Sur la présence de l'iode dans les eaux d'Aix en Savoie, en réponse à M. Savoye, pharmacien a Grenoble
Dans noire analyse cliimiipje des eaux minérales d'Aiï en Sayoie, publiée en 1838, nous avons, le premier et de h manière la plus évidente , constaté la présence de l'iode dans l'une des sources sulfureuses de ce pays. La découverte par nous faite de ce corps , soupçonné déjà par M. le chevalier Griffa , docteur et professeur de collège il l'Université royale de Turin , vint confirmer a ce sujet les doutes de plusieurs célèbres médecins étrangers et du pays qui avaient également soupçonné l'iode dans les eaux d'Ais , d'après les vertus médicales dont
ces eaux Étaient douces. Voici !c procédé ( pag. 81 Ht? noire ouvrage ) à l'aide duquel nous sommes parvenu à déceler, dans ces eaux, la présence d'une petite quantité do ce métalloïde, qui joue un très-grand rôle dans la thérapeutique des eaux minérales:
• Ou commence par se procurer une certaine quantité
• de résidu salin obtenu par l 'évaporât ion à sec de l'eau
• minérale. Ce résiilu est d'abord traité par un léger « excès d'acide acétique étendu pour détruire les rarbo- < notes qu'il renferme , puis évaporé de nouveau jusqu'à
• siccité. On le pulvérise alors et on l'introduit dans un « flacon à large ouverture , bouché en verre et dont la
• capacité soit de cinq à six Fois celle du volume de la t substance employée. Après avoir collé un morceau de « papier d'amidon (1) à la surface intérieure du bouchon, ■ on verse dans le flacon de l'acide sulfuriquc élendu de « sou poids d'eau , en quantilé suffisante pour former
• avec la poudre une bouillie drini-liquido , H un le » bouche immédiatement. Le papier d'amidon se trou- » vaut exposé à l'action des vapeurs dégagées par l'acide » sulfuriquc, a pris , sur une assez grande partie de sa
(i)Pour préparer ce papier, on Tait dissoudre de l'amidon dans do l'eau bouillante et l'on passe une couche de cette dissolution des doux ailés d'une feuille de papier peu collé. On laisse sécher, un passe une seconde couche et l'on fait sécher de nouveau.
(Extrait do la pag. H2dc notre ouvrage. )
« surface , une couleur violacée plus ou moins foncée , .
■ sur laquelle on distinguait plusieurs petits points d'un « beau bleu. Cette couleur n'appartient qu'à l'iodure
• d'amidon formé par l'iode que l'acide sulluriqnc a
• dégagé ici de ses combinaisons. Trois expériences de
■ ce genre , faites chacune sur le résidu de l'évapora-
■ tion de 10 kilogr. d'eau de soufre , ont produit chaque i .fois ce phénomène de coloralion d'une manière plus ou
• moins sensible. >
Depuis celte époque , M. ie docteur Fontan , dont on connaît les savantes recherches sur les eaux sulfureuses , est venu imprimer à notre découverte de l'iode un nouveau cachet d'authenticité en constatant aussi la présence de ce corps dans les eaux d'Aix en Savoie.
