytique insoluble : Pas 2 ( POZ—ONa | + 2 NaOH + 5 BaOl — ONa TER QE + 2 NaOH + 6 NaCl+ 2 BaCP 0 Ba PO 0 No27Ba
Les phosphates de chaux et de magnésie passent à l’état de phosphates basiques insolubles. Les urates, les hippurates et les carbonates, les acides et les sels acides engendrent avec la baryte des composés également insolubles. De plus nous avons vu que contrairement à l'opinion de Denigès les phosphates sodiques ne donnaient pas à froid en présence des sels de baryum des phosphates barytiques surbasiques et qu’il n’y avait pas lieu d'opérer à chaud cette transformation.
Nous remplissons le ballon jusqu'au trait de jauge de 100 cm. Nous agitons et nous filtrons. Les composés barytiques restent sur le filtre et le filtrat renferme du chlorure de sodium, du chlorure de baryum et de la liqueur décinormale de soude représentant l’excès de la quantité primitivement ajoutée qui a saturé par son métal tous les radicaux acides libres. Ces hydrogènes, dont la plupart étaient précédemment inactifs sur les indicateurs colorés ou à réaction alcaline sur le tournesol et la phtaléine, ont été remplacés par des valences d'acide chlorhydrique en nombre égal qui ont formé du chlorure de sodium avec une partie de la liqueur décinormale de soude, dont le ‘dosage de l'excès nous fera connaître la valeur desdites valences chlorhydriques et par cela même celle toute théorique des hydrogènes dont elles dérivent. Quant aux sels neutres ils ont été remplacés directement par des chlorures sans action sur les indicateurs colorés.
Nous prélevons 50 cm° du filtrat toujours alcalin (représen-
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tant 40 emÿ d'urine) auxquels nous ajoutons 40 cm° d’une solution décinormale d'acide sulfurique. Gette addition donne lieu aux trois réactions suivantes : | 10 Réaction. — Action sur le chlorure de sodium : 2 NaCI + SO“H? = SO'Na? + 2 HCI.
Les deux molécules d'acide chlorhydrique mises en hberté ne communiquent pas d’acidité nouvelle à la liqueur puisqu’une molécule d'acide sulfurique égale deux molécules d’acide chlorhydrique.
20 Réaction. — Action sur le chlorure de baryum : BaC1? + SO“H? = SO‘Ba + 2 HCI.
Ces deux molécules d'acide chlorhydrique mises en liberté ne communiquent pas non plus d’acidité nouvelle à la hqueur puisqu'une molécule d'acide sulfurique égale deux molécules d'acide chlorhydrique.
30 Réaction. — Action sur l'excès de la solution décinormale de soude :
2 NaOH + SO4H1 = SOSNa? + 2 H?0 +...
un excès de la solution décinormale d'acide sulfurique qu'il suffit de doser à l’aide d’une solution décinormale alcaline et en présence de quelques gouttes de phénol phtaléine en solution alcoolique à 2 0/, pour connaître l'acidité du filtrat et par cela même celle de lurine envisagée.
Nous avons donc par ce procédé l'acidité absolue de lurine c'est-à-dire celle qui provient de tous les radicaux acides des phosphates alcalins et alcalino-terreux, des acides libres normaux ou pathologiques contenus dans cette urine.
** À. — Critique généraie du procédé.
Nous allons exposer maintenant les critiques générales auxquelles donna lieu le procédé Maly-Denigès et naturellement les
méthodes que nous avons précédemment étudiées et qui en découlent : les procédés Denigès, Lepierre, Astruc et Spindler. Nous mentionnerons ensuite les observations que nos travaux personnels nous ont permis de formuler à son sujet.
Ce procédé séduisit d’abord la plupart des urologistes (« la seule méthode qui puisse donner des indications exactes est celle de Maly, modifiée par Denigès, Lepierre, ete. ») (38) et ceux-là mêmes qui n'admettaient pas la théorie de Liebig comme .susceptible d'expliquer les causes de l’acidité urinaire. Ainsi Wagner (43), qui attribue comme nous l’avons vu l'acidité de lurine à l'union de l’urée et de l’acide hippurique et non pas aux phosphates, prétend que le procédé Maly-Denigès donne des résultats concordant avec ses idées, d’après la réaction suivante dans laquelle l'acide actif est considéré comme étant l’acide hippurique :
2 POSNa?H + 2 C°H°AzOS + BaOl = 2 POSNaH? + (C9HSAZO®) Ba + 2 NaCI
Mais bientôt des attaques nombreuses furent dirigées contre cette méthode, qui toutes reposent sur les travaux de Berthelot et de Longuinime, d’après lesquels l'acide phosphorique (polybasique à fonctions mixtes) permettrait de supposer l’existence de composés renfermant plus de trois équivalents de bases pour une molécule d'acide.