D'après cela , nous regardions nos travaux comme avant fourni des résultats à l'abri de toute contestation et contre lesquels devaient se briser l'apparence même du plus léger doute à ce sujet , lorsqu'en parcourant l'intéressant ouvrage que vient de publier tout récemment sur les eaux d'AHcvard SI. le docteur Alphonse Dupasquicr, professeur de chimie à l'Kcole de médecine de Lyon et à la Marlinièrc, nous y trouvâmes , ptig. 183 , un passage auquel nous nous sommes cru obligé de répondre et dont voici la copie textuelle :
« Dans ses recherches pour découvrir l'iode , M. Sa-
• voye, répétant l'expérience que M. Bonjean avait faite
■ pour arriver à la découverte de ce principe dans l'eau
■ Ihermale d'Aix en Savoie , a démontré, de la manière - la plus évidente el la plus certaine , que ce savant
■ avait été induit en erreur par la coloration obtenue en « exposa ut un papier imprégné d'amidon aux vapeurs
• que dégageait l'acide sulfuriquc du résidu de l'évaporation de l'eau minérale. Celle coloration tenait,, en
• effet , à l'action des vapeurs d'acide chlurhydriquc sur
• le bleu de Prusse employé pour azurcr le papier ; et < la preuve, c'est qu'en employant du papier non azuré,
• M. Savoye , qui avait obtenu d'abord la même couleur
• bleue avec le résidu de l'eau d'AUcvard, n'obtenait
■ plus aucune coloration. »
Telle est la seule expérience qui a guidé M. Savoye dans ses recherches ; et c'est là tout ce qui a pu l'autoriser a conclure que l'iode ne se trouve pas plus dans les eaux d'Aix que dans celles d'AUcvard 1 H y a au moins de l'imprudence a avoir permis que de semblable faits fussent livrés à la publicité; nous allons en donner des preuves. M. Savoye n'a point analysé les eaux d'Aix ; il n'a point cherché û répéter sur elles le procédé dont nous avons plus haut donné la description , pour s'assurer par lui-même de la présence ou de l'absence de l'iode dans ces eaux minérales. Notre honoré collègue ne connaissait point la nature du papier amidonné dont nous nous sommes servi , il ne pouvait donc pas savoir si ce papier
était azuré ou non. Or, en consultant la noie de la pag. 32 de notre ouvrage , ce bardi critique aurait vu que dans la préparation du papier d'amidon nous rucom. mandons l'emploi d'un papier peu collé , ce qui devait assez dire à un chimiste comme M. Savoye que ce genre de papier n'est jamais azuré , opération que l'on réserve spécialement pour les papiers bien collés, pour les beaux papiers. Et dans ce cas encore , la coloration ayant pu étro faite indistinctement avec du bleu de Prusse , de l'outremer ou de l'indigo , il col clé nécessaire , pour ne point porter de jugement téméraire , de savoir laquelle de ces trois substances avait été employée dans l'espèce. Malgré tous ces faits négatifs , M. Savoye n'en conclut pas moins avec assurance que nous avons été induit en erreur dans nos résultats 1... Mais poursuivons, et pour abonder dana le sens de notre docte antagoniste , admettons que dans la recherche de l'iode nous ayons fait usage d'un papier azuré , môme avec du bleu de Prusse. Certes, cette piûeo de conviction fût- elle entre les mains de notre adversaire , nous n'espérerions pas moins sortir victorieux de celte lutte scientifique qu'il a provoquée. El tout d'abord , les vapeurs d'acide cblorhydrique , comme l'a avancé notre honorable collègue , auraientelles pu produire , sur du papier azuré avec du bleu de Prusse , une réaction telle qu'il en soil surgi , comme par enchantement , une nuance violacée parsemée de petits
jiuinls d'an beau bleu !'... Nous ne lu pensons pus ; nous osons même affirmer nue cela ne peut pasêlre !... Nous avons exposé pendant plusieurs heures à l'action des vapeurs d'acide chlorhydrique concentre divers papiers azurés avec du Lieu de Prusse , el jamais nous n'avons pu remarquer la moindre coloration bleue ou violetle. Ce papier azuré et humecté avec de l'acide dlorhjdriqne ou exposé à ses vapeurs devient d'un jaune sale , terne ; mais celle couleur n'a aucune analogie avec les nuances violettes que nous avons toujours obtenues dans nos essais , cl il n'esl pas possible de s'y méprendre.
Nous avons clé plus loin , voulant donner a M. Savoje une idée de la force et de la multiplicité de nos moyens de défense , une idée de la justesse el de l'cxaclilude du résultat de nos travaux. Comme eu chimie les mêmes corps , les mêmes circonstances ne produisent pas toujours les mêmes résultais ; comme les réactions dépendent souvent de causes dont la source nous esl inconnue et échappe a la sagacité du génie le plus pénétrant, nous sommes ailé jusqu'à admettre que ce maudit papier ait pu être , chez nous , la cause d'une erreur , et que , par suite , nous avons pris , pour de l'iodurc d'amidon, des taches bleues ou violettes à la formation desquelles l'iode était louUà-foit étranger. Nous ne pouvions mieux faire , pour porter la conviction dans l'esprit du pharmacien dauphinois , que répéter celle expérience avec de
l'amidon seulement, niais en écartant scrupuleusement de nus essais l'ombre méïne du plus petit morceau de papier. Or , c'est ce que nous avons Tait le '28 juillet dernier, en présence de MM. Blanc , médecin a Aix-lcs- Bains , et Duffour , médecin à Maçon , docteurs avantageusement connus et dont les yeux et les lumières étaient dans l'état le plus satisfaisant pour apprécier au moral comme au physique la nature des réactions dont nous les avons rendus témoins daus l'expérience suivante : Nous avons opéré sur le résidu salin de trente litres d'eau de la source de souîrc, en suivant exactement le procédé qui a été décrit en tete de celte note, avec la précaution essentielle de substituer de l'amidon en poudre au papier amidonné. Cinq minutes après l'attusion de l'acide sulfurique sur le résidu salin de l'eau minérale , nous avons eu la satisfaction de voir se confirmer nos premiers résultats par la coloration en violtt de la poudre amylacée. Le bouchon nettoyé et impreigné de nouvel amidon , n'a pas tarde à présenter le même phénomène de coloration, caractère essentiel , signe certain de la présencede l'iode, du moins dans l'état actuel de la science.
Voilà sans doute une expérience qui suffirait au delà pour convaincre de l'existence de l'iode dans les eaux de soufre d'Aïs eu Savoie , ceux dont les yeux ou l'imagination n'auraient jamais été fascinés par du papier azuré. Mais nous sommes loin de forcer à s'en rapporter a nous
un chimiste qui paraît avoir eu beaucoup ù su plaindre de l'infidélité do ce précieux produit. Nous nous contentons d'engager M. Savoye a repeter lui-même ces essais, et sa lionne foi , dont nous n'avons jamais douté , lui fera un devoir de reconnaître qu'un simple papier peut , sans induire en erreur , servir parfois à de sérieuses expériences scientifiques , pourvu cependant que l'expérimentateur ne soil pas sous l'influence malheureuse d'une eau minérale voisine que , par des motifs quelconques , il chercherait à faire valoir
L'article auquel nous venons de répondre est terminé par un passage dans lequel M. Dupasquicr élève des doutes sur le degré de sensibilité du procédé que nous avons employépour découvrir l'iode, née qui ressort, dit le savant professeur , de mes propres expériences comparatives sur les différents moyens de déceler de petites quantités d'iodure. ■ Nous n'avons probablement pas opéré dans les mêmes circonstances que M. le docteur Dupasquicr ; différemment , il nous serait impossible de nous rendre compte du peu de valeur que cet habile chimiste semble accorder à un procédé que nous croyons non-seulement bon et sensible , mais encore préférable à beaucoup d'autres emploies en pare.il» cas, et notamment à celui du chlore qui , pour être le meilleur , offre parfois des incertitudes qui doivent le faire rejeter. Dans certains cas le procédé consiste à concentrer une certaine
quantité do l'eau miuéraic ô. laquelle on ajoute , après l'avoir Mirée , uu peu d'une solution récente d'amidon . On verso ensuite uu peu de chlore dans lo mélange , ou Uen ou fait passer dans le liquide uu courant de ce gai qui décompose l'iodurc , s'il y eu a , et met à nu l'iode qui vient colorer en bleu ou violet la liqueur amidonnée, A la vérité , si l'eau minérale renferme une certaine quantité d'iodure, ce moyen d'opérer est excellent; il est infime si sensible , que souvent la vapeur seule du chlore suffit pour bleuir l'amidon lorsque la liqueur sur laquelle on opère est riche en iode. Si , ou contraire , ce métalloïde n'existe qu'en minime quantité ( cl c'est ordinairement ainsi qu'il se trouve dans une eau minérale ) , ce procédé ouïe de graves inconvénients. Eu effet , si l'on ajoute un peu trop de chlore, la couleur bleue disparaît aussitôt qu'elle s'est formée, avant même que l'oi'il ait pu la saisir bien distinctement , parce qu'il s'est produit de l'acide iodique et de l'acide chlorbydriquc. 11 est vrai que l'on peut faire reparaître la couleur bleue en ajoutant au mélange une ou deux gouttes d'acide sulfureux , qui' décompose l'acide iodique eu s'emparant de sou oxigèue pour former de l'acide sullurique et met de nouveau l'iode à nu. Mais ici eneore se présentent d'autres chances d'erreur , car si l'on met un excès d'acide sulfureux , il se produit de l'acide iodliydrique , encore de l'acide sullurique ; le phénomène de coloration n'a pas lieu et le corps cherché vous échappe.