Blarez entreprit à ce sujet les expériences suivantes (62) qui confirmèrent les données théoriques émises par ces deux auteurs :
40 Il prit 10 cm? d’acide phosphorique qu'il dilua au 1/10e environ. Les ayant exactement dosés il les mit en contact d’un volume donné d’eau de chaux également titrée, dans un flacon bien bouché. Après agitation le mélange fut immédiatement filtré ou abandonné dans un grand bocal contenant de la chaux vive à la partie inférieure afin d'éviter l'absorption d'acide carbonique. Pour connaître la proportion de calcium combiné à l'acide phosphorique il dosa la quantité contenue dans le liquide filtré. Gonnaissant la quantité de chaux qui se trouvait dans là masse totale du liquide et négligeant le volume occupé par le précipité (quelques centimètres cubes) il évalua ainsi le calcium combiné par
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différence. Il reconnut que le précipité de phosphate de chaux recueilli sur le fittre n’était pas un précipité stable, car lavé longtemps il cédait de la chaux aux eaux de lavage. Et ajoutant la quantité de cette chaux entraînée à celle primitivement dosée dans le filtrat il n’obtenait plus la même valeur pour la chaux combinée à l’acide phosphorique ;
20 Il reprit cette expérience avec des proportions variables de chaux et d'acide phosphorique ;
30 Au lieu de la chaux il mit l'acide phosphorique en contact de soude ou de potasse et ajouta au mélange un excès de chlorure de calcium, de chlorure de baryum ou de chlorure de strontium.
Ses conclusions sont les suivantes :
a) Dès que la chaux est en grand excès il se forme des composés dont l’ensemble renferme plus de trois équivalents de chaux pour une molécule d’acide.
b) L’acide phosphorique et les phosphates faisant partie des principes constitutifs des liquides animaux ilest impossible d'arriver rigoureusement à déterminer l’acidité absolue de ces liquides en présence de corps prenant selon les conditions du milieu une quantité variable de base pour une neutralisation théorique.
L. Barthe (63) est arrivé à des résultats identiques en étudiant les phosphates de strontium du commerce.
Enfin Jégou essaya le procédé Maly sur des solutions artificielles d’un titre théorique connu de phosphates et de carbonates. Il eonstata que la valeur trouvée était toujours trop forte et que s’il portait le liquide à l’ébullition avant de le filtrer, l'écart entre les deux dosages augmentait considérablement. « Le Maly, dit-il, donne des chiffres trop élevés, mais cependant voisins dans une certaine mesure de l'acidité absolue si l'on opère à froid. »
B. — Critique particulière.
Gette observation de Jégou fut le point de départ de nos recherches. «Le Maly donne des chiffres trop élévés, mais cependant voisins dans une certaine mesure de l'acidité absolue si l’on opère à froid ».
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Sachant que l'acidité absolue d’une urine diffère de son acidité apparente en ce qu'elle donne avec leur valeur théorique les phosphates acides urinaires, il nous est facile d'établir ce que devrait théoriquement évaluer le procédé Maly-Denigès. Supposant que :
10 Le phosphate monométallique donne 4 à la phtaléine du phénol 11 devrait donner 2 par le procédé Maly-Denigès, le phosphate monométallique étant monobasique à la phtaléine du phénol ;
20 Le phosphate dimétallique n'ayant aucune action sur la phtaléine du phénol devrait donner 4 par le procédé Maly-Denigès, le phosphate dimétallique étant alcalin à la phtaléine du phénol;
30 Les autres éléments acides conservant leur valeur respective.
Exemples :
4o Soit une urine théorique contenant une molécule-gramme de phosphate monosodique et donnant À à la soude décinormale en présence de la phtaléine du phénol : cette même urine devra donner 2 par le procédé Maly-Denigès ;
20 Soit une urine théorique contenant une molécule-gramme de phosphate monosodique accompagné d’acides libres et donnant 1,7 à la soude décinormale en présence de la phtaléine du phénol (4 provenant du phosphate monosodique et 0,7 des acides libres), cette même urine devra donner 2,7 par le procédé Maly-Dénigès;
30 Soit une urine contenant des phosphates monosodiques accompagnés de phosphates disodiques et donnant 4 à la soude décinormale en présence de la phtaléine du phénol: cette même urine devra donner 2 + x par le procédé Maly-Denigès.
Nous allons vérifier si tout se passe pratiquement ainsi et dans ce but nous étudierons d’abord le procédé Maly-Denigès sur les différents éléments que renferme le milieu urinaire normal : sur des solutions de phosphate monosodique et de phosphate disodique puis sur des mélanges artificiels composés de phosphate monosodique sur lequel nous aurons fait agir des solutions d'acides à fonctions différentes et de phosphate disodique que nous aurons mis en présence de ces mêmes solutions acides.
Nous avons préparé dans cette intention :
40 Une solution décinormale de soude rigoureusement pure
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exempte de carbonates et neutralisant exactement une solution décinormale également très pure d'acide sulfurique ;
90 Une solution de chlorure de baryum à 100/, neutre à la phtaléine du phénol ;
30 Une solution alcoolique de phénol phtaléine à 2 0/0.
L'eau distillée dont nous nous sommes servis fut bouillie et conservée par un dispositif spécial à l'abri du contact de l'acide carbonique de l'air. Nous avons vérifié les divisions de notre verrerie graduée, toutes ces précautions ayant de l'importance pour les faits que nous allons exposer.
À. — Première expérience.