On voit donc 4110, dans son exécution, ce modo d'essai offre du grandes d illimités par rapport au jeu des réactifs , inconvénients graves crue ne présente point le procédé que nous avons conseillé , et qui , employé dans des cas où l<i quantité d'iuduri- est livs-minime , possède le grand avantage de permettre de fixer sur du papier , à l'étal d'iodurc d'amiJon , la petite proportion d'iode qu'on serait parvenu à découvrir, et dont on aurait ainsi à sa disposition une preuve physique, matérielle el irréfragable, équivalant , en quelque sorte , à la présence du métalloïde lui-môme. l'our nous résumer :
1° En ce qui concerne M. Uupasquior , nous dirons que ce professeur est placé trop liaul dans la hiérarchie médicale, trop familier et trop habile dans le jeu des manipulations chimiques, pour qu'il soit permis d'élever le moindre doute sur l'identité cl la justesse du résultai de ses travaux. Nous avons eu le bonheur de nous faire, par nous-meme , une idée du mérite de ce praticien distingué en profilant defnièrcmcnl à Lyon, pour jouir d'une rencontre à la lois gracieuse el utile pour nous , do toutes les occasions favorables qui se sont présentées à ce sujet pendant la durée du congrès sdeiitilique . Hais , nous le répétons , nous persistons à considérer comme bon et très-sensible le procédé que nous avons décrit pour déceler l'iode , dans les cas surtout où ce métalloïde n'existe qu'eu Lrcs-pclile quantité. Si M. Du-
pasquier n'en a pas retiré le même avantage , c'est qu'il ne l'aura pas répété scrupuleusement , comme noua l'avons indiqué ici cl dans notre ouvrage; le moindre changement dans la manière d'opérer pouvant , comme chacun le sait, apporter en chimie des différences plus ou moins sensibles dans les résultats.
iî" En ce qui concerne M. Savoyc , nous engageons vi. vement notre honorable confrère , dans un intérêt tout personnel , à mieux s'assurer a l'avenir de l'identité d'un t'ait avant de chercher à le combattre par des sopbismes plutôt que par l'expérience , avant d'en contester publiquement l'exactitude. En fondant son système d'il I laquesur une feuille de papier , M. Savojc devait prévoir que sur de telles bases on ne peut tout au plus construire que des chiilcaui de cartes que le moindre souffle de réalilé vient anéantir à tout jamais !...
Nous avons pour habitude de mettre trop de conscience dans nos travaux pour nous permettre de livrer à la publicité des résultats qui n'auraient pas reçu le cache! authentique d'une expérience contrôlée ; et notre déltcalessc doit persuader à notre collègue que , si nous eussions reconnu la justesse de ses allégations , nous nous serions empressé de rendre hommage à la vérité en convenant d'une erreur scientifique qui peut arriver a tout le monde , excepté pourtant à cens qui ne font rien. Mais il n'en a rien été ; et comme notre silence cul été ,
pour le monde entier , une adhésion pleine e( entière aux objections invraisemblables et mal fondées du pharmacien grenoblois , nous avons du élever ici la vois cl prouver qu'en Savoie, comme ailleurs, on savait au besoin défendre à la fois ses droits , la science et la vérité.
Nous ne croyons pas inutile d'ajouter ici que l'iode existe non-seulement dans les eaux d'Àfa , mais encore dans plusieurs autres eaux minérales de la Savoie. M. Calloud , pharmacien a Annecy , notre doyen de science , l'a tout récemment découvert dans les eaus sulfureuses de l'Ëchaillon, en Maurienne. Il y a quelques mois a peine , nous avons le premier , conjointement avec notre collègue M. Bebert , professeur de chimie à Chambéry , constaté la présence de ce métalloïde dans une mine sulfureuse nouvellement découverte par M. le professeur Domengel , dans sa terre de Cb ailes , située a trois quarts d'heure de cette ville. La quantité de soufre et d'iode que celte eau renferme , le zélé et l'activité du savant propriétaire, qui fait si généreusement servir ce bienfait de la nature au soulagement des pauvres malades , doivent faire de ce nouvel agent thérapeutique une ressource à la fois puissante pour la médecine et utile à notre pays